La laïcité de l'Etat en pratique.
Henri Lasserre a été un des meilleurs historiens des apparitions de la Sainte Vierge à sainte Bernadette. Quand il a publié son livre, un admirateur avait déposé 5000 francs or chez un notaire offerts à celui qui prouverait qu'une allégation de ce livre était fausse. Personne n'a relevé le défi.
Il est intéressant de relire un extrait (au moins) de ce livre[1]. L'auteur présente un extrait du Journal des Débats de 1858 qui fait réfléchir aujourd'hui encore.
Comme Henri Lasserre fait une longue citation nous allons mettre en caractères normaux ce qui est de lui, et en italique ce qu'il transcrit du Journal des Débats. Les notes sont de notre rédaction.
Début de citation
Le journal des Débats (3 septembre 1858) par la plume de M. Prévost-Paradol s'effrayait à l'avance de l'immense portée qu'auraient infailliblement le Rapport de la Commission[2] et le verdict de l'Evêque, et il partait de là pour faire appel au bras séculier et conjurer César de tout arrêter « Il est évident » disait-il «qu'une manifestation éclatante de la Divinité en faveur d'un culte dépose hautement de sa vérité particulière, de sa supériorité sur tous les autres, de son droit incontestable au gouvernement des âmes.[3] C'est donc un évènement de nature à amener des adhésions nombreuses soit de la part des dissidents soit de la part des incrédules ; en un mot c'est un instrument de prosélytisme.[4] » Il faisait ressortir en outre l'importance politique du résultat de l'enquête
Si cette décision est favorable au Miracle, elle tend jusqu'à un certain point à rompre dans cette partie de la France l'équilibre entre le pouvoir religieux et le pouvoir civil. Les ministres d'un culte en faveur duquel se constatent de tels prodiges, sont d'autres personnages que ceux qu'a prévu d'organiser et réglementes le concordat. Ils ont une autre influence sur la population et, en cas de conflit, ils en disposent avec une autre autorité que le conseil d'État et le Préfet.[5]
Nous avons suffisamment constaté » continuait l'écrivain des Débats, « l'importance que doit avoir, à différents points de vue, la décision de la commission épiscopale de Tarbes. Or il est ici une vérité dont il faut se souvenir et que M. de Morny[6] vient de rappeler avec une juste insistance au Conseil Général du Puy de Dôme. C'est que rien d'important ne peut légalement se faire en France sans l'autorisation préalable de l'Administration. Si l'on ne peut, comme le dit fort bien M. de Morny, remuer une pierre ou creuser un puits[7] sans l'aveu de l'Administration, à plus forte raison ne peut on sans son aveu constater un Miracle et fonder un pèlerinage. Quiconque s'est occupé des affaires religieuses et particulièrement de l'ouverture des temples et des écoles de communes dissidentes, sait parfaitement que l'Autorité administrative a, non pas un mais dix, non pas un article de loi mais vingt ou trente qui lui confèrent la toute puissance en ces matières. La réunion de la Commission du diocèse de Tarbes peut être prévenue ou dissoute en cent façons par le concordat, par le code Pénal, par la loi de 1824, par le décret de février 1852, par l'autorité centrale, par l'autorité municipale, par toutes les autorités inimaginables. Bien plus, une fois prise, la décision de cette communion peut être annulée en fait par l'opposition légale de l'Autorité administrative à l'érection d'une chapelle ou au débit de l'eau merveilleuse, la même Autorité peut interdire ou dissoudre tout rassemblement et en poursuivre les auteurs...
Fin de citation
Nous ne sommes pas loin de cet état de fait en France. Bien des textes de lois sont rédigés de manière à ce que de simples décrets gouvernementaux pourraient nous obliger à fermer bien des œuvres que nous avons financées pour pouvoir disposer de lieux respirables pour notre foi et sa transmission. Cela ne se fait pas encore, parce que l'opinion publique n'est pas encore suffisamment préparée. La cathophobie est propagée pour permettre cette évolution.
André Frament
[1] Henri Lasserre Notre Dame de Lourdes
[2] La Commission Canonique chargée par l'évêque de Tarbes de se prononcer sur la nature des apparitions
[3] La religion catholique est la seule qui invite les observateurs de tous bords à venir faire leurs constatations sur les guérisons obtenues à Lourdes ou dans d'autres lieux saints. Elles sont une manifestation éclatante de la Divinité en faveur de notre religion, un haut témoignage de sa vérité particulière, de sa supériorité sur tous les autres, de son droit incontestable au gouvernement des âmes. (Il s'agit des âmes) Sommes nous conscients de cela ?
[4] Pour l'auteur la vérité doit être cachée pour éviter tout "prosélytisme".
[5] Ce paragraphe bien la mentalité totalitaire de ce "libéral" qui se hérisse à la pensée que le gouvernement des âmes échappe au pouvoir civil. Il refuse la consigne de N. S. Jésus Christ : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Il est quand même conscient des limites que donne au pouvoir civil la règle de saint Pierre : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes »
[6] Charles Joseph duc de Morny, frère utérin de Napoléon III, occupa diverses charges politiques importantes durant la deuxième république et le second empire. (1811-1865)
[7] Notre situation actuelle est-elle vraiment différente ?





