La "lettre aux élus" nous a fait parvenir cette étude inquiétante sur l'avenir de l'enseignement de l'histoire en France. La destruction de l'identtté française se poursuit avec détermination.
QU'ADVIENT-IL DE L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE ?
- I. ETAT DES LIEUX DE L'EDUCATION NATIONALE
«L'école a pour mission première de transmettre l'héritage culturel et les savoirs (...), le conservatisme est l'essence même de l'éducation» ; c'est ce qu'affirmait Hannah ARENDT, auteur célèbre notamment pour son analyse des totalitarismes du XXème siècle (elle avait fui l'Allemagne en 1933).
Dans « la crise de la culture » (1968), elle met l'accent sur la « crise de l'éducation » qu'elle attribue aux « dérives » pédagogiques modernes, et qui est d'abord, selon elle, une crise de l'autorité. Elle se prononce pour la séparation radicale de l'éducation et de la politique et dénonce la volonté d'égalitarisme.
La pertinence de son analyse est abondamment prouvée par l'impressionnante bibliographie qui s'est constituée au cours des 40 dernières années autour du thème de l'effondrement de ce qui était naguère l'un des fleurons de notre pays.
Voici un extrait éloquent de l'analyse livrée en 2005 par Laurent LAFFORGUE, 45 ans, brillant mathématicien (médaille Fields, 2002), professeur permanent à l'Institut des hautes études scientifiques (IHES) :
« Depuis un an et demi que j'ai commencé à m'intéresser sérieusement à l'état de l'éducation dans notre pays (....), je suis arrivé à la conclusion que notre système éducatif public est en voie de destruction totale. Cette destruction est le résultat de toutes les politiques et de toutes les réformes menées par tous les gouvernements depuis la fin des années 60. Ces politiques ont été voulues, approuvées, menées et imposées par toutes les instances dirigeantes de l'Education nationale, c.-à-d. en particulier : les experts (....), les corps d'inspecteurs (recrutés parmi les enseignants les plus dociles et les plus soumis aux dogmes officiels), les directions des administrations centrales (.....), les directions et corps de formateurs des IUFM peuplés des fameux didacticiens et autres spécialistes des soi-disant « sciences de l'éducation », (......) bref, l'ensemble de la nomenklatura de l'Education nationale. Ces politiques ont été inspirées à tous ces gens par une idéologie qui (.....) mêle la volonté de faire jouer à l'école en priorité d'autres rôles que l'instruction et la transmission du savoir (....). Cette idéologie s'est emparée également des instances dirigeantes des syndicats majoritaires (.....). Tous ces gens n'ont aujourd'hui qu'un but : dégager leur responsabilité et donc masquer par tous les moyens la réalité du désastre ».
II. C'EST DANS CE CONTEXTE QUE VOIT LE JOUR UNE NOUVELLE REFORME DE L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE QUI AFFECTE EN PARTICULIER L'HISTOIREGEOGRAPHIE
1) Objectifs annoncés de cette réforme :
Face à l'effondrement du niveau moyen de connaissances des élèves1, ainsi qu'au taux d'échec des orientations (qui se traduit, entre autres, par un ratio coût/efficacité désastreux, récemment pointé du doigts avec insistance par la Cour des comptes dans un rapport circonstancié), le Ministère de l'Education nationale a annoncé s'être fixé pour objectif la réussite de tous les élèves.
Celle-ci serait favorisée en retardant la spécialisation des lycéens de manière à ce qu'ils puissent changer de voie en terminale.
Dans le cadre de cette nouvelle réforme, dont une partie du dispositif est entrée en vigueur en septembre, il est prévu que tous les lycéens de la voie générale pourront recevoir 60% d'enseignements communs.
2) Innovations introduites par cette réforme en ce qui concerne l'enseignement de l'histoire-géographie (1ère et Terminale) :
Aux termes du texte ministériel, l'enseignement de l'histoire-géographie en classe de 1ère sera renforcé de manière à ce que soit couvert l'ensemble du programme étudié jusqu'à présent en terminale. A cette fin, 4 heures par semaine seront désormais consacrées à cette matière dans toutes les sections de 1ère.
En fin d(année, les seuls élèves de 1ère S passeront une épreuve d'histoire-géographie comptant pour le baccalauréat. L'enseignement de l'histoire-géographie sera également renforcé en série littéraire avec la création d'une matière intitulée « grands enjeux du monde contemporain ».
Toutefois, s'agissant de la classe de terminale S, l'histoire-géographie n'aura plus qu'un caractère optionnel. Les élèves qui le souhaitent pourront cependant s'inscrire à un cours supplémentaire de 2 heures par semaine.
3) Effets prévisibles de ces innovations :
L'histoire ne figurera donc plus parmi les matières obligatoires de la classe de terminale S et il y fort à parier que très peu d'élèves de celle-ci opteront pour un cours hebdomadaire supplémentaire de 2 heures. Quant aux programmes d'histoire-géographie naguère suivis par les classes de 1ère et de Terminale, ils seront abordés en une seule année par tous les élèves des sections S, L et ES.
Par ailleurs, les programmes portant en 1ère sur la période s'achevant à la fin du XXème siècle, quelle période de l'histoire va-t-on aborder au cours des 4 heures hebdomadaires prévues pour les terminales des sections L et ES ?
Dès lors, il est à craindre qu'à court terme ces mesures favoriseront la suppression de l'épreuve d'histoire-géographie non seulement en ce qui concerne la classe de Terminale S mais également les autres classes de Terminale.
A moyen terme, il n'est pas exclu que l'on assiste à la disparition pure et simple de l'enseignement de l'Histoire en classe de Terminale !
Mais, plus inquiétant encore est le bouleversement dont est l'objet ce qui subsiste de l'enseignement de l'Histoire - déjà laminé - dans les autres classes du Secondaire :
Par exemple :
En classe de Seconde, exit les Croisades, la Renaissance et Napoléon 1er ; tandis qu'en classe de 5ème, Clovis, Jeanne d'Arc et Louis XIV, ainsi que des phases-clés de notre histoire, passent à la trappe !
Ces trois grandes figures, parmi d'autres, qui ont joué un rôle décisif dans l'histoire de notre pays vont en effet, en classe de 5ème, faire les frais d'un survol des grandes civilisations ... de l'Afrique médiévale ou de l'Islam des Abbassides ...
Les objectifs sous-jacents qui seraient ainsi atteints sont doubles :
- d'une part, réaliser des économies par la suppression d'heures de cours ; les professeurs d'histoire-géographie, conscients du danger, ont d'ailleurs alerté l'opinion publique à ce sujet ;
- d'autre part, transformer un peu plus les élèves en «citoyens du monde» déculturés2, sans attaches particulières à un terroir et à un passé - concrètement, à la civilisation occidentale fondée sur le christianisme - en dévalorisant ou supprimant purement et simplement les enseignements qui précisément leur permettaient de se considérer les légataires de cette civilisation.[1]
4) Quid de l'Enseignement supérieur dans le domaine de l'Histoire ?
A la lumière de ce qui précède, on ne s'étonnera pas que soit souligné par le Pr Jacques HEERS[2] dans son ouvrage précité, que les nouvelles licences d'Histoire soient des cursus dans lesquels les bacheliers font de tout, sauf de l'Histoire. Il met également l'accent sur le fait que par le système des équivalences existant entre les disciplines, il est fréquent de voir arriver en 3ème année de licence des étudiants n'ayant jamais suivi le moindre cours de méthodologie ad hoc et ignorant tout de la chronologie3 !
5) Serait-ce éventuellement céder à certaines recommandations émanant d'instances internationales, comme celle qui suit ?
« Les sociétés contemporaines peuvent subsister et fonctionner seulement si la coexistence de cultures différentes est possible et si les individus peuvent, selon les circonstances, selon leurs besoins, passer d'une culture à une autre,[3] et même accéder à plusieurs cultures. Le programme d'éducation multiculturelle prend, à la lumière de cette réflexion, une ampleur, voire une profondeur toute autre, car sa raison d'être ne se justifie plus uniquement par des arguments éthiques (combattre les discriminations produites par le racisme ou l?ethnocentrisme) ou juridiques (respecter les droits de l'homme) mais aussi épistémologiques (différencier la manière de penser, les formes de l'intelligibilité et la structure du savoir). Cet enrichissement du dispositif conceptuel permet (.....) le développement de programmes d'éducation multiculturelle fondés sur des bases scientifiques (........) ».
« L'éducation multiculturelle (......) ouvre l'accès à d'autres formes de connaissance et à d'autres traditions culturelles, dépositaires de types de savoir différents, dans leurs contenus et dans leur structure interne, de celui de la tradition scolaire ».
S'agissant de l'enseignement de l'Histoire, l?auteur ajoute : « ....La simple présentation objective des faits serait d'ailleurs probablement insuffisante pour entraîner l'attitude souhaitable (.....) ». UNESCO, 4ème conférence des ministres de l'Education; «Perspectives et tâches[4])
C'est pourquoi, cette « éducation multiculturelle » est difficilement compatible avec l'enseignement traditionnel de l'histoire où l'accent portait principalement sur la France et la civilisation européenne, l'histoire de notre pays étant indissociable de celle des autres peuples européens ; par conséquent, exit Clovis, Jeanne d'Arc, Louis XIV et j'en passe !
III. CONCLUSION
La concentration de la population dans les grandes métropoles, de même que l'éclatement d'un nombre grandissant de foyers, a, entre autres, pour corollaire la rupture de la transmission aux nouvelles générations de l'héritage culturel que pouvaient naguère léguer parents et grands-parents, lequel était en outre enrichi par l'assistance des jeunes gens à différentes célébrations publiques qu'elles aient eu un caractère religieux ou profane.
Avec cette rupture en toile de fond, la disparition programmée de l'enseignement de l'Histoire- Géographie achève de déculturer l'élève. L'oubli, pour ne pas dire le rejet, de l'histoire nationale contribue à ce que le sociologue P.A. TAGUIEFF a appelé « la disparition de l'avenir ». Est-il nécessaire d'ajouter qu'un enseignement de l'histoire biaisé, falsifié, baignant dans le relativisme et où la culture des aïeux est systématiquement dévalorisée au profit de civilisations parfois hostiles à celle-ci, aboutit au même résultat ?
Ne pouvant tirer des leçons d'un passé qui lui a été occulté, seul, isolé dans un monde où rien de stable de demeure, où peu à peu, tout devient virtuel, l'individu risque de devenir le jouet de la désinformation et de la manipulation.
Gavé des sous-produits « entertainment » de la « World company », sommé de se pâmer devant « l'art Koons-Murakamesque » et donc fermé aux traditions de ses origines, il est en outre en voie de dépossession de son patrimoine culturel.
Ainsi devenu étranger sur son propre sol, il n'aura dès lors pas de raison particulière de le défendre. Or, l'on sait que « les civilisations sont mortelles » ...
Il est par conséquent de la plus haute importance que les élu(e)s, soucieux du bien commun, et en particulier ceux qui siègent au sein du Conseil supérieur de l'Education (CSE) mêlent leurs voix, entre-autres, aux réactions nombreuses et diverses suscitées par les mesures évoquées ci-dessus. Ces dernières contribuent en effet à la dissolution de l'identité nationale et constituent un affront et un manque de gratitude à l'égard de tous nos devanciers, humbles ou illustres, qui ont fait de la France l'un des pays les plus prestigieux de la planète.
[1] Cela concerne au premier chef les élèves d'origine européenne, si l'on en juge par la place grandissante donnée à l'étude du monde musulman dans les directives ministérielles précitées
[2] cf « l'Histoire assassinée. Les pièges de la mémoire », 2006, du Pr. Jacques HEERS, ancien directeur des études médiévales de la Sorbonne
[3] Doit-on comprendre également d'une religion à une autre ?
[4] Citation extraite de l'ouvrage précité « Machiavel pédagogue » ,1995 ; de Pascal BERNARDIN





