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La crise de l'adolescence

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La crise de l'adolescence ?

 

Prendre en compte la "crise" de l'adolescence est une obligation pour la société actuelle par suite des problèmes que provoquent, d'une part son refus de la loi naturelle et du bien commun, d'autre part son système d'"éducation" qui rejette les notions de vérité et de morale objectives. Ce sont, en effet, là les causes principales des problèmes que vivent les adolescents privés de repères.

Y. Bonnet après avoir écrit « Beaucoup d'adolescents ne font aucune crise... », explique [1]:

La crise de l'adolescence peut avoir lieu, être violente, douloureuse, dangereuse et même mortelle, mais elle n'a rien d'obligatoire. Elle est, d'après mon expérience, la conséquence d'une préadolescence qui ne s'est jamais terminée, qui n'a pas préparé l'intéressé(e) à bien vivre l'adolescence. Ne voyez dans ces propos aucun jugement négatif sur la manière dont les parents et les éducateurs s'y sont pris. Je sais que certains sont beaucoup plus vulnérables que d'autres à l'âge de la préadolescence et, pour des motifs très divers, blessures passées inaperçues qui se réveillent, difficultés économiques de la famille, difficultés dans le couple juste à ce moment, retard de la puberté qui complexe l'enfant, professeurs humiliants, échec scolaire mal géré...

Comme on le voit, Yannick Bonnet, écarte les cas où des jugements négatifs pourraient être formulés sur la manière dont les parents et les éducateurs s'y sont pris. Souvent, cependant, les fondamentaux de l'éducation, tels qu'il les propose, ne sont pas respectés par des parents, inconscients des orientations éducatives qu'ils suivent, ou mal formés par des éducateurs « modernes ».

Or il existe des relations de cause à effets dans l'éducation. La connaissance de ces relations est une vraie science : vere scire per causas scire. [2] Un grand-père signalait à son fils que l'un de ses neveux, alors âgé de cinq ou six ans, ferait pleurer des larmes de sang à ses parents, c'est à dire à son frère et à sa belle-sœur [3] : cela s'est hélas vérifié, jusqu'au suicide du jeune, vers vingt ans ; que telle nièce, de moins de six ans, avait déjà perdu toute pudeur : cela s'est vérifié aussi. De telles prévisions ne sont pas des prophéties. Elles montrent que, dans ce domaine, la tradition est porteuse d'un savoir expérimental, donc scientifique. Elle peut donc nous guider en nous gardant des faux principes.

Nous allons considérer d'abord deux cas importants d'erreurs dans l'éducation. Nous verrons ensuite comment la satisfaction d'un besoin frustré est recherchée de plus en plus intensément. Cette présentation des comportements permet de relever les symptômes de frustrations dont il faudra chercher la nature, avant d'envisager de lui porter un remède ou un calmant.

 

1 - Des erreurs dans l'éducation

Il est certain que l'adolescent est marqué par son éducation et sa vie psychologique antérieures. Nombreuses sont les crises qui sont la conséquence "normale" d'une éducation sans repère ou donnant de mauvaises habitudes.

Cela est si constant que la police de Seattle a publié une liste de « conseils pour faire de votre enfant un bon délinquant. » [4] que vous trouverez en annexe. Ces conseils sont numérotés, nous en faisons deux parts : la première considère l'absence de formation morale (théorique et pratique), la seconde indique comment se développe un égoïsme asocial. Ce dernier point présente aussi une forte composante de (dé)formation morale.

 

1.1 L'absence de morale

1.1.1 Pas d'enseignement théorique de la morale

Voici comment s'expriment les "conseils" sur la morale :

3° Ne lui donnez aucune formation morale. Quand il aura 18 ans «il choisira lui-même».

L'absence de cette formation prive le jeune de références et de repères qui lui sont indispensables pour mener sa vie. En effet, par suite du péché originel, l'intelligence ne voit plus intuitivement les choses en profondeur. En outre, la volonté est faible devant les sollicitations et l'attrait des apparences. Les chances d'égarement deviennent très grandes. On parle même quelquefois de l'aveuglement des passions.

 

1.1.2 Pas de formation pratique à la morale

Donner à l'intelligence les règles de la morale représente une partie théorique, intellectuelle. Il convient de lui associer un enseignement pratique qui tire les leçons que peuvent donner les circonstances concrètes de la vie quotidienne. Cette dimension de la formation morale est éliminée dans les "conseils" n°2, 4 et 10 :

2° S'il dit des grossièretés, riez, il se croira très malin.

4° Ne lui dites jamais : « c'est mal ! » Il pourrait faire un complexe de culpabilité. Et plus tard, lorsqu'il sera arrêté pour vol de voitures, il sera persuadé que c'est la société qui le persécute.

10° Prenez toujours son parti. Les professeurs, la police lui en veulent à ce pauvre petit !

 

1.1.3 Un enseignement de l'immoral

L'absence de formation morale s'aggrave de ce qu'il faut bien appeler un enseignement immoral par imprégnation. Le "conseil" n°6 :

6° Laissez-lui tout lire. Stérilisez sa vaisselle, mais laissez son esprit se nourrir d'ordures,

... énonce l'aberration du matérialisme ambiant qui est exigeant sur la qualité de la nourriture matérielle mais ignore les nourritures spirituelles et refuse l'existence de péchés par pensée. Depuis la publication du document ce dernier "conseil" pourrait être complété. La première phrase se formulerait alors : « Laissez lui tout lire et tout voir ». Les mauvais livres, les mauvais spectacles sont comme des scorpions intellectuels : leur venin est dans la queue[5]. Même si au cours de la lecture on s'imagine refuser leurs propositions, leur rumination ultérieure empoisonne l'esprit.

 

1.1.4 Une représentation faussée de l'autorité

En suivant les "conseils" présentés ci-dessus, ceux qui croient aimer le jeune lui préparent une vie de malheurs. Ils lui inculquent l'idée qu'il a toujours raison et qu'il doit refuser toute autorité comme attentatoire à sa liberté.

La seule référence qui lui resterait, serait l'exemple de ses parents. Le "conseil" n°7 vient opportunément compléter la destruction de l'autorité :

7° Disputez-vous toujours devant lui. Quand votre ménage craquera, il ne sera pas choqué.

Comment pourrait-il prendre comme références les consignes ou les conseils de parents qui ne s'entendent pas et qui ont fait leur propre malheur ?

 

1.2 L'enfant gâté

Un enfant sans références morales est pour ainsi dire conditionné, dès son plus jeune âge, à se prendre pour un dieu, juge du Bien et du Mal, [6] à qui le reste du monde doit tout. C'est ce qu'établissent les "conseils" suivants :

1° Dès l'enfance donnez-lui tout ce qu'il désire. Il grandira ainsi en pensant que le monde lui doit tout.

5° Ramassez ce qu'il laisse traîner. Ainsi, il sera sûr que ce sont toujours les autres qui sont responsables.

8° Donnez-lui tout l'argent qu'il réclame. Qu'il n'ait pas à le gagner. Il ferait beau voir qu'il ait les mêmes difficultés que vous.

9° Que tous ses désirs soient satisfaits : nourriture, boisson, confort, sinon, il sera «frustré».

Les éducateurs qui adoptent ces attitudes refusent pratiquement leurs responsabilités éducatives. Ils réalisent la (dé)formation d'un enfant gâté suivant l'expression de la sagesse populaire qui désigne sous ce terme des enfants capricieux à qui rien n'a "jamais" été refusé.

Les exemples concrets ne manquent pas surtout de nos jours où de prétendus éducateurs refusent de tirer les conséquences du péché originel pour orienter l'action éducative. Sous prétexte de ne pas frustrer l'enfant, ils lui passent ses caprices.

Dans un ancien livre de lecture de l'école primaire, on pouvait lire l'histoire d'une nourrice réprimandée par des parents qui entendaient pleurer leur fils : « Donnez-lui donc ce qu'il demande ! » A quoi la nourrice répondit : « Il veut que je lui donne l'image de la lune qui se reflète dans le seau d'eau. Pouvez-vous me montrer comment faire ? »

 

1.3 Conséquences des erreurs

Les deux derniers « conseils » donnent les conséquences de cette mauvaise éducation : la fuite des responsabilités des parents ne leur évite ni les ennuis ni le déshonneur (n° 11) :

11° Quand il sera un vaurien, proclamez vite que vous n'avez jamais rien pu en faire.

... sans rien enlever à leur responsabilité objective ; le poids de la réalité (en latin "res pondus" : le poids des choses) :

12° Préparez-vous une vie de douleur. Vous l'aurez !

 

1.4 Prévention de ce type d'erreurs

Les fautes d'éducation, données dans ce document de la police, peuvent être qualifiées de spontanées : souvent les parents qui les commettent ne sont pas informés des conditions à remplir pour réussir l'éducation de leurs enfants. Ils se laissent guider par leurs sentiments et des raisonnements à court terme. Ils s'égarent d'autant plus facilement que les conséquences à long terme ne leur apparaissent pas, tandis qu'ils enregistrent des avantages immédiats : une certaine pacification - momentanée - des relations entre éducateur et éduqué.

Mais ces fautes, même si elles sont dues à l'ignorance, peuvent avoir des conséquences malheureuses plus d'une dizaine d'années après. En conséquence, les parents qui les ont commises sans le savoir [7] n'imaginent pas en être la cause. Ils accuseront l'air du temps, l'influence de fréquentations, de lectures, les faiblesses de l'école, le monde entier peut être... mais ne se remettront sûrement pas en cause.

Ce document fait apparaître par antiphrase l'extrême importance d'un enseignement théorique de la morale complété par une éducation pratique au respect de ses commandements.

Cette éducation morale doit se mener dès le plus jeune âge. Elle suppose, pour être reçue convenablement, une certaine exemplarité des parents. Certes ils ne peuvent être impeccables, mais ils doivent montrer leur respect de la morale qu'ils veulent transmettre : en cas de défaillance de leur part, ils se grandiront en reconnaissant leur faute devant leur fils ou leur fille, [8] et en essayant d'en corriger les conséquences. [9] L'autorité se grandit quand elle reconnaît ses fautes.

 

1.5 Traiter le problème déjà avéré 

Les conditions qui ont fait apparaître un problème indiquent assez que les parents ne sont pas suffisamment armés pour le résoudre, sauf profonde prise de conscience de leurs responsabilités et de leurs devoirs. De plus l'environnement social ne les aide pas beaucoup : des lois les sanctionneraient s'ils voulaient intervenir en donnant des punitions ou en prenant des mesures de rétorsion. Ainsi, couper les vivres d'un fils pour le mettre devant ses responsabilités est interdit s'il fait des études (jusqu'à 25 ans). Le jeune enfant gâté peut donc s'inscrire en fac, sans y étudier pour autant, ou se proposer d'obtenir un diplôme sans débouché professionnel.

Lui rappeler (ou plutôt l'informer, vu le cas considéré) que la vie lui demandera de rendre des services à la communauté en échange des services qu'il en reçoit et que, seul le bébé et le tout petit, reçoivent des soins gratuitement. [10] Ce faisant on fait jouer le besoin de considération qui est normalement très puissant.

Éventuellement lui dire qu'il mériterait d'être l'être humain accompli que ses parents souhaitent le voir devenir.

 

2 - Les insatisfactions non perçues 

Nous allons maintenant voir les cas des parents qui ne perçoivent pas le traumatisme psychologique de leur enfant survenu à l'occasion d'une circonstance considérée par eux comme anodine. Par définition, la détection qu'il se passe - ou s'est passé - quelque chose sera difficile. Nous étudierons donc d'abord, dans cette partie, une présentation des comportements lors de la recherche de la satisfaction d'un besoin, en partant du cas le plus simple, et en durcissant progressivement les hypothèses ; puis nous sensibiliserons à la nécessité de relever de petits signaux et d'enquêter pour comprendre leur signification ; enfin nous proposerons une méthode générale pour prendre en charge le problème détecté. Dans un autre document nous nous pencherons sur quelques cas particulièrement inquiétants.

Conséquences des frustrations inaperçues mais intensément ressenties avant ou pendant l'adolescence.

Ces frustrations résultent d'attentes déçues pour un ou des besoins au sens où nous les avons définis (Cf. : n°173 de l'AFS).

Existence du problème

Une famille nombreuse avait des moyens matériels limités. Leurs amis et connaissances qui participaient à des parties de chasses dans ce pays (d'outre mer) giboyeux partageaient volontiers les produits de la chasse : souvent des cuisses de phacochères (variété locale de sanglier). Après plusieurs années, les parents décidèrent d'offrir une réception aux familles donatrices. A l'occasion du vingtième anniversaire de leur ainé ils organisèrent une petite fête.

L'année d'après, le second qui atteignait à son tour vingt ans, s'attendait à être fêté de la même façon. Pour différentes raisons, cela ne se réalisa pas. Il eut un sentiment d'injustice qui retentit sur l'éducation qu'il donna plus tard à ses enfants développant chez eux un forte tendance à la jalousie.

Les parents n'ont découvert que beaucoup plus tard l'importance de ce qu'avait ressenti le second. Alors que les cinq autres frères et sœur ne se souviennent pour ainsi dire pas de l'évènement.

Il est important de noter que de telles insatisfactions n'ont pas nécessairement des bases objectives, même si ce que ressent le jeune leur donne une apparence de fondement.

Un pré-adolescent a souffert de ce que sa mère donnait des cours dans une autre classe que la sienne dans l'école où il venait d'entrer. Il croyait que cela démontrait que sa mère ne l'aimait plus.

Dans une même famille ce qui suffit à l'un comme témoignage d'affection peut paraître très insuffisant à l'autre. C'est pourquoi les parents doivent demander le secours de Notre Seigneur non seulement pour prendre de bonnes attitudes et de bonnes décisions mais aussi pour que leurs enfants ne les interprètent pas de manière faussée.

Peut-on le détecter ?

Il est possible de détecter quelque chose quand on sait ce qui peut se passer lorsque la satisfaction d'un besoin devient de plus en plus difficile. Une étude, déjà publiée dans les cahiers du CERC, [11] avait recensé les différents comportements d'une personne rencontrant des difficultés croissantes pour obtenir la satisfaction d'un besoin intense.

 

2.1 La recherche de la satisfaction d'un besoin

2.1.1 Une action personnelle

Il est certain que, poussé par un besoin quelconque, la personne essaye d'abord de résoudre son problème toute seule.

 

2.1.2 La demande d'aide

Si elle n'y arrive pas ou si le délai de réalisation de son attente est trop long, elle va demander de l'aide, soit de manière informelle (à des amis ou des connaissances), soit à la structure sociale. Ainsi l'homme qui a une cigarette aux lèvres et pas de feu s'adresse d'abord à celui avec qui il parle pour lui en demander. [12] A défaut, il s'adressera à un passant, même inconnu de lui. Sinon il se dirigera vers le bureau de tabac le plus proche.

 

2.1.3 La demande de lois et règlements publics

Puis vient la demande de lois pour faciliter certains besoins : dans une ville, les pouvoirs publics font établir des tours de garde pour certains services essentiels ou présumés tels.

Ce phénomène est connu. Pour faire passer une loi qui l'intéresse, le gouvernement, provoque une frustration et lance une campagne de sensibilisation de l'opinion pour l'amener à dire : « il faut que le gouvernement fasse quelque chose, on ne peut laisser les choses en l'état ». Nous n'en dirons pas plus, nous entrerions dans le domaine de la manipulation de l'opinion publique, ce qui est un autre sujet.

 

2.1.4 S'affranchir de la loi

Quand la pression du besoin croît et que la satisfaction reste trop difficile, on voit apparaître les comportements délinquants  qui essayent de contourner ou de contrer la loi.

Pour se payer sa drogue un jeune va, à la nuit noire, sur le parking d'une résidence, muni d'un pavé et casse la vitre d'une voiture pour voler le poste de radio. Le temps que des habitants se réveillent et ouvrent leurs fenêtres, il s'est échappé en courant vers une voiture stationnée a proximité.

Des voitures volées ont été utilisées comme bélier pour enfoncer les portes d'une grande surface. (version moderne du vol avec effraction). Ce comportement n'est pas sans relation avec la puissance de la pression publicitaire qui rend "irrésistible" le besoin d'argent et des biens matériels qu'il permet d'obtenir.

Le vol à l'arraché, l'attaque à main armée [13] sont évidem-ment du même type.

 

2.1.5 Les comportements de désespoir

A ce niveau de difficultés, des comportements de résignation ou de colère commencent à se manifester.

La fuite

  • L'émigration en est le phénomène le plus connu. Mais il y a aussi la fuite dans le virtuel: se saouler d'Internet à la maison ou de musique grâce aux baladeurs. Dans le RER et autres transports en commun on voit des individus les yeux perdus rythmer de la tête la musique qui les drogue.
  • Fuite dans le rêve qui fait le succès des romans d'"amour" à quatre sous, des histoires de science fiction, de l'histoire-fiction, des jeux sur console...
  • Fuite dans la drogue aussi, hélas, suivie d'une sorte de "séquestration" qui annihile quasiment la volonté d'en sortir.

L'immobilisme

Si la fuite est perçue comme impossible, le jeune se ferme et en vient à "l'immobilisme".

Ces deux aspects de la résignation peuvent être simultanés : l'immobilisme en ce qui concerne l'action extérieure s'associe à la fuite dans le rêve ou dans le virtuel.

La révolte

Si la pression du besoin augmente quand même, le stade de la résignation est dépassé et la personne en arrive à la révolte extériorisée : « Perdu pour perdu je vais "leur faire mal" tant pis si j'en meurs ». La tragédie récente d'un jeune Allemand qui a tué quinze personnes de son école illustre, hélas, cette attitude. D'après les informations diffusées, ce jeune aurait confié à un correspondant internaute qu'il se sentait méprisé mais qu'il allait faire parler de lui.

La révolte peut aussi s'intérioriser : c'est le suicide. Il semble que certains suicides qui se produisent à Paris en se jetant sous un train ou sous un métro soient une forme de révolte : « Vous ne me prenez pas en considération, mais je vais vous montrer que je puis vous perturber la vie. »

Certains comportements de jeunes au volant semblent être aussi un genre de tentative de suicide, ou au moins de prise de gros risques pour se prouver qu'ils valent "quelque chose".

Comme on le pressent à travers cette remarque, le besoin de considération est vital. La charité demandée par Notre Seigneur est donc due à tous les hommes. Elle ne sera ni tolérance, ni laxisme, car la véritable charité demande un langage de vérité, pour indiquer à l'interlocuteur que nous voulons son bien en lui indiquant comment le trouver.

 

2.2 Détecter une insatisfaction potentielle

Le suivi d'un adolescent est un souci important pour les parents. De petits indices peuvent donner l'alarme qui peut être soit injustifiée soit importante.

Deux frères revenaient de la même école à vélo. L'un des deux rentrait à la maison près d'un quart d'heure avant l'autre. La mère intriguée décida d'aller voir discrètement pourquoi. Elle se posta de manière à assister à la sortie des élèves sans que ses fils puissent la voir. Elle les suivit de loin... jusqu'à l'Église où l'un entra pour prier. La mère remercia Dieu et rentra discrètement à la maison avant lui.

La cause des retards aurait pu être toute autre.

Même de petits signaux doivent attirer l'attention des parents et les inciter à "aller voir". Le fait qu'une personne se comporte ou agisse soudainement d'une manière différente peut signaler l'existence possible d'un problème. Des sautes d'humeur, des crises émotives, un haut niveau d'irritabilité ou d'agressivité. De fréquentes alternances de bonne et de mauvaise humeur; constituent aussi des signaux d'alerte.

Se soucier de quelqu'un parce qu'il agit de manière inhabituelle est tout à fait normal et constitue une marque d'attention. Il est donc alors justifié de poser des questions à son fils ou à sa fille, et de commencer une enquête.

 

2.3 Mener une enquête

D'abord prier pour demander au Ciel son aide pour avoir le bon jugement de la situation et la délicatesse qui convient, de sorte que le fils ou la fille ne soit pas perturbé(e) par l'enquête qui va être faite. C'est la dimension surnaturelle de l'action.

Au plan naturel, il s'agit de nouer ou renouer le contact avec l'enfant dans un dialogue où il sera considéré comme un adulte, traité comme une personnalité. Si grâce à Dieu les liens ne sont pas trop distendus, chercher à les resserrer. L'amour des parents saura trouver la formule la plus adéquate.

Trouver le moyen de rompre le silence, de faire parler. Tant que les éventuels reproches formulés par l'enfant le sont de manière générale (il ne cite pas de cas concrets) on peut dire que le dialogue reste superficiel.

On rentre dans le vrai dialogue quand un exemple concret est donné. Il ne faut pas alors entrer dans le traitement de ce cas isolé. Il faut avoir la patience et faciliter l'expression d'autres cas précis, en disant par exemple : « c'est vrai, cela cause de la souffrance, mais tu as peut être d'autres exemples à me donner ».

Il arrive que le jeune rompe le silence en "explosant" et en "vidant son sac" avec violence, en employant des mots irrespectueux voire grossiers. A notre avis, c'est la preuve que l'abcès vient de crever, et que l'on va pouvoir, enfin, parler. Pendant l'explosion le jeune donne des cas précis, des exemples qui illustrent sa position. Il faut alors noter ce qui est dit, en l'annonçant : « Je vais prendre note de ce que tu dis là parce que c'est important. » Les parents doivent garder assez de sang froid pour ne pas entrer "dans la bagarre", en se justifiant d'une manière ou d'une autre. Ils se contenteront de dire qu'ils souffrent du malheur de leur fils ou fille qui vient de se révéler à leurs yeux.

Après une telle "explosion", ou quand il est fait référence à plusieurs cas concrets (mal) vécus, l'échange aura pour but de connaître la situation réelle complète : où en est le fils ou la fille. Donc les parents s'interdiront d'entrer dans un débat. Il leur faudra vraiment écouter sans juger, accorder leur attention sans la moindre marque de mépris, sans se scandaliser, sans se mettre en colère.

Cela n'empêche pas, bien au contraire, de poser des questions d'éclaircissement si une formule utilisée ne paraît pas claire. De telles questions marquent la considération : les parents s'intéressent à ce qui leur est dit. Il ne faut pas pour autant faire de ces questions l'occasion d'un plaidoyer pour se justifier.

On peut rythmer les confidences par de très courtes interjections : « C'est Bien !», « Je ne m'en doutais pas », « Je ne m'en étais pas rendu compte » ; etc.

L'enquête est terminée quand le jeune revient plusieurs fois sur les mêmes thèmes sans apporter d'exemples nouveaux.

On récapitule alors, devant le jeune, les renseignements qu'il a apportés. Il devrait normalement dire : « C'est bien ça » ou toute autre formule du même genre. S'il en rajoute, prendre en compte le supplément.

Un tel entretien est souvent long et nerveusement épuisant. Il sera probablement apprécié par l'enfant (et le parent !) de terminer l'entretien en prenant une décision concrète ou en concluant un marché engageant les parents et l'enfant. On n'oubliera pas aussi de prendre rendez-vous pour un autre entretien.

Une enquête sera menée aussi auprès des personnes en relation avec le jeune : professeurs, amis de la famille... les questions posées aux "copains" du jeune devront ménager sa fierté : il est tout à fait probable qu'elles lui seront rapportées.

 

2.4  Prendre en charge le problème détecté.

Si, à la suite de cette enquête, un problème s'est fait jour, que faire alors ?

D'abord prier pour demander au Ciel pardon pour le ratage commis : c'est la dimension surnaturelle de l'action. La prière sera fréquente et demandera l'aide du ciel pour faire face au problème.

Sur le plan naturel, la démarche qui doit être associée à la prière, consiste à dialoguer avec l'adolescent(e) comme avec une personne adulte, dans un échange de vérité, sans tabous, pour faire le point et définir les orientations à prendre.

Le but est de faire avec le jeune une évaluation raisonnée des avantages et des inconvénients de sa situation et de son action, de lui montrer, le cas échéant, qu'il s'engage dans une impasse et que son intérêt est de prendre une autre voie plus assurée d'un résultat positif pour lui. S'il maintient la voie qui paraît incertaine, l'inciter à se donner des objectifs intermédiaires et des délais de réalisation, qui lui permettront de jauger son projet et d'apprécier les difficultés à résoudre pour le réaliser.

Annoncer l'aide qu'on peut (et celle qu'on ne pourra pas) lui apporter.

Dans ces entretiens, faire référence à l'homme ou à la femme accompli(e) qu'il (elle) mériterait de devenir.

Les entretiens qui ont ainsi été lancés seront régulièrement renouvelés pour assurer un suivi. Les parents manifesteront clairement leurs positions (encouragements, reproches, orientations, conseils...) dans des expressions les plus brèves possibles, évitant les longs "sermons" et les "scènes". C'est une attitude difficile à tenir, mais la brièveté du discours rend plus percutant le message.

 

En conclusion

Elever un adolescent n'est jamais chose facile et demande de la patience, de l'amour, de la constance et de la maturité. Tous les adolescents ont des personnalités différentes et il n'y a pas vraiment de recette miracle, mais pour tous, il sera bénéfique de donner de la sécurité, de l'amour et de les soutenir dans la prière.

Les parents devront transmettre les valeurs morales en les enseignant, en les pratiquant eux-mêmes, en les faisant pratiquer, dans la mesure du possible.

En tenant les promesses faites, la confiance sera rétablie entre les parents et leurs enfants.

Et par-dessus, tout les parents demanderont l'aide de Notre Seigneur : sans lui, nous ne pouvons rien faire.

 

André FRAMENT

 

ANNEXE

 

Comment faire de votre enfant un "bon délinquant"

12 conseils de la police de Seattle, u.s.a.

  • 1. Dès l'enfance, donnez-lui tout ce qu'il désire. Il grandira ainsi en pensant que le monde entier lui doit tout.
  • 2. S'il dit des grossièretés, riez, il se croira très malin.
  • 3. Ne lui donnez aucune formation spirituelle. Quand il aura 21 ans, il choisira lui-même.
  • 4. Ne lui dites jamais : «c'est mal !» Il pourrait faire un complexe de culpabilité. Et plus tard lorsqu'il sera arrêté pour vol d'autos, il sera persuadé que c'est la société qui le persécute.
  • 5. Ramassez ce qu'il laisse traîner. Ainsi, il sera sûr que ce sont toujours les autres qui sont responsables.
  • 6. Laissez-lui tout lire. Stérilisez sa vaisselle mais laissez son esprit se nourrir d'ordures.
  • 7. Disputez-vous toujours devant lui. Quand votre ménage craquera, il ne sera pas choqué.
  • 8. Donnez-lui tout l'argent qu'il réclame. Qu'il n'ait pas à le gagner. Il ferait beau voir qu'il ait les mêmes difficultés que vous.
  • 9. Que tous ses désirs soient satisfaits : nourriture, boisson, confort, sinon il sera frustré.
  • 10. Prenez toujours son parti: les professeurs, la police lui en veulent à ce pauvre petit.
  • 11. Quand il sera un vaurien, proclamez vite que vous n'avez jamais rien pu en faire.
  • 12. Préparez-vous une vie de douleur, vous l'aurez.

Direction de la police de Seattle (Washington)

 


[1] Y. Bonnet, in Les 9 fondamentaux de l'éducation, Petite Renaissance, Paris 2007. Un livre à lire et même à méditer par les parents rencontrant des problèmes dans l'éducation de leurs enfants.

[2] Vere scire per causas scire : savoir par les causes, c'est vraiment savoir.

[3] Le fils ayant demandé : « Pourquoi ne le dis-tu pas à mon frère ? », entendit la réponse triste du grand père : « Il ne m'entend pas ! » 

[4] On les retrouve sur Internet, tels qu'ils ont été publiés il y a plus de dix ans.

[5] Cf. : Apocalypse IX, 10.

[6] Cf. : Gen. 3, 5.

[7] Ces parents pensent même avoir bien rempli leur mission éducative pour s'être conformés aux conseils des psychologues. Mais ces conseilleurs, nous l'avons dit, imaginent une éducation qui ne tient pas compte du péché originel dont les conséquences pèsent sur l'homme, même baptisé, quel que soit son âge.

[8] Dans le cas où la faute est connue d'eux.

[9] Cette volonté de réparation doit d'ailleurs exister même si la faute est cachée.

[10] A cette occasion, il sera possible aux parents de se reconnaître coupables d'avoir trop longtemps fait vivre leur fils ou leur fille en "bébé" ce qui lui a causé du tort en lui donnant une fausse perception de la vie.

[11] Numéro épuisé de la revue qui a cessé de paraître.

[12] Le besoin de fumer est une forme d'addiction (comme une drogue). Pendant la période de disette extrême qui sévit en Allemagne à la fin de la deuxième guerre mondiale, des femmes se prostituaient pour une cigarette.

[13] Même si le racket à la sortie de l'école ou du lycée n'est pas fait avec une arme physiquement visible, ce genre de comportement est pour nous l'équivalent (psychologique) d'une attaque à main armée.

 
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