• Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Home Doctrine sociale Eléments de science politique Un livre-clef sur les dynasties financières

Un livre-clef sur les dynasties financières

Envoyer Imprimer PDF

Un livre-clef sur les dynasties financières

 

bourse 

    On sait que l'empire de la finance est organisé selon le prin-cipe dynastique, les dynasties financières assurant la continuité dans le temps de son pouvoir.

        Sur ce sujet, l'A.F.S. a eu l'occasion, dans son N° 69 (février 1987), de montrer l'importance du livre de Jacques Attali [1] paru en 1985 « Un homme d'influence - Sir Siegmund G. Warburg - 1902-1982 ».

        Ce livre vient d'être réédité en livre de poche [2]. Cela nous donne l'occasion d'insister à nouveau sur les données historiques fondamentales qu'il met en évidence. Nous reprenons à cette fin des passages de l'article « Le pouvoir sur le pouvoir » du n°69 de l'A.F.S. :

 

●  « L'homme dont l'influence est la plus certaine »

        Dans les deux derniers siècles, l'homme dont l'influence est la plus certaine, plus encore que l'artiste ou l'industriel, est le financier, c'est-à-dire celui qui s'intéresse, de près ou de loin, à financer les Princes. (p. 12)

        Financer les Princes, c'est-à-dire financer les Etats.

        Autant que les princes et les politiques, ces Warburg, Rothschild, Schiff, Lehmann, Melchior, Hambro ou Mayer, mais aussi ces Bardi, Fugger, Morgan, Baring, ou un Abs, un Monnet, un Cuccia, un Rockefeller ont joué un grand rôle dans notre destin, pour le meilleur et pour le pire. (p. 13)monnaie

        Le « mais aussi » de cette dernière phrase sépare en deux groupes - juif et non-juif - les grandes familles de financiers.

  

Un comportement dynastique

             Quand il décrit leur organisation, Jacques Attali montre que les financiers sont « liés entre eux en un réseau dense et quasi dynastique » et constituent une « aristocratie parallèle fichée au cœur de tous les régimes », « une double élite de l'argent et de la culture, au comportement dynastique » :

        Pionniers de la rationalité capitaliste, témoins fondateurs de l'Ordre Marchand, les financiers sont des maillons essentiels de notre Histoire (...). Ils finissent par s'organiser eux-mêmes en une étrange aristocratie, une sorte d'ordre austère, aux implacables lois morales et aux rituels féroces, dont le Nom est la première richesse, et la Terre l'ultime vanité (p. 15)

        Le comportement dynastique se traduit par des règles strictes en matière d'alliances matrimoniales :

        ... on se marie entre banquiers, juifs pour ceux qui le sont, afin d'étendre l'empire, d'éviter qu'il ne se morcelle, de garder les secrets d'affaires dans le cercle le plus étroit. (p. 89).

           En insistant sur le « réseau (...) quasi dynastique » des grands financiers, Jacques Attali apporte une justification à la thèse classique sur la transmission des pouvoirs temporels (sur leur dévolution, dirait-on en termes juridiques) : il est dans l'or-dre des choses que celle-ci s'effectue par le sang, par l'hérédité [3] ; quand sont mis en place d'autres modes de dévolution, on voit souvent la nature reprendre ses droits et l'hérédité refaire surface d'une manière ou d'une autre.

 

● L'influence sur les hommes de pouvoir

        Mais la fortune de leurs jeunes dynasties ne leur donne pas du pouvoir, seulement de l'influence sur les hommes de pouvoir. Certes, partout en Europe et aux Etats-Unis, des banquiers d'affai-res, plus que ceux de commerce, qu'ils soient juifs ou non, s'ef-forcent d'exercer directement un rôle politique. Les Baring, les Gibbs, les Smith, les Hottinger et les Bleichröder interviennent ouvertement dans le jeu politique des jeunes démocraties : libéraux pour défendre l'ouverture du commerce international, conserva-teurs pour défendre leurs fortunes, réformistes pour obtenir la mobilité du capital et la modernisation culturelle et sociale, ils font tout, par leurs prêts, pour maintenir en marche l'économie, s'effor-çant de susciter une accélération de la croissance pour en financer le remboursement, voire même, sans le vouloir une guerre pour en organiser le moratoire. (p. 80)

        « Influence sur les hommes de pouvoir »... ou « pouvoir sur le pouvoir ». Cette dernière expression, également utilisée par Jacques Attali [4], nous paraît résumer l'une des idées essentielles de son livre [5].

*

          Eloge d'un capitaliste juif par un socialiste juif, le livre de Jacques Attali est en fait une apologie des dynasties financières à travers l'un de leurs principaux représentants au 20e siècle. Il ne peut être utilement lu que par des personnes suffisamment formées pour faire le partage entre les faits et les comportements que signale l'auteur et les jugements qu'il porte à leur sujet.

 

Arnaud de Lassus

 


[1] Jacques Attali fut conseiller spécial de François Mitterrand.

[2] Editions Fayard (Le livre de poche) - 607 pages.

[3] Cette thèse a souvent été défendue par Charles Maurras ; cf. le passage suivant de La Démocratie religieuse, p. 83 (Nouvelles éditions latines, 1978) : « Nous n'avons point dit que la monarchie fût le seul bon gouvernement. Nous avons dit très exactement le contraire. Nous avons cité des pays et des temps où la République, constituée sur une aristocratie héréditaire et placée en certaines conditions très déterminées, put être florissante et le fut en effet. Ce qui est éternel, c'est le principe d'hérédité : c'est la bonté du Gouvernement des familles ». Le mot ‘bonté' doit être compris ici au sens d'efficacité (pour le mal comme pour le bien).

[4] Cf. ce passage du livre : « Homme d'influence sur ces autres hommes qui prétendent, eux, avoir du pouvoir sur les choses : ainsi (Siegmund Warburg) aime-t-il à se voir lui-même (...). Dans l'histoire des formes du monde, depuis les sociétés religieuses jus-qu'aux empires et aux sociétés plus récentes, ont existé quelques hommes de ce genre, ,fruits de l'ordre, pouvoir sur le pouvoir » (p.13 - 12)

[5] Sur cette question, voir la brochure AFS « Finance, économie et politique » et le livre du père Fahey « Manipulations monétaires et ordre social » (recension dans le n°187 - octobre 2006 - de l'AFS).

 
Una Voce France
Boutique en ligne Una Voce: on y trouve le meilleur du chant grégorien !