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La laïcité vu par Mgr Valdini

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La laïcité française vue par Mgr Valdrini,

professeur de droit canonique à l'Université pontificale du Latran.

 

Le site Zenit.org a publié, le 15 novembre 2009, un entretien auquel il donne le titre

« La laïcité française permet des relations pacifiées entre l'Église et l'État ».

 

Nous en donnerons les principaux passages, avec les commentaires qui s'imposent.

  

  • Zenit - Monseigneur Valdrini, pouvez-vous nous dire ce qu'est la laïcité française aujourd'hui ?

 

Mgr Valdrini - La laïcité française se définit d'abord par la neutralité de l'État. L'État est absolument libre par rapport aux religions, ce qui, historiquement, est relativement nouveau. Il n'y a pas de religion privilégiée en France et donc celui-ci accepte le pluralisme des religions. Par ailleurs, dans l'État français, les religions sont absolument libres, sauf à respecter l'ordre public. Ce qui aujourd'hui définit le mieux la laïcité française, c'est donc cette double liberté, exprimée par un homme politique au moment de la séparation en 1905. Il disait : « Des Églises libres dans un État libre ».
 
Commentaire :
 
La laïcité définie comme étant la neutralité de l'État, autrement dit la laïcité limitée type loi de 1905 [1], est contraire à la doctrine de la Royauté sociale de Notre Seigneur.
Il faut reconnaître que la déclaration conciliaire sur la liberté religieuse, par ses articles 3 et 6, conduit pratiquement à la neutralité de l'État. Et la dite neutralité a été présentée comme une bonne chose par Jean Paul II :
 
La laïcité (...) n'est autre que le respect de toutes les croyances de la part de l'État, qui assure le libre exercice des activités cultuelles, spirituelles, culturelles et caritatives des communautés de croyants. Dans une société pluraliste, la laïcité est un lieu de communication entre les diverses traditions spirituelles et la nation. (...) Un sain dialogue entre l'État et les églises - qui ne sont pas des concurrents mais des partenaires - peut sans aucun doute favoriser le développement intégral de la personne humaine et l'harmonie de la société.
(Discours au corps diplomatique, 13 janvier 2004)
 
Pour sa part, la non-confessionnalité de l'État, qui est une non-immixtion du pouvoir civil dans la vie de l'Église et des différentes religions, comme dans la sphère du spirituel, permet que toutes les composantes de la société travaillent ensemble au service de tous et de la communauté nationale.
(Lettre du 11 février 2005 à l'épiscopat français)
 
Remarquons que l'expression « Des Églises libres dans un État libre » reprend celle de Montalembert dans les années 1860 (« l'Église libre dans l'État libre ») et correspond à la pensée des catholiques libéraux. [2]

 

  • Zenit - Comment est née cette laïcité, et comment s'est-elle structurée ?

 

Mgr Valdrini - Elle a une double origine : une source philosophique et une source politique. La source philosophique, c'est le 18ème siècle français, avec notamment les philosophes qui ont revendiqué un statut de citoyen libre par rapport à la foi. On pouvait être citoyen en France et être athée. Voilà qui explique d'ailleurs pourquoi un des terrains de combat de la laïcité a été l'école et l'enseignement de la morale. On promouvait une morale qui ne se référait pas à la religion.
Et puis la laïcité française a aussi des racines politiques. Dans les cadres juridiques et politiques précédant la séparation des Églises et de l'État en 1905, l'État s'intéressait à la nomination des évêques, à la gestion des biens, au statut d'institutions ecclésiastiques comme les écoles qui étaient sous la juridiction de l'Église ou le statut des universités catholiques. C'était un combat entre Français républicains, et donc contre l'Église, et des Français qui se disaient favorables au pape et donc pour l'Église. La liberté et de l'État et de l'Église a été une solution politique.

 

 
Commentaire :
 
La laïcité a effectivement sa source dans la « philosophie des Lumières » [3] du 18e siècle qui fut la philosophie (fondamentalement antichrétienne) de la Révolution française.
 
La solution politique obtenue en 1905, l'Église libre dans l'État libre, autrement dit la séparation de l'Église et de l'État (ou la neutralité de l'État) est logiquement antichrétienne.

 

  • Zenit - Est-ce-qu'on peut imaginer qu'aujourd'hui, on soit arrivé, suite à deux cents ans d'histoire après la Révolution française, à une espèce d'équilibre en France ?

 

Mgr Valdrini - Un équilibre, oui ! (...) Dès lors, la laïcité « non-positive » paraissait une sorte de laïcité en creux et faisait que les Églises pouvaient vivre librement à l'intérieur d'un pays mais sans avoir d'autres registres d'action et d'explication que le registre privé. Voici que tout à coup la laïcité est dite positive. Dans cette nouvelle manière de la comprendre, on dit que les Églises peuvent avoir une importance dans le débat social, avec des points de vue, par exemple sur l'éthique, sur la morale ou sur tout autre sujet que l'État peut prendre en compte.

 

Commentaire :

Nous avons donc, d’après Mgr Valdrini,     trois formes de laïcité :

 

-          La laïcité limitée : neutralité de l’Etat et de ses services – Séparation Eglise/Etat.

 

-          La laïcité « non positive » : l’Eglise réduite au « registre privé » (C’est ce que nous appelons laïcité radicale).

 

-          La laïcité « positive » : amélioration mineure de la précédente : on permet à l’Eglise de sortir du « registre privé » uniquement pour participer au « débat social » sans que l’Etat ait à tenir compte de ce qu’elle dit.

  • Zenit - Comment l'Église de France vit-elle cette laïcité aujourd'hui ?

 

Mgr Valdrini - Personnellement, je trouve qu'elle vit très bien cette laïcité. Nous parlons de la laïcité, mais il faudrait aussi parler de la société qui est considérablement sécularisée. Or, dans cette société où l'Église en France trouve de mieux en mieux sa place, elle a une parole très libre. Nous l'avons vu récemment et le voyons encore, avec le débat sur la bioéthique, où l'Église catholique a joué et joue encore un rôle essentiel, voire d'animation du débat politique, avec une approche du thème tout à fait originale et spécifique que n'avaient pas ou n'ont pas les hommes politiques.

 

Commentaire :

 

Mgr Valdrini est satisfait parce que l'Église trouverait de mieux en mieux sa place dans la société.
 
Quelle est donc cette place alors que l'État s'avère de plus en plus antichrétien par son Éducation nationale, par ses lois, par ses projets (euthanasie - suppression du repos dominical), alors que notre société est de plus en plus déchristianisée du fait de l'action laïcisante de l'État depuis deux siècles ?

 

 


[1] Sur la distinction entre laïcité limitée (ne touchant que l'État et ses services) et la laïcité radicale (s'étendant à tout l' « espace public », voir l'Aide mémoire sur la laïcité dans le n°203 (juin 2009) de l'AFS, p. 9.

[2] Cf. la brochure AFS « Connaissance élémentaire du libéralisme catholique ».

[3] Sur cette philosophie, voir la brochure AFS « La philosophie des Lumières ».

 

***

 

Conclusion :

 

  • La laïcité dite française qui plait tant à Mgr Valdrini est aujourd'hui officiellement admise dans l'Église (cf les textes de Jean Paul II cités ci-dessus).

  • Caractérisée par la neutralité de l'État (et donc par le séparation de l'Église et de l'État), elle est une doctrine fausse où saint Pie X voyait «une négation très claire de l'ordre surnaturel» (encyclique Vehementer).

  • Il faut continuer à combattre cette négation de l'ordre surnaturel qui fit perdre la foi à la majorité du peuple français.

 


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