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les illusions naturalistes sur l'amour de Dieu et du prochain

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Les illusions naturalistes

sur l'amour de Dieu et du prochain

  

Dans un monde imprégné de naturalisme, il est relativement[1], facile, pour un catholique, de devenir naturaliste sans même s'en apercevoir. Redoutable illusion. Nous pensons utile, à ce titre, de publier ci-dessous un sous-chapitre de la brochure du père Emmanuel « Le naturalisme »[2], intitulé « Les illusions naturalistes sur l'amour de Dieu et du prochain ». [3]

Quand la colère de Dieu a déchaîné sur une population ce fléau redoutable qu'on nomme la peste, il en est qui en sont atteints et frappés à mort ; il en est d'autres qui, sans être précisément touchés par le fléau, en subissent cependant un malaise quelquefois considérable.

Le naturalisme est pour les âmes une véritable peste. Ceux qui en sont atteints en plein sont par là même mis hors des voies du salut. Semblables à ces pestiférés qu'il faut nécessairement isoler du reste des hommes, ils s'excommunient eux-mêmes. Le naturalisme, dans ce cas, est poussé jusqu'à l'hérésie formelle, renouvelant les impiétés d'Arius et de Pélage, et assumant sur lui tous les anathèmes dont l'Eglise a frappé ces épouvantables hérésies.

Mais le mal se montre quelquefois à un état plus bénin. Il évite tout ce qui est hérésie, et à ce prix il peut faire croire qu'il est inoffensif. Mais il ne veut point embrasser dans sa plénitude le surnaturel divin ; il lui cherche volontiers de petites querelles, se tient vis-à-vis de lui dans la défiance et, en un mot, chante plus volontiers la nature que le naturel.

Même dans cet état, qui paraît bénin, le naturalisme est un mal très dangereux. Et, pour le démontrer, il nous suffira de signaler deux des nombreuses illusions dans lesquelles il a coutume de jeter les âmes. Chacun sait que, pour nous chrétiens, le grand commandement c'est d'aimer Dieu ; le second, qui lui est semblable, est d'aimer le prochain. Or, nous disons qu'au sujet de ce double devoir, le naturalisme jette les âmes dans des illusions très funestes.

 

L'illusion naturaliste sur l'amour de Dieu

Dieu, qui nous a créés, a mis au fond de notre nature une inclination invincible à aimer le bien en général. Et, comme Dieu est le souverain bien, le bien unique des âmes, les âmes naturellement se doivent porter vers Dieu. Tout homme qui pense et qui réfléchit à l'auteur de son être, se sent naturellement porté vers Lui. C'est un devoir à la fois de justice et de reconnaissance. Et les notions de la justice et de la reconnaissance ont pour nous une puissance d'autant plus grande que l'on ne peut raisonnablement s'y soustraire, et qu'il est toujours honorable de s'acquitter de devoirs fondés sur des titres si authentiques.

Sans le péché originel, la nature se porterait tout droit vers son Créateur ; mais l'ignorance et la concupiscence, fruits malheureux de la chute originelle, ont fait que trop souvent l'âme s'arrête à des biens passagers, s'amuse et s'use à aimer des riens, au lieu de faire remonter son amour jusqu'à la source de son être.

Même dans cet état de chute, la loi de Dieu demeure : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ! Et la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ nous rend possible, et facile, et douce l'observation du grand commandement.

Le mal, c'est que, trop souvent, après avoir perdu la grâce, après être déchu de la charité, comme on trouve toujours en soi l'amour du bien en général et l'inclination naturelle à aimer Dieu, on se contente de ces dispositions et l'on se croit quitte envers Dieu. On est dans le péché mortel, et comme les inclinations naturelles à aimer Dieu, l'amour du bien en général restent au fond de l'âme, on prend ces dispositions naturelles, communes à tous les hommes, pour ses dispositions personnelles, pour son état particulier devant Dieu. Cet état, devant Dieu, est le péché mortel, mais on ne l'aperçoit pas : les inclinations naturelles restent, on les aperçoit, on s'en contente, et l'on se fait croire que Dieu s'en contentera aussi. On se dit à soi-même : je n'en veux point à Dieu, je sais qu'il est bon ; je L'aime par inclination ; comment Dieu pourrait-il m'en vouloir, puisque je ne lui en veux pas ? Serait-il moins bon que moi ?

Voilà bien, prise sur le fait, la grande illusion dont la racine est le naturalisme. Combien de pauvres âmes ne voyons-nous pas négliger les devoirs les plus essentiels du christianisme, vivre sans la grâce sanctifiante, sans Notre Seigneur Jésus-Christ, et cependant affirmer avec aplomb qu'elles aiment bien le bon Dieu !

Il nous souvient d'un malheureux qui mit fin à ses jours, et avant de commettre son irrémédiable crime, il écrivit un adieu à sa famille et, dans cet écrit, il affirmait son amour pour le bon Dieu ! Il est de toute évidence qu'il prenait l'inclination naturelle à aimer Dieu, que nous avons tous, pour sa disposition personnelle qui était on ne peut plus contraire à l'amour de Dieu. Illusion naturaliste !

 

L'illusion naturaliste sur l'amour du prochain

Le second de nos grands devoirs, c'est l'amour du prochain. Cet amour a pour base une inclination naturelle qui porte tous les êtres semblables à s'associer, à s'aimer les uns les autres: l'Ecriture le dit : omne animal diligit simile sibi (Si 13, 19).

Cette inclination naturelle est très vive et très puissante. Souvent même, elle est plus sensible que l'inclination à aimer Dieu Lui-même. Car nous ne voyons pas Dieu et nous voyons nos semblables.

C'est elle qui porte les hommes à s'aider mutuellement, à se prêter secours et assistance de mille manières et en mille circonstances. Cette inclination est si puissante, si inhérente à l'humanité, qu'elle lui emprunte son propre nom : être insensible au mal d'autrui, c'est n'avoir pas d'humanité ; mais compatir aux souffrances du prochain, c'est être humain, c'est avoir de l'humanité.

Venant de Dieu, ces inclinations sont bonnes, assurément; nous louons leurs œuvres, nous applaudissons à toute bienfaisance. Mais, chrétiens que nous sommes, nous devons aimer notre prochain comme Dieu entend que nous l'aimions, c'est-à-dire de l'amour surnaturel, qui tend au bien de la vie présente et au bien de la vie éternelle, qui est sensible à tous les besoins du prochain, à ceux du temps et à ceux de l'éternité, à ceux du corps et à ceux de l'âme, car l'homme ne vit pas que de pain. Cet amour surnaturel, embrassant tous les besoins du prochain, n'est pas un amour facultatif ; il est strictement et rigoureusement obligatoire.

Mais quand un chrétien a perdu l'amour surnaturel du prochain, il n'a pas perdu pour cela l'inclination naturelle à aimer ses semblables ; et l'illusion consiste à se contenter de l'inclination naturelle, comme si elle suffisait pour satisfaire au devoir de l'amour du prochain. Comme le commandement d'aimer le prochain est semblable à celui d'aimer Dieu, l'illusion que l'on se fait sur l'amour de Dieu a tout à côté d'elle une illusion semblable au sujet de l'amour du prochain.

Et cette nouvelle illusion n'est pas si rare qu'on pourrait le croire. M. X... était riche. Il était absorbé par ses affaires, son commerce, ses plaisirs peut-être. Il vivait étranger pour Notre Seigneur Jésus-Christ, et ne donnait rien à Dieu. Mais il était bienfaisant, bon pour les pauvres. Il mourut presque subitement et n'eut certainement pas le temps d'arriver au repentir d'une vie trop peu chrétienne. Eh bien ! l'on entendra des voix qui lui promettront la vie éternelle pour ses œuvres de bienfaisance, fruit naturel de l'inclination naturelle qu'il avait pour ses semblables.

*

L'illusion naturaliste consiste donc à se contenter des œuvres naturelles là où Dieu demande les œuvres surnaturelles ; à promettre le salut sans la foi, sans la charité, sans les œuvres de la foi et de la charité, par des œuvres et pour des œuvres purement naturelles.

Entendu ainsi, le naturalisme serait purement et simplement le pélagianisme.[4] Nous aimons mieux la grâce de Dieu, qui guérit la nature, la sauve et la mène à la vie éternelle. Dieu nous garde des illusions du naturalisme !

 

Père Emmanuel

Retenons cette remarque du père Emmanuel : « L'illusion naturaliste consiste à se contenter des œuvres naturelles là où Dieu demande les œuvres surnaturelles ».

Aujourd'hui, une telle illusion se retrouve presque partout en milieu catholique. Il faut la connaître et la comprendre si l'on veut s'en préserver soi-même et aider son prochain à s'en préserver.

Arnaud de Lassus



[1] Rappelons les définitions des mots « naturalisme » et « surnaturel » : Naturalisme : « Doctrine morale qui, niant ou ignorant systématiquement le surnaturel, s'organise en fonction d'une fin dernière purement naturelle et vise un état d'existence purement naturel » (Vocabulaire de la philosophie de Jolivet). Surnaturel : « ce qui est absolument au-dessus de toute nature, créée ou possible». On désigne plus spécialement par «Le surnaturel» « l'ordre de la grâce, par lequel l'homme est élevé à la participation à la vie divine» (Vocabulaire de la philosophie,de Jolivet).

[2]Editions DMM. En vente à l'AFS, bulletin de commande en dernière page. Sur cette brochure, voir le n°139 (octobre 1992), p.52-53 et le n°146 (décembre 1999), p.50-54 de l'A.F.S.

[3] Les sous-titres sont de notre rédaction

[4] Hérésie ainsi définie dans « La foi catholique » de Dumeige, p. 165 : « Le fond de

l'hérésie pélagienne est l'affirmation d'une liberté totale en l'homme qui, dans un

équilibre toujours gardé entre le bien et le mal, peut opérer son salut entièrement par

ses propres forces ».

 

 
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