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Autorité des parents / Liberté des enfants

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Autorité des parents  

                     famille   Liberté des enfants

                                                

IMPORTANCE ET NÉCESSITÉ DU SUJET

De nos jours, l'autorité, partout contestée, repose sur un double slogan et sur une idée. Les slogans : «A bas l'autorité en place!» et «Vive l'autorité que je veux mettre à la place»; l'idée: l'autorité serait contradictoire avec la liberté. Alors, nous catholiques et français, donc libres à deux titres, nous devrions être hostiles à l'autorité si cette radicale opposition avait quelque fondement.

Nous sommes chargés de préparer nos enfants à exercer leur liberté. Allons-nous exercer sur eux notre autorité? Ce faisant, attenterions nous à leur liberté? Comment concilier l'autorité des parents et l'éducation des enfants à la liberté? Dans cette première partie, nous vous proposons de considérer les relations existant entre liberté et autorité. Nous verrons alors se dessiner la mission spécifique des parents, objet de la deuxième étude. Ultérieurement, nous réfléchirons sur le rôle des sanctions dans l'éducation.

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LA LIBERTÉ ORIENTE L'ÉDUCATION

Les fausses définitions de la liberté

Quand on demande une définition de la liberté, on ne reçoit le plus souvent que des formulations partiellement vraies. C'est d'ailleurs cette part de vérité qui séduit. Mais ces expressions ont des conséquences dangereuses lorsqu'on les prend pour base de départ d'une réflexion méthodique.

Ces conceptions erronées peuvent être classées en trois catégories :

1) «Faire ce qui me plaît - ce dont j'ai envie - ce que je veux, sans contrainte» ;

2) «Faire ce qui me plaît sans gêner les autres» - «La liberté s'arrête là où commence celle des autres»

3) «Choisir entre le bien et le mal».

La réfutation de ces définitions a déjà été faite. Elle se réalise en constatant que les conséquences tirées sont absurdes, contraires à l'expérience, dangereuses et perverses. Nous les passons rapidement en revue. Avant de signaler les inconvénients, il convient de rappeler que ces définitions ont un aspect séduisant dû à leur part de vérité, comme il a été dit précédemment.

- La première définition

La première définition, refusant toutes les contraintes, y compris celles de la raison, n'interdit pas les comportements les plus déraisonnables. Ils sont inclus dans sa logique. Voltaire acceptait de telles stupidités, lui qui écrivait : «... dans cet état naturel dont jouissent les quadrupèdes indomptés, l'homme serait aussi heureux qu'eux...». En somme ce serait le quadrupède sauvage qui serait le modèle de la liberté, lui qui est soumis à ses instincts et ne jouit, de ce fait, d'aucune liberté! Le christianisme propose beaucoup mieux.

- La deuxième définition

Conscients des conséquences désastreuses qu'implique ce premier concept, certains ont voulu le corriger et sont arrivés à l'une ou l'autre formule du deuxième type : «Faire ce qui me plaît sans gêner les autres» ou «La liberté s'arrête là où commence celle des autres». Hélas, le résultat est encore catastrophique. En effet, cette nouvelle définition fait de l'autre celui qui limite ma liberté, donc mon ennemi. Alors que, tout au contraire, je dois toutes mes libertés à d'autres. Je peux circuler en voiture parce que d'autres ont réalisé la voiture, d'autres la route, d'autres ont réalisé les panneaux qui me permettent de m'orienter. Je peux manger à ma faim parce que d'autres ont cultivé les plantes, élevé les animaux, les ont ensuite préparés pour me les rendre consommables. Le «feu» qui a cuit mes aliments est dû, le plus souvent, à ceux qui ont préparé le réseau électrique ou celui du gaz, etc. On peut multiplier les exemples.

De plus, une telle définition de la liberté nous rend faibles vis-à-vis du totalitarisme. L'État, en effet, peut définir de manière restrictive le domaine de notre liberté, prétendant que nous empiéterions sur celle des autres en sortant du cadre restreint où il voudrait nous enfermer. De plus, cette "définition" met en place "la raison du plus fort" comme fondement de la liberté. La puissance, la richesse, le rang ou n'importe quel pouvoir d'influence sont autant de moyens pour développer son propre domaine de liberté au détriment de celui des autres. C'est la loi de la jungle.

- La troisième définition

La troisième définition présente la liberté comme étant la possibilité de choisir entre le bien et le mal. Or l'homme ne veut une chose qu'en tant qu'elle lui paraît bonne. Il ne recherche pas le mal en tant que tel. Même dans le cas des pires perversions, le but est recherché en vue d'une certaine satisfaction. Les inconvénients corrélatifs sont simultanément acceptés car ils apparaissent, à celui qui commet le "mal", comme secondaires, négligeables, devant la satisfaction recherchée. C'est, pour lui, un prix qu'il est prêt à payer. L'ivrogne choisit le bon goût du vin. Il ne recherche ni la cirrhose ni le mal de crâne. Le bandit qui commet un vol à main armée recherche l'argent qui est un bien. Il veut si fortement ce bien qu'il se sent "obligé" de tuer pour s'en emparer. Il ne veut pas tenir compte de ce que la justice est un bien supérieur à l'argent.

Ce dernier exemple est particulièrement éclairant. Il montre que la vraie liberté consiste à rechercher le plus grand bien. Tout ce qui interdit d'y accéder est une limitation de la liberté comme l'ignorance, la passion, la pression du court terme, le manque de moyens, etc.

Le choix du "mal" ou plus exactement d'un bien dérisoire vis-à-vis d'un plus grand bien qui aurait été accessible, implique la liberté comme la maladie implique l'existence de la vie.

Vers une meilleure définition

- Toute liberté est d'abord un pouvoir de choix

On comprend que l'ivrogne n'est pas libre quand il choisit de boire. La pression du "manque" est telle qu'il ne peut pas lui résister. Il en est de même du drogué. Les revendeurs de drogue le savent bien, eux qui commencent par mettre leur proie en état de dépendance en leur offrant gratuitement les premières doses du poison. Il en est de même de tous les vices. C'est pourquoi l'Écriture dit: : «Celui qui commet le péché est esclave du péché».

Si nous étions francs avec nous-mêmes, nous reconnaîtrions que nous sommes esclaves du péché, soumis à des pulsions qui nous oppriment, nous entravent, nous réduisent en servitude. Comme nous l'avons dit, le choix du "mal" - ou plus exactement d'un bien dérisoire - vis-à-vis d'un plus grand bien qui aurait été accessible, implique la liberté comme la maladie implique l'existence de la santé.

- La liberté est donc un pouvoir de choix entre plusieurs biens

Dans cette optique - et si tant est que l'on ait la capacité de discerner et la volonté de rechercher le plus grand de ces biens - la privation volontaire de biens légitimes est concevable pour en rechercher de plus grands. C'est la leçon que les personnes consacrées nous donnent par les voeux de pauvreté, de chasteté ou d'obéissance. Bien des gens, qui gaspillent leur vie à de ridicules futilités, se disent choqués de voir des hommes ou des femmes faire profession de vie religieuse.

La tendance naturelle, le mouvement intime de l'homme est de rechercher ce qui paraît le plus grand bien. Devant les choix à faire, l'homme informé et maître de lui, donc vraiment libre et non conditionné, choisit donc ce qui est vraiment le plus grand bien. La liberté est suprême si le mouvement intime de tout l'être nous porte vers le plus grand bien offert à notre choix, c'est-à-dire si nous aimons ce que nous devons faire. D'où la formule de Bossuet : «La liberté n'est pas de faire ce que l'on veut, mais de vouloir ce que l'on doit». Ainsi Dieu, qui est souverainement libre, ne peut rechercher un moindre bien.

• Conséquences logiques

- Vouloir le plus grand bien

Pour vouloir le plus grand bien objectif pour moi, il faut que je domine totalement toutes les facultés de mon corps, de mon esprit et de mon âme. Il me faut acquérir (ou recevoir) :

- un savoir pour bien me situer dans ce qui est;

- une intelligence formée pour juger de ce qui est bon, moins bon, voire mauvais : cela me sera donné par le développement de la vertu de prudence. Il s'agit ici, bien entendu de la prudence au vrai sens de ce mot et non de la pusillanimité qui a usurpé ce nom dans le monde actuel. Cette vertu me fait rechercher des informations sûres, une connaissance précise de la situation réelle et les moyens qui permettent d'atteindre l'objectif que je me fixerai.

- une volonté ferme pour rechercher le bien ainsi défini intellectuellement. La justice orientera ma volonté au cours de l'action pour rendre à chacun ce qui lui est dû et pour y consacrer les ressources justement nécessaires.

- des pouvoirs pour agir positivement dans la recherche du vrai bien. La force me donnera le courage de mener avec persévérance l'action jusqu'au bien que je recherche.

- une résistance à la diversion pour ne pas me disperser en cours d'effort en m'arrêtant sur des biens qui, pour être attrayants, n'en sont pas moins accessoires. Ce sera le rôle de la tempérance.

Les quatre vertus cardinales sont des forces (vertu vient de "virtus" qui veut dire force) qui me permettent d'accéder à la liberté. La liberté est un achèvement, un résultat atteint, après bien des efforts.

- Les hommes ne naissent pas libres

L'erreur de croire que les hommes naissent libres est d'autant plus inadmissible que ceux qui l'ont initialement propagée connaissaient les anciens romains et se piquaient de les imiter. Or, ces derniers savaient parfaitement que l'enfant, à sa naissance, n'est pas libre. En effet, le mot "puer" était employé indifféremment pour désigner le jeune fils du maître (père de famille) et le jeune esclave.

Les Romains, en effet, connaissaient trois statuts à la personne :

- les hommes libres (liberi), c'est-à-dire "fils" d'une famille : ils pratiquaient une "profession libérale" (non servile) d'où cette formule.

- les affranchis, c'est-à-dire les anciens esclaves à qui le maître avait concédé ce statut par grâce ou par suite de rachat. Ils pratiquaient plus spécialement certaines professions. Ils se reconnaissaient au port du bonnet phrygien.

- les esclaves, à qui étaient réservés les "travaux serviles".

Le Christianisme a changé tout cela. Car pour le Christ et ses disciples, tout travail est noble et c'est cette noblesse reconnue qui  a entraîné la fondation d'ordres de métier comme les "jurandes".

- Les révolutionnaires et le bonnet phrygien

Les révolutionnaires, apostats, ont pris le symbole du bonnet phrygien pour signifier leur refus de Dieu. Ils prétendaient que l'obéissance à Notre Père des Cieux serait un esclavage et s'en déclaraient donc affranchis. Il perdaient de ce fait la référence à la hiérarchie des biens; leur liberté est devenue licence, loi de la jungle (Terreur, colonnes infernales de Vendée, etc.). Sur le plan juridique, une des premières manifestations de ce refus du christianisme fut la promulgation de la loi Le Chapellier, qui, en 1791, a interdit les corporations ainsi que toute organisation sociale. Elle imposa le cadre juridique de l'exploitation quasiservile (la formule est de Léon XIII) des ouvriers après la Révolution française. Cela se réalisa dans le cadre du libéralisme, c'est-à-dire au nom de la prétendue liberté révolutionnaire telle qu'elle fut promulguée par la Déclaration de 1789. On retrouve là une caractéristique de l'erreur : elle se trompe sur ce qu'elle croyait être son point le plus fort. On avait crié "liberté!", on a eu la terreur et l'exploitation servile du peuple.

- Il n'existe que des libertés concrètes

Il n'existe pas de liberté générale et abstraite, comme il n'existe pas d'"homme" général et abstrait. Il n'existe que des hommes concrets (Socrate, Aristote, César, Saint Louis, Robespierre, Einstein, et nous tous). De même, il ne peut exister que des libertés concrètes définies, qui correspondent, toutes et chacune, à autant de pouvoirs réels, concrets : liberté de circuler sur l'autoroute parce que j'ai une voiture, un permis, de l'essence, de l'argent pour le péage... Et qu'il existe une autoroute. On peut multiplier les exemples.

Cela veut dire qu'il ne peut y avoir de liberté absolue parce qu'il n'y a pas de pouvoir absolu. Ceux qui en parlent, ou tentent de le faire croire, sont trompeurs ou trompés.

• Conséquences pratiques

Ces réflexions, à caractère philosophique, ont des conséquences directes dans le domaine de l'éducation. Les parents transmettent l'essentiel de leurs valeurs, leurs convictions les plus profondes, celles qu'ils pratiquent au sein de leur famille. Les enfants s'imprègnent de ces valeurs qui orientent concrètement la vie quotidienne des parents. Ils ne sont pas dupes de principes qui ne sont pas vécus.

Nous n'envisageons pas le cas des parents qui "choisiraient le mal" en tant que mal. Ils ne font l'acte mauvais que dans la mesure où ils y trouvent une satisfaction due à la faiblesse, au vice ou à la perversion.

- Refus de toute contrainte

Si les parents pensent que la liberté consiste à refuser toute contrainte, alors leurs actes et leurs discours illustreront cette conviction de manière tout à fait "pédagogique". Les enfants recueilleront cette idée et en tireront toutes les conséquences, même les plus perverses : celles devant lesquelles l'éducation chrétienne des parents (ou ce qu'il en reste) les faisait reculer. Ces derniers sentent intuitivement la malfaisance de certaines conclusions, mais ils ne savent pas le montrer; ils n'ont pas d'autre argument qu'un impératif kantien ce qui ne pèse pas lourd devant les passions et les pressions du quotidien.

Les enfants éprouvent du mépris pour ces adultes qui acceptent les contraintes d'une morale qu'ils prêchent de bouche mais qu'ils subissent en fait avec regret, résignation ou conformisme.

Devant une telle situation, les parents se voient incapables d'oser même commander. A cette peur des parents, correspond le refus d'obéir des enfants. Il y a démission des parents et quand, effrayés de la situation, ceux-ci voudront enfin user de leur pouvoir pour forcer l'obéissance, ils susciteront la révolte de leurs enfants et le conflit des générations.

- Ne pas gêner les autres

Si les parents pensent que la liberté est de faire ce que l'on veut à condition de ne pas gêner les autres, ils refusent pratiquement la loi de Dieu. Or Dieu, notre Sauveur, ne donne des lois que pour notre salut. Si donc quelqu'un se fait sa propre loi, différente de celle de Dieu, il se perd. Il ne reste plus que la loi humaine positive pour déterminer le champ de la liberté. L'État est alors logiquement le maître de la morale et nous voilà dans le totalitarisme.

Dans ces conditions, sauf cas exceptionnels, les enfants se retrouvent anarchistes, trotskistes, communistes ou socialistes, selon leur degré d'imprégnation et leur caractère propre. Cette conséquence a été constatée par des éducateurs qui n'en connaissaient pas la démonstration. Pie XI annonçait ces choses à l'avance quand il écrivait : «Le socialisme a pour père le libéralisme et pour héritier le bolchévisme» L'incarnation de ce bolchévisme a pour noms Mao, Pol-Pot, Trotski, Khomeyni, pour ne parler que des plus récents.

- Vouloir ce que l'on doit

La liberté étant de vouloir ce que l'on doit, il faut développer tout ce qui peut apporter à l'enfant force et lumière. Cela s'appelle morale et vertus. Ceux qui contestent ces vérités attentent à notre liberté. Car la morale nous permet de juger où est le plus grand bien et les vertus nous en facilitent l'acquisition. Il faut aussi développer toutes les puissances de l'enfant : mémoire, imagination, intelligence, volonté. Ceci, c'est l'éducation.

Dans un tel contexte, les parents peuvent quelquefois être obligés de faire remarquer à leur enfant que telle ou telle distraction, même saine, peut, au-delà d'une certaine durée, ralentir son développement et, s'il y persévère, lui faire du tort. Cette démarche est alors faite avec la passion saine que leur inspire leur amour paternel et maternel; ils sont portés à demander, voire à "commander". L'enfant conscient du tort qu'il se fait à lui-même, est moins porté à contester. A la démarche d'influence correspond une disposition intime à l'accepter. Le risque de conflit des générations diminue. On est dans la mise en oeuvre de l'autorité.

Exemples : un homme se trouvait dans un réduit au fond d'un garage. Son fils d'une dizaine d'années entre dans le garage sans se rendre compte de cette présence. Un cousin de celui-ci, plus âgé, rentre à son tour, se croyant seul avec lui. Pour le pousser à la révolte, il lui dit sur un ton de reproche : «Pourquoi dis-tu toujours "oui, papa"? - Envoie-le promener, ton père! N'aie pas peur, il ne te fera rien!». L'homme allait sortir du réduit pour corriger son neveu, quand il entendit son fils répondre à celui-ci : «Quand j'ai essayé, c'est moi qui ai eu mal, ce n'est pas lui». Le père, heureux de cette réponse, préféra alors ne pas se montrer.

Cette phrase de l'enfant montre la force de l'éducation qui laisse, autant qu'il est possible, l'enfant expérimenter les conséquences malheureuses de certains de ses actes. La sanction des faits est une excellente correction. Les parents doivent veiller discrètement à ce que cette sanction reste à un niveau convenable.

- Soumission d'abord, recommandations ensuite

Trop souvent - par ignorance ou par suite de la lecture de prétendus "spécialistes" - une démarche inverse se produit. L'enfant voit tous ses caprices satisfaits dès son plus jeune âge, avant d'être contraint à la soumission pendant la pré-adolescence. Pour peu que les parents poussent un peu trop loin la satisfaction des caprices, on en vient à "l'enfant gâté". La sagesse du langage dit bien l'échec auquel conduit cette éducation.

Celui qui n'a pas été soumis dès son plus jeune âge et qui n'a été contraint à la soumission qu'à partir de l'âge de raison, est normalement conduit à la révolte dès l'adolescence - même si, plus tard, la sanction des faits le conduit à regretter de ne pas avoir récupéré tout le "savoir", toute "l'expérience" de ses parents. Et la sanction des faits est autrement plus rigoureuse que la punition des parents!

Une maman refusait l'idée de soumettre d'abord puis de commander son fils. Elle élimina l'influence du père et prétendit qu'il suffisait de le raisonner - ce qui était non seulement suffisant mais surtout plus éducatif et qu'il ne fallait jamais exercer ni d'autorité ni de contrainte. A observer l'enfant, on avait quand même l'impression qu'il était manipulé. Quand l'enfant a grandi, les méthodes de persuasion ont eu de moins en moins d'impact. L'enfant devenu "raisonneur", n'écoutait plus les orientations qui lui étaient données et n'en faisait qu'à sa tête. La mère en vint progressivement à justifier vis-à-vis du père le comportement de plus en plus déviant de l'enfant. L'enfant a grandi. Il a cessé, naturellement, d'obéir à ses parents. Il ne pratique plus sa religion. Comment pourrait-il concevoir la démarche amoureuse du Christ qui «s'est fait pour nous obéissant jusqu'à la mort et la mort de la croix»? La suite du texte de saint Paul : «C'est pourquoi Dieu l'a exalté et lui a donné un Nom qui est au-dessus de tout nom», lui devient totalement incompréhensible.

- Effets bénéfiques de la soumission et des sanctions

La soumission est normale en bas âge. Elle est associée à l'affection et aux soins vitaux et protecteurs reçus des parents. La soumission est une démarche nécessaire pour le tout-petit, car il n'est pas libre : il est entièrement dépendant dès sa naissance; il ne sait pas ce qu'il doit faire et il ne peut pas le faire. Pendant cette période cependant commence l'éducation à l'obéissance. Les parents doivent laisser l'enfant faire des expériences d'auto-décision contraires aux consignes reçues en particulier dans les cas où la sanction des faits serait à la fois quasi immédiate et pas trop sévère.

Il faut faire expérimenter à l'enfant que les caprices ne changent rien à la réalité. Il faut lui faire expérimenter l'utilité de s'appuyer sur l'expérience des anciens pour mieux mener son action.

• Éducation : une autorité qui génère des libertés

Après avoir traversé le temps de la petite enfance, qui est un temps de soumission, l'enfant doit être progressivement formé à obéir. L'obéissance est une démarche au cours de laquelle l'intelligence participe à la conduite de l'action demandée par l'autorité. A partir de l'âge de raison, l'enfant doit être progressivement formé à obéir. Les ordres reçus doivent lui donner l'occasion d'exercer son intelligence. L'obéissance est alors formatrice.

Puis l'enfant grandit. Il passe progressivement de l'état "puer" à l'état "liber", c'est-à-dire "libre'". Cela veut dire que l'éducation que nous lui donnons doit le conduire à la liberté. Avec le développement de l'enfant, les "ordres" sont de moins en moins des ordres et de plus en plus des explications raisonnées. A quinze ans, un enfant doit être pratiquement autonome. Il est dans la nature des choses que les enfants survivent à leurs parents. Grande est la souffrance de ces derniers dans le cas contraire.

Les enfants doivent donc être capables de se prendre en charge à la mort de leurs parents. Il est donc nécessaire qu'ils sachent se conduire eux-mêmes. "Éducation" vient de "educere", c'est-à-dire "conduire au-delà". Au-delà de quoi? Au-delà de l'influence des parents et des éducateurs. C'est cela l'éducation que nous avons la responsabilité de donner à nos enfants, car nous leur avons donné la vie.

C'est pour cette éducation à la liberté que nous avons autorité. Devant Dieu qui nous jugera, nous aurons à rendre compte de nos apports à nos enfants.

A. Frament

 

(1) Agir avec prudence, pour la philosophie traditionnelle, c'est rassembler tous les moyens qui permettent d'atteindre le but que l'on s'est fixé.

(2)  CF. l'Encyclique Quadrasesimo anno du 15 mai 1931

 

 
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