• Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Home Actualités Monde L'Afrique du Sud aujourd'hui

L'Afrique du Sud aujourd'hui

Envoyer Imprimer PDF

L'Afrique du Sud aujourd'hui.

Impressions d'un visiteur de passage,

observateur attentif

 

Retour de Johanesburg. (février 2010)

 

Mes activités professionnelles m'ont conduit en Afrique du Sud - à Johannesburg, précisément pour la 3e fois en 6 ans. Ce dernier séjour a lieu au moment où est célébré le 20 e anniversaire de la fin de l'apartheid. Le 2 février 1990, le tout nouveau dirigeant du pays, Frederik de Klerk, annonçait la libération de Nelson Mandela et des prisonniers politiques en même temps que la reconnaissance légale des partis noirs. Selon le directeur actuel de la fondation de Klerk, Dave Steward, ces événements annonçaient « une nouvelle ère de dignité, d'égalité et de droits politiques ».

Il y a un mois, le vice-président sud-africain Kgalema Motlanthe déclarait que l'événement majeur de 2009 était l'organisation pour la 4 e fois de son histoire (sous entendu, depuis 1990) d'élections démocratiques, qui ont débouché sur une « transition en douceur ».

Ces propos ont de quoi étonner, pour le moins, le visiteur confronté à des réalités que ne côtoieront ni le touriste épris de safari, ni le supporter d'un match du Mondial en juin 2010. Conduisant pour la 3e fois un audit social auprès de l'ensemble du personnel d'une entreprise industrielle française, immergé de 7 heures du matin à 8 heures du soir, les personnes rencontrées parlent, de l'entreprise, bien sûr, mais aussi de la famille, du pays, des difficultés. En fin de journée, c'est le restaurant, avec des cadres, des agents de maîtrise. Non sans être passé d'abord au domicile - dans une « résidence sécurisée » - du directeur de l'établissement, un français expatrié (le seul français). Puis l'hôtel. Dans les postes d'encadrement ou des fonctions qualifiées, majorité de blancs, quelques noirs (chefs de service, directeur du service personnel, contremaîtres,). Dans les ateliers, main d'œuvre noire à 99,9%.

Deux mots viennent à l'esprit à propos de Johanesburg : insécurité et anarchie.

Elle m'a abordé, il y a 3 ans, au détour d'un couloir. « Et moi, Monsieur, je pourrais vous parler ? ». Elle est noire. 40 ans ? Fonction : « tea-lady ». Madame bons offices, prête à rendre tous les menus services dont une entreprise a besoin...et qui n'exigent pas de qualification. « Avant, je travaillais dans une famille. C'était comme si j'en faisais partie. Et puis un jour, des gens m'ont dit : c'est fini, tu es libre. Quand j'en ai parlé à mes patrons, ils ont pensé qu'il était mieux que je les quitte. Pour moi et pour eux. Je ne pouvais plus travailler là. Et je me suis retrouvée à la rue. Heureusement, l'entreprise m'a offert ce poste ». Elle est toujours là. Elle occupe aujourd'hui, après formation, un emploi de bureau.

Il y a un peu plus d'un an, un ouvrier de l'usine, noir, a été assassiné alors qu'il allait prendre son poste de nuit : les « nike » (chaussures) qu'il utilisait pour ses longs déplacements à pied avaient attiré l'attention de voyous, tels qu'on en rencontre beaucoup dès la nuit tombée, aux carrefours de ces avenues désertes de constructions et d'âmes. Peu de temps après, un membre de l'encadrement, noir également, subit le même sort. Sa voiture n'a jamais été retrouvée. Certainement mise en pièces détachées revendues dans un « dépôt-vente ». L'insécurité est partout. Récemment, la jeune femme du directeur marketing d'une très importante société française a été retrouvée le soir, par son mari chez elle gisant dans son sang ; le bébé de 9 mois, il est vrai avait été épargné ! Vol d'équipement audio-visuel. Nouveaux arrivants, ils n'avaient pas voulu, pour mieux « s'intégrer », rejoindre les « résidences » sécurisées. Ce sont des enclos verdoyants, regroupant un habitat individuel de maisons spacieuses, de larges avenues, sillonnées 24/24 h par des services de gardiennage armés. Franchissant de hauts murs surmontés de lignes électrifiées, les accès sont contrôlés : grilles, badges, gardiens, barrières, sas... S'étendant sur des hectares, ces nouveaux châteaux forts protègent des hordes barbares, non toute une population, mais ceux qui ont une aisance certaine, en majorité blancs et expatriés.

Si vous décidez d'aller passer la soirée au « Montecasino », vous aurez la surprise après avoir garé votre voiture dans d'immenses parkings souterrains, de passer au détecteur de métaux. Montecasino est un immense complexe - en constant agrandissement - de restaurants, bars, théâtres, hôtels, cinémas. Ville dans la ville, il peut faire croire que nous sommes dans le vieux Johanesburg - s'il existait - dans le style des villages italiens. Sorte de reconstitution « historique », à la manière de Disney. Ailleurs dans la ville, certains restaurants permettent, après passage au portique de détection, de déposer contre reçu, l'arme que vous portez sur vous !

Pour en terminer avec ces flashes sur l'insécurité de cette ville, il n'est qu'à se reporter au document édité par les services diplomatiques français sur la « Sécurité des français en Afrique du Sud ». Les mises en garde sont révélatrices de l'état du pays.

L'impression d'anarchie est confirmée par l'urbanisme. La ville a vu sa population s'accroître de près de 25 % en 6 ans ; il n'est pas douteux qu'ont été crées de nombreux nouveaux établissements scolaires, des centres de soins médicaux, des logements à prix modérés, réseaux d'eau...Mais tous ces services, de même que l'offre d'emploi ne permettent pas de répondre aux besoins liés à cette croissance. L'espérance de vie aurait reculé de près de 15 ans depuis 1990, fin de l'apartheid. Sida et criminalité en seraient les principales causes. De plus, l'arrivée en masse d'exilés zimbabwéens, fuyant la dictature et la misère du pays voisin (ex. Rhodésie), augmente les populations des bidonvilles...et les tensions entre communautés, momentanément atténuées en raison d'un marché de l'emploi plus favorable. Mais des craintes sont exprimées lorsque la grande fête du Mondial sera terminée. Certes l'organisation de la coupe du monde de football a un effet temporairement salutaire sur la situation économique : les multiples chantiers sont créateurs d'emplois. Par ailleurs, les autorités mettent en œuvre de multiples moyens pour atténuer la réputation de violence du pays ; les sociétés privées de sécurité sont en passe de devenir les premiers employeurs du pays !

Certaines personnes rencontrées n'hésitent pas à mettre en doute que le régime « démocratique » qui les a libérées de l'apartheid puisse un jour améliorer leurs conditions de vie. Aux yeux de l'extérieur, l'Afrique du Sud est présentée comme une démocratie, répondant à la définition convenue de cette forme de gouvernement : listes électorales « transparentes », séparation des pouvoirs...C'est vouloir ignorer la corruption régnante, les combines partisanes, les trucages électoraux. De réputation quelque peu ternie, le président, élu en 2009 par la chambre des députés, Jacob Zuma, sur un programme de lutte contre la pauvreté, la criminalité, le chômage a eu les faveurs de la population noire. Ses propos démagogiques semblent avoir payé, même si dès le début ils n'étaient pas sans inquiéter les milieux d'affaires. Le désenchantement suit. Plus que des actions de son gouvernement, il est question de la 3e épouse qu'il vient d'associer aux deux co-existantes...et de son 20e enfant, né d'une relation adultérine (cela existe, même en polygamie !).

Ce pays riche de ressources naturelles, le plus industrialisé du continent africain, semble vivre, aux dires d'un expatrié qui a connu l'avant-apartheid, une descente aux enfers. Selon lui - mondialisation oblige - les groupes financiers internationaux y auraient conquis le réel pouvoir, dont la contrepartie est l'exercice du pouvoir apparent aux mains des partis « de progrès ». Il y a peu, « Mgr »Tutu qualifiait l'Afrique du Sud de « poudrière ». En effet, 20 ans après la fin de l'apartheid, les pouvoirs en place ne semblent pas avoir répondu aux « aspirations des Noirs, exclus de la terre, de l'emploi et du revenu ». Le « white power » a laissé place de fait au « financial power ». Avec son cortège de misères, dont nos pays occidentaux ne connaissent que les prémisses.

 

Articles sur l'Afrique du Sud publiés dans l'AFS

 

N° 67 (octobre 1986)    - L'Afrique du Sud en flammes.

N° 108 (août 1993)       - L'Afrique du Sud au bord du gouffre.

N° 115 (octobre 1994) - Afrique du Sud - Leçons d'une démocratisation.

                                       - Que Dieu sauve l'Afrique du Sud.

 

Ces articles se trouvent sur le CD de l'AFS (prix 30 €)

 
Una Voce France
Boutique en ligne Una Voce: on y trouve le meilleur du chant grégorien !

Who's Online

Nous avons 3 invités en ligne

Random Image

No images

A ne pas manquer !

Una Voce France
Boutique en ligne Una Voce: on y trouve le meilleur du chant grégorien !
Catholiques du Val d'Oise
L'action locale de laïcs catholiques dans la Cité.
Acim, infirmières et médecins catholiques
Infirmières, médecins et professionnels de santé catholiques.
Institut Civitas
Pour une cité catholique !
Passez à l'action !

Sondage

Le bulletin de l'AFS est...