Pour une politique familiale
Qu’est-ce qu’une politique familiale ?
La réponse à cette question comporte deux volets : sa finalité d’abord pour en éclairer et en justifier le contenu qui fera l’objet de la partie suivante. Nous verrons enfin ce qui peut être fait aujourd’hui dans ce but.
1 - Les objectifs d’une politique familiale
Pour présenter les objectifs d’une bonne politique familiale, il paraît est hélas utile de commencer par une critique de ceux de notre actuelle législation. Nous tirerons les leçons de cette critique puis nous donnerons les principes directeurs qui orientent une bonne politique familiale. Nous terminerons par la détermination des principaux objectifs.
11 Critique de la législation actuelle
Ils se trouvent clairement résumés par ce qu’écrit René Théry, faisant dire à notre société :
« Vous êtes marié, vous ne l’êtes pas, vous ne l’êtes plus... Vous voulez un enfant, vous n’en voulez pas, vous n’en voulez plus.. . Cela vous regarde. La société n’a pas à interférer dans vos choix ; elle doit plutôt mettre à votre disposition un système commode qui protègera vos options d’aujourd’hui et le rejet que vous en ferez demain ».
111 Une société d’individus et non de familles
Première caractéristique de l’actuelle politique (anti) familiale : L’organisation de la société par l’Etat veut ignorer les conditions de vie de la famille. Divorce, adultère, contraception sont à ses yeux affaires de vie privée. Pour l’Etat actuel, la société doit les rendre également possibles. Ce n’est pas par indifférence. Le prétexte de la liberté des personnes est invoqué pour masquer la volonté de supprimer la famille en tant que communauté intermédiaire entre l’individu et 1’Etat. Qui dit famille, en effet, dit enracinement, tradition, sens des responsabilités et des relations sociales. Toutes ces vertus donnent aux fils et aux filles d’une famille la consistance de personnes responsables, donc libres, donc aussi rétives aux conditionnements totalitaires. Et pour ceux qui veulent instaurer un pouvoir totalitaire, les hommes et les femmes libres sont des obstacles, ils parlent des vertus qui assurent la liberté comme de «carcans», dont il faudrait libérer l’individu. La loi vise donc d’abord à empêcher l’influence de ces vertus sur les personnes.
Que l’Etat protège les personnes, c’est l’un de ses rôles. Pourtant quand il prétend considérer la famille comme une menace pour la liberté, il a une démarche inacceptable : il menace nos vraies libertés ; et il est proprement suicidaire pour notre nation. La preuve de cette volonté d’ignorer les familles pour ne s’occuper que des individus, se trouve dans le fait que c’est en dehors des instances familiales (quand elles existent : secrétariat d’Etat, ministère délégué à la famille) que l’on traite de toutes les questions la concernant au premier chef : respect de la vie, logement, environnement culturel, travail féminin. Dans ce que l’on appelle les sciences de la vie, au Comité national consultatif d’éthique, la famille n’a qu’un représentant sur trente cinq membres. Quand on est inquiet de la baisse de la natalité, on charge 1’Institut National d’Etudes Démographiques d’organiser un colloque sur la démographie. A ne considérer la famille que du point de vue sanitaire, on aboutit obligatoirement à une conception eugéniste ; de même, en terme de sécurité sociale on parlera du «risque» de maternité, alors que la descendance est sans aucun doute l’assurance vie d’une société.
La première tare de notre législation est de prétendre ne prendre en compte qu’une société de personnes et de refuser de considérer une société de familles.
112 Une politique matérialiste de «rationalité»
Une deuxième tare : Cette politique sectorielle, à l’objectif rétréci, est matérialiste.
Le législateur est quand même bien obligé de constater que des hommes, des femmes, des enfants vivent sous un même toit. Cette réunion qui, pour lui, doit pouvoir n’être que provisoire, il l’appelle famille ; Mais ce terme n’a aucune définition officielle. La famille n’existe pas en droit français. Le Répertoire de droit Dalloz a l’article «famille» précise : «le groupe que constitue la famille n’est pas constitué selon une forme juridique déterminée. C’est un ensemble de personnes de nombre variable et qui, par suite des relations existant entre elles, se trouvent unies par certains rapports juridiques légaux. Par ailleurs, le groupement familial ne bénéficie pas de représentation juridique». Pas un mot donc du mariage , il ne s’agit que de rapport d’individus à individus, mais non de rapport unissant les individus dans une unité qui les respecte, les englobe. Le mot de Renan disant que le code civil a été écrit pour un enfant trouvé, vivant célibataire et mourant sans enfants se vérifie de plus en plus rigoureusement.
Et l’UNAF elle-même, quand elle a voulu définir la famille dans la déclaration des droits de la famille, postule à l’article 2 :
«La famille est une unité de personnes fondée sur le mariage, ou la filiation ou sur 1’exercice de 1’autorité parentale ».
Et dans l’article 3 :
« Les époux ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution ».
Peut-on mieux banaliser la «dissolution» du mariage ? Lorsque madame Barzach veut créer un environnement favorable à: la naissance d’un troisième enfant pour toutes les familles, elle précise : «que les couples soient mariés ou non». La loi du 11 février 1975 ouvre les associations familiales à tous les couples (l’emploi relativement récent de ce mot à la place de famille ou de parents est d’ailleurs significatif) aux pères et mères isolés, divorces, concubins... Ainsi, se trouve-t-on devant une définition «empirique» de la famille pratiquement réduite à une unité de consommation, domaine ouvert a toutes les planifications : Par le planning familial par exemple, la régulation des naissances, ce sera l’enfant si je le veux, quand je le veux, tel que je le veux.
Certains emploient le terme de «rationalité» ; il exprime la recherche à tout prix de l’efficacité matérialiste à court terme.
113 Une politique "sociale" et non familiale
C’est la troisième caractéristique de l’actuelle politique prétendue familiale : elle est une politique sociale et non familiale. Si notre législation définit la famille comme formée d’un adulte ou d’un couple d’une part, d’un ou plusieurs enfants d’autre part, elle conçoit que la charge de ceux-ci risque d’entraîner une situation injustifiée de pauvreté ; elle est donc conduite à aider, le terme plus exact serait plutôt à assister, les uns ou les autres en fonction des difficultés qu’ils peuvent rencontrer à un instant donné. Alors l’aide aux familles en difficulté, les allocations particularisées aux parents isolés, aux familles monoparentales relèvent d’une politique sociale et non d’une politique familiale.
Une politique sociale répond en effet à un objectif de solidarité, alors qu’une politique familiale se fonde sur la justice et l’équité en reconnaissant le fait que les familles sont créancières de la société . Les allocations familiales ont été créées à titre de compensation des charges familiales ; elles visaient à rétablir un égal niveau de vie entre ceux qui ont des enfants et ceux qui n’en ont pas. On a oublié cette origine dans les années 70 notamment, en liant certaines allocations aux revenus. Notre législation en matière familiale se flatte d’un respect scrupuleux de l’intériorité du domaine privé, elle favorise l’individualisme et recherche la rationalité ou l’efficacité matérielle (ce qui implique une planification et donc, à terme, une intrusion dans le domaine privé : première contradiction), la solidarité (et non la justice).
Dans tout cela, il peut y avoir de bonnes choses mais il y manque l’essentiel et il y a une fausse conception de la responsabilité de l’Etat.
12 La famille cellule de la société
Il y manque l’essentiel : à aucun moment on ne voit reconnaître cette vérité première que la famille est la cellule fondamentale de la société.
121 Cellule de la société
Cellule de la société... Il y a d’abord dans cette très exacte formule, une constatation que développe Marcel de Corte : on ne fait du social, au sen plein du terme qu’avec du social au sens embryonnaire. La société humaine est une société de sociétés, société de familles et non société de personnes. Par le mariage il y a constitution d’un être nouveau une cellule sociale : l’amour accomplit ce prodige que l’on tend a être UN sans cesser d’être deux. C’est à partir de cette cellule sociale élémentaire que peut réellement se construire le tissu social. Or la législation a constitué une sphère publique séparée de la sphère privée. La première serait celle de la logique et de la rationalité, la seconde serait celle de la liberté. A l’ennui de la première sphère on remédierait par le loisir et par la fête, or la famille est classée dans cette seconde sphère. La famille est alors rabaissée à un loisir social ! On constate un mépris total de l’action des familles qui, par la procréation et l’éducation œuvrent pour l’avenir de la nation. C’est un bouleversement qui non seulement viole, privatise la famille mais aussi veut rendre incompréhensible l’institution même du mariage à laquelle on ne se plie que pour des raisons bancaires, d’allocation, en choisissant alors le statut le plus avantageux (concubinage par exemple).
122 Ce qu’apporte la famille
Et si la famille «cellule de la société» n’est pas qu’une expression des discours officiels, sait-on ce que cela devrait vouloir dire dans une saine conception de la société ? La famille, fondée sur le mariage, est le principe, la matrice de la société. Par le mariage il y a constitution d’une cellule sociale qui avec toutes les autres construit le tissu social. La vie familiale, par les mariages crée des alliances d’une cellule à l’autre, des relations. La subversion veut distendre ces liens, nous nous devons de les renforcer. Par ailleurs la société n’a pas d’autre source de fécondité que la famille.
Les autres associations d’adultes (concubinages, homosexuels ) sont infécondes et donc disparaîtront pratiquement.
Si donc la société ne respecte plus la famille comme véritable source de fécondité, elle devient comme inanimée, elle a recours aux artifices (au sens où les fleurs artificielles s’opposent aux fleurs naturelles). On parlera par exemple de méthodes artificielles de régulation des naissances, de procréation artificielle... Toutes ces dissociations : de la sexualité et de la procréation, de la sexualité et de la paternité, sont d’ailleurs des actes monstrueux et contre nature. Ainsi inanimée, la société peut encore durer un moment mais perdant sa source d’unité, elle n’est plus qu’une organisation pour laquelle l’efficacité immédiate tient lieu de fécondité ; elle est condamnée à s’effondrer. Et déjà on demande à l’Europe d’accueillir en son sein 200 millions d’immigrés. Des déplacements même de plus faible amplitude s’appelaient, dans le passé, déportations ou invasions selon la méthode employée. Comment devra-t-on qualifier alors ces phénomènes ?
Âme de la société parce que source de vie, la famille l’est aussi parce qu’elle est le ferment de son développement ; la famille permet un apprentissage irremplaçable de vie sociale. « Elle constitue le berceau et le moyen le plus efficace pour humaniser et personnaliser la société ». Développer les valeurs qui sont au cœur de la vie de famille, respect de la vie innocente, respect de l’autre, indulgence pour ses défauts ou ses limites, sens du dévouement, voire du sacrifice, sens de la communauté, sens de l’autorité et sens de l’obéissance, sens de la responsabilité, sens du pardon, sens de la fidélité, développer toutes ces valeurs, c’est créer les conditions de la paix intérieure des nations. «Lorsque la famille est florissante, les possibilités sont grandes d’un développement intégral de l’ensemble de la société. L’importance qu’une nation accorde au développement des familles est un indice fondamental de sa santé ».
Le rôle moteur de la famille pour le développement de l’économie a été mis en évidence par le grand économiste Jean Didier Lecaillon dans son livre : «La famille source de prospérité» (éd. Regnier, 1995). Il analyse du point de vue économique l’apport de la famille à la société. Le travail domestique, dont la femme est le premier artisan, est un investissement que font les familles au profit de la société, laquelle - en ce qui nous concerne - l’ignore superbement. La politique familiale devrait prendre en compte ces échanges famille-société. Elle ne le fait pas et commet ainsi une injustice. Elle se transforme en une aide sociale aux plus démunis, réduisant les familles à une sorte de mendicité pour condescendre à les aider. C’est une atteinte à la dignité des mamans. Il est par ailleurs certain qu’il n’est pas de remède aux problèmes graves de notre société : emploi, chômage, délinquance, retraites... qui n’exige d’abord une juste politique familiale, valorisant le travail domestique féminin. Bien sûr, il y a dans le travail domestique autre chose que cet aspect matériel d’investissement. Lorsque l’on dit que la famille est la cellule de base de la société, on ne l’entend évidemment pas du seul point de vue matériel. Mais pour que la famille puisse remplir son rôle de source de vie, de ferment de développement, encore faut-il qu’elle en ait les moyens. Et ce n’est que justice que de les lui donner.
Source de vie, ferment de développement, il faut ajouter : oasis d’amour. La famille reçoit la mission de protéger, défendre et communiquer l’amour dans une société que les partis divisent. Elle est l’âme de la communauté politique, parce qu’elle est source d’amour, parce qu’elle est le lieu où l’amour doit aller jusqu’au bout de ses exigences, amour qui implique la fidélité. Enfin il est un rôle social de la famille dont 1’oeuvre «ne se limite pas à la procréation et à l’éducation même si la famille trouve en elles une forme d’expression première et irremplaçable ».
Ce rôle social doit s’exprimer sous forme d’interventions politiques.
13 Rôle et responsabilité de l’État
Certains alors s’interrogent, se demandant si tout cela est bien l’objet d’une politique, si cela est le rôle de 1’Etat. «Oui, répondait le Président Pompidou, au 25e anniversaire de l'UNAF en décembre 1970, l'État a le devoir de créer les conditions morales et matérielles favorables à la vie de la famille et dans mon esprit, ajoutait-il, cela comporte d’abord la reconnaissance de la famille non seulement comme réalité sociologique mais comme entité sociale.
Le Président d’alors rejoignait l’enseignement de l’Église : «Que le pouvoir civil considère comme un devoir sacré de reconnaître la véritable nature du mariage et de la famille, de les protéger et de les faire progresser». Il en va du bien commun de la société dont 1’Etat est le garant et il faut continuer de rappeler que le mariage n’est pas seulement le bien commun des époux mais celui de la société. C’est au titre du bien commun que l’Etat doit être est le protecteur de l’intégrité physique et morale des familles.
131 Deux objections
Il y a alors deux objections qu’il faut écarter :
- La loi, dit-on, n’a le plus souvent qu’un pouvoir de sanction, c’est avoir une conception négative de la famille ; peut-on codifier ce qui relève de l’amour au moyen d’interdits ? Nous répondons que ce pouvoir de sanction est psychologiquement important. L’expérience comme le bon sens démontrent qu’il n’est pas possible d’affirmer une volonté politique en se refusant à sanctionner ce qui va à l’encontre de cette volonté. renforcer une barrière, c’est affirmer une volonté politique et c’est cela qui importe, plus que les quelques condamnations qui peuvent en résulter. Il n’est pas possible de condamner le vol et d’excuser la détresse du voleur. Cela est le rôle du juge non du législateur. Par ailleurs, tout sociologue a observé qu’une loi qui facilite les fautes (divorce, avortement, et bientôt euthanazie.) provoque un relâchement des mœurs en vertu de ce que, dans nos sociétés déchristianisées la loi positive (le légal) fonde la morale du plus grand nombre. Il suffit de relever sur la courbe de décroissance de la fécondité les cassures correspondant au verdict de Bobigny ou à la loi de 1975. On pourrait aussi commenter une étude de I’INED qui représente sur un graphique la chute dans le temps du pouvoir d’achat lié aux allocations familiales et la décroissance de la fécondité. Les courbes sont superposables. Certes, il faut être prudent dans l’interprétation de ces courbes mais on ne peut manquer de relever ce lien.
- La deuxième objection relève un peu du même esprit, on prétend négliger les effets positifs des aspects financiers d’une politique familiale. On veut fermer les yeux sur ses retombées. Ce ne serait pas digne. Certes ce n’est qu’un aspect de la politique familiale. Mais il n’y a aucune raison de le sous-estimer ; d’abord, on l’a dit, parce qu’il s’agit la d’un acte de stricte justice, d’autre part parce qu’il est faux d’en nier l’efficacité. Il ne faut pas par exemple craindre de souligner qu’une politique résolument nataliste est d’une nécessité vitale pour la France. Les démographes ont remarqué qu’à l’échelle européenne ces politiques pouvaient infléchir la descendance de 0,2 à 0,5 enfants par femme. La politique française en ce domaine, comparée à celle de la plupart des Etats de l’Europe des douze où l’aide est inexistante, joue pour 0,3 enfant par femme. Si l’on infléchissait jusqu’à 0,5 cela serait à la fois peu et beaucoup puisque nous atteindrions le niveau du remplacement des générations.
Il faut de plus souligner que ce gain serait obtenu dans de véritables familles, les autres «associations» ne sont guère prolifiques. 132 Le rôle et le devoir de l’Etat A partir de ce que nous venons de voir, il paraît clair que trois leçons au moins peuvent être tirées :
L’État est responsable de la protection de l’intégrité physique et morale des familles,
la loi a une grande influence sur les mentalités,
les mesures pécuniaires ont un impact.
L’État a donc le devoir et les moyens de mener une vraie politique familiale, c’est à dire créer les conditions morales et matérielles favorables à la vie de la famille… ce qui comporte d’abord la reconnaissance de la famille non seulement comme réalité sociologique mais comme entité sociale.
133 Alors, qu’est-ce qu’une politique familiale ?
C’est une politique qui permet à la famille d’exister et d’être protégée par les lois d’être reconnue comme cellule fondamentale de la société de jouer son rôle de procréation et d’éducation libérée de la tutelle de l’État lequel doit la respecter pour ce qu’elle est. La famille est la première cellule d’unité par le mariage, première cellule de fécondité selon les normes de l’ordre naturel, première cellule de vie et de vitalité sociale. L’Etat doit l’aider à accomplir ses missions sans se substituer à elle. 14 Les principes directeurs d’une politique de la famille Il est donc possible à l’Etat de mener une politique qui ait un impact sur le développement des familles et de la nation. Cette action doit s’inscrire dans le cadre de principes fondamentaux connus depuis longtemps grâce au christianisme : 1- le principe de subsidiarité : Comme dans tous les domaines de la vie sociale, le principe de subsidiarité demande ici de rappeler que l’Etat n’a pas à faire lui-même ce que les individus ou les groupements d’ordre inférieur (les familles en particulier) sont capables de faire eux-mêmes. Et le plus souvent quand ils ne le peuvent pas sa mission est de les rendre capables de faire et non de se substituer à eux. Il s’agit là d’un principe essentiel du bon ordre social, c'est-à-dire non totalitaire. 2- Priorité de la famille La famille est antérieure à l’État. Elle a une priorité de droit par rapport a la société civile. Les parents tiennent leurs droits et leurs devoirs non pas de la loi d’Etat, mais de leurs titres mêmes de parents. L’Etat ne peut sans abus tyranniques, se substituer à leur autorité propre d’éducateurs. 3 – Responsabilités du père de famille Un père doit pouvoir normalement avec son revenu assurer la subsistance de sa famille, d’une façon décente. L’Etat doit veiller à ce que son niveau de vie ne baisse pas avec l’accroissement de sa famille. Le père doit se voir reconnu par la loi les pouvoirs nécessaires à la prise en charge de ses responsabilités : en particulier droit de disposer de ses biens par testament, droit de déshériter un fils qui refuse de reconnaître son autorité, droit d’en contrôler l’activité. l’Etat ne peut inciter les fils ou les filles à l’immoralité (pilule pour les filles dans les lycées sans l’assentiment des parents...).
2 - Quelques contenus d’une politique familiale
Nous abordons maintenant le contenu d’une politique familiale. Il faut donc évoquer par exemple : les conditions du travail féminin, les conditions d’exercice du libre choix des parents en matière scolaire, les exigences de justice dans l’attribution d’allocations. la représentation effective de la famille dans la vie politique le domaine essentiel du respect de la vie, c’est-à-dire tout ce qui humanise la fécondité humaine et pour cela se référer à l’ordre naturel (Cf. : Humanae vitae, Donum vitae)
Il faudrait reprendre aussi chacun des droits de la famille tels qu’ils ont été précisés dans la charte de la famille et souligner à ce sujet que ces droits sont imprimés dans la nature humaine : la vision chrétienne est une lumière qui éclaire cette réalité.
21 Réhabiliter le mariage.
Nous voudrions d’abord insister sur un point de la politique familiale nécessaire aujourd’hui car il est d’une urgente nécessité. L’État n’a pas le droit de toucher au mariage dans ce qu’il a d’essentiel. Serait-il strictement naturel (il l’est certes, mais il est davantage) que le mariage échapperait au légitime pouvoir de l’Etat qui a le devoir de défendre autant qu’il le peut l’intégrité du mariage contre tout ce qui peut le menacer. Et pour cela, il peut agir sur les effets civils du mariage. Pour secondaire qu’elle soit, cette action est d’une grande efficacité dans les domaines légal, fiscal, matériel, ainsi que dans le domaine moral. Comment avoir une saine nuptialité quand tout ce qui jouit du prestige des arts et de l’esprit mondain s’acharne à ridiculiser le mariage ou ce qui lui donne un sens, quand la perversité utilise toutes les ressources de l’intelligence, de la science, de la technique, des arts pour se répandre, quand notre civilisation devient aphrodisiaque comme le notait déjà Bergson. On perd jusqu’à l’idée même du mariage. En conséquence redonner au mariage monogamique stable une priorité et des avantages légaux et même fiscaux aux époux et aux enfants légitimes.
En Russie soviétique une loi a été promulguée qui imposait à l’homme qui divorçait de verser à son épouse une pension égale au tiers de ses revenus. Cette loi n’a pas été considérée de son temps comme anti démocratique. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ?
22 Le travail féminin
Dans les âges chrétiens, la femme a exercé des travaux lucratifs. La Bible elle-même, parlant de la femme forte : A-t-elle porté son attention sur une terre ? Elle en fait l’acquisition et ses économies lui permettent d’y planter de la vigne… Elle confectionne assez de vêtements pour en vendre, elle peut en fournir aux marchands des caravanes. L’aberration actuelle tient d’abord à la volonté révolutionnaire de ne considérer comme travail que celui qui est salarié ! Et la pression, fiscale et politique tend à faire en sorte que le foyer ne puisse pas subsister décemment si la femme assure les fonctions ménagères et l’éducation de ses enfants alors que ces fonctions sont vitales à long terme pour la nation.
De plus, à plus court terme, l’absence de la mère au foyer freine le développement intellectuel des enfants, favorise la délinquance des jeunes, et coûte finalement très cher aux finances publiques (création et subvention de fonctionnement aux crèches, assistance au chômage, renforcement des structures policières, juges pour enfants, psychologues d’aide ou de réinsertion, versement de RMI…) Comme le disait Colbert au roi Louis XIV : faites-moi de la bonne politique, je vous ferais de bonne finances.
Une deuxième aberration c’est de prétendre rendre la femme parfaitement interchangeable avec l’homme pour tous les travaux. Est-ce vraiment libérer la femme que de l’employer comme cantonnière sur les routes ? Comme forgeron dans une usine ?...
Une chose paraît assez stupéfiante : du point de vue des idéologies marxistes, le salariat constituerait une exploitation de la force de travail par les capitalistes, or ces mêmes idéologues demandent à la femme de se libérer de son statut de maîtresse de maison pour – salariée - être exploitée par un patron ! Et il y en a qui y croient et d’autres qui marchent !
Ce n’est pas déconsidérer la femme que de lui réserver – normalement - des travaux demandant du goût, de l’adresse, de la douceur, pour ne pas dire de la tendresse (soins aux malades, par exemple...) Il s’agit de lui reconnaître des domaines pour lesquels ses qualités sont – généralement - supérieures à celles de l’homme.
23 Le libre choix des parents en matière scolaire
Les parents étant les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants devraient en avoir la possibilité pratique.
231 L’instruction
En ce qui concerne le domaine de l’instruction, la solution du bon scolaire est la formule qui devrait venir spontanément à l’esprit si les idéologies proclamées étaient réellement au principe des décisions. En quoi consiste le principe du bon scolaire ? Pour ceux qui l’ignoreraient il s’agit de donner aux parents un chèque représentant le prix réel de la scolarité de l’enfant pour un trimestre. Les parents le donneraient à la direction de l’école de leur choix ce qui lui permettrait de faire fonctionner son école (payer les maître, entretenir les locaux...)
Certains disent que l’application de ce système entraînerait des perturbations graves : tout le monde voulant s’inscrire dans les meilleures écoles. Cela signifie seulement qu’il faut assurer une transition permettant une adaptation du système éducatif : la première année les parents laisseraient leurs enfants dans l’école où ils sont déjà inscrits. Ils ne pourraient changer que si leur enfant a été accepté dans une autre école. Une telle procédure relèverait rapidement le niveau des études dans toutes les écoles : bien des enseignants de l’Education dite nationale ne demanderaient pas mieux que de pouvoir enfin travailler correctement. Et ils seraient jugés sur leur résultats. Les rares qui ont fait du système éducatif un lieu de laisser aller se reprendraient ou encore se feraient alors repérer et leurs collègues ne manqueraient pas d’exercer une pression morale car le renom de leur école dépend de la qualité de tous les professeurs.
Nous avons dit que cette formule est adaptée à toutes les proclamations idéologiques qui se fondent sur la liberté. Il est facile de le montrer.
Vous êtes pour la libre entreprise ? Donnez donc la liberté du choix de l’école aux parents.
Vous êtes pour la démocratie et le vote ? Acceptez alors ce vote démocratique direct et fréquent puisqu’il peut même être remis en cause tous les trimestres
Vous êtes pour l’autogestion ? Alors pourquoi refuser aux parents l’autogestion de l’école ?
232 L’éducation
La responsabilité des parents s’étend aussi à l’éducation morale et religieuse qui doit leur être donnée. Cette responsabilité ne peut réellement s’exercer que si elle dispose de pouvoirs réels. Si un pouvoir irresponsable dégénère normalement en tyrannie, la responsabilité sans pouvoir est inefficace ou n’est que la contrepartie de l’arbitraire et de la tyrannie. Actuellement, la loi donne aux jeunes une majorité à 18 ans et l’enfant peut refuser l’obéissance aux parents, lesquels sont quand même tenus d’assurer son entretien quoi qu’il fasse jusqu’à 25 ans. Arbitraire tyrannique.
La perversion dans les lycées et collèges commence avec la prétendue éducation sexuelle qui, en fait, a pour but d’enseigner le vice que la distribution gratuite de la pilule encourage et favorise et ceci dès la tendre adolescence sans l’autorisation des parents pourtant civilement responsables jusqu’aux dix huit ans de leur progéniture. Et maintenant une revue titre «le Boom de la prostitution» signalant qu’on la trouve même dans les lycées et collèges. Ces atteintes aux vraies liberté doivent cesser. Il faut montrer et faire sentir à nos contemporains l’arbitraire tyrannique de telles lois.
24 Les exigences de justice dans l’attribution d’allocations.
Concrètement, une société qui accepte d’aider les chômeurs devrait a fortiori reconnaître et payer le travail - vital pour la nation - de la mère au foyer. Et il ne s’agit pas d’une aumône, mais de la reconnaissance d’un travail qualifié. Selon une psychologue la charge de l’entretien et de l’éducation de trois enfants correspond à des responsabilités du niveau cadre. De plus ce travail ignoré (pour ne pas dire haï par les idéologues) est un investissement essentiel pour l’avenir, il ne devrait pas se faire au dépends du ménage qui le réalise. Une telle politique est souhaitée par une large majorité des femmes comme l’ont montré des enquêtes menées en milieu salarié par des syndicats comme la CFDT. Mais cette revendication n’est pas idéologiquement correcte, elle a donc été étouffée. De plus il est injuste que les familles qui œuvrent pour l’avenir du pays soient découragées dans leurs efforts (sauf naturellement s’il s’agit d’une politique de destruction de la nation, d’une politique de mort)
25 La représentation effective de la famille dans la vie politique
Pour le fisc il existe un quotient familial pour prendre en compte la charge financière due à la responsabilité de l’entretien et de l’éducation des enfants. Il est donc reconnu officiellement que la charge d’enfants donne aux parents une charge plus lourde a supporter. Il ne s’agit pas d’en peser ici la réalisation actuelle sur les balances de la justice. Pourquoi ne pas reconnaître cette réalité dans la représentation nationale ? Nous proposons d’instituer un vote familial où le père et la mère se partageraient les voix supplémentaires qui leur seraient reconnues du fait de leurs enfants. De plus les associations de familles doivent participer plus largement aux instances politiques qui orientent la politique dans tous les domaines qui intéressent la famille. Nous avons indiqué plus haut que la famille n’a qu’un représentant sur trente cinq membres au Comité national consultatif d’éthique. Cela est une aberration.
3 - Redonner aux familles leurs véritables pouvoirs
31 Une situation dégradée
Si la politique est l’art du possible, n’avons-nous pas fixé des objectifs inaccessibles, n’avons-nous pas négligé tout au long de cet expose la triste réalité faite de véritables révolutions dans le domaine familial ? « Ces 20 années qui viennent de s’écouler ont initié une révolution civile, écrit Evelyne Sullerot , et cette révolution a profité aux individus au détriment des familles, aux mères au détriment des pères, aux moins aimants et aux plus malins au détriment des plus amoureux et des plus confiants, elle a profité largement aux adultes qui l’ont faite au détriment des enfants qui l’ont subie». «La procréation médicalement assistée est une révolution technique mais aussi sociale », écrit de son côté le conseil d’Etat dans son rapport, De l’Éthique au droit ; révolution, le terme n’est ici pas trop fort puisque le conseil d’Etat prévoit que fécondation in vitro ou insémination doivent concerner un mariage sur cinq. Nous cueillons là d’ailleurs les fruits d’une autre révolution : la révolution contraceptive ; c’est à la mentalité contraceptive qu’il faut faire remonter toutes les aberrations dans le domaine de la vie. De même c’est un changement de société qu’introduit la place nouvelle imposée au travail féminin (il concerne six ménages sur dix). C’est de tout cela qu’il faut partir pour construire une politique familiale. Comment redonner aux familles leur véritable pouvoir, celui d’exercer leurs responsabilités ?
32 Il y a des possibilités
Tout d’abord cela est possible. Il y eut par exemple en 1979 le projet de loi de madame Florence d’Harcourt et de Jean-Louis Beaumont, loi pour un statut de la femme, de l’enfant, de la famille. S’il n’a pas abouti, le seul fait qu’il y ait eu un réel projet, signe de cent vingt parlementaires, montre la faisabilité de l’entreprise. Dans l’immédiat, nous ne pouvons, c’est vrai, prétendre obtenir immédiatement le vote de lois interdisant le divorce, l’avortement ou la contraception. De toute manière sans une préparation des esprits, cela ne serait pas politiquement prudent (au sens vrai de la prudence), il y aura des étapes. Il est en effet difficile et long de redresser des barrières abattues, ce qui ne veut pas dire. qu’il faille accepter cette situation, mais on ne réagit pas de la même manière avant ou après la promulgation d’une loi. Par contre, justement, nous avons le devoir d’apporter notre soutien ou de manifester notre opposition face aux projets à venir : qu’il s’agisse par exemple du statut de la mère au foyer ou du projet de loi sur les sciences de la vie et les droits de l’homme. Pour cela nous avons le relais d’associations ; elles doivent disposer de nos voix, nous avons le devoir de multiplier les adhésions ; certes c’est un minimum encore faut-il que cela soit fait.
33 Importance d’avoir des organisations
Même le pape a rappelé que « le rôle social de la famille doit s’exprimer sous forme d’intervention politique. Il faut, disait-il, que les familles aient une conscience toujours plus vive d’être les protagonistes de ce qu’on appelle la politique familiale... dans le cas contraire elles seront les premières victimes des maux qu’elles se sont contentées de constater avec indifférence »; Nul ne peut se dispenser d’une action politique.
Cela nous conduit à souligner l’importance des associations. Il faut que l’on cesse de se «méfier de toute action institutionnelle comme d’un procédé suspect, plus ou moins entaché de naturalisme. A faire du problème familial un problème d’institutions politiques on prétend qu’on lancerait la famille dans les querelles sordides des partis. En revanche on prétend aussi qu’il suffirait de reformer les mœurs. Comme si les deux aspects de l’action familiale devaient être disjoints ! Comme s’ils pouvaient l’être ». Ceci a besoin d’être rappelé aux meilleurs, que l’on aimerait voir grossir les rangs d’associations familiales existantes ou voir créer de nouvelles adaptées à l’action institutionnelle sur notre environnement proche.
34 L’action politique commence sur le prochain
Car il est certain que l’action politique commence autour de chacun de nous. Nous devons entreprendre un travail d’éducation de longue haleine pour transformer les mentalités. Si la famille est l’institution la plus attaquée, elle est aussi l’outil indispensable de toute reconstruction ; en ce sens elle est assurée de la victoire. En attendant, quel gâchis ! Notre devoir, devoir de charité politique, est de hâter cette victoire. Chacune de nos familles a sa place dans ce combat. Et il faut faire de chaque famille un bastion ; Grande est la valeur d’exemple que de tels bastions peuvent donner. Pourtant, cela ne suffit pas : la situation exige davantage, ne serait-ce que pour la sauvegarde même de ces bastions, car la famille n’est jamais indifférente à son environnement. La situation exige des parents éclairés sur les fondements du mariage et de la famille, elle exige des parents attentifs à perfectionner les dispositifs humains de l’action. Elle exige des parents qui créent des liens entre ces bastions. Car rien ne se fera ou si peu, sans la constitution de petits groupes réfléchissant ensemble à ce qu’il importe de savoir et de faire. C’est de là que partent les initiatives, c’est là que se forment les élites qui influeront demain sur les institutions pour qu’après demain le plus grand nombre bénéficie de ces bienfaits. C’est à ce travail qu’invite l’Action familiale et scolaire, l’action particulièrement urgente des laïcs pour une cité catholique. Car c’est bien d’une cité catholique qu’il s’agit ; il n’y a rien qui soit plus naturellement et surnaturellement ordonné au Règne social de Notre Seigneur Jésus Christ que la famille. La famille, église domestique, a cette triple fonction, sacerdotale, prophétique et royale. Fonction royale donc, qui consiste à placer nos sociétés sous le règne de justice et de charité, d’amour et de vérité du Christ-Roi.
« Au cours d’une marche inter-confessionnelle de protestation contre le “Planned Parenthood” à New-York le 15 janvier 1988, le rabbin Joseph Friedman de Brooklyn “a souligné que lu fondatrice du “Planned Parenthood” : Margaret Sanger, avait été voir les médecins de Hitler, dans les années 1930, pour apprendre d’eux leurs infâmes méthodes pour tuer, et qu’aujourd’hui encore le “Planned Parenthood” utilisait 1’une d’entre elles (1’avortement) pour maîtriser les minorités » (The Wanderer- 4 février 1988).





