FAITS ET MÉFAITS
DES NOUVELLES PÉDAGOGIES
Analyse de l'ouvrage de Elisabeth Nuyts
« L'école des illusionnistes »
Nous remercions vivement Madame Jacqueline Picoche, de nous avoir autorisé à publier des extraits de l'analyse qu'elle a réalisée pour www.librairiecatholique.com.
Madame Picoche, linguiste, est normalienne, agrégée de grammaire.
(...)L'apprentissage de la lecture et de l'écriture, ainsi que celui du calcul, qui n'est pas l'objet du livre, va conditionner le devenir cognitif, culturel, voire comportemental de toute une génération. Il est donc souhaitable, dans une classe réunissant naturellement des enfants de types différents, d'utiliser des méthodes sollicitant à la fois l'œil, l'oreille, la bouche et la main, pour que chacun puisse y trouver son compte, car un enfant qui ne peut utiliser ses repères naturels pour apprendre à lire devient dyslexique.
Il y a des étapes à respecter :
1. Découverte des lettres
Découverte de la lettre par toutes les voies d'accès, visuelle, orale, et même kinésique[1] par l'emploi de lettres rugueuses.
Apprendre à lire à partir des sons les plus simples, B. A. BA, construit la discrimination et la mémoire auditives.
Apprendre à écrire en faisant des lignes de bâtons, de cannes et de ronds, en disant ce qu'on fait, construit la discrimination visuelle des lettres : m : trois cannes, n, deux cannes, distinction de p, b, g, d par la place relative des ronds et des bâtons.
Nuisible l'apprentissage de mots alphabétiques par leur image globale, ce qui les transforme en idéogrammes, avant d'avoir la perception claire des lettres. Les visuels et les kinésiques chez qui vue et mémoire visuelle sont couplés parviennent à "reconnaître" des mots, et les ayant reconnus, par les apprendre. Les auditifs n'ont pas cette possibilité.
2. Des lettres aux syllabes et au mot
Passage au mot et syllabation, nécessaire à l'apprentissage de l'orthographe et à la perception des rimes. Dans des manuels que l'auteur a dépouillés, la syllabation, tardivement pratiquée, repose non sur une perception auditive, mais sur des consignes concernant le découpage graphique de mots (on peut couper un mot devant une consonne ou entre deux consonnes). Or, ce n'est pas la même chose, en ce qui concerne par exemple le mot allumette, de le découper, phonétiquement en /a-lu-mèt/ ou de le découper graphiquement en / al-lu-met-te /.
3. Des mots à la phrase
Passage à la phrase, permettant la lecture à haute voix de textes simples, mais porteurs de sens, imprimés en gros caractères, en suivant du doigt les lignes de gauche à droite, pour habituer l'œil à ce mouvement qui n'est pas spontané. Et puis, viennent la copie, puis l'écriture sous la dictée de ces textes simples.
Importance du verbal
Il est indispensable de faire verbaliser aux enfants toute activité d'écriture ou de lecture et surtout de ne pas exiger la rapidité qui risque de déconnecter les deux hémisphères. Il faut qu'écriture et parole soient liées et synchronisées. Plus tard, seulement, et peu à peu intériorisée, la "haute voix" deviendra "subvocalisation"[2], permettant la lecture silencieuse.
Ceux qui ont appris à lire oralement, de la lettre vers la syllabe, puis de la syllabe vers le mot et ensuite la phrase, et qui ont travaillé la lecture oralement en la menant de pair avec des exercices d'écriture, ont mis en place une quantité de liens entre le signe, le son, le sens et l'écriture alors que les méthodes actuelles ne sollicitent que les aires visuelles et manuelles.
Une fois accompli le grand passage de la lettre à un texte simple, Mme Nuyts pense qu'avant de passer à la lecture silencieuse subvocalisée, il faut continuer pendant plusieurs années la pratique de la lecture à haute voix.
Et le maître doit poser de multiples questions pour que l'enfant arrive à comprendre vraiment le texte et à le mémoriser:
questions de reconnaissance des éléments du texte,
questions d'intelligence (à quoi le vois-tu ?) portant sur les informations implicites contenues dans le texte,
questions du type "leçon de choses" mettant le texte en relation avec la connaissance du monde que possède l'élève. Il faut évoquer la scène dont il est question, analyser le texte, et le paraphraser avec d'autres mots que celui qu'il contient, faute de quoi l'élève n'accède pas vraiment au sens et ne mémorise pas ce qu'il lit.
Les histoires qu'on racontait autrefois aux enfants, en les faisant participer constamment, montaient ce mécanisme de l'analyse verbale. E. Nuyts regrette qu'elles aient été le plus souvent remplacées par des films télévisés qui font de l'enfant un réceptacle passif.
Donner du sens
Si les premiers circuits montés au cours de l'apprentissage ne sont pas passés correctement par le sens, toute lecture ultérieure, même effectuée à haute voix, ne permettra pas facilement d'accéder au sens. C'est pourquoi il est dangereux de faire étudier trop tôt des textes surréalistes dénués de sens, simples chapelets de mots choisis pour leur forme ou leur sonorité, de faire inventer aux élèves des non-mots, de les faire travailler sur des phrases grammaticalement correctes et dénuées de sens. Par contre, si tout est fait correctement, l'élève deviendra un bon lecteur capable de subvocaliser et d'analyser ce qu'il lit, de façon spontanée.
Étant donné les principes ci-dessus, on comprendra que Mme Nuyts
déplore la complexité des programmes du primaire, qui ne permet de consacrer que trop peu de temps à un apprentissage qui prend normalement des années.
s'oppose à la pratique de la lecture silencieuse, rapide et prédictive, c'est à dire procédant par hypothèses en ce qui concerne les mots qu'on ne connaît pas, inspirée par les méthodes d'apprentissage de la lecture rapide, qui ne peuvent convenir, selon elle, qu'à des adultes déjà bons lecteurs. Il faut laisser les élèves parler pour lire, écrire, analyser, travailler, si on veut qu'ils soient heureux et efficaces. Des enfants qu'elle a eu à rééduquer avaient été empêchés de labialiser ce qu'ils lisaient, autrement dit, de remuer les lèvres en lisant. Pour leur rendre la chose impossible et les obliger à lire seulement des yeux, on leur avait collé du scotch sur la bouche. On avait contrôlé au chronomètre la rapidité de leur lecture, pratique qui confisque la parole intérieure à ceux qui lisent lentement, en réfléchissant. E. Barone, spécialiste de l'hypnopédagogie écrit: "Il y a une lenteur jusqu'à laquelle la conscience contrôle tout et il y a nécessairement une vitesse à partir de laquelle elle ne peut plus contrôler les actes qui se produisent". Ainsi conçue, la lecture devient "un marathon visuel doublé de devinettes" (...)
critique aussi les exercices à trous et les questions à choix multiples (Q.C.M.), auxquelles on répond, le texte caché, pour en retrouver les mots. Ces exercices peuvent être traités par une simple mémoire visuelle sans que le texte ait été compris, l'activité de lecture étant déconnectée de la recherche du sens. Cet entraînement à un travail de visualisation purement mécanique, est parfois accompli au chronomètre, la note dépendant du temps passé. Or, la vitesse est nuisible, elle empêche de comprendre et de réfléchir. Il faut prendre son temps.
Ajoutons que par souci de rendre les enfants "autonomes", on recommande aux enseignants de les observer et de les laisser se débrouiller seuls, alors qu'ils ont besoin d'être guidés et d'imiter des gestes. Par surcroît des enseignants ne luttent plus contre le bruit et le considèrent au contraire comme "un volume sonore stimulant" alors qu'il empêche la concentration.
Mêmes critiques en ce qui concerne la grammaire (p.125) : Mme Nuyts a eu entre les mains des manuels de français du primaire qui ne distinguent le nom du verbe que par la nature des "petits mots" qui les accompagnent (...)
L'auteur déplore que l'enseignant n'ait aucune initiative dans les tests envoyés par l'Académie : on lui impose, au mot près, la façon de présenter les exercices, leur ordre, le temps accordé aux enfants, enfin et surtout, la grille de correction. C'est ainsi qu'on obtient un pourcentage stupéfiant d'enfants qui arrivent au collège sans savoir lire.
Mémoriser
(...) Beaucoup d'enfants, ayant lu sans comprendre, sont incapables de se souvenir et de parler de ce qu'ils ont lu. En effet, la mémoire visuelle est une mémoire à court terme. La mémoire à long terme se construit en respectant l'ordre normal : parole, conscience, mémoire, balancement entre la découverte, l'encodage par le cerveau gauche et la reconnaissance, l'automatisation par le cerveau droit. C'est cela qui assure la mise en phase des deux aires responsables, l'une de la séquence phonique (celle de Wernicke) et l'autre de la séquence graphique (celle de Broca), ce qui permet d'établir la chronologie des faits, d'accéder aux souvenirs, et d'organiser logiquement et chronologiquement les souvenirs rappelés. Ce n'est pas le cas lorsque que les montages ont été faits dans l'ordre inverse. Ainsi "programmés" ces enfants ne lisent pas vraiment, ils donnent l'illusion de savoir lire, d'où le titre : "l'école des illusionnistes".
Penser et décider
Et qui pis est, au-delà de la mémorisation des textes, c'est la faculté de penser et de décider qui est atteinte. Le raisonnement, verbal, analytique, c'est de la parole intériorisée, permettant de filtrer les données émotionnelles brutes. Sans la mémoire, il ne peut y avoir de logique puisque elle n'est que l'organisation des données mémorisées. Comment décider, faire des choix et des projets, sans penser ? Pour traiter les informations, l'analyse est la porte ouverte à l'autonomie de la pensée, et pour beaucoup d'individus, penser, c'est se parler. L'homme qui doit sans cesse s'adapter à des conditions de vie changeantes ne peut vivre sans esprit d'analyse, son libre arbitre en dépend.
Intelligence humaine et intelligence artificielle
On reconnaît dans les pratiques modernes l'influence d'une linguistique orientée vers l'intelligence artificielle et la manière de programmer un ordinateur pour le rendre capable non seulement de classement de données et de calculs, mais, en mettant les choses au mieux, de traduction automatique. Or il est bien impossible de demander à un ordinateur s'il a bien compris ce qu'on a tapé sur le clavier et s'il a perçu certains sous-entendus ! Il ne peut que reconnaître mécaniquement des conformités à des règles, et cela, il le fait de façon tout à fait efficace !
Le cerveau et l'ordinateur
On traite le cerveau d'un enfant comme s'il était un ordinateur. Les spécialistes savent que lorsqu'il échappe au contrôle de la conscience, le cerveau fonctionne en automate. Visualisation, comparaison, couper/coller : je lis, je visualise, je reproduis, et je m'entraîne à faire une foule d'exercices analogues. Apprendre des réflexes et les automatiser, remplacer la réflexion multiple par la réflexion binaire "robotise" l'individu et revient à priver du droit à l'éducation des êtres que la nature avait doués pour les lettres. Ce conditionnement est renforcé par la télévision, purement visuelle, et des jeux vidéos qui sollicitent surtout l'œil et la main.
Il faut bien comprendre qu'un cerveau est plus fragile qu'un ordinateur, et que ses blocages sont plus graves, mais qu'il est aussi beaucoup plus perfectionné.
* Un ordinateur est incapable d'analyser une réalité totalement différente de ce pour quoi il a été initialement programmé.
* Un cerveau, lui, peut non seulement le faire, mais encore induire des conduites nouvelles à condition qu'il ait appris à glaner des informations (cerveau droit) à choisir celles qui sont importantes (cerveau gauche), à les décomposer (cerveau gauche), à en découvrir la logique (cerveau gauche), à les comparer et à les relier à ses connaissances antérieures (cerveau droit), en induire les conséquences et les intégrer dans le choix de ses décisions. Les pédagogies actuelles montent un circuit mécanique œil/main qui ne passe pas par la parole et qui est l'outil principal de l'hypnopédagogie, technique de montage de fonctions réflexes qui transforment l'individu en "logiciel humain".
Le résultat de cette éducation
l'échec scolaire
L'échec scolaire va croissant : 40% des collégiens souffrent de graves lacunes de lecture et 35% des allocataires du RMI sont des illettrés.
les dyslexies
Les dyslexies congénitales dues à une malformation cérébrale ou un accident sont très rares, la plupart sont acquises.
L'absence de va et vient entre les deux hémisphères résulte d'une privation et non d‘une incapacité spécifique du dyslexique. Si elle résultait d'une pathologie cérébrale on ne pourrait pas la guérir, or Mme Nuyts en a guéri beaucoup. Quand on fait faire aux dyslexiques des exercices sur la perception du temps et qu'on les fait lire à haute voix (car pour 95% de la population occidentale, le lecteur a besoin de s'entendre dans sa tête) et répondre à des questions analytiques sur le texte, ils sont soulagés et reprennent goût à la vie.
La profession d'orthophoniste est née au lendemain de la guerre avec l'arrivée de la méthode globale de lecture, pour en pallier les carences. De même c'est à partir des années 50 qu'il est beaucoup question de l'autisme.
Les cas de dyslexie induite des auditifs, qui utilisent trop leur cerveau droit, se sont multipliés de façon exponentielle depuis une quinzaine d'années. Des troubles apparaissent dès la fin du premier trimestre de cours préparatoire. On les attribue à des problèmes familiaux, On en vient même à penser que la dyslexie est une maladie qui se soigne chez des thérapeutes dont le salaire est remboursé par la sécurité sociale. Le centre Régional de Documentation Pédagogique de Grenoble a monté un programme d'entraînement visuel des enfants de 4 à 6 ans, puis un programme d'entraînement auditif appliqué à des classes de CE2 par des personnels de santé au terme desquels des confusions tout à fait normales sont diagnostiquées comme "troubles visuels" ou "troubles auditifs". Résultat : sur 537 enfants de 5-6 ans testés, seuls 47% auraient été indemnes de troubles visuels ! Mme Nuyts montre qu'il n'en est rien et que ce qu'on recense comme un trouble de la vue disparaît chez l'auditif dès que celui-ci apprend à verbaliser ce qu'il observe, et à verbaliser les mouvements de sa main.
On peut se demander pourquoi, dans ces conditions, tous les élèves ne deviennent pas dyslexiques. C'est que certains développent une grande mémoire visuelle et gestuelle, qu'il peut y avoir un fossé entre la pédagogie officielle et la pédagogie réelle des maîtres, que les enfants ont des parents qui leur parlent et les font parler, que la vie extrascolaire impose certaines analyses et discriminations.
Troubles du comportement
Transformer un enfant en ordinateur le fatigue considérablement ; fonctionner toujours à l'intuition par le cerveau droit, sans possibilité de vérifier ses hypothèses par le cerveau gauche, est très éprouvant pour les nerfs.
Dyslexiques ou non, beaucoup d'enfants présentent des troubles du comportement qui sont les symptômes de leur immense désarroi : désordre, incapacité à ranger ses affaires, fringale compulsive de chocolat, enfants fébriles, ou amorphes, au visage lisse et au regard vide, violence sans précédent dans notre histoire récente, délinquance, perte du goût à vivre, conduites suicidaires. Chez ceux qui ne peuvent apprendre sans comprendre, on diagnostique une "déficience logico-mathématique", nouvelle pathologie qu'on s'apprête à soigner.
Après avoir rendu notre enseignement inintelligible aux êtres analytiques, on commence à préconiser des médicaments qui les guériraient de l'anxiété, de l'excitabilité, de l'agressivité, des somatisations de toutes sortes que génère une telle pathologie; on fait appel aux psychologues scolaires, on leur fait suivre des psychothérapies On les oriente vers les Sections d'Enseignement Spécialisées. Quel sera leur avenir ? E. N. cite un collège où 90 enfants sur 400 sont dans les SES. Quelle est l'entreprise qui accepterait qu'un quart de sa production soit reconnu défectueux sans remettre en question ses techniques de production ? C'est pour en arriver là que l'État dépense des fortunes ?
Même les élites, à qui on va confier des responsabilités, ont du mal à comprendre le sens d'un texte complexe ; l'étudiant en médecine qui n'a pas appris à analyser pendant son parcours scolaire, a du mal à établir un diagnostic, des étudiants qui transcrivent littéralement les cours magistraux deviennent agressifs contre celui ou celle qui leur fait perdre du temps en posant des questions pour comprendre. D'ailleurs les enseignants nouvellement formés se soucient peu de donner des explications.
Qui sont donc les responsables de cet état de choses ?
Des gens qui férus de "disciplines d'éveil" et d'un certain aspect ludique de l'enseignement, rognent le temps consacré aux apprentissages de base et recherchent, en ce qui les concerne, la rapidité.
Certains, ayant étudié "l'hypnopédagogie", sont convaincus que, passant par le montage de réflexes, une pédagogie permettant à l'hémisphère droit de devenir dominant, par blocage de l'hémisphère gauche, est "plus égalitaire" que la pédagogie analytique. C'est le cas de G. Racle selon qui elle toucherait "la masse" qui, ose-t-il affirmer, serait "non-réflexive".
Il y a aussi la mode du New Age qui tend à promouvoir une pensée intuitive, non verbale, holistique, atemporelle, préférant les grandes représentations mystiques et spirituelles de toutes les religions orientales, spécialement le tao chinois qui est tout l'inverse de la pensée cartésienne essentiellement analytique, et de la pensée chrétienne pour laquelle la Parole est vie. On ridiculise le test de QI qui permet d'évaluer les capacités d'observation, d'analyse, de synthèse et d'abstraction et on le remplace par un QE "coefficient émotionnel" particulièrement élevé chez les sujets dont on n'a pas monté l'analyse. On stigmatise le terme de "linéaire", les lois de la raison et les impératifs chronologiques de la pensée temporelle. La nouvelle pensée récuse le "totalitarisme" de la pensée analytique.
Responsabilité des enseignants
Comment des enseignants, qui aiment leur métier et sont soucieux de l'intérêt de leurs élèves, peuvent-ils pratiquer de pareilles méthodes ? Il a suffi qu'on leur présente la nouvelle pédagogie comme scientifique pour qu'ils l'acceptent. Et il est vrai qu'elle l'est, que ceux qui la préconisent sont savants en certaines disciplines linguistiques. Mais tout type de linguistique ne convient pas forcément à des esprits enfantins.
Depuis quelque temps, toutes les formations qu'ils reçoivent les éloignent de la logique analytique. Qui va leur dire qu'elle est indispensable à tous ? Qu'elle se bâtit lentement ? Que c'est pour les auditifs le seul moyen d'accès à la connaissance ? Que c'est enfin par l'analyse que l'on accède à la conscience de soi, à l'ouverture aux autres et au sens de la vie ? Personne ne leur a dit que la pédagogie qu'on leur enseigne les induit en erreur sur les mécanismes de l'apprentissage. On leur a fait faire des jeux de rôles et une foule d'activités inoffensives mais dévoreuses de temps et d'attention où l'on glisse des jeux de mots, des phrases ineptes. On a fait d'eux de bonnes "courroies de transmission" d'une manipulation(...)
...Quelques citations tirées de ce livre inquiétant : "Les hommes de lettres ... ont toujours fait trembler les pays totalitaires. Dans un pays dont on écarte les poètes, les écrivains, les historiens et les philosophes, il est évident qu'on n'aura pas besoin de censure. D'ailleurs, à quoi servirait la censure, si plus personne n'aime lire, parce que la lecture ainsi proposée est totalement inintéressante, et si plus personne ne mémorise ce qu'il a lu parce que la visualisation est éphémère ? La pédagogie nouvelle est en train de transformer à notre insu l'Occidental dont la force reposait sur l'analyse. Le faisant basculer sur son cerveau analogique, elle le rend manipulable à souhait".
"Toute société non suicidaire choisit en principe une pédagogie capable de construire des hommes qui assurent sa pérennité. Notre société occidentale dont l'économie est basée sur la libre entreprise, a besoin d'une élite analytique pour survivre. Si donc nous voulons conserver ce type de société, il faut impérativement construire le raisonnement analytique de nos enfants".
Si tout cela n'est pas fantasme mais vérité, rien n'est plus important que la manière dont on apprend à lire aux petits enfants dans les classes de notre Éducation Nationale.
Jacqueline Picoche
[1] Kinésique : par le geste et le toucher
[2] Subvocalisation : « quand l'enfant a beaucoup oralisé (parlé à haute voix), analysé,
labialisé (remué les lèvres, sans émettre de son), il finit par intérioriser sa voix...ce qui
réactive les mêmes aires (auditives) que la parole effective »





