Le trinôme
liberté religieuse – pluralisme – laïcité
La Croix du 22 décembre 2010 consacre deux pages et demie au thème de la laïcité avec interventions de Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille et d'Émile Poulat qui se présente comme sociologue et historien.[1]
Pour saisir la portée des textes de ces auteurs, rappelons au préalable la théorie de la laïcité.[2]
Elle comprend un principe et deux modes d’application.
Principe : la religion est une affaire privée.
Application radicale du principe (nous avons alors une laïcité radicale)
Elle conduit aux corollaires suivants :
1. Neutralité de l’État et de ses services.
2. Séparation de l’Église et de l’État.
3. Souveraineté populaire.
4. Neutralité de la vie sociale (en dehors du domaine politique).
Application « modérée » du principe (nous avons alors une laïcité limitée) :
Les corollaires 1, 2 et 3 ci-dessus sont maintenus, mais pas le quatrième. Le culte public des religions est admis à condition que soient respectées des règles précisées par l’État.
La laïcité type loi de 1905 correspond à ce cas.
L’approbation de la laïcité limitée par l’archevêque de Lille
Voici l’essentiel de son texte paru dans La Croix du 22 décembre 2010. Après avoir parlé de « l’insertion de la communauté chrétienne dans l’espace public », il écrit :
Si l'on conçoit la laïcité comme une nouvelle religion, je crois que l'on fait fausse route. En revanche, la laïcité doit garantir à chacun la possibilité de vivre ses convictions philosophiques ou religieuses, y compris dans une part de l'espace public. En effet, la liberté religieuse n'est pas une liberté privée, mais publique, et elle conditionne les autres libertés. Dans une société pluraliste, il me semble que c'est donc une condition essentielle d'existence du pluralisme. Dès lors, ce pluralisme doit pouvoir s'exprimer de façon visible. C'est à chaque culte de savoir s'auto-discipliner, pour que sa propre prise de position ne soit pas excessive et permette aux autres de vivre.
Cette prise de position en faveur de la laïcité limitée est à rapprocher d’autres déclarations épiscopales défendant la même thèse, en particulier celles qui firent suite au discours de Jacques Chirac sur la laïcité du 17 décembre 2003 :
- Celle de Mgr Ricard, à l’époque (2003) président de la conférence des évêques de France :
Il est de la responsabilité de l’État d’assurer « le même respect, la même considération à toutes les grandes familles spirituelles ». [3]
- Celle de Mgr Stanislas Lalanne, secrétaire général de la conférence des évêques de France :
Après les débats et les diverses prises de position qui ont eu lieu ces dernières semaines, nous avons entendu un discours plus mesuré qui situe les grands enjeux et les défis du vivre ensemble. L’Église catholique peut apporter sa contribution. Plus qu’un principe, la laïcité est une pratique en vue d’assurer la liberté des cultes et l’expression sociale des religions. [4]
- Celle de Mgr Joseph Doré, archevêque de Strasbourg :
Nous désirons être partie prenante de ce débat sur une laïcité d’ouverture et de respect mutuel, qui ne doit pas être remise en cause. [5]
Avec de tels textes, nous sommes loin de la Déclaration sur les lois de la laïcité et les mesures à prendre pour les combattre de l’Assemblée des cardinaux et archevêques de France du 10 mars 1925, où il était précisé en conclusion :
Comme les lois de laïcité attentent aux droits de Dieu, comme elles nous atteignent dans nos intérêts spirituels, comme, après avoir ruiné les principes essentiels sur lesquels repose la société, elles sont ennemies de la vraie religion qui nous ordonne de reconnaître et d'adorer, dans tous les domaines, Dieu et son Christ, d'adhérer à leur enseignement, de nous soumettre à leurs commandements, de sauver à tout prix nos âmes, il ne nous est pas permis d’obéir (à ces lois), nous avons le droit et le devoir de les combattre et d'en exiger, par tous les moyens honnêtes, l'abrogation.
L’approbation de la laïcité limitée par Émile Poulat
Elle s’exprime dans ses livres et est rappelée dans son article « Faut-il simplifier la loi de 1905 ? » de La Croix du 22 décembre 2010, article qui commence ainsi :
La « laïcité », ce n’est en France ni la séparation, ni la libre pensée, ni la tolérance. C’est un régime de libertés, où il est permis à tous d’être et de s’affirmer publiquement, aux choix de chacun, croyant ou incroyant ainsi qu’on dit, ou de s’y refuser, à égalité de traitement, sans discrimination, sous la seule réserve de l’ordre public.
Contrairement à ce qu’affirme Émile Poulat, la laïcité limitée (type 1905) est bien une séparation.[6] Du fait même de sa neutralité, l’État refuse le Chrit-Roi et toute règle catholique en politique ; peut-on imaginer séparation plus radicale entre l’ordre politique et l’ordre catholique ?
Une religion laïcisée
Les évêques précités (et Émile Poulat) nous proposent ainsi une religion laïcisée d’où le Chrit-Roi a été banni.
D’où vient-elle ? De la doctrine sur la liberté religieuse[7] du Concile Vatican II qui, refusant toute discrimination pour motif religieux, conduit l’État à mettre toutes les religions sur le même plan (c’est le pluralisme) et enjoint à l’État de les traiter de façon égalitaire… et à être neutre à leur sujet (c’est la laïcité).
Ici apparaît le trinôme : liberté religieuse (au sens Vatican II), pluralisme, laïcité.
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En conclusion, c’est un devoir de combattre ces idées fausses sur la laïcité, répandues aujourd’hui comme allant de soi, et qui sont d’origine maçonnique.
Rappelons à ce sujet la déclaration faite en juin 2003 par l’Institut maçonnique de France :
Engagé, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, dans un combat contre tous les despotismes, politiques ou religieux, l’ordre maçonnique s’identifiera, en France et dans tous les pays d’Europe sur qui s’étendra son influence, au combat pour l’établissement des libertés publiques et de la laïcité. Ce sont encore de nos jours les valeurs fondamentales de la République française. [8]
Nous avons bien lu : l’ordre maçonnique s’identifie au combat pour la laïcité. Un catholique doit donc refuser la laïcité, qu’elle soit radicale ou limitée ou même prétendue « d’ouverture et de respect mutuel ».
Arnaud de Lassus
[1] Sur Émile Poulat, voir la brochure AFS Émile Poulat et la laïcité, tiré à part du n°175 de l’AFS.
[2] Sur la théorie et la pratique de la laïcité, voir les brochures AFS Connaissance élémentaire de la laïcité, La laïcité, pierre angulaire du pacte républicain et Aide-mémoire sur la laïcité.
[3] Communiqué du 18 décembre 2003 (source Zenit).
[4] Déclaration figurant dans le Figaro du 18 décembre 2003.
[5] Déclaration figurant dans le Figaro du 18 décembre 2003. On trouvera des citations plus étendues de Mgr Ricard et de Mgr Doré dans la brochure de l’AFS : La laïcité, "pierre angulaire du pacte républicain", tiré à part du numéro 171 de l’AFS
[6] Cf. l’article : "La loi de séparation est bien une loi de séparation" paru dans le n° 181 (oct. 2005) de l’AFS
[7] Cf. les brochures AFS Aide-mémoire sur la liberté religieuse et La liberté religieuse, trente ans après Vatican II.
[8] Article « 1728-2003 – 275 ans de maçonnerie française », publié en juin 2003 sur le site www.fm.org de l’Institut maçonnique de France. Cf. l’éditorial du n°168 (août 2003) de l’AFS « La France, fille aînée de la maçonnerie ? ».





