LA PREMIERE CROISADE
15 JUILLET 1099 - PRISE DE JÉRUSALEM
Le 900ème anniversaire, le 15 juillet dernier, de la prise de Jérusalem par les croisés est l'occasion de rappeler les motifs, le déroulement, les conséquences de la première Croisade et la fondation en terre d'Orient des États Francs (c'est-à-dire fondés par des hommes de l'ancien empire carolingien). Il est nécessaire aussi de situer ces événements dans l'histoire de relations entre l'Europe et le Proche-Orient, entre l'Europe et l'islam. Si l'appel du pape Urbain II eut essentiellement un fondement religieux et s'il eut pour but premier la conquête de Jérusalem, on ne peut cependant oublier les conséquences stratégiques des victoires des Francs en Anatolie; elles reculèrent de plus de trois siècles la perte définitive de ces provinces byzantines. Nous publions ici un exposé de Michel Berger, demandé par des jeunes gens, lors d'un pèlerinage dans le Vaucluse.
Plan
- La question d'Orient avant les Croisades
- La situation au XIème siècle
- en Orient
- en Occident
- Le pape Urbain II, l'appel à la Croisade - 27 novembre 1095
- Le déroulement de la 1ère Croisade
- La préparation
- Les chefs
- La croisade de Pierre l'Ermite (mars à octobre 1096)
- La conduite de la croisade
. Prise de Nicée, juin 1097
. Victoire de Dorylée, juillet 1097
. Traversée de l'Anatolie
. Le Comté d'Edesse - Novembre 1097
. Antioche : le siège, la principauté, octobre 1097 à janvier 1099
- Prise de Jérusalem, 15 juillet 1099
- De la prise de Jérusalem à la fin des États Francs (1291). Bilan
- Après les Croisades
- Conclusion
- Bibliographie concernant les croisades
- Annexe : l'appel d'Urbain II
LA QUESTION D'ORIENT AVANT LES CROISADES
Les conflits entre l'Europe et l'Asie, l'instabilité au Moyen-Orient sont des phénomènes très anciens. Il suffit d'évoquer les Guerres Médiques, qui virent, au V° siècle avant Jésus-Christ, l'hellénisme l'emporter sur les Perses. Ce furent les célèbres victoires de Marathon puis de Platées avec, entre temps, la non moins célèbre défaite des Thermopyles face à Xerxès. Au temps d'Alexandre le Grand, la frontière de l'Occident naissant s'établit sur l'Indus. Les Parthes, d'origine iranienne, la ramèneront à l'Euphrate sous les dynasties des Mithridates. Rome, héritière des grecs, la maintiendra ainsi pendant plus de quatre siècles - jusqu'à la dislocation de l'Empire en 395 - en s'opposant aux assauts de l'Iran et notamment des Sassanides.
La question d'Orient change de face au IVème siècle avec la conversion au christianisme en 325 de l'empereur Constantin. L'empire romain s'affiche chrétien; Byzance devient en 330 capitale de cet empire sous le nom de Constantinople. Perses et Byzantins ne cesseront de s'opposer. En 614, les Perses prennent Jérusalem que les Byzantins reprennent en 630 - pour quelques années seulement - avec Héraclius qui se fait remettre la Croix du Christ, alors rapportée solennellement au Saint Sépulcre. René Grousset emploie déjà le terme de Croisade pour cet épisode.
L'affaiblissement des deux empires, perse et byzantin, favorise la conquête par les Arabes fédérés par Mahomet (570-632). L'islam vient, en fait, renforcer un Orient déjà dressé contre l'orthodoxie byzantine. Il donne aux bédouins une conscience et un drapeau. Avec le Coran et le Djihad, la guerre devient une guerre sainte. L'expansion est extrêmement rapide. Jérusalem est prise en 638, puis Alexandrie en 641. C'est la fin de l'Egypte des savants et des Pères de l'Église. C'est la fin d'un monde. Alexandrie qui depuis le déclin d'Athènes avait, plus que Rome, été la capitale de la pensée européenne «cesse d'être en Europe» (Grousset). En 670, l'Afrique du Nord est musulmane. En 686, Chypre est occupée. L'empire Byzantin ne conserve en Asie que l'Anatolie (aujourd'hui Turquie d'Asie). En 677, Constantinople est assiégée par la mer. La flotte arabe est refoulée grâce au feu grégeois [1]En 718, assiégée par voie de terre, elle est sauvée par l'empereur Léon III l'Isaurien[2]. Cette victoire essentielle est à rapprocher de celle de Charles Martel à Poitiers en 732.
Arrêté sur le Bosphore, l'islam se renforce à l'Est. A la fin du VIIIème siècle et au début du IXème, les armées du Kalife Haroun-Al. Rachid (dynastie des Abassides) font des incursions en Cappadoce (Partie Est de l'Anatolie, séparée de la Syrie par la Cilicie) et en Phrygie (prise d'Amorium, ville aux 48 martyrs ayant refusé d'embrasser l'islamisme). La Crête est prise en 827.
Les divisions internes des Abassides et les oppositions entre Sunnites et Chiites (les premiers en Asie, les seconds en Egypte) vont renverser la situation et permettre à l'empereur byzantin Nicephore Phocas de reprendre la Crête (961), Chypre (964-965), la Cilicie - avec Tarse - et de pénétrer en Syrie, dans les faubourgs de Tripoli, à Lattaquié au Liban. Ses successeurs s'établiront à Antioche (qui restera byzantin jusqu'en 1085) à Edesse (à l'est de l'Euphrate), villes qui joueront un rôle important lors de la première Croisade. Ils n'iront cependant pas jusqu'à Jérusalem.
Il faut, dans ce très rapide survol historique, dire quelques mots de l'Arménie. Pris entre l'influence romaine et celle de l'Iran, son roi se convertit quelques années avant Constantin, en 305. Assez vite abandonnée par Théodose, elle passe sous contrôle sassanide en 390 mais garde sa foi tout en versant dans l'hérésie du monophysisme, ce qui lui confère une certaine indépendance tant vis-à-vis de Byzance que de la Perse. Bien que prise en 642 par les Arabes, elle demeure un bastion chrétien entre Anatolie et Iran. Elle sera réintégrée au début du XIème siècle à l'empire Byzantin mais les oppositions très fermes entre églises grecque et arménienne feront de cette position stratégique un point faible qui facilitera l'invasion turque.
LA SITUATION AU MILIEU DU XIe SIÈCLE
• En Orient
La direction politique de l'Asie musulmane passe aux mains de la tribu turque des Seldjoucides, venus du Turkestan russe. Leur sultan s'impose en 1055 comme «vicaire temporel» du Kalife de Bagdad. La lutte avec Byzance reprend sous cette double direction.
En 1071, l'empereur Diogène, trahi par ses lieutenants, est défait à Malazgerd au cœur de l'Arménie. Grousset estime qu'il s'est agi là d'un des pires désastres de l'histoire byzantine. Elle permit aux Turcs d'occuper les trois quarts de l'Asie mineure en moins de dix ans. Ils s'établissent jusqu'à Nicée en 1078, aux portes de Constantinople - introduits là par un général byzantin prétendant au trône - ils occupent Smyrne sur la mer Egée. Antioche et Edesse résistent jusqu'à 1084- 1087.
«Ces événements, dont les premiers se déroulent sous le pontificat d'Urbain II (1088-1099) eurent en Occident un retentissement profond. L'effondrement de l'empire byzantin après Malazgerd, son absence de réaction devant la prise de l'Asie Mineure par la race turque et par l'islamisme imposèrent à l'Occident la conviction que devant une telle défaillance pour sauver l'Europe directement menacée, les nations occidentales se devaient d'intervenir. Nos vieux chroniqueurs ne s'y sont pas trompés. Guillaume de Tyr verra dans le désastre de Malazgerd l'éviction définitive des grecs comme protagonistes de la chrétienté, la justification historique de l'entrée en scène des Francs pour remplacer ces partenaires hors de jeu. De fait, il était temps d'aviser. De Nicée, où il avait pris pied, l'islam pouvait surprendre Constantinople à tout instant. La catastrophe de 1453 pouvait se produire dès les dernières années du XIème siècle» (René Grousset, L'épopée des Croisades).
Menace sur l'Europe chrétienne et situation au Moyen-Orient que rapportent les pèlerins témoins des ravages des Turcs, telles sont les causes immédiates de l'appel d'Urbain II.
On notera que la situation en cette fin du XIème siècle n'est pas défavorable à une intervention des croisés. Dès 1092, l'empire seldjoucide est partagé à la suite de véritables guerres de succession, qui interdisent la création de fronts communs face aux croisés. De plus, l'affaiblissement des Seldjoucides (turcs et sunnites) offre aux Fatimides d'Egypte (arabes et chiites) l'occasion de reprise de batailles au sein même de l'islam. Les Fatimides reprennent Jérusalem en 1098. Ce sont donc des Égyptiens que les croisés trouveront à leur arrivée.
• En Occident
Nous avons évoqué la conquête de l'Afrique du Nord par l'islam. L'Espagne a été conquise pratiquement dès le début du VIIIème siècle. Les Arabes ont occupé la Sicile, du IXème au XIème siècle. Gênes est pillée en 935, Pise en 1004 et 1011.
Le XIème siècle est marqué par des opérations de représailles (celle organisée par le pape Victor III en 1087 en Tunisie et qui permit de délivrer beaucoup de captifs chrétiens) par des reconquêtes (celle de la Sardaigne); il connut surtout l'amorce de la «Reconquête» espagnole[3]. A l'appel du pape Alexandre II, des barons français opèrent en Aragon en 1063-1065. En 1085, Tolède est reprise par le roi de Castille Alphonse VI.
La Reconquête est la grande manoeuvre qui précède la Croisade. Jacques Heers, à propos des croisades, utilise ce terme de «reconquête». En effet, partout les croisés reprendront possession de couvents, d'églises, de régions peuplées de chrétiens. Leur souci ne serapas d'exterminer les infidèles, ni même de les convertir mais de libérer, reconquérir les lieux saints occupés par des Turcs, des Perses, des Égyptiens... Curieusement, plus de quatre siècles après Mahomet, l'islam est encore mal connu en Occident, en tant que religion (avec le Coran, le Djihad...).
Les esprits sont donc bien préparés à une reconquête et le pape Grégoire VII, très actif dans la Reconquista, envisage l'envoi d'un soutien militaire à l'empire byzantin. Il reviendra à son successeur Urbain II de réaliser ce projet, tout en élargissant sa finalité.
LE PAPE URBAIN II - L'APPEL A LA CROISADE
L'initiative de la Croisade fut bien, en effet, l'oeuvre propre du pape. Ce n'est pas l'empereur byzantin, Alexis Comnène qui a fait appel à lui pour une prédication de la guerre sainte. Certes il avait profité de l'occasion du concile de Plaisance en mars 1095 pour faire demander à Urbain II le soutien de mercenaires, mais ce soutien n'était en rien comparable à ce que fut la Croisade.
Urbain II est d'origine champenoise. Il a été moine de Cluny, d'où sont parties notamment les premières expéditions destinées à aider l'Espagne à se délivrer du joug musulman. Devenu pape en 1082, il a lui-même lancé sur les routes d'Espagne une expédition française composée de chevaliers du midi.
Urbain II révèle son projet de croisade au concile de Clermont- Ferrand le 27 novembre 1095. On ne possède pas hélas le texte intégral de cet appel; on ne dispose que de quatre reconstitutions tardives [4] Mais on sait que ce jour-là, il appela la Chrétienté aux armes pour la délivrance du Saint Sépulcre, lieu de pèlerinage, et pour la délivrance des chrétiens d'Orient opprimés par l'islam.
Monsieur l'abbé Chanut [5]ajoute à ces intentions :
- faire l'union avec l'Église d'Orient. L'Église d'Orient est séparée par le schisme qui s'est formalisé en 1054 et les papes ont cherché autant qu'ils le purent à tisser des liens avec les «basileus» faute de pouvoir le faire avec les patriarches.
- pacifier l'Occident, en proie à des luttes intestines, par une œuvre commune. L'Église d'Occident est elle-même en effet divisée par un schisme allemand. Elle est engagée dans la querelle des Investitures et l'entreprise d'Urbain II a donc aussi un but de rassemblement.
L'appel d'Urbain II se distingue des initiatives précédentes qui avaient d'abord un caractère politique de reconquête. Ici c'est toute la chrétienté que le pape appelle à la lutte contre l'occupant des lieux saints. Tel est l'esprit que traduit le cri de ralliement «Dieu le veut» et qui animera les deux siècles de croisades. On le retrouvera, parfaitement exprimé, en 1248 et 1270 chez Saint Louis.
Il faut rappeler ce point avec insistance, car :
- d'une part, le déroulement des croisades n'a pas toujours répondu aux espoirs de leurs initiateurs; des fautes ont été commises: débordements, dissensions, trahisons et l'on a trop tendance aujourd'hui (il est dans l'air du temps que d'apitoyer les foules dont «l'affectivité semble trop souvent être l'ultime raison») à ne retenir que cela et à avoir même un certain scrupule à parler des croisades. C'est oublier cet élan profondément chrétien qui a animé nombre d'acteurs : ils se sont engagés de façon désintéressée pour une cause juste et sainte, à laquelle ils ont consenti le sacrifice de leur vie.
- d'autre part, l'opération de libération des lieux saints et de protection des chrétiens ne s'est pas achevée à la prise de Jérusalem, même si la plupart des croisés s'en sont alors retournés chez eux, leur vœu accompli; les circonstances, la topographie ont imposé que l'expédition religieuse se prolonge par une guerre de conquête puis par une amorce de colonisation qui n'était pas dans les buts initiaux, colonisation qui a imposé des compromis avec les États turcs, arabes. Les «poulains» (nom donné aux colons francs) ont pu alors paraître bien laxistes aux pèlerins fidèles à l'esprit de croisade. Si certains ont ainsi pu parler de première expansion coloniale à propos des États francs de Syrie et de Palestine, implantés pendant deux siècles, il faut observer avec Grousset que «sans le réalisme colonial d'un Baudoin 1er, l'œuvre de la croisade n'eut pas duré dix ans».
L'intention fondamentale étant religieuse[6], il nous faut préciser ce que représente Jérusalem. Nous reprendrons ici des éléments de l'article, cité plus haut, de monsieur l'abbé Chanut :
Isaïe avait, à l'époque de la déportation à Babylone, prophétisé la résurrection de Jérusalem, la Ville Yahwé. De cette nouvelle Jérusalem terrestre on est passé progressivement à la Jérusalem restaurée dans le ciel par Dieu Lui-même. La Jérusalem terrestre est devenue la «figure du royaume spirituel» (St Augustin). A mesure que se développèrent les pèlerinages en Terre Sainte, la vision symbolique de la Jérusalem céleste s'appuie sur la vision concrète de la Jérusalem terrestre dont saint Jérôme avait dit qu'elle était le centre du monde. Au centre de la terre, Jérusalem préside à la terre sainte où le Christ est né, a souffert sa Passion, a été enseveli, est ressuscité d'entre les morts et est monté aux cieux. Avant les croisades, les occidentaux vont à Jérusalem parce qu'elle est la patrie charnelle du salut. La visite des lieux consacrés par la vie, la mort, la résurrection et l'ascension du Seigneur, était l'un des moyens privilégiés d'atteindre aux sommets de l'effusion chrétienne : «La sagesse insondable de Dieu, écrivait à la fin du Xè siècle le cardinal Henri d'Albano, a voulu accorder aux chrétiens ces sanctuaires visibles... à l'intention de ceux dont l'intelligence ne peut atteindre les Saints des Saints invisibles, de façon à les acheminer graduellement vers ceux-ci».
Bien longtemps avant que la Terre Sainte fût occupée par les musulmans, le voyage «au sépulcre du Sauveur», bien que réservé à quelques-uns, était considéré comme la plus grande des œuvres pies et le plus saint des pèlerinages. Tout au long du XIè siècle, des pèlerins s'en vont en groupes de plus en plus nombreux jusqu'à Jérusalem, et par les récits qu'ils font à leur retour, les lieux saints deviennent familiers à leurs contemporains. Jérusalem n'est pas un symbole mais un sacramental où se rencontrent le temps et l'éternité : celui qui vient à Jérusalem se conquiert lui-même au Christ, et conquiert les âmes au Christ.
Il suffit que les chrétiens d'Occident soient persuadés que les nouveaux maîtres turcs de la Terre Sainte multiplient les tracas contre les pèlerinages pour que l'idée de reconquête trouve un excellent accueil.
LE DÉROULEMENT DE LA PREMIÈRE CROISADE
• La préparation 
La croisade fut très probablement décidée au Puy, où Urbain II est venu rencontrer l'évêque Adhémar de Monteil qui avait fait en 1087 le pèlerinage de la Terre Sainte. Elle est proclamée, en clôture du concile de Clermont le 27 novembre 1095 et le lendemain Adhémar de Monteil devient légat du pape pour accompagner l'expédition dont Raymond de Saint Gilles, comte de Toulouse, accepte de prendre le commandement.
De décembre 1095 à mai 1096, Urbain II prêche la croisade dans le Limousin, le Poitou, l'Anjou, la Gascogne, le Languedoc. Il prépare méthodiquement l'organisation de l'armée. On imagine seulement l'envoi d'une petite armée de chevaliers, convoquée au Puy pour le 15 août 1096. On ne prévoit pas alors l'enthousiasme qui va soulever l'Occident jusqu'à l'Europe du Nord et modifier considérablement le projet qui comportera finalement quatre armées pour encadrer un nombre de croisés dont Jacques Heers estime qu'ils furent peut-être 100.000[7]. Sont ainsi constitués : le contingent de la France du nord (langue d'Oil), celui de la France du sud (langue d'Oc), celui de la Belgique wallonne et flamande et du Saint Empire, celui du royaume normand des deux Siciles. C'est une armée internationale où l'on parle plusieurs langues. Comme dénomination commune, les croisés adoptèrent le nom de Francs, donnant à ce mot le sens qu'il avait au temps de l'unité carolingienne, quand la Gaule, la Germanie et l'Italie ne formaient qu'un seul empire sous l'égide de l'Église romaine. Comme insigne de leurs vœux, ils cousent une croix d'étoffe sur leur vêtement.
• Les chefs [8]
On peut noter l'absence de princes régnants (à la différence des croisades suivantes). Notamment, on n'a pas fait appel à Philippe 1er, roi de France, alors excommunié.
- Godefroi de Bouillon
Duc de Basse Lorraine (actuelle Belgique). Sa mère est l'héritière des ducs de Brabant. Son frère Beaudoin, comte de Boulogne-sur-mer, l'accompagne; c'est un personnage moins «recommandable», mais sa personnalité lui fera jouer un rôle de première importance lors de la fondation du royaume de Jérusalem.
Physiquement, Godefroi de Bouillon est très grand; il a une large poitrine, la taille mince, les traits fins, les cheveux et la barbe d'un blond vif. Il a une force stupéfiante. Il décapitera (à la demande d'un Cheikh arabe) un chameau, au ras du col, d'un seul coup d'épée.
C'est aussi un vaillant guerrier. A la bataille de Dorylée, il est, avec cinquante chevaliers, le premier secours apporté à l'autre partie de l'armée en situation difficile. Il entrera le premier à Jérusalem.
C'est un grand chasseur. Il manquera d'être tué en Cilicie par un ours énorme, qu'il a affronté au corps à corps.
Il a une loyauté proverbiale. Sa piété est exemplaire. Ses clercs se plaignent de ce que ses oraisons interminables font qu'on mange trop cuit ou trop froid à sa table. C'est d'ailleurs ce témoignage de piété reçu après la chute de Jérusalem qui convaincra les chevaliers de le prendre comme «roi» de Jérusalem. Au cours de la croisade, il sera pieux, plein de bonne grâce, de douceur, de charité, d'humilité. Il se montrera de bon conseil.
Nommé «roi» par ses pairs, il refuse de porter une couronne d'or là où le Christ a porté une couronne d'épines. Il prend donc le titre d'«Avoué du Saint Sépulcre».
Il restera d'une simplicité de vie légendaire. Les cheikhs arabes seront surpris de le voir dans sa tente, assis à même le sol appuyé sur un mauvais sac de paille. Ses hautes qualités morales lui feront jouer le rôle d'arbitre et de conciliateur parmi les barons.
- Bohemond de Tarente
C'est un Normand d'origine. Il vient du royaume des deux Siciles. C'est un fils dévoué de l'Église romaine, mais d'une ambition illimitée et dénué de scrupules. Il a un tempérament riche, une intelligence avisée. C'est un soldat épique, bouillant encore de la fougue des rois de la mer. Il est capable d'incroyables audaces.
Ce grand nordique, avec son père, Robert Guiscard, avait mené une guerre terrible contre l'empire byzantin de 1081 à 1085. En arrivant à Constantinople avec son contingent, il inquiète grandement l'empereur de Byzance Alexis Comnène. Mais Bohemond était prêt à toutes les concessions sur le papier, à tous les serments de vassalité pourvu qu'il puisse se tailler une principauté en Asie.
Cet homme associe en lui l'astuce sicilienne, la rouerie italienne et normande. Dès les premiers combats, il se révèle un capitaine plein de ressources pour ne pas dire le meilleur stratège de l'armée. Il est aussi à l'aise face aux diplomates byzantins qu'avec son invincible épée face aux Turcs.
Son neveu, Tancrède, se révèlera aussi un vaillant guerrier et un bon administrateur.
- Raymond de Saint Gilles, comte de Toulouse
C'est une personnalité complexe. Méridional passionné, au caractère inquiet, nerveux, inégal, avec des alternances d'enthousiasme et de découragement, d'ambitions romantiques et de brusques abandons, des sautes d'humeur et finalement une solide ténacité. D'une bataille à l'autre, sa conduite varie beaucoup.
Nommé chef de la croisade de peuplement, il se laisse entraîner par ses troupes dans une opération qu'il a déconseillée et qui n'était pas dans la mission confiée. Il s'enfuit ensuite de nuit en abandonnant son armée qui va se faire tailler en pièces. Au Liban, en revanche, il aura une conduite exemplaire «assiégeant Tripoli à lui seul».
Il a été le premier baron à qui Urbain II s'était ouvert de ses projets. Il avait peut-être espéré que cela lui donnerait une prééminence parmi les autres seigneurs.
- L'archevêque Adhémar de Monteil
Urbain II savait juger les hommes. Il avait craint de provoquer des jalousies entre les barons. Il donna donc le soin de coordonner les vues des divers chefs d'armée au sage archevêque Adhémar de Monteil. Jusqu'à son décès à Antioche, le 1er août 1098, il remplira parfaitement ce rôle. Raymond de Saint Gilles eût assez de foi pour n'en manifester aucune amertume.
• La croisade de Pierre L'Ermite
L'enthousiasme des foules suscitera un élan désordonné. Bien avant que des troupes régulières fussent prêtes, une croisade populaire se lancera sur la route de Constantinople derrière Pierre L'Ermite aidé de Gauthier sans Avoir.
Ce mouvement - comme d'autres en Europe - ne semble pas avoir répondu aux vues du pape dont toute l'activité révèle un plan mûri. Un ouvrage récent et bien documenté de Jean Flori, directeur de recherche au CNRS[9] proposa une réhabilitation partielle de Pierre L'Ermite dont il estime que le rôle fut bien plus important que celui que l'on a coutume aujourd'hui de lui attribuer. Il a incarné une conception populaire de la Croisade qu'il ne faudrait pas sous-estimer.
Reste que l'enthousiasme ne pouvait suppléer à l'inorganisation. Les «pèlerins» indisciplinés attaquèrent sur leur passage les villes qui ne leur apportaient pas le soutien attendu. Il y eut notamment sur cette route des exactions vis-à-vis des Juifs. Arrivés à Constantinople, ils inquièteront l'empereur byzantin qui les fit traverser vers l'Asie Mineure en juillet 1096. Sans attendre les armées constituées, et profitant d'une absence de leur chef, ils se dirigent aussitôt vers Nicée, occupée par les Turcs. Ils y seront défaits le 21 octobre 1096. Ils avaient donc à peine pénétré en Anatolie.
• La conduite de la Croisade
Après avoir suivi des routes diverses, les quatre armées parviennent à Constantinople et s'y regroupent entre décembre 1096 et avril 1097.
Se pose alors un problème juridique, celui de l'appartenance des terres qui allaient être conquises. L'empereur demande un serment d'allégeance. Les barons se reconnaîtraient ses vassaux pour les terres qui seront reconquises et qui appartenaient à l'empire romain d'Orient avant l'invasion musulmane.
Raymond de Saint Gilles refuse de promettre autre chose que de respecter la vie et les biens de l'empereur. Bohemond accepte, lui, tous les serments qui lui sont demandés; il se fait même propagandiste des Byzantins. Il ne semble pas avoir eu l'intention de respecter ses promesses mais il voulait - au départ - bénéficier de l'alliance byzantine. Godefroi de Bouillon eût beaucoup de scrupules de conscience. Finalement, il fut mis dans de telles conditions que, pour sauver la croisade et éviter un affrontement entre chrétiens grecs et francs il accepta de se présenter comme vassal de l'empereur. Une fois l'accord politique trouvé, les Francs, massés à Constantinople, passent en Asie Mineure. La décision est prise de progresser vers le sud-est en passant par la ville de Nicée pour ensuite traverser l'Anatolie.
- La prise de Nicée
Nicée, livrée aux Turcs seize ans plus tôt, était devenue, à proximité de Constantinople, la capitale du sultanat Seldjoucide, dont les croisés devaient traverser tout le territoire. Les machines de guerre byzantines, la cavalerie franque, l'aide apportée par une flottille sur le lac assurent la victoire. La ville se rend aux croisés qui, appliquant leur serment, la remettent aux Byzantins; ils en prennent le contrôle le 26 juin 1097. La prise de Nicée est importante; elle permet à l'empereur de réconquérir la Bithynie, l'Ionie (Smyrne, Éphèse), la Lydie et la Phrygie,
alors que tout pouvait laisser craindre une perte définitive de ces zones et de leurs ports... En fait, cette perte se trouve ainsi reculée de plus de trois siècles (1453). Grousset écrit que c'est là un fait d'importance historique qui dépasse peut-être en portée la conquête même de Jérusalem. Un des buts d'Urbain II était atteint : consolider l'empire byzantin.
- La victoire de Dorylée
La ville prise, l'armée se divise en deux colonnes pour faire plus facilement face aux difficultés de ravitaillement.
La première est dirigée par Bohemond, son neveu Tancrède et Robert Courteheuse. La deuxième par Godefroi de Bouillon et Raymond de Saint Gilles. De leur côté, les Turcs concentrent leurs troupes et veulent exploiter cette division des forces franques.
Le 1er juillet au matin, ils tombent en masse sur le corps d'armée de Bohemond. Surpris en pleine marche, il peut rassembler ses troupes et envoyer un messager pour alerter l'autre corps d'armée. La bataille est désespérée pour les Francs qui se battent avec acharnement. Vers midi, l'autre corps d'armée arrive sur le champ de bataille. Godefroi de Bouillon est en tête, suivi de cinquante chevaliers, le reste des brabançons arrivant au galop.
Par ailleurs, les autres chefs de ce corps d'armée, Hugues de Vermandois, Raymond de Saint Gilles et Adhémar de Monteil, utilisant un couvert, contournent l'armée turque et la prennent en tenaille. Broyés par la charge de la lourde cavalerie franque, les Turcs s'enfuient sans prendre le temps de mettre à l'abri leurs richesses.
Les croisés prennent le camp, les tentes, le bétail, les chameaux, l'argent et l'or. C'est la victoire de Dorylée. Depuis 1071, les Turcs dominaient l'Orient. En juillet 1097, la victoire de Dorylée ouvre deux siècles d'hégémonie européenne durant laquelle les Turcs reculeront devant les Francs en Syrie et en Palestine, devant les Byzantins en Asie Mineure.
• La traversée de l'Anatolie
La victoire donne un peu de ravitaillement aux croisés mais ne rend pas pour autant plus aisée la traversée du plateau «quasi désertique» d'Anatolie. Les Francs espèrent que la prise d'Iconium (Quonya) leur permettra de se refaire. Ils trouvent la ville évacuée sans aucun ravitaillement. Ils rentrent alors, divisés à nouveau en deux équipes, dans la région montagneuse et boisée de Cilicie où ils reçoivent l'aide de guides, réfugiés arméniens, valeureux soldats pour lesquels les Francs sont des alliés naturels. Des rivalités entre Baudoin et Tancrède empêchent cependant la conquête de toute la Cilicie. Apparaît, dès ce moment, l'effet néfaste des ambitions particulières des chefs francs. Un regroupement de forces se fait en septembre, à la sortie de ces passages difficiles, dans la ville de Marash en Syrie du Nord, d'où la majeure partie gagnera rapidement Antioche située plus au sud.
• Le comté d'Edesse
Faussant compagnie à cette armée, Baudoin de Boulogne part vers l'Est sur l'Euphrate où les Arméniens subissent le joug des Turcs. Le prince d'Edesse fait appel en novembre 1097 au chef franc qui n'hésitera pas ensuite à laisser se développer, voir à encourager, une révolte populaire afin de prendre sa place. Baudoin agrandira son comté avec la prise de quelques forteresses vaincues. Il épousera une Arménienne. Par des promesses d'argent et de fiefs, il fit du premier État franc en Asie un succès, grâce à sa qualité d'homme de guerre et d'homme d'État, sachant s'adapter au jeu des intrigues locales, qualités qui lui vaudront d'être appelé deux ans plus tard comme roi de Jérusalem.
• Antioche - Le siège - La principauté
Le 21 octobre 1097, Bohemond, en avant-garde, arrive devant Antioche, ville protégée par une enceinte impressionnante, comportant plusieurs centaines de tours ou bastions et par des barrières naturelles : le fleuve Oronte à l'ouest, le massif du Silpio à l'est, des marais au Nord. La ville est immense et un blocus en est impossible. Le siège est pénible, il durera plus de sept mois et connut plusieurs désertions (dont celle de Pierre L'Ermite).
De leur côté, les Turcs, nous l'avons dit, étaient paralysés par leurs querelles. L'émir d'Antioche était en mauvais terme avec son voisin et suzerain le roi d'Alep. Ce dernier était, de plus, brouillé avec son frère le roi de Damas. Damascène et Alepins ne coordonnent pas leur action pour venir au secours d'Antioche. Les Damascènes, arrivant les premiers, sont interceptés par une lourde patrouille franque qui battait la campagne sous les ordres de Bohemond et du comte de Flandre. Les Alepins sont attendus par Bohemond. Il choisit un passage resserré entre le fleuve Oronte et le lac d'Antioche. Les Turcs d'Alep ne peuvent pas alors déployer leurs archers tourbillonnants. Obligés d'accepter le corps à corps, ils sont à leur tour écrasés par les Francs. Une escadre génoise apporte matériel de siège. L'opportunité de cette arrivée en ce lieu montre l'influence organisatrice d'Urbain II.
Un homme enfin livre la ville à Bohemond. Elle est prise le 3 juin 1098 et occupée juste à temps car dès le lendemain arrive une immense armée turque, qui cette fois a refait son unité, et les Francs se trouvent à leur tour assiégés.
Les Turcs, assez nombreux pour assiéger complètement la ville, ne laissent passer aucun ravitaillement. La famine se fait sentir dans le camp chrétien; elle crée abattement et découragement malgré l'énergie déployée par Bohémond. Un miracle leur redonnera courage : un pèlerin provençal a une vision qui lui révèle l'emplacement de la lance qui perça le côté du Christ et on la trouve en effet.
Les Francs décident alors de passer à l'offensive. Le 28 juin, Bohémond fait sortir son armée. L'émir turc, confiant en sa supériorité numérique, les laisse sortir en masse espérant ainsi les exterminer et en finir définitivement; il cherche un combat frontal, mais il est écrasé. Bohémond fait exploiter ce succès par un hallali sans rémission puis le camp turc est pillé; un butin considérable est acquis.
L'armée des croisés restera près de six mois à Antioche. Ce long séjour, nécessaire en partie pour la reconstitution des forces, doit en fait sa durée aux difficultés rencontrées pour régler le sort de la ville. Il relevait du serment fait à l'empereur d'autant que les Grecs n'avaient perdu Antioche que depuis 1084. Prétextant que l'empereur n'avait pas apporté son appui, contrairement aux conditions du serment, estimant qu'il y avait là trahison, les Francs ont retardé toute décision pour, pendant ce temps, s'implanter plus solidement dans la ville. Finalement, Bohémond s'estimera même libéré de sa vassalité. Bohémond veut faire d'Antioche son fief, tandis que Raymond de Saint Gilles ne souhaite pas abandonner les quartiers occupés par ses Toulousains. Adhémar de Monteil est mort le 1er août et aucun prélat ne pouvait imposer une entente entre ces barons dont les conseils se succédaient sans solution.
Les croisés, durant cette deuxième moitié de 1098 ne restent cependant pas enfermés à Antioche et conquièrent quelques bases solides ou châteaux autour de la ville. Bohémond fait une campagne en Cilicie pour s'y faire reconnaître prince d'Antioche par les garnisons franques laissées sur place (Tarse par exemple). Godefroi de Bouillon va soutenir son frère à Edesse. Raymond de Saint Gilles tente de prendre la ville de Maarat au sud-est d'Antioche; il ne l'emporte que grâce à l'aide, qu'il ne souhaitait pas, de Bohémond.
• La prise de Jérusalem 
Ce furent les pèlerins, exaspérés par les querelles, qui finalement exigèrent de reprendre la marche. Pour désarmer la cupidité des chefs, ils menacèrent de raser désormais les villes conquises commençant à démolir, pierre par pierre, Maarat. Le 13 janvier 1099, Raymond de Saint Gilles, sentant Antioche lui échapper, se décide à conduire les fidèles vers le véritable but de la croisade assumant les frais de cette dernière phase.
Cette armée affaiblie est rejointe en mars près de Tripoli par Godefroi de Bouillon. Mais Bohémond restait à Antioche où était fondée une principauté franque qui demeurera jusqu'en 1268 et Baudoin de Boulogne restait à Edesse qui tiendra jusqu'à 1144. L'un et l'autre reniaient ainsi leur vœu.
Le 13 janvier, l'armée des Francs recommence à progresser. Les petits émirs, effrayés, participent au ravitaillement de cette armée. Beyrouth, Tyr, Saint Jean d'Acre fournissent des vivres à mesure que se fait la progression.
A la hauteur d'Emmaüs, Godefroi de Bouillon envoie une patrouille vers Bethléem. Chez les chrétiens de cette ville, une explosion de joie se produisit à la vue des cavaliers francs. Tous rites confondus, ils sortirent en procession et en chantant des psaumes pour les accueillir.
Le 7 juin, les francs sont assez proches de Jérusalem pour que toute l'armée distingue les dômes de la ville sainte. Les croisés se jettent à genoux, en pleurant d'émotion. Ils avancent jusqu'à voir distinctement les tours et les murs de la ville. Jérusalem avait été dix mois auparavant enlevée aux Turcs par les Égyptiens. On était à la mi-juin. La chaleur était torride. L'eau, le ravitaillement manquaient, le matériel de siège aussi. Enfin arriva à Jaffa une escadre gênoise apportant des vivres et du matériel.
Les chefs des croisés se répartissent les secteurs. Robert de Normandie au nord, Robert de Flandre face à l'actuelle Notre-Dame de France. Godefroi de Bouillon et Tancrède dans le secteur Ouest face à la citadelle; Raymond de Saint Gilles au sud sur le mont Sion. Avec le matériel de siège, on bâtit des tours géantes mobiles qui soient capables d'emmener les chevaliers au niveau des remparts. Le 14 juillet, l'assaut commence; les forces sont concentrées face au secteur nord-est. L'attaque est d'abord sans succès. Pour éviter les effets du feu grégeois, Godefroi de Bouillon a recouvert les tours de peaux de moutons fraîchement tués. Le 15 juillet vers midi, la tour de Godefroi de Bouillon arrive à lancer une passerelle vers la muraille. Godefroi s'y précipite suivi de son jeune frère et de deux autres chevaliers de Tournai. En même temps, des échelles font arriver des soldats en différents points des remparts.
La bataille est acharnée. Les défenseurs se replient dans la mosquée d'Agsa (le temple de Salomon), dont la conquête exigea un combat plus acharné encore on y marchait dans le sang jusqu'aux chevilles, rapportent les chroniqueurs. Tancrède et Gaston de Béarn s'attaquent à un autre sanctuaire musulman : la mosquée d'Omar. Les réfugiés demandent l'Aman. Tancrède la leur accorde et leur laisse, en gage, sa bannière. Mais dans la nuit, ou le lendemain de nouvelles vagues d'assaut vont les faire périr. Tancrède en est ulcéré : sa parole et sa bannière n'ont pas été respectées.
Il restait à prendre la citadelle «Antonia», la Tour de David. Le Gouverneur la livre à Saint Gilles, contre la promesse de la vie sauve. Saint Gilles la lui accorde et pour le garantir, le fait escorter jusqu'à Ascalon, ville au pouvoir des Égyptiens. Les massacres de Jérusalem firent horreur aux croisés eux-mêmes une fois passée la fureur du combat. C'était une faute religieuse. C'était une faute politique. Amplifiée par la rumeur, la nouvelle arriva jusqu'à Beyrouth et aux ports sur la côte du Liban. Alors qu'ils étaient prêts à la reddition, ils décident, à partir de ce moment, de se défendre avec énergie. Ces ports restés aux mains ennemies compliqueront l'arrivée des renforts et donneront à l'adversaire une certaine initiative dans le choix des lieux des combats.
Une fois tombée la fureur de la bataille, chrétiens indigènes et croisés, pieds nus, font une procession vers le Saint Sépulcre en action de grâce. Un chroniqueur écrit : «Chacun croyait encore voir devant lui le corps crucifié de Jésus-Christ et il leur semblait aussi qu'ils fussent à la porte du ciel» (cité par Grousset).
Afin d'organiser la conquête, les chevaliers ne s'entendent que sur le nom de Godefroi de Bouillon. Comme on le sait, il refusera le titre de roi et se nommera Avoué du Saint Sépulcre; il gardera le reste de sa vie une ascèse qui fit l'admiration même des musulmans.

DE LA PRISE DE JÉRUSALEM
A LA FIN DES ÉTATS FRANCS
DE SYRIE ET DE PALESTINE EN 1291
Après la prise de Jérusalem, la croisade se démobilise très vite. Le voeu des croisés était rempli. Alors qu'ils étaient en force, les chrétiens n'ont pas cherché à en finir avec l'islam syrien, se contentant de conquérir la frange côtière et laissant aux musulmans la Syrie intérieure. Il ne restera à Godefroi de Bouillon que quelques centaines de chevaliers. Certes, la papauté se préoccupe de l'envoi de croisades de renfort ou de peuplement. La première passe en Asie en 1101 avec Raymond de Saint Gilles, mais elle se déroute pour aller libérer Bohémond, prisonnier à Niksan. Elle est exterminée. D'autres suivirent sans plus de succès. Au total, on perdit plus de 100.000 hommes qui manquèrent cruellement à la Syrie franque.
En 1124, lors de la reprise générale des hostilités, les quatre États francs (Principauté d'Antioche, comtés d'Edesse et de Tripoli, royaume de Jérusalem) ne pourront mettre sur pied que 1100 chevaliers. Les ordres militaires vont constituer l'armée permanente de l'Orient latin. L'ordre de l'Hopital de Saint Jean de Jérusalem (manteaux noirs ou rouges, croix blanche), fondé en 1070, fut réformé en ordre militaire pour la première Croisade. Les Templiers (manteau blanc croix rouge), militaires dès l'origine, sont fondés en 1118. Les chevaliers teutoniques seront fondés en 1143.
Le comté d'Edesse ne durera que jusqu'en décembre 1144. Cette perte fera l'occasion de la deuxième Croisade, prêchée par saint Bernard. Elle est conduite par l'empereur germanique et le roi de France, Louis VII, et se soldera par un échec devant Damas en 1148, entraînant la perte d'une partie de la principauté d'Antioche, l'année suivante.
Jérusalem connaîtra une belle défense, notamment avec l'action de Beaudoin IV, le jeune roi lépreux, mais dont la succession ne fut pas assurée. En 1187, défaite d'Hattin où toute la chevalerie est tuée ou prise, le royaume de Jérusalem tombe aux mains de Saladin à l'exception de Tyr qui allait servir plus tard de point de départ de la reconquête franque au cours de la troisième Croisade, conduite par l'empereur germanique Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe Auguste et le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion. Ils reprennent l'île de Chypre (dont le rôle sera essentiel plus tard) et Acre en 1191 qui devient pour un siècle la capitale du royaume de Jérusalem.
Une quatrième Croisade déclenchée par Innocent III n'apportera pas les renforts nécessaires car elle fut détournée de son objectif qui était la reconquête de Jérusalem, en allant occuper Constantinople en 1204 avec des destructions impardonnables, acte de brigandage déploré par le pape. Constantinople ne sera rendu aux grecs qu'en 1261. A long terme, la quatrième croisade a ouvert la porte à la conquête ottomane.
En 1216, une cinquième Croisade[10] est ordonnée par Honorius et conduite par le roi de Hongrie, le duc d'Autriche et Jean de Brienne, roi de Jérusalem. Ils échouent au mont Thabor en Galilée en 1217. Mais dans le même temps d'autres croisés débarquent en Égypte, prennent Damiette dans le delta du Nil, dont le sultan propose l'échange avec Jérusalem. L'intransigeance du légat fait échouer la proposition et Damiette devra être abandonnée peu après.
Le pape Grégoire IX, malgré ses démêlés avec l'empereur Frédéric II qu'il excommunie, a l'initiative de la sixième Croisade. En fait Frédéric II mène une campagne plus diplomatique que guerrière. Il obtint, par le traité de Jaffa (1229) la restitution par le sultan de Jérusalem, Bethléem et Nazareth. Jérusalem étant reconnu Ville Sainte pour les deux cultes. Le Saint Sépulcre est rendu aux chrétiens, les musulmans gardent la mosquée d'Omar et celle d'Al Aqça. Une guerre de barons détruit à nouveau cet équilibre et en 1244 Jérusalem est définitivement enlevée aux chrétiens par les Turcs.
C'est ce qui conduit Louis IX à partir en croisade (septième). Conscient de ce que la clef de Jérusalem est au Caire, il s'empare de Damiette, en 1249, mais il est bloqué par la période de crue du Nil. Il refuse à son tour l'échange de Damiette et de Jérusalem, marche sur le Caire mais doit capituler en 1250. Il est fait prisonnier quelques jours puis part pour la Syrie où il restera quatre ans. Il y rétablit l'ordre et la discipline. Dès son départ, c'est de nouveau l'anarchie à laquelle s'ajoutent des rivalités commerciales entre gênois et vénitiens. Dans le même temps, l'unité de l'adversaire se réalise sous le sultanat mamelouk qui règne de façon autoritaire et militaire de l'Égypte à l'Euphrate et qui est résolu à rejeter les Francs à la mer.
La mort de saint Louis à Tunis, au départ de la neuvième croisade en 1270 enlève toute espérance. Tripoli est perdu en 1289, Acre en 1291 puis Tyr, Sidon, Beyrouth. «Par ses discordes poursuivies jusqu'à la dernière heure, la Syrie franque s'était suicidée».
Derrière cette histoire chaotique, il reste que pendant près de deux cents ans la Syrie franque a vu fleurir une brillante civilisation latine à base française. Pendant deux siècles les buts assignés par Urbain II ont été en grande partie atteints :
- délivrance des lieux saints;
- survie de l'empire byzantin;
- paix sociale assurée en Europe, par une certaine diffusion de l'idéal chevaleresque et la réalisation d'une certaine unité éliminant les tentations de combats locaux.
Par contre l'unité avec les chrétiens d'Orient ne s'est pas faite. Le schisme s'est consolidé.
APRÈS LES CROISADES...
En 1291, il ne reste plus rien de ces acquis. Les croisades ont apporté un sursis de deux siècles. Moins de cent ans après la chute des États francs, l'Asie musulmane envahit la chrétienté en attaquant l'empire byzantin déjà pratiquement réduit à la Thrace, la Macédoine (Est des Balkans) et à l'ouest de l'Anatolie.
Au XIVème siècle les turcs Ottomans enlèvent la Phrygie, la Bithynie (Nicée 1331). Urbain V essaie de prêcher une croisade; seul y répond le comte de Savoie en 1366. Il parvient aux Dardanelles mais en 1389 les Turcs franchissent le Bosphore et atteignent le Danube. Constantinople est encerclée. Une nouvelle croisade tente d'aider le roi de Hongrie (Jean-Sans-Peur de Bourgogne, l'amiral Jean de Vienne). La défaite de Nicopolis en 1396 est sanglante. Survint alors une éclipse temporaire de la puissance ottomane, à la suite d'un conflit entre Tamerlan (issu d'un clan Turco-Mongol) et le terrible sultan Bajazet vainqueur de Nicopolis. Le sultan est défait à Ankara en 1402. Les Hongrois tenteront, hélas seuls, de profiter de ce répit. Avec Jean Hunyadi, le siège de Belgrade est levé en 1440. Sofia est repris mais les Turcs reprennent alors l'initiative et ils gagnent à Kossovo en Serbie en 1448.
Enfin le 29 mai 1453, Constantinople est prise d'assaut sans que la Chrétienté ne lui apporte un soutien. Otrante, en Italie, est pillée en 1480. La Hongrie est écrasée à Mohacs en 1526 par le sultan Soliman. Vienne est assiégée en 1529. Rhodes et Chypre sont enlevés [11] Cet assaut sera finalement arrêté par l'initiative du pape saint Pie V qui, avec bien du mal, réunit l'Espagne, les Vénitiens, les chevaliers de Maltes, plaçant cette flotte sous les ordres de don Juan d'Autriche.
C'est alors la victoire de Lépante en 1571, victoire du Rosaire. La Méditerranée ne sera pas musulmane. Le succès de Lépante ne sera pas exploité. La ligue se disperse, alors que la panique régnait à Constantinople. Les turcs reprennent alors le combat, s'attaquant à la Pologne, qui leur résiste. Ils sont également battus en Hongrie à Saint Gotthard mais assiègent en force (100.000 h) Vienne en 1683[12]. On doit à Innocent XI l'alliance de l'empereur et du roi de Pologne. La situation paraissait compromise. Le roi de Pologne Sobieski accourt de Czestockova et permet la victoire. On est le trentième jour après l'Assomption. Le pape étendit ce jour-là à toute l'Église la fête d'action de grâce du Saint Nom de Marie. A Lépante et à Vienne, l'invasion musulmane a été arrêtée.
La question qui vient à l'esprit est évidemment : où en sommes-nous aujourd'hui trois siècles après Vienne? L'histoire ne se représente pas de manière uniforme. Mais elle doit éclairer le jugement que nous pouvons porter; elle peut nous aider à avoir une vue réaliste de cette constante de l'histoire de l'Europe qu'est la menace de l'islam. Les affaires récentes de Bosnie ou du Kossovo ne sont pas sans rappeler à leur manière les avancées des XIVème, XVème et XVIème siècles.
L'Occident le sait-il? Et, face au croissant, est-il capable encore de porter la Croix?
CONCLUSION
Revenons pour la conclusion à ce 15 juillet 1099 à Jérusalem et à l'épopée franque,dont Urbain II fut l'initiateur, en évoquant un texte de l'abbé Augustin Lemann[13]. Liant l'esprit des croisades vers les Lieux Saints avec la délivrance de la France par Jeanne d'Arc, il prononce à
Reims le 24 juillet 1887 un très long discours où il montre que Jeanne fut la récompense des croisades : «L'héroïne de France a récompensé la France de son héroïsme autour du tombeau de Jésus-Christ». Trois grands siècles séparent Urbain II de Jeanne et cependant «Ce n'est pas simplement un parallèle que je viens vous offrir; explorateur de vos gloires, je viens constater et célébrer un lien»; son discours s'articule sur trois propositions :
- l'élan de foi et d'amour de la France aux croisades est reproduit dans l'élan de foi et d'amour de la bergère de Domrémy;
- la chevalerie des croisades est reproduite dans la manière de combattre de Jeanne d'Arc;
- la délivrance du Saint Sépulcre est reproduite dans la délivrance de la France, fille aînée de l'Église.
On raconte que Clovis, écoutant le récit de la Passion au Golgotha, avait poussé cette exclamation : «Que n'étais-je là avec mes Francs?». En 1099 au Saint Sépulcre les Francs sont là, lancés par Urbain II. Pourra-t-on demain, en dire autant des Français si, ce qu'à Dieu ne plaise, ils se trouvent confrontés à de semblables situations ?
André Frament Michel Berger
Bibliographie
- Histoire des Croisades et du Royaume Franc de Jérusalem (3 vol.), R. Grousset, Plon, 1934, réédité par Perrin en 1991
- Les Croisades, R. Grousset, PUF (coll. Quadrige), 1994, 126 p.
- La Croix et le Croissant, Actes de la 4è université d'été de Renaissance catholique, août 1995.
- Libérer Jérusalem. La 1ère Croisade - 1095-1107, Jacques Heers, Perrin, 1999, 370 pages.
- L'épopée des Croisades, R. Grousset, Perrin, 1999, 321 pages.
- Pierre l'Ermite et la 1ère Croisade, Jean Flori, Fayard, 1999, 648 pages.
ANNEXE
L'appel à la croisade d'Urbain
Le texte de l'appel d'Urbain II n'est pas connu exactement. On ne possède que quelques reconstitutions de chroniqueurs élaborées au moins dix ans plus tard et qui comportent de grandes différences. (Chroniques de Robert le Moine, Baldrick de Bangueil, Creibert de Nogent, Foucher de Chartres). Georges Minois, dans son ouvrage L'Église et la guerre[14] cite (p.132) la version de Robert le Moine, estimée l'une des plus classiques.
«Des confins de Jérusalem et de la ville de Constantinople nous sont parvenus de tristes récits : souvent déjà nos oreilles en a avaient été frappées; des peuples du royaume des persans, nation maudite, nation entièrement étrangère à Dieu, race qui n'a point tourné son cœur vers Lui, et n'a point confié son esprit au Seigneur, ont envahi en ces contrées les terres des chrétiens, les ont dévastées par le fer, le pillage, l'incendie (...). A qui donc appartient-il de les punir et de leur arracher ce qu'ils ont envahi, si ce n'est à vous, à qui le Seigneur a accordé pardessus toutes les autres nations l'insigne gloire des armes, la grandeur de l'âme, l'agilité du corps et la force d'abaisser la tête de ceux qui vous résistent? (...).
O très courageux chevaliers, postérité sortie de pères invincibles, ne dégénérez point, mais rappelez-vous les vertus de vos ancêtres; que si vous vous sentez retenus par le cher amour de vos enfants, de vos parents, de vos femmes, remettez-vous en mémoire ce que dit le Seigneur dans son Évangile : qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi (...).
Prenez la route du Saint-Sépulcre, arrachez ce pays des mains de ce peuple abominable, et soumettez-le à votre puissance. Dieu a donné à Israël en priorité cette terre dont l'Écriture dit qu'il y coule du lait et du miel; Jérusalem en est le centre; son territoire, fertile par-dessus tous les autres, offre pour ainsi dire les délices d'un autre paradis; le Rédempteur du genre humain l'a illustré par sa venue, honoré de sa résidence, consacré par sa Passion, racheté par sa mort, signalé par sa sépulture (...).
Prenez donc cette route, en rémission de vos péchés, et partez, assurés de la gloire impérissable qui vous attend dans le Royaume des cieux (...).
Quiconque aura donc volonté d'entreprendre ce saint pèlerinage, en prendra l'engagement envers Dieu, et se dévouera en sacrifice comme une hostie vivante, sainte et agréable à Dieu; qu'il porte le signe de la croix du Seigneur sur son front ou sa poitrine; que celui qui, en accomplissement de son vœu, voudra se mettre en marche, la place derrière lui entre ses épaules; il accomplira par cette double action le précepte du Seigneur, qui a enseigné dans son Évangile : celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de moi».
Georges Minois cite également (p.140) un passage de la reconstitution de l'appel d'Urbain II par Foucher de Chartres. Celui-ci note le souci du pape de pacifier la chrétienté en proie à des luttes intestines :
«Qu'ils aillent donc au combat contre les infidèles, un combat qui vaut d'être engagé et qui mérite de s'achever en victoire, ceux-là qui jusqu'ici s'adonnaient à des guerres privées et abusives, au grand dam des fidèles ! Qu'ils soient désormais des chevaliers du Christ, ceux-là qui n'étaient que des brigands! Qu'ils luttent maintenant, à bon droit, contre les barbares, ceux-là qui se battaient contre leurs frères et leurs parents! Ce sont les récompenses éternelles qu'ils vont gagner, ceux qui se faisaient mercenaires pour quelques misérables sous. Ils travailleront pour un double honneur, ceux-là qui se fatiguaient au détriment de leur corps et de leur âme. Ils étaient ici tristes et pauvres; ils seront là-bas joyeux et riches. Ici, ils étaient les ennemis du Seigneur; là-bas ils seront ses amis».
Guillaume de Tyr fait tenir à Urbain II des propos très voisins:
«Les armes que vous ensanglantez en des meurtres iniques et réciproques, tournez-les contre les ennemis de la foi et du nom chrétien».
Saint Bernard, prêchant la deuxième croisade, reprendra ce thème:
«Guerriers qui m'écoutez, vous cherchez sans cesse de vains prétextes de guerre, réjouissez-vous car voici une guerre légitime... Il ne s'agit pas de venger les injures des hommes, mais celles de la divinité; il ne s'agit plus 'attaquer une ville ou un château, mais de conquérir les lieux saints» (cité par G. Minois, p.141, op.cit.)
André Frament - Michel Berger
[1] Mélange de salpêtre et de bitume qui brûle même au contact de l'eau.
[2] Sur le déroulement de cette bataille et notamment sur la dévotion mariale qui l'a accompagnée (procession du voile de la Vierge des Blachernes...) se reporter à l'article «La Vierge Marie et la défense de l'Europe», dans le tiré-à-part «Identité Catholique de l'Europe» (Actes du congrès Montauriol de 1990).
[3] Voir L'histoire de la Reconquista, par Philippe Conrad, éd. PUF, collection Que saisje? (recension dans l'A.F.S. n°136, avril 1998).
[4] Voir en annexe celle de Robert le Moine
[5] Article de la revue Tu es Petrus, de la fraternité Saint Pierre (mai-juin 1999)
[6] Le concile de Clermont mentionne un canon faisant remise des peines temporelles à ceux qui se rendraient en Terre Sainte pour un motif pieux.
[7] Tous ne sont pas combattants. Une part très importante des croisés (femmes notamment) accompagnent ces combattants.
[8] Nous citerons plus loin Pierre l'Ermite à propos de la Croisade «populaire». Nous n'évoquerons ici que les chefs des armées «régulières».
[9] Pierre L'Ermite et la Ière Croisade, édition Fayard, 648 pages, mars 1999. Son titre ne reflète qu'imparfaitement le contenu de l'ouvrage qui ne se propose pas seulement cette réhabilitation de Pierre L'Ermite, mais présente une analyse très complète de la première Croisade.
[10] ) Précédée de la «Croisade des enfants» : des milliers de jeunes pèlerins allemands et français, meurent d'épuisement sur la route de la Terre Sainte.
[11] Pendant ce temps, le roi «très chrétien» de France, François Ier s'alliait aux musulmans d'Afrique du Nord les aidant à piller l'Italie du sud et à assiéger Nice!
[12] Louis XIV, qui dispose alors de la marine la plus puissante et des meilleurs marins, n'a pas levé le petit doigt!
[13] Issu du Judaïsme, l'abbé Lemann est très sensible aux rapports du Nouveau et de l'Ancien Testaments et les applique de façon saisissante aux rapports entre la mission particulière de la France, fille aînée de l'Église, dans la nouvelle Alliance et celle de la nation juive.
[14] Nous précisons ici que nous ne partageons pas la thèse de l'auteur de cet ouvrage qui vise à montrer que le concept de guerre juste - dont il analyse l'évolution - constitue une faute grave que l'Église aujourd'hui cherche à réparer.





