"L'ECOLE DES ILLUSIONNISTES"
d' Elisabeth Nuyts
Yann Le Coz
Toutes les citations entre guillemets, en italiques et sans référence sont extraites du livre de madame Nuyts.
Un livre roboratif !
Madame Elisabeth Nuyts dénonce un mal qu'elle connaît bien pour le fréquenter de près. Elle observe, décortique, dissèque, analyse. Elle triture, tripote, en prend toutes les dimensions. Formulant des hypothèses, elle les vérifie, les confronte à des faits probants, au point qu'elle met en exergue les causes profondes des ratés et désastres que tout un chacun peut observer. Sa démarche est scientifique, argumentée et prouvée par la recension des situations et des cas multiples auxquels elle a été confrontée. Le lecteur en arrive à comprendre des situations connues : ce livre rend intelligent, car la tâche de madame Nuyts ne se borne pas à souligner et à expliquer les causes du mal, elle indique remèdes et parades à apporter et nous exhorte à les mettre en œuvre. Les deux facettes de son travail entrainent le lecteur dans le combat qu'elle mène.
L'originalité du livre
Les études parues sur le thème de l'échec scolaire, la faillite de la pédagogie contemporaine, les multiples réformes du mammouth...sont légion.
L'apport du livre, L'école des illusionnistes, est tout autre. S'il est une mise en cause radicale des méthodes pédagogiques nouvelles - bien d'autres l'ont fait avant elle - il est avant tout une invitation à une croisade. Le mot n'est pas trop fort, dans la mesure où l'auteur lance un appel à l'action : « ON est en train de nous saborder sans que nous opposions la moindre résistance. ON est devenu NOUS dans la pire des guerres ». NOUS, en raison de l'ignorance ou de l'incompréhension de ce qui se passe ; et, par voie de conséquence, de notre passivité face aux maux quasi unanimement constatés, voire de notre collaboration involontaire à l'œuvre de destruction.
Il y a quelques années, Pascal Bernardin35 avait tiré le signal d'alarme en présentant des documents émanant de plusieurs organismes internationaux - UNICEF, UNESCO, Communauté européenne, ONU, OCDE...Tous exprimaient ce vers quoi doivent tendre programmes et méthodes d'éducation, il écrivait :
« Aujourd'hui, l'objectif prioritaire de l'école n'est plus de donner aux élèves une formation intellectuelle, ni de leur faire acquérir les savoirs élémentaires. Au terme d'une redéfinition du rôle de l'école, celle-ci devient le véhicule d'une révolution culturelle et éthique destinée à modifier les valeurs, les attitudes et les comportements des peuples à l'échelle de la planète. Les techniques de manipulation psychologique, qui ne se distinguent guère des techniques de lavage de cerveau, sont utilisées à tout niveau. Les élèves en sont naturellement les premières victimes »[1]. Le rêve d'une société idéale n'arrêtera jamais technocrates et idéologues dans leur désir de « changer l'homme »[2] ; pour cela, ils cherchent les moyens de réduire individualités et personnalités pour les agglomérer dans un être collectif, « bétail doux, poli, tranquille, admirablement bien châtré », aurait dit Saint-Exupéry[3]. Tout cela en vue d'un nouvel ordre mondial. Madame Nuyts n'hésite pas à parler de la pire des guerres, sournoise et silencieuse, car il ne s'agit rien moins que de « changer la société en transformant le cerveau de l'homme occidental ». Il y va de l'avenir de nos enfants, de nos familles, de notre pays, de ce qui reste de notre civilisation.
Ce sont là les conclusions auxquelles invite l'auteur, tout en renvoyant le lecteur au « courageux ouvrage de Pascal Bernardin » dont la documentation rassemblée « pourrait s'intituler : Abrégé d'esclavagisme»[4]. Ces auteurs ne s'engagent pas sur une quelconque théorie du complot[5], ils observent et établissent le lien de cause à effet entre les déclarations des organismes officiels et les résultats obtenus.
La démarche de l'auteur
L'auteur explique les caractéristiques des techniques et méthodes actuellement utilisées. Traductrice de conférence de formation, professeur, chercheur en pédagogie, elle n'a rien d'une théoricienne de l'éducation, encore moins d'une idéologue. Ses réflexions et conseils très pratiques sont le fruit de son expérience auprès d'enfants, de jeunes gens et d'adultes qui ont pour point commun de rencontrer des difficultés intellectuelles ou relationnelles liées à des méthodes d'apprentissage et des pratiques d'acquisition des connaissances.
Si son milieu professionnel l'a conduite à s'intéresser plus particulièrement à l'enseignement, ses observations s'étendent aux méthodes de formation pour adultes, à l'utilisation de l'audio-visuel et de l'informatique. Son travail repose sur les découvertes les plus récentes des neurosciences, la physiologie et le fonctionnement du cerveau ; à partir de ces données, elle a cherché à comprendre les mécanismes cérébraux moteurs de l'apprentissage de la parole, de la lecture et de l'écriture.
Le fonctionnement du cerveau humain
L'action sur le cerveau humain, tel est le sujet central du livre. La démonstration de madame Nuyts repose sur le constat que les pédagogies nouvelles et les outils de communication contemporains s'écartent délibérément du fonctionnement naturel du cerveau ; ils contribuent à instaurer des circuits neuronaux contre nature qui perturbent le développement des fonctions indispensables aux opérations mentales. De ce fait, ils déstructurent la personnalité.
Le cerveau humain est composé de deux hémisphères, chacun ayant une fonction propre.
Le droit est spécialisé dans les approches analogiques et globales, les synthèses : la vue, la perception et la maîtrise de l'espace. Il nous permet de reconnaître un objet, un concept par comparaison à des données déjà enregistrées. Il agit de manière binaire - conforme ou non, vrai ou faux, oui ou non - comme un ordinateur, et avec une rapidité telle que la conscience n'entre pas en jeu. (cf. slogan, publicité, actes-réflexe...).
Le gauche développe la capacité analytique, auditive, verbale ; il est le domaine de la perception et de la maîtrise du temps. Il est apte à décomposer les informations en données dont on peut saisir le sens, les raisons (pourquoi), l'objectif (pour quoi). Il filtre les émotions et les pulsions.
Le lien entre les deux hémisphères se fait par le corps calleux qui est agent de transfert des informations ; le va-et-vient des données est essentiel à la réflexion. Le développement harmonieux de toutes les capacités cognitives est le résultat de la complémentarité des fonctions des deux hémisphères.
Or tout ce qui a été mis en œuvre depuis des décennies concourt à ne développer que l'hémisphère droit : méthodes globales ( mathématiques, lecture...), suppression de la lecture à voix haute, QCM[6], association d'idées, lecture prédictive, contraction de textes, lecture rapide précoce, jeux d'images, films, ordinateurs, montages audio-visuels... Autant de techniques et méthodes qui réduisent l'activité et atrophient le cerveau gauche (réflexion), au profit du cerveau droit.
Chaque être, pourra d'autant mieux s'adapter ultérieurement à de nouveaux modes de fonctionnement cérébraux que les méthodes utilisées l'auront structuré en respectant ses propres particularités. La période de formation est essentielle, car elle voit se construire les circuits neuronaux qui seront activés automatiquement quand la personne se livrera aux mêmes activités.
On comprend alors l'importance du processus de formation dont le but sera de mettre en place les circuits neuronaux les mieux adaptés aux capacités de chacun.
Les méthodes pédagogiques traditionnelles
Elles stimulent la circulation des informations d'un hémisphère à l'autre (B-A...BA, soit analyse...synthèse), en joignant la parole et le son à la vue... sans oublier le toucher, avec l'index. Tout le cerveau est mis à contribution. Madame Nuyts insiste tout particulièrement sur l'importance capitale de la « verbalisation » ou «oralisation » qui permet d'effectuer l'analyse consciente des données sensorielles et d'aboutir à l'identification et à la compréhension. Cette étape est capitale pour la mémorisation à long terme.
Ainsi l'apprentissage des opérations mentales est à la portée du plus grand nombre ; selon que l'accès aux connaissances se fait davantage :
- par la vue (mode de connaissance visuel utilisant l'hémisphère droit, synthétique et analogique, mémoire mécanique visuelle, logique déductive),
- ou par la parole et l'ouïe (mode de connaissance auditif et analytique utilisant l'hémisphère gauche, logique inductive, mémoire sélective auditive),
- ou par le geste et le toucher (mode de connaissance kinesthésique, synthèse des capacités des deux autres) chacun y trouve les voies d'accès convenables.
Dans des classes réunissant des enfants forcément très différents les uns des autres, de telles méthodes, en sollicitant tous les sens, permettent à chaque enfant de trouver ses propres repères[7].
Les méthodes pédagogiques ‘nouvelles'
Les travaux et les découvertes sur le fonctionnement du cerveau humain sont suffisamment connus pour que responsables éducatifs, pédagogues, professeurs... ne puissent invoquer l'ignorance. Ou alors il s'agit d'une ignorance coupable.
L'ouvrage de madame Nuyts explique avec précision comment des chercheurs jouent avec l'être et le futur de nos enfants, comment certains[8] utilisent ces connaissances et les techniques qui en sont issues (pédagogie du cerveau droit, hypnopédagogie...) pour « mettre au moule » les personnalités, gommer toutes les aspérités et les non conformités qui s'opposeraient à la société paradisiaque, dont ils rêvent, par idéalisme ou volonté d'asservissement[9]. Pour J. Roubaud, mathématicien, nous sommes à « l'époque des têtes vides... dans les têtes vides, l'extérieur s'installe »[10].
Parades et remèdes
Tous les propos de madame Nuyts sont si intelligibles qu'ils indiquent les voies à suivre pour revenir à ‘des têtes bien faites'.
Mais le dernier chapitre surtout est consacré à ce qu'il faut faire, ou ne pas faire, pour épargner de douloureuses expériences tant aux enfants qu'aux adultes ; car ces techniques d'action sur le cerveau sont maintenant diffusées dans tout milieu par les moyens de communication (télévision, séminaires de formation pour adultes...)
Les parents qui ont pris soin de retirer leurs enfants des circuits dans lesquels opèrent les apprentis sorciers pédagogues, trouveront, dans ce livre, justification de leur décision. Et réconfort, car une telle position est toujours difficile à prendre, soumise aux sarcasmes des tiers, exigeant bien des efforts et sacrifices. C'est la plus sage et courageuse des décisions, car accepter ces pratiques contre nature, c'est accepter la mutilation de nos enfants.
Ceux dont les enfants sont entre les mains d'enseignants qui ‘ne savent pas ce qu'ils font', pourront essayer d'instiller un contrepoison en suivant les conseils de l'auteur ; ils pourront aussi tenter d'ouvrir l'esprit de ces professeurs, s'il n'a pas été trop détérioré par ces techniques.
Ceux qui ont reçu très tôt une formation, qui les a aidés « à se construire », comprendront pourquoi et prendront surtout la mesure du bonheur qu'ils ont eu ; ils devraient avoir à cœur de faire connaître autour d'eux les dangers courus, les moyens d'y remédier ou, mieux encore, de les éviter. Car aujourd'hui échecs scolaires, troubles du comportement, difficultés d'apprentissage... sont de plus en plus considérés et traités comme des cas médicaux. Notre auteur démontre, par son expérience, qu'il est possible, à tout âge, de « reconstruire » une personnalité, en recourant, non à la médecine, mais à des méthodes tenant compte des réalités physiologiques, psychologiques et spirituelles de la nature humaine.
Yann Le Coz
[1] op. cit. 4e de couverture
[2] J.J. Rousseau
[3] Lettre au Général X
[4] Pascal Bernardin, op. cit
[5] N.D.L.R. Sur cet aspect de la question, qui n'est pas abordé par Pascal Bernardin et Elisabeth Nuyts, on trouvera quelques données dans le chapitre XXII (sur l'UNESCO) du livre d'Epiphanius « Maçonnerie et sectes secrètes : le côté caché de l'histoire »
[6] Question à choix multiple
[7] Ce qui explique le niveau d'alphabétisation auquel étaient arrivés nos pays occidentaux
[8] Rôle de N. Chomsky, l'un des principaux instigateurs de la pédagogie occidentale, p.273 et sq. de L'école des illusionnistes. « Pour se débarrasser, dans l'œuf, des esprits critiques, cauchemar des pouvoirs totalitaires, il a donc conçu un enseignement qui ne permette pas à des élites analytiques d'émerger. En échafaudant une pédagogie qui s'adresse au seul cerveau droit, ce psychologue informaticien a fait d'une pierre deux coups : il a écarté les gêneurs analytiques potentiels, et modelé les futures élites en êtres programmables... »
[9] « Nous menons actuellement des expériences de transformation de la conscience du sujet... ». H. Gris et W. Dick, The new Soviet psychic discoveries, Sphere Books ld. 1980, p.364
[10] J. Roubaud, La Recherche, spécial Mémoire, n° 267, p.842





