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Home Formation // Actions Agir en politique Que faire quand nos possibilités d'agir sont limitées

Que faire quand nos possibilités d'agir sont limitées

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Action politique et action sociale :

que faire quand nos possibilités d'agir sont très limitées ?

 

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  • - Penser l'action

Même si l'action est toujours plus à l'aise dans les faits, dans le concret et souffre des isolements théoriques, il ne semble pas qu'on puisse se dispenser de la penser qu'elle soit individuelle, sociale ou politique. Car pensée et action sont liées : elles sont les deux plans de l'ordre humain. Pourquoi l'action humaine est-elle si tributaire de la réflexion ?

L'action humaine n'est pas dirigée par l'instinct ; elle peut d'ailleurs facilement s'affranchir des influences personnelles ou collectives qui ne sont pas déterminantes pour elle. Elle résulte de la pensée, elle se réalise dans la réflexion, sans laquelle elle s'engage, comme aveugle, vers le hasard. C'est le sens de la formule de Maurras : « Toute action, si elle n'est pas pensée, n'est que de l'agitation ».

  • - Social et Politique

Cette nécessité de penser l'action tient à la nature humaine elle-même comme l'a montré, le premier, Aristote. Que nous dit-il ? D'abord que pour comprendre ou perfectionner une action, on doit considérer son agent, celui qui agit, en l'occurrence ici l'être humain. Qui est-il ? « Un animal politique », ce que saint Thomas prend soin de traduire par « animal social et politique ». Ceci veut dire qu'il y a là deux réalités dans la même nature :

.une réalité biologique anthropologique, sociale d'ailleurs, qui a pour but la vie,

.une réalité politique dont la finalité est la vie bonne.

 

- Le Social

Examinons le premier ordre de notre nature, celui de la vie : l'homme est un animal social, c'est-à-dire un vivant dont la première finalité est de vivre. « primum vivere » (premier est ici à prendre au sens chronologique et non pas d'importance). Cette finalité réclame une nature sociale (comme chez d'autres animaux) tant les exigences et besoins humains dépassent les capacités de l'individu à les satisfaire et nécessitent la collaboration d'un grand nombre d'individus.

Bien sûr cette animalité sociale n'est pas bestiale. Elle est habitée par « le coeur et la raison » pour parler comme Pascal car si l'homme est un animal, il n'est pas une bête comme le montre l'expérience, il se nourrit en communauté grâce au don ou à l'échange et donne à ses repas une dimension spirituelle.

On le voit, l'ordre de la vie humaine est spirituel. Ceci donne les familles et les groupes supplétifs qui leur sont subsidiaires (école, métiers, organisations territoriales). Ce domaine c'est le social qui est l'ensemble des relations interfamiliales considérées en dehors de la question de l'Etat et de la forme du gouvernement, question proprement politique, d'après le Littré.

Dans une société donnée, le social concerne donc l'activité de chacune des parties de l'ensemble, chacune ayant un but particulier : transmettre les connaissances pour l'école, réaliser des choses utiles pour les métiers, organiser et faciliter la vie pour les collectivités locales. Sous cet angle le social est le secteur intermédiaire entre individus et familles d'une part et organisation gouvernementale d'autre part.

 

- Le Politique

Mais en raison de la nature humaine telle qu'elle a été pensée de Dieu dans la création, de la faute originelle aussi, de ce que le philosophe Kant appelle « l'insociable sociabilité de l'homme », les éléments de la société ont besoin d'une autorité unificatrice : c'est l'Etat et le gouvernement dont l'exercice organisateur réalise la société politique.

Au sens strict et philosophique, on parle de politique pour désigner l'Etat et son organisation propre qui est la forme du gouvernement. Selon saint Thomas, la politique est une loi de la création, non une conséquence du péché.

Résumons cette comparaison[1] à l'essentiel pour en tirer la conséquence importante qui en découle.

Le social ce sont les familles avec leurs sociétés supplétives et les domaines variés et particuliers découlant de leurs activités, comme l'économie ou la culture. Ces différentes sociétés sont avantageuses, bonnes, pour leurs membres mais partiellement. C'est pourquoi on les appelle philosophiquement des sociétés imparfaites, ce qui ne leur retire pas leur caractère nécessaire.

Mais pour protéger ces groupes sociaux, pour que l'harmonie règne entre eux, pour leur donner une plus grande efficacité, pour permettre cette « vie bonne » qui perfectionne la vie humaine, la société politique est indispensable. Qu'entendre par « politique » ou par société politique ? C'est l'organisation de la société en ETAT (sens large du mot Etat). L'Etat ou gouvernement (sens restreint) dirige l'ensemble de la société et la protège. Par cette double fonction il réalise le bien humain temporel intégral qu'on appelle le bien commun : on désigne ainsi un ensemble de liens qu'assure la vie en commun et qui ne pourrait être trouvé dans une multitude d'existences solitaires (la raison d'être fondamentale de toute cité est la poursuite en commun et la réalisation aussi complète que possible de ce grand bien collectif). (cf. R.P.G. de Broglie, A.F.S n°94, p78-79)[2]

Donc le social est transcendé par le politique qui est un ordre supérieur. Le politique ordonne le social selon la justice et l'amitié. Social et politique sont donc distincts par leur nature réciproque, comme on vient de le voir, et par leur finalité :

. Le social a une finalité intrinsèque : vivre et une finalité extrinsèque : réaliser, par l'appartenance et le service, le politique.

. Le politique a une finalité intrinsèque : le bien commun et une finalité extrinsèque : conduire la multitude à la béatitude en réalisant la chrétienté. Ces deux finalités du politique fondent la distinction des pouvoirs temporel et spirituel en chrétienté (distinction qui ne sépare ni ne confond).

Vous voyez donc que social et politique sont distingués chez Aristote et saint Thomas d'Aquin par une différence de nature (différence spécifique) et pas seulement d'extension. Il s'agit de deux sociétés différentes dites imparfaite pour le social car incomplète et parfaite pour la politique car souveraine dans son ordre temporel.

D'où la supériorité du politique sans lequel le social est livré à son insuffisance.

 

- Action sociale et action politique

Ramené à l'action cela donne ceci : l'action sociale sans l'action politique ne peut que rester insuffisante. Elle peut réaliser des biens particuliers (écoles, métiers, paroisses, économie ou culture), elle n'établira pas l'ensemble de la société dans l'état qui lui convient et qui est l'Etat politique. L'action sociale sera toujours menacée par l'action du pouvoir politique hostile. Celui-ci est toujours plus fort que le domaine social sauf quand il est affaibli et qu'une réaction sociale peut le renverser mais ces situations sont toujours historiquement exceptionnelles.

Pour l'illustrer, empruntons à Charles Maurras, au chapitre VII de la Démocratie religieuse, l'histoire des cloches de Suresnes. Nous sommes en 1908 et la République confisque les cloches de l'église de Suresnes pour fondre un buste à Zola, mort depuis quelques temps. Que font les catholiques de Suresnes comme l'ensemble des catholiques français soumis à des persécutions et des spoliations analogues°? Ils ne protestent pas, ne se révoltent pas, ne cherchent même pas à décrocher le régime abject. Ils se contentent de racheter des cloches qu'on leur confisquera sûrement, et qu'ils remplaceront à nouveau. Et Maurras de prévoir : le gouvernement se fatiguera avant que les gens de Droite se lassent de payer.

On les chasse des écoles, ils en ouvrent d'autres qu'on leur prendra aussi, mais plus tard. Ainsi en France, depuis le catholicisme social, les catholiques n'ont pas compris qu'ils n'aboutiraient pas et que leurs ennemis les auront à l'usure tant qu'ils n'auront pas pris le pouvoir politique pour faire un Etat chrétien, unique protecteur des familles chrétiennes, des écoles, des œuvres, des paroisses et des diocèses catholiques.

Sans l'Etat chrétien et même dans un Etat antichrétien, la chrétienté sociale peut survivre quelques temps mais est condamnée à plus ou loin brève échéance.

 

- Le témoignage de l'histoire

Le principe est confirmé par les faits humains, les évènements historiques. Ils nous montrent que sans l'action politique, l'action sociale est toujours insuffisante. Prenons à témoin une Action Catholique étrangère et une action nationale non catholique.

. L'insurrection christera de 1926 au Mexique. Le soulèvement populaire contre le gouvernement antireligieux est issu de l'Action Catholique. A la différence des Vendéens avec lesquels ils entretiennent pourtant beaucoup de ressemblances, les christeros ne visent pas la prise du pouvoir politique. Ils cherchent seulement à rétablir les droits de l'Eglise dans un pays catholique, sans penser à renverser, puis à remplacer, l'Etat laïc. N'ayant pas pris réellement en compte le problème politique, après un semblant de négociation, le gouvernement franc-maçon pourra les éliminer.

. A la même époque ou à peu près, la manifestation française du 6 février 1934, qui n'a pas été - et s'est défendue de vouloir être - un coup d'Etat antirépublicain : « Ce mouvement n'a pas eu le caractère militaire et clandestin nécessaire à la prise de pouvoir »[3]. Certaines ligues respectaient d'ailleurs les institutions républicaines. L'ensemble de la manifestation (au regret des plus conscients de l'enjeu) s'est contenté de sommations politiques, de protestations oratoires. On croyait naïvement pouvoir exprimer librement son mécontentement en République, oubliant l'avertissement de Maurras pour qui la République gouverne mal mais se défend bien. Or face à un ennemi mensonger et meurtrier, il ne faut pas se contenter de dire « on va vous chasser », si l'occasion s'en présente, il faut le faire. L'une des différences entre la droite et la gauche françaises dans l'action politique c'est qu'à droite on dit, alors qu'à gauche on fait.

. Prenons une troisième politique se généralise : les forces du mal prennent les pouvoirs politiques de toute la chrétienté. Quelle va être la réaction pontificale ? D'un point de vue théorique c'est la condamnation et d'un point de vue pratique c'est l'affrontement facial, qui peut d'ailleurs compter sur l'appui des populations. Ceci de Pie VI jusqu'à Pie IX. A partir de Léon XIII, un changement se produit. Les papes - à l'exception de saint Pie X - cherchent la conciliation, le consensus. (théorique chez tel ou tel avec tentative de christianiser les droits de l'Homme ; pratique avec renonciation à l'action politique du laïcat chrétien).

On reconnaît même comme légitime des gouvernements antichrétiens sur des sociétés chrétiennes. On demande même aux catholiques de se rallier et de ne rien faire pour les renverser. On replie alors l'Action Catholique dans le social avec l'espoir de reconquérir les classes sociales déchristianisées, dans l'attente - c'est le souhait de Léon XIII - d'une rectification ultérieure de l'ordre politique laïcisé. Pour la hiérarchie de l'Eglise, dans cette question non spirituelle mais temporelle, l'erreur prudentielle est de croire que quand le social sera chrétien, la politique le deviendra par voie d'extension. Cette erreur résulte d'une confusion de plan entre social et politique.

Cela, les forces du mal ne l'ont jamais permis. Elles ont demandé aux catholiques, d'un point de vue politique, deux choses :

. la soumission en tant que simple citoyen : l'apolitisme leur permettant d'acquérir un certificat de bonne conduite pour être tolérés socialement sans être reconnus politiquement.

. l'adhésion aux principes révolutionnaires et la collaboration pratique à l'œuvre de la révolution. C'est l'engagement de type démocrate - chrétien. D'un point de vue social, on demande aux catholiques de se maintenir dans ce même social où les fruits de leurs efforts sont confisqués voire détruits chaque fois qu'ils commencent à réussir. La confiscation des biens du clergé et l'interdiction des œuvres religieuses sont la réponse de la IIIe République aux succès missionnaires de l'Eglise en France remportés au XIXe siècle. Et l'épiscopat français de l'époque, qui était celui du Concordat, n'a pas osé appliquer sur le terrain l'épreuve de force préconisée par saint Pie X au nom des principes. Avec le recul, les historiens objectifs disent que si les catholiques, qui n'attendaient que ça, s'étaient soulevés contre les lois antireligieuses, la victoire leur était acquise.

 

- Le « spontanéisme »

Quittons l'histoire pour retrouver les idées.

L'idée selon laquelle il suffirait de mener des actions familiales ou sociales seulement pour changer en profondeur la société se retrouve dans ce que le vocabulaire de philosophie politique appelle le « spontanéisme ». Cette théorie est ainsi définie par Yves Chataigner. C'est le point de vue selon lequel la réforme de la société toute entière est censée résulter de l'accumulation des réformes partielles, sans qu'il soit pour cela nécessaire de recourir à l'institution étatique. Le « spontanéisme » est au départ et généralement une idée de gauche, gauchiste même, qu'on retrouve par exemple chez Gramschi, ou chez les « mao » de 68, avides de concrétiser la révolution ici et maintenant, sans attendre plus le communisme légaliste et institutionnel. On le retrouve aussi chez les démocrates-chrétiens qui, dans l'esprit du Ralliement, restent dans le social sans toucher au politique.

Depuis les années 1960, devant la dégradation générale de la situation, on retrouve le spontanéisme dans les milieux conservateurs ou contrerévolutionnaires. Découragés ou laminés, nous renonçons au « politique d'abord » dans l'ordre des moyens pour maintenir ou refaire la chrétienté. On se consacre à la base de l'édifice social, en menant une action sur les familles et les groupements de famille pour essayer de faire des « micro chrétientés ».

Cette action n'est pas à négliger mais pour être nécessaire et légitime n'est pas suffisante ni autosuffisante. C'est la même idée spontanéiste : faites du familial, du social et le reste suivra. La réfutation de ce point de vue se trouve dans l'ouvrage de Jean Ousset, Fondements de la Cité (p 150à 156) « Pas de cité catholique idéale » § A mal social, remède social (social ici au sens politique).

Quittons les domaines doctrinaux et historiques pour se poser deux questions plus pratiques :

- Où en sommes-nous ?

- Que pouvons-nous faire ?

- Où en sommes-nous?

Tout le monde sait ici le caractère mauvais de la situation actuelle. Mauvaise bien sûr par l'état général de la société, mais surtout par l'impossibilité immédiate des chrétiens d'agir sur les institutions.

C'est cela le plus grand mal : le fait que la prise du pouvoir soit irréalisable. C'est ainsi, il faut le savoir, comme il faut savoir que cela pourrait changer :

. par intervention divine comme ce fut le cas dans notre histoire en 1429 avec l'épopée de sainte Jeanne d'Arc

. par un évènement historique, tant l'histoire humaine est un domaine faiblement déterminé, dans lequel l'imprévu se produit souvent en politique, ce qui la rend perméable d'ailleurs à la médiation céleste.

 

- Que faire

Réalistes sur le temps présent que pouvons-nous faire ?

Les premières choses à faire relèvent du plan individuel, les secondes du plan collectif.

Première chose à faire : savoir

Tout commence par une prise de conscience, c'est la base de la philosophie depuis Socrate. S'interroger, réfléchir sur soi-même et donner à notre esprit la possibilité de comprendre est indispensable à l'action quelle qu'elle soit.

La connaissance est toujours antérieure au perfectionnement moral et politique. L'antériorité de la théorie sur la pratique est confirmée par tous les élans des civilisations réussies. Nécessité donc de s'informer, de penser ce qui se passe autour de nous, d'acquérir une tournure d'esprit permettant de bien juger pour réussir l'action, tant l'action humaine demande une phase préparatrice de réflexion, de discernement.

Impossibilité d'agir utilement, efficacement sans savoir et, pour sortir ce premier point du lieu commun ou de l'évidence première, je dirais à propos de la situation actuelle que non seulement il faut savoir mais qu'il faut savoir en rire. C'est aussi très important, dans les situations difficiles d'avoir le moral. La bonne humeur, la joie intérieure, le rire change tout. Prenez par exemple une convalescence médicale : le moral fait beaucoup.

Nous ne sommes pas désabusés quoiqu' avertis, forts des promesses du ciel et de l'esprit chrétien dans lequel la joie du cœur tient une grande place. D'ailleurs si la situation est ce qu'elle est c'est que la Providence le permet, que nous sommes pensés de Dieu pour vivre ces temps là et contribuer à son amélioration.

Savoir en rire donc, pour ne pas lâcher l'espérance et garder prise avec l'action. L'action que nous voulons entreprendre ne peut être menée dans la morosité, l'amertume ou la désolation, elle s'arrêterait en chemin et ne saurait convaincre. Savoir rire des temps, c'est peut être un des meilleurs moyens de se rapprocher du plan divin, c'est sûrement mériter le courage personnel, c'est aussi mériter d'entraîner les autres à agir avec nous.

Deuxième chose à faire : témoigner. Quand on sait et qu'on en a la possibilité, il faut dire, à ceux qui le méritent, la vérité bien sûr. Ce témoignage que tout un chacun peut faire de la vérité, toujours avec modestie et prudence, est capital. Nous sommes de la vérité parce que fils de lumière. Et la force de la vérité est proportionnelle à la faiblesse de l'erreur et du mensonge.

Regardez nos adversaires : ils sont obligés de s'organiser en sociétés secrètes, de constituer un pouvoir occulte. Tout cela est infiniment compliqué et contre-nature. Nous sommes dispensés de tous ces échafaudages souterrains, notre action est plus facile et à considérer le plan des forces du mal, sachons que la vérité est pour nos adversaires une force redoutable : que la lumière soit faite sur leurs œuvres, et ils sont touchés, obligés de reculer pour rechercher l'obscurité de l'ombre. C'est l'exemple du « bombardement » sur les tours jumelles de New York en 2001 : la faille du mensonge est en train de s'ouvrir.

Le témoignage de la vérité est très important, les forces du mal l'ont si bien compris qu'elles ont constitué un quatrième pouvoir, le pouvoir médiatique, chargé de maintenir les populations dans l'illusion sur beaucoup de choses. Quelques centaines de personnes en France fabriquent actuellement l'opinion, dirigent ainsi la démocratie, dont le fonctionnement théorique n'est qu'apparent.

Troisième chose à faire d'un point de vue individuel : accomplir avec soin son devoir d'état immédiat. Il y a un début à et pour les autres- si nous ne vivions pas individuellement ce que nous disons ou pensons. Famille, métier, situation sociale sont des petits laboratoires pour l'action collective. On obtient des autres d'autant mieux qu'on les invite à faire ce qu'on fait déjà à titre individuel ; « Faire avant de dire ».

Le devoir d'état c'est ce qui dépend de nous et, comme le pensent les stoïciens avec raison, c'est le seul domaine par rapport auquel nous sommes réellement libre[4] Crédibilité, efficacité, pragmatisme du devoir d'état qui est posé comme une nécessité par la sagesse de l'Eglise et par l'enseignement des saints. Par exemple, sœur Lucie de Fatima ne dit-elle pas que l'accomplissement du devoir d'état est la première des choses à faire, avec la récitation du rosaire, bien sûr ?

 

- La prière

Cette référence au rosaire nous amène à considérer une quatrième chose à faire que j'ai placée entre les plans individuel et collectif de l'action. C'est la prière, la supplication divine, le désir spirituel d'un changement de la situation. Ce désir est-il assez grand pour que nous le demandions à Dieu ? D'un point de vue moral ou psychologique, le désir est l'élan subjectif dont l'action a besoin pour aboutir. D'un point de vue spirituel, le désir du croyant - sa prière de demande ici - est voulu de Dieu pour réaliser le bien promis.

Jean Vaquié, dans un texte fondamental, parle à ce sujet de « bataille préliminaire ». Qu'entendre par là ? C'est l'oraison préparatoire à l'intervention divine. Celle-ci est promise certes qu'on songe aux messages de Fatima- mais elle ne se produira pas tant que nos prières pour le temporel chrétien et nos désirs de Chrétienté n'auront pas augmenté. il faut y croire par la confiance en Dieu et le lui demander par la supplication.

C'est le sens du dialogue entre sainte Marthe et Notre-Seigneur juste avant la résurrection de Lazare. La sœur aimante doit faire un acte de foi et d'espérance. De la même manière, les fils de France n'obtiendront la résurrection de la nation que par le passage préliminaire de la prière. Et le parallèle entre le miracle évangélique et l'état actuel de notre nation n'est pas infondé puisqu'on sait historiquement de façon certaine, que Lazare et ses sœurs, après avoir été expulsés par les juifs de Palestine, sont arrivés avec leur frêle esquif, sur la côte provençale de la Méditerranée pour être les premiers apôtres de la Gaule chrétienne.

De cet épisode historique on peut attendre la résurrection de la France, quand notre supplication l'obtiendra de Dieu. Jeanne d'Arc nous a été donnée pour ressusciter la France au XVe siècle après de grandes prières publiques. Si nous ne prions pas pour la France, la Providence pourrait nous oublier encore pendant plusieurs siècles, comme semblent l'être certaines chrétientés anciennes d'Orient où le christianisme a disparu.

La conclusion de Jean Vaquié est la suivante : « Exerçons avec constance ce ministère de la supplication et du désir qui nous est suggéré. C'est ce que nous pouvons faire de plus utile, et de beaucoup, en ce moment. »

Sur la nécessité et l'importance de la prière pour le temporel chrétien, prenons à témoin deux exemples :

. Le pèlerinage de Chartres, dans l'esprit de Péguy, est, tous les ans, une prière pour la chrétienté de France.

. L'association réparatrice envers la Très Sainte Trinité fondée au XIXe siècle à Paris vise, par une supplique, l'extinction des sociétés secrètes, sur une révélation reconnue par l'Eglise et qui demande messes et communions réparatrices. « Par cette réparation, dit Notre-Seigneur, je m'engage à anéantir ces sociétés impies...secrètes qui font la force du mal...pour détruire mon Eglise et tout ordre social »[5]

Il nous reste pour terminer, à voir ce qu'il est possible de faire d'un point de vue collectif. Trois choses :

- La fidélité au vrai par la formation doctrinale.

- La maintenance du bien qui existe encore et qui peut être sauvé.

- L'occupation du terrain social en y exerçant une double action :

. passive d'abord par notre simple présence en quelques endroits stratégiques pour neutraliser et freiner l'adversaire.

. active ensuite en s'organisant en force sociale sans perdre de vue que l'enjeu de la partie est finalement politique.

Formation doctrinale disions-nous. L'impossibilité immédiate de mener une action politique nous donne la possibilité et la liberté d'y réfléchir. Profitons-en pour connaître et faire connaître la doctrine politique catholique.

Nous avons une espérance politique, qui a besoin de connaissances pour ne pas être utopique. Nos adversaires travaillent intellectuellement et ce travail est pour eux fructueux. Les libéraux, connaissent les physiocrates comme les marxistes, trotskistes, ou léninistes, ont de solides bases philosophiques.

Et nous, connaissons-nous seulement la pensée politique de saint Thomas ? Avons-nous au mieux une idée précise de la doctrine sociale de l'Eglise ? Avons-nous réfléchi à la réalité de l'Etat ? Connaissons-nous ses devoirs envers Dieu tels que les définit l'Eglise, le rôle du temporel et sa place en chrétienté ? Cette action doctrinale doit aussi porter sur les erreurs politiques à combattre. Les connaître, c'est se porter sur leurs causes pour en gêner les effets ou s'en protéger quand ils sont irréversibles. C'est aussi éviter que ces erreurs nous atteignent indirectement, intellectuellement.

Sixième chose à faire : la maintenance. C'est très important de faire tout notre possible pour maintenir ce qui existe encore dans les ordres du vrai, du bien ou du beau.

Il y a là deux raisons :

- L'une naturelle : c'est le principe d'économie de la raison qui nous demande, dans l'ordre des moyens, de considérer et d'utiliser ceux qui existent déjà.

- L'autre surnaturelle : la Providence nous donne toujours sa grâce et cette grâce est suffisante. Elle augmente par notre supplication et notre action. C'est d'abord le réel tel que nous le recevons (Ecole, association, journal, revue, œuvres, paroisses, chapelles...).

Maintenir donc ce qui existe, même s'il faut y tolérer certaines imperfections, chercher à les améliorer et ceci avant de penser à remplacer ou à mieux faire.

Maintenir : nous avons là une occasion de mettre en pratique notre philosophie sociale ou politique : c'est la philosophie de l'être, de la permanence, de la stabilité, du réel, philosophie donc de contre révolution.

Maintenir : c'est gêner ou neutraliser les efforts de l'adversaire dont la philosophie est celle du devenir, de l'évolution et du changement incessant.

Maintenir c'est mettre en place les pôles de la chrétienté de demain, c'est miser sur la présence de notre existence qui empêchera les forces du mal de triompher universellement et qui accélérera leur propre processus de désagrégation.

Maintenir ce qui existe encore de vrai, de bien et de beau dans un monde dominé par leur contraire c'est tenir en échec le désordre ambiant. Il en faut peu, souvent, pour changer les choses. C'est le principe de levier de Pythagore: «donnez-moi un point d'appui et je soulèverai le monde». Ce sont les trois cailloux de David face à Goliath.

Enfin, pour terminer, je voudrais rapidement vous dire quelques mots pour une dernière chose à faire dans la situation actuelle : se rendre présent dans le domaine social, occuper le terrain pour y exercer une double action.

. Passive d'abord : se placer en quelque endroit stratégique et priver ainsi nos adversaires d'une totale liberté d'action. Ce n'est pas une action facile et souvent ingrate que d'entrer dans la place pour jouer le rôle de la minorité ignorée ou méprisée et qui ne voit jamais ses idées appliquées. Vous êtes par exemple au bureau d'une association de quartier, ou au conseil municipal de votre commune ou au conseil d'administration de votre établissement, de votre entreprise. Armez vous de beaucoup de patience, observez les faits et gestes et acceptez de sortir du bois au bon moment. Cette présence dans le système, cet entrisme peut dévier de son objectif ou faire perdre son identité à celui qui est entré dans la place. D'où l'importance de la formation et de la vie spirituelle[6] pour que l'action, par activisme, n'ait pas ces effets négatifs.

. Occupation active du terrain social ensuite en organisant nos amis autour de nos idées, pour constituer des forces sociales, des groupes de pression, des courants d'opinion. Si l'action politique est celle de la cité toute entière, commençons par occuper la rue pour que ce qui est politiquement impossible aujourd'hui, le devienne demain. Nous avons encore la liberté d'action, en profitons-nous. Savons-nous qu'on peut en faire un puissant usage tant la léthargie atteint nos adversaires qui se croient arrivés à leur but.

En tant que minorité, avons-nous l'énergie, l'activité des minorités conscientes ? Sommes-nous bien conscients d'avoir la réalité pour nous, ce que les forces du mal ne pourront jamais dire et ce qui complique toujours terriblement leurs plans. Ainsi il est possible d'agir pour mettre, sur tel ou tel point, en échec nos adversaires.[7] Regardez les écoles libres qui s'ouvrent ici ou là chaque année en France. Elles sauvent mentalement des milliers d'enfants.[8]

Dans l'opinion, l'identité chrétienne et française, la morale naturelle se posent d'une manière certes faible mais nouvelle. A nous de l'utiliser.

 

Résumons-nous pour terminer.

Action sociale et action politique sont à distinguer et si nous sommes actuellement empêchés d'agir de manière directement politique on peut cependant, à titre individuel savoir, rire, et dire.

A titre collectif, il nous reste à prier, à se former, à maintenir ce qui peut être sauvé et à occuper le terrain social sans le confondre avec le politique. Cette montée en puissance de notre implantation dans le social ne doit pas nous faire perdre de vue le politique. Actuellement il est hors de notre portée. D'ailleurs, dans l'état actuel de la société, il ne servirait à rien que des catholiques prennent le pouvoir, car selon la très bonne formule de Jean Ousset, «à quoi bon prendre le pouvoir à midi si c'est pour le perdre à midi cinq ?»

Mais ne perdons pas de vue l'essentiel qui est d'ordre politique. D'où l'importance de se sentir prêts pour agir en politique, pour en finir avec les complexes catholiques de l'apolitisme, pour en finir avec les attitudes désabusées de nos milieux.

Nous ne pouvons pas miser actuellement sur l'action politique disions-nous. Rien n'empêche de viser cette action, de la préparer, de l'espérer, elle nous est divinement promise.

Arnaud Jaÿr

 


 

[1] Pour une étude plus approfondie se reporter aux travaux d'Yves Chataignier, collaborateur précieux au présent exposé. REP, 15 rue des Fades 06 110 Rocheville Le Canet

[2] Voici une définition du bien commun et un commentaire à son sujet que donne Marcel de Corte : Le bien commun est « tout ce qui unit les citoyens entre eux, et dont le recensement serait interminable si nous l'entreprenions : il va des simples marques de politesse échangées lors d'une rencontre à tout ce que contient le mot civilisation, en passant par tous les échelons qui se superposent à partir des familles où l'union biologique éclate jusqu'à la parfaite et ultime unité de la Cité elle-même. (...) Le bien commun comprend « ces biens multiples et essentiels que sont la culture, la civilisation, les institutions, les lois, ainsi que les mille et un facteurs d'union. (...) La vie vertueuse est la redondance et le prolongement d'une vie axée sur la poursuite du bien commun. (...) La personne prise dans la ligne de sa destinée temporelle, est radicalement ordonnée au bien commun de la société temporelle dont elle est membre. » (Marcel de Corte, Réflexions sur la nature de la politique, l'Ordre français).

[3] Philippe Nemo, Histoire des idées politiques 3, Editions PUF, collection quadrige, 2002, p 1193

[4] C'est un domaine qui peut toujours rester étranger aux forces du mal, les empêchant d'atteindre la domination universelle

[5] Documentation disponible à l'A.F.S

[6] Voir l'ouvrage fondamental de Dom Chantard « L'Âme de tout apostolat »

[7] Par exemple, les manifestations « pro-vie » peuvent entraîner une modification de la législation sur l'avortement comme le craignent certains protagonistes de la culture de mort. Cela s'est produit en plusieurs endroits de l'Amérique du Nord

[8] De plus, le démantèlement matériel de l'Education Nationale pourrait les amener à accueillir une jeunesse soucieuse de réussir et de vivre paisiblement. La libéralisation économique du système scolaire français pourrait aussi permettre d'obtenir, à terme, le fameux « bon scolaire »

 
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