BIBLIOGRAPHIE POLITIQUE
PRATICO-PRATIQUE
dans le domaine de la science politique
Dans le désordre politique actuel, des citoyens se demandent parfois s'il ne conviendrait pas de revenir aux principes fondamentaux de la science politique, en préalable à une restauration de la poursuite du bien commun temporel.
En vue de faciliter ce travail forcément studieux, nous proposons ci-dessous les références de cinq ouvrages de Thomas d'Aquin. Ces documents que l'on peut se procurer aisément et sans investissement exagéré devraient permettre au débutant d'assimiler les jugements universels et permanents que le Docteur réaliste nous propose sur le politique, par-delà les siècles. Cette doctrine qui reste très actuelle permet de se dégager rapidement de l'interprétation journalistique des évènements politiques pour développer sa propre analyse politique ; dans un deuxième temps elle autorisera une renaissance de l'authentique action politique.
Sauf mention contraire, tous ces ouvrages sont disponibles dans les librairies dont les adresses suivent (liste non exhaustive) :
. DPF, BP 1, 86190 Chiré-en-Montreuil- Téléphone : 05 49 51 83 04).
. Librairie Duquesne, 27 avenue Duquesne, 75007 Paris.
. Librairie France Livres, 6 rue du Petit-Pont, 75005 Paris.
1° Les textes fondateurs de la science politique traditionnelle
I. Du gouvernement royal, édition ESR 2008, ou encore : De regno, édition Civitas 2009.
II. Les principes de la réalité naturelle, éd. Nouvelles éditions latines 1963.
III. Préface à la politique, éd. Nouvelles éditions latines 1974 : actuellement épuisé, on peut néanmoins acquérir ce document sur www.marelibri.com/, ou encore La politique, texte de saint Thomas qui se trouve dans l'ouvrage dont la référence exacte est la suivante : Échivard Jean-Baptiste, Une introduction à la philosophie tome 3, éd FX de Guibert 2006 (de la page 154 à la page 177). [1]
IV. Commentaire de l'Ethique à Nicomaque d'Aristote, Texte français de Yvan Pelletier 2000 : disponible gratuitement, en envoyant un courriel se référant à cet article, soit à la revue ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ), soit à l'auteur de l'article ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ). Malgré son titre, cet ouvrage est un traité de Politique[2].
V. Les lois, éd Téqui 1998
Nous préconisons la lecture des ouvrages dans l'ordre où ils se trouvent cités ci-dessus.
2° Les commentaires des ouvrages de Thomas d'Aquin cités supra
Jean-Marie Vernier [3] introduisait fréquemment ses cours par le conseil suivant, qui s'est avéré singulièrement fondé par la suite : «Méfiez-vous des commentateurs, lisez saint Thomas dans le texte ».
Néanmoins il ne peut être question de lire seul, sans aucun guide, les traités de l'aquinate. « Méfiez-vous des commentateurs » ne signifie pas « Débrouillez-vous tout seul ».
Examinons préalablement ce qui justifie la recommandation de J-M Vernier :
Premier motif de suspicion légitime des commentateurs : les disciples de saint Thomas, que l'on appelle les thomistes, sont majoritairement des thomistes démocrates : ceux-ci sont d'abord démocrates et ensuite, thomistes. Les « thomistes démocrates qui formeront le contingent le plus écouté des thomistes français dans les années 1930 et jusqu'à la disparition quasi complète du thomisme de la vie intellectuelle française »[4] sont finalement tous des disciples de Jacques Maritain. Or celui-ci est partisan d'un « humanisme théocentrique »[5]. Certes la Somme de saint Thomas est un traité éminemment théologique et l'ordre théologique comprend la totalité de l'ordre naturel. Mais pour autant la Somme n'est pas un cursus de science politique [6].
Un critère significatif qui permet de reconnaître facilement un thomiste démocrate, c'est sa ferveur pour la question 105 de la Somme Théologique : par des « artifices parfois divertissants, parfois agaçants »[7] il va s'appliquer à faire de saint Thomas un « génial précurseur de la démocratie moderne »[8].
Deuxième motif : les thomistes... sont rarement d'authentiques disciples de saint Thomas. Comme l'explique Étienne Gilson, celui qui s'efforce de retrouver la vraie pensée du Docteur Commun se trouve appartenir à une minorité dans une minorité, et il ajoute :
Et je crois pouvoir assurer qu'il ne suffit pas qu'un maître se dise thomiste, ou même qu'il pense l'être, pour qu'on soit sûr d'avoir affaire avec un fidèle disciple de saint Thomas.[9]
Combien de thomistes qui ne sont que disciples de François Suarez ou de Jacques Maritain. Or, pour se limiter à une seule illustration, Thomas d'Aquin et F. Suarez [10] n'ont pas la même définition de la loi civile.
La loi n'est rien d'autre qu'une ordination de la raison en vue du bien commun, établie par celui qui a la charge de la communauté, et promulguée. (Thomas d'Aquin, Somme théologique, q 90 a 4)[11] La loi est un précepte commun, juste et stable, suffisamment promulgué. (Francisco Suarez, Des lois, De legibus).[12]
On imagine les conséquences politiques d'un tel désaccord principiel. Une fois supprimé le bien commun dans la définition de la loi, on aboutit inéluctablement à la conception moderne de la loi. D'où le volontarisme politique et l'impossibilité de fonder la légitimité d'exercice.[13]
Considérons à présent les commentaires susceptibles de faciliter la compréhension des ouvrages de saint Thomas cités supra. Le plus simple étant de reprendre un à un les cinq titres d'ouvrages :
I. Du gouvernement royal :
Les ouvrages que nous avons conseillés comportent déjà eux-mêmes une préface du père Garrigou-Lagrange ou un commentaire du père Bernard de Menthon ; ce qui répond à la question posée.
II. Les principes de la réalité naturelle :
L'application des principes de ce document à la politique - qui reste notre préoccupation dans cet article - est opérée dans la brochure de Midelt Bernard, Nature de la société politique, diffusion AFS ou DPF.
III. Commentaire de la Politique d'Aristote :
Le livre Préface à la politique, éd. Nouvelles éditions latines 1974, cité supra, propose un commentaire. Mais celui-ci est insuffisant et il doit être absolument complété par :
. De Corte Marcel, Nature de la Politique (édition numérique).
. P. Bernard de Menthon, conférence sur L'exposition de saint Thomas d'Aquin de la Politique d'Aristote - Poème et livre I, chapitre 1 (édition numérique).
IV. Commentaire de l'Ethique à Nicomaque d'Aristote :
A ce jour, aucune introduction politique à cet ouvrage n'est connue. Il existerait un commentaire de Marcel de Corte que nous souhaiterions numériser : nous remercions par avance tout lecteur susceptible de nous en transmettre une copie.
V. Les lois :
. Commentaire pour débutant : de Midelt Bernard, A quoi servent les lois (édition numérique).
. Commentaire exhaustif, nettement plus technique : Laversin M-J, Notes explicatives et Renseignements techniques sur le Traité général de le Loi, ST, Ia IIae 090- 97 (édition numérique).
Pour ceux qui souhaitent compléter cette vision générale de la science politique de l'aquinate, nous conseillons :
. Lagor Jean-Louis, La philosophie politique de saint Thomas d'Aquin, Les éditions nouvelles, 1948,
. Bouillon Victor, La politique de saint Thomas (édition numérique),
. De Midelt Bernard, Le soleil d'Aristote illumine l'Occident, AFS n°198, pp 69-87.
Tous ces ouvrages, sauf mention contraire, sont disponibles comme indiqué supra.
Les documents signalés comme « édition numérique » sont susceptibles d'être enregistrés gratuitement, en envoyant un courriel se référant à cet article, en précisant le fichier souhaité, soit à la revue ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ), soit à l'auteur de l'article ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ).
Christian Terroir
[1] Dans le livre de JB Echivard on ne trouve que le chapitre 1 du livre I de l'ouvrage de Thomas d'Aquin. L'ouvrage complet Commentaire de la Politique d'Aristote n'a jamaisété traduit à ce jour intégralement en français. Il est par contre disponible en latin, en anglais : Aquinas, Commentary on Aristotle's Politics, translated by Richard J. Regan, diffusion librairie Vrin, 6 place de la Sorbonne 75005 Paris et en espagnol : Tomás de Aquino, COMENTARIO AL LA POLITICA DE ARISTÓTELES (Capítulo 1-3 lect. 6), Traducción Ana Mallea, Universidad de Navarra 2001 (édition numérique).
[2] « Il dit qu'il appartient à la politique de considérer la fin ultime de la vie humaine. Il faut toutefois remarquer, que s'il considère cette fin ultime dans ce livre-ci, c'est que la doctrine de ce livre-ci contient les premiers éléments de la science politique. » Thomas d'Aquin st, Com Eth, I, 2 § 31. Cf. Aristote, Ehique à Nicomaque, I, 3.
[3] Jean-Marie Vernier : auteur du Texte français du Commentaire du Traité de l'âme d'Aristote par Thomas d'Aquin, éd Vrin
[4] De Thieulloy Guillaume, Antihumanisme intégral - l'augustinisme de Jacques Maritain, éd Téqui 2006, p 121
[5] Maritain Jacques, Humanisme intégral. Un « Humanisme théocentrique » : c'est un oxymore (figure de rhétorique caractérisée par un assemblage de mots apparemment contradictoires) qui conduisait d'ailleurs Marcel de Corte à taxer Maritain d'angélisme
[6] Meinvielle Julio, Critique de la conception de Maritain sur la personne humaine, pp 54, 79 et 241
[7] Jugnet Louis, Pour connaître la pensée de saint Thomas d'Aquin, Chapitre Le régime politique
[8] De Thieulloy Guillaume, op cit, p 121
[9] Cf. Gilson Etienne, Les tribulations de Sophie, éd Vrin 1967, pp 22 et 24
[10] Ne pas s'imaginer un malentendu. F. Suarez s'inscrit ici ouvertement dans une critique de la conception de la loi de l'aquinate
[11] Bastit Michel, Naissance de la loi moderne, éd. Puf, col Léviathan 1990, p.)66
[12] Bastit Michel, Naissance de la loi moderne, éd. Puf, col Léviathan 1990, p.°312
[13] Cf. sur ce sujet, par exemple, Barraycoa Javier, Du pouvoir dans la modernité, éd
Hora decima, 2007, diffusion Catholica, p 78





