• Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size

France, fille ainée de l'Eglise

Envoyer Imprimer PDF

France, fille ainée de l'Eglise

L’évangélisation des Gaules.

Le Baptême de la France à Reims.

La vocation de la France.

Jeanne d’Arc : sacre de Reims et renaissance française.

Les patronnes secondaires de la France.

Les bergères de la France chrétienne.

 

France, fille d’aînée de l’Église, c’est-à-dire première née des nations  chrétiennes. Aînée certes, mais tout d’abord née ; et c’est sur cette naissance, sur ce berceau que nous allons nous pencher. Dans une lettre de 1937 à la Révérende Mère Agnès, prieure du Carmel de Lisieux (et propre sœur de Sainte Thérèse), Charles Maurras (qu’Ernest Psichari appelait « le fils caché de l’Église ») écrivait ceci : « le royaume de France naquit de l’Église. »

Cette naissance se fit en deux temps. L’évangélisation du Ier au Vème siècle, puis le baptême en 496. Ces étapes sont marquées par un élément naturel, l’eau, élément premier pour Thalès[1] et d’autres anciens. C’est évident pour le baptistère de Reims. Mais l’eau a aussi sa place dans l’histoire de Clovis, puisqu’il était au départ le chef de la tribu des  Sicambres, tribu confédérée aux Francs maritimes, appelés Francs saliens, (d’où la loi salique). L’autre confédération franque est celle des Francs ripuaires, situés de manière plus continentale dans la région de Cologne. Rapidement Clovis, ce stratège politique et militaire, va s’imposer comme le chef des Francs maritimes.

La géographie de la Gaule doit beaucoup à l’eau, d’après Strabon, le grand géographe grec du Ier siècle avant Jésus-Christ. Devant une carte des Gaules, il avait annoncé qu’un grand ensemble politique y verrait le jour, seulement en raison du tracé des cours d’eau sur notre sol.

Un siècle plus tard, c’est-à-dire au Ier siècle après Jésus-Christ, la première intervention du spirituel dans notre histoire vérifiera cette prévision humaine, confirmant l’entente du naturel et du surnaturel (qui est fait, comme l’indique le nom pour venir sur la nature, la couronnant dans la grâce, pour l’accomplir sans la détruire).

En effet, en regardant la carte, on serait tenté de dire que la Providence est entrée en France par la porte, c’est-à-dire à l’endroit où la civilisation gréco-romaine s’y était introduite six siècles plus tôt (c’est-à-dire au Vème siècle avant Jésus-Christ). Car la porte ouverte des Gaules sur le monde c’est son estuaire de Méditerranée, berceau du christianisme, et mer sur laquelle un seul de nos fleuves se jette : le Rhône. Comme pour le baptême, le christianisme se sert de l’eau pour entrer en France. Pour la physique ancienne, l’eau est principe de mouvement et de vie. En effet, son rôle est répandre, de conduire et de vivifier.

Ainsi, pour atteindre les Gallo-Romains, les premiers apôtres vont remonter leurs fleuves au bord desquels se trouvent leurs villes. Les Bouches du Rhône vont recevoir très tôt le christianisme, en l’an 33 exactement, dès la dispersion des apôtres de Jérusalem. Ce qui sera plus tard la France à partir de l’unification des Gaules, va être le théâtre du premier miracle de son histoire. La terre qui n’est pas encore appelée Provence accueille des hôtes de prestige, comme nous le rapporte la tradition orale, authentifiée par l’autorité de l’ancien bréviaire romain et par des documents historiques certains. Pour se pencher sur cette histoire, ouvrons les « Biographies évangéliques » de Mgr GAUME.[2]

Ainsi sait-on qu’après l’Ascension de N.S.J.C., les Juifs chassèrent de Palestine un groupe de chrétiens. On y trouve cette famille inséparable du drame évangélique, qui y a été préparée par un deuil insolite, c’est la famille de Lazare, le ressuscité de Béthanie. Avec quelques proches, ils sont jetés à la mer, sur une pauvre barque, sans voile ni gouvernail. Échappant à la mort promise, ils sont providentiellement conduits pour débarquer dans les sables camarguais, aux étangs salés peuplés de roseaux. C’est là qu’ils posent le premier genou chrétien et prononcent la première prière de reconnaissance au vrai Dieu et à ses nouveaux mystères. La poésie du lieu, désert vivant entre la terre et la mer, propice au recueillement, retiendra certains d’entre eux pour la vie contemplative. Qui sont-ils ? D’abord, à tout seigneur, tout honneur, puisque sa famille en Palestine était puissante et noble, Lazare, qui sera le premier évêque de Marseille où il mourra – pour la seconde fois- très âgé en l’an 94, martyrisé par décollation sous le règne de Domitien. Lui, l’ami du Seigneur, le ressuscité de l’Évangile, nous montre que la France est aimée de Dieu et qu’elle peut en attendre la résurrection temporelle dont elle aura plusieurs fois besoin au cours de son existence jusqu’à la fin des temps selon la prophétie de Saint Rémi.

Avec Lazare, il y a Maximin (premier évêque d’Aix en Provence), l’un des soixante-douze disciples de N.S., qui avait baptisé toute la famille de Béthanie, laquelle est de l’expédition. Puis, les sœurs de Lazare bien-sûr, Marie-Madeleine dont le Christ avait chassé sept démons pour en faire le modèle de la vraie pénitente ; Marthe, qui transforme en mérites les occupations multiples de l’existence, célébrée encore aujourd’hui à Tarascon pour avoir délivré la région de ce monstre maléfique, la Tarasque. On peut confier à ces saintes femmes la France contemporaine pour qu’elle soit délivrée des forces du mal qui l’empêchent d’être chrétienne. Ces quatre personnages vont être les premiers apôtres des Gaules  et vont se fixer en Provence pour exercer leur zèle. La tradition nous rapporte aussi la présence de Joseph d’Arimathie, figure évangélique du Saint Sépulcre et de la résurrection, celle de Marie Jacobé, belle sœur de la Sainte Vierge et épouse de Cléophas de Nazareth. Elle est accompagnée de sa fille, Marie Salomé, épouse de Zébédée, riche pécheur de Capharnaüm et mère de saint Jacques le Majeur et saint Jean l’Évangéliste. Les saintes femmes resteront à proximité des lieux du débarquement, à l’endroit que l’on appelle depuis les Saintes-Maries-de-la-Mer, sur l’Île de Camargue. De leurs mains, elles façonnent un autel de terre, y posent une petite table en marbre de Paris, monument qui sera vénéré jusqu’à sa destruction par les Sarrasins au VIIème siècle.

« Sous l’étoile de Notre-Dame, dira Charles Maurras[3], devaient briller parmi nous les Saintes Maries de la Mer, acclamées en Camargue par des multitudes de pèlerins ; la pénitente solitaire Sainte Marie Madeleine, que nos rois sont allés visiter dans sa Baume. » Voilà les propos d’un Provençal agnostique, adressés aux érudits laïques, savants positivistes, sous la IIIème République.

Y croirions-nous moins que lui pour nous laisser persuader par ceux qui ont contesté le fait que notre pays ait reçu l’Évangile dès la première dispersion des apôtres ? Car cette croyance, fondée sur la tradition des différentes Églises de France, contenue dans les textes liturgiques anciens, fut attaquée au XVIIIème siècle par une réaction d’hostilité au Moyen-âge, inspirée par le jansénisme et d’orientation plus ou moins protestante. L’historien Launoy (1603-1678) en était le principal représentant.  Il attribuait au Xème siècle  l’invention d’une telle légende. Suivi en cela par de nombreux catholiques,  il fera école chez les hagiographes et historiens du XIXème et XXème siècle. Au XVIIème siècle, Launoy et quelques autres qui s’appuyaient entre eux plus que sur des faits historiques, retardaient de deux siècles la première évangélisation de la Gaule pour la dater du IIIème siècle.

La toute première évangélisation de notre pays remonte à saint Paul, qui passe en Gaule pour un voyage en Espagne. Il y pose les bases des principales Églises de la Gaule méridionale que saint Pierre confirmera en envoyant dans les Gaules, avec d’autres missionnaires, sept évêques : saint Trophime  à Arles, saint Paul à Narbonne, saint Martial à Limoge, Austremoine à Clermont, Valère à Trèves et saluons le dernier: Gatien à Tours. Il faudrait évoquer ici toutes les vagues successives d’apôtres qui sont venus laver notre sol des paganismes antiques barbares ou romains. Mentionnons au moins saint Denis l’Aéropagite, premier évêque de Lutèce qui deviendra Paris (Ier siècle).

Mais pour aller à l’essentiel, franchissons quelques siècles et après la conception de la France, enfantée en Gaule par les disciples et amis du Seigneur, voyons sa naissance, au Vème siècle.

Avec une remarque d’abord : dans l’histoire universelle, il n’y a que deux peuples qui résultent d’un acte religieux, les Hébreux avant N.S. Jésus-Christ, les Francs après Lui. Pour tous les autres, la loi sociologique est inverse : politique puis religion. C’est ce que reconnaît le pape Grégoire IX (pape du XIIIème siècle).  Il écrit dans une lettre à saint Louis  (rappelée par saint Pie X lors de la béatification de Jeanne d’Arc le 13 décembre 1908) :

« De même qu’autrefois la tribu de Juda reçut d’en haut une bénédiction toute spéciale parmi les autres fils du Patriarche Jacob ; de même le Royaume de France est au-dessus de tous les autres peuples, couronné par Dieu Lui-même de prérogatives extraordinaires. »  Vous remarquerez  que c’est le chef de la Chrétienté qui parle et  il conclut ainsi : « La tribu de Juda était la figure anticipée du Royaume de France. »

 

Le baptême de la France à Reims

Certains n’ont pas manqué de pousser cette analogie entre la Judée et la France en comparant saint Rémi à Moïse et Reims au Mont Sinaï.

C’est le baptême de Reims et la naissance de la France qu’il nous faut maintenant évoquer. Les deux sont étroitement liés : par le baptême de Clovis, la Gaule devient la France. Est-il exagéré de dire que sans ce baptême, la France, l’Europe, le monde, l’Église aurait été autres ?  Saint Pie X en a souligné l’importance : « Reims conserve la source baptismale d’où est sortie toute la France  chrétienne… Le baptême de Clovis marqua la naissance d’une grande nation. »

Suivons ce baptême de la France, d’abord pour en préciser le sens. A l’occasion du XIVème centenaire, le pape d’alors déclarait : « C’est dans ce baptême mémorable de Clovis que la France a été elle-même comme baptisée ; c’est de là que date le commencement de sa grandeur et de sa gloire à travers les siècles. » Par les mots employés, on voit tout de suite qu’il s’agit bien plus que d’une métaphore comme quand on parle du baptême d’un bateau ou d’une cloche. Dans la bouche d’un pape, le baptême appliqué à la France est une analogie. Si la métaphore est poétique, l’analogie est de nature logique. Le mot analogue est un mot dont le sens premier est étendu par la raison mais conserve son sens sous des rapports déterminés. Bien-sûr, le baptême au sens strict est un sacrement personnel. Mais il peut être la cause d’effets inclus dans sa dénomination en raison du lien intrinsèque de la cause et de ses effets, effets sociaux ou politiques ici. En disant qu’à travers Clovis « la France a été comme baptisée, » Léon XIII souligne ici le caractère analogique de l’expression.

Et l’analogie peut être dépassée par la métaphore. Ainsi, N.S. Jésus-Christ et son Eglise sont comme les parents, la Sainte Vierge est la marraine en vertu de son patronage sur le royaume « regnum Galliae, regnum Mariae. » Saint Michel, « protecteur de la France » peut être vu comme le parrain. Saint Rémi, le célébrant. Il y aurait beaucoup à dire sur cet apôtre hors du commun dans un aréopage d’évêques d’exception. Notons au passage qu’en France, le rôle des évêques est toujours important : des saints fondateurs aux grands évêques du XIXème siècle en passant par ceux de la contre-réforme, qui sauvèrent la France du protestantisme. L’importance de l’épiscopat en France se mesure aussi à l’élection des papes français d’Avignon, et plus négativement aux déficiences politiques de l’épiscopat français au XXème siècle. Quoiqu’il en soit, les évêques actuels, indignes successeurs des saints fondateurs, en participant à la décadence de la nation, gardent cette prérogative de l’épiscopat sur le sort de la France.

Pour revenir à ce baptême national, une remarque s’impose sur sa date.   Le Christ et son épouse l’Église enfantent la France le 25 décembre. Le détail n’échappe pas à Saint Avit, l’évêque de Vienne qui écrivit à Clovis : « Vous êtes né au Christ le jour où le Christ est né pour vous. »

Quel sens donner à cette concomitance de date ? Entre autres celui-ci. Le roi très chrétien, comme on l’appellera, lieutenant du Christ, (ce qui signifie tenant –lieu de) est enfanté dans l’Église à l’heure et au jour où le Sauveur a voulu naître dans le monde.

Saint Avit conclut sa lettre ainsi : «  Je ne puis former qu’un seul vœu, c’est que, non content de conquérir à Jésus-Christ votre nation toute entière, vous puissiez étendre ce bienfait aux peuples encore idolâtres. »

 

        La vocation de la France

De telles paroles attestent de la vocation missionnaire de la nation franque. A l’inverse, cela montre le caractère anti-français du laïcisme athée et de l’impiété sectaire.

Après le baptême et la naissance de la France, considérons sa « vocation » de « fille aînée. » A ce propos, le nom même de France est très parlant. La Gaule devient la France et les Francs avec tous les Gallo-Romains vont devenir les Français. On retrouve au point de départ de l’Église un renouvellement nominal similaire quand le Christ dit au chef des apôtres, après sa profession de foi en la divinité du maître : « Tu es Simon, tu t’appelleras Pierre. » (Jn, I, 42) Pierre est le roc sur lequel repose l’Eglise.

Le nom de France, prénom chrétien attestant qu’il s’agit d’un baptême, fût-il national, a un sens littéral capable de nous éclairer sur le caractère de la nation. Le mot France, tel qu’on le trouve dans un dictionnaire approfondi, est très parlant. Il vient des Francs, bien-sûr, terme qui veut dire courageux selon les historiens. Mais franc est aussi un adjectif qui a donné franchise et affranchissement. La franchise dérive de l’esprit de vérité et l’affranchissement de celui de liberté. Les notions sont liées comme le dit saint Jean : « Veritas liberavit vos. » Pour la philosophie, la liberté dérive de la vérité car être pleinement libre, c’est choisir par soi-même les meilleurs moyens d’une action, c’est-à-dire, les plus vrais.

Par son baptême, la France a choisi la vérité du Christ et s’est affranchie à la fois du paganisme gallo-romain et de l’hérésie de l’arianisme ambiant du V è siècle.

Depuis, on sait avec quelle force la France s’attache à la propagation de la vérité, ou de ce que parfois elle prend pour telle et à quel point  elle tient à l’esprit de liberté, même quand celle-ci n’est qu’un mot qui cache nos esclavages.

Vérité et liberté sont à la source de la vocation apostolique de la France, celle de la fille aînée de l’Église.

Donner  la liberté à la vérité en protégeant la papauté et ses États, c’est ce que fit la race de Clovis pendant treize siècles, en engageant les Croisades pour défendre la chrétienté tant d’Orient que d’Occident !

Donner la liberté à la vérité en propageant la foi par l’épopée missionnaire ! Aucune autre nation n’a davantage œuvré aux missions que la France. Si l’on pense ici à Saint Charles de Foucault, il est juste de rappeler que les trois-quarts des fondateurs d’ordres missionnaires sont français. En plaçant ses missions sous le patronage de la Sainte de Lisieux, l’Église reconnaît cette contribution d’exception.

« La très noble nation française (nobilissima  gallorum gens, titre de l’encyclique de Léon XIII) par les grandes choses qu’elle a accomplies dans la paix comme dans la guerre, s’est acquis envers l’Eglise catholique des mérites et des titres à une reconnaissance immortelle et à une gloire qui ne s’éteindra pas. »

« Souvent vos ancêtres, dans de grandes et salutaires entreprises, ont paru comme les aides de la divine Providence elle-même. Mais ils ont surtout signalé leur vertu en défendant par toute la terre le nom catholique, en propageant la foi chrétienne parmi les nations barbares, en délivrant et protégeant les saints lieux de la Palestine au point de rendre à bon droit  proverbial ce mot des vieux temps : « Gesta Dei per Francas ».

Et si la France a sauvé temporellement l’Église aux pires moments de son histoire, on peut espérer que le catholicisme nous le rendra en ressuscitant demain la nation.

L’universalité des idées qui servent la vérité, comme celles qui propagent l’erreur malheureusement, trouvent chez les Français des promoteurs inégalés. Il est dans le tempérament des Français, comme dans la nature de la France, une aptitude à dépenser généreusement sa culture dans ce qu’elle a d’universel. Telle est la première dimension de la vocation de la France, appelée « éducatrice des peuples » par un pape récent. La diffusion de l’esprit français, celui de la gréco-latinité, la propagation de la foi chrétienne, c’est-à-dire l’adhésion à la vérité la plus haute, soulèvent chez les Français des énergies inégalées. Et l’on peut dire que la France a été fidèle au rayonnement de ce message de vérité, même s’il a pris des formes différentes dans son expression, mais constantes quant au fond, de Clovis à Charlemagne, de saint Louis à Louis XIV, des catholiques sociaux du XIXème siècle aux grands écrivains catholiques du XXème siècle. 

Cette liberté du tempérament français –objet de crainte des projets mondialistes- peut être détournée de son aspiration fondamentale vers le Bien, le Vrai et le Juste, par les faux idéaux de l’autonomie.

Car la liberté de se détruire, celle du drogué  ou du désespéré qui se suicide, n’en est pas une. Etre libre, ce n’est pas pouvoir faire n’importe quoi, mais être capable de s’orienter  soi-même à l’accomplissement de sa nature propre. Ceci suppose connaissance et réflexion. Dans son exercice, la liberté requiert la raison et en elle-même, la notion de liberté a besoin d’être pensée pour qu’on y distingue l’orientation au bien qui l’accomplit de l’inclination au mal qui est la marque de son imperfection.

On a vu que du mot France dérivait outre la franchise relative à la notion de vérité, l’affranchissement relatif à celle de liberté. Vérité et liberté se présentent à nous, dans cette évocation de la nation, comme les deux dimensions de sa vocation.

Il nous reste à évoquer la liberté et son rapport avec la France, rapport tant galvaudé, mais inhérent à l’esprit français. « Les Français ont la liberté dans le sang. » disait Péguy.

Même affirmation au Moyen-Âge de l’empereur de Constantinople, Léon VI : « les Francs chérissent la liberté ». Cela remonte même à l’Antiquité. Jules César, dans la guerre des Gaules, écrit « les Gaulois, par leur nature même, tendaient à la liberté et détestaient l’état de servitude. »

 

Jeanne d'Arc, sacre de Reims et renaissance française

Pour illustrer la vraie liberté dont nous venons de parler, une figure se dégage de notre histoire nationale, Jeanne d’Arc. Elle y intervient presque 1000 ans après le baptême de Clovis. A la naissance de la France au Vème siècle répond sa renaissance au XVème, au moment où la nation aurait pu disparaître, si le catholicisme ne s’en était pas mêlé. Naissance, renaissance, cette ressemblance de termes nous amène à rebondir sur celui de connaissance pour préciser que la réflexion sur la nation est indispensable au redressement français. Car connaître signifie naître avec, et la France ne peut pas renaître si elle n’est pas mentalement conçue (concevoir est un terme à la fois intellectuel et charnel) par ceux qui, la connaissant, seront demain les artisans de son renouveau.

Revenons à sainte Jeanne d’Arc pour préciser que l’héroïne de la patrie est l’incarnation manifeste de la liberté d’esprit et de tempérament de l’âme française.

Liberté de ton et d’expression : les réponses à ses enquêteurs n’ont pas leur équivalent dans les annales juridiques du pays.

Liberté d’action : « tout est nôtre » dit-elle en prenant les villes les unes après les autres.

Liberté de pensée, affranchie qu’elle est des limites du monde physique par ses liens surnaturels privilégiés.

Liberté de choix quand elle va, seule,  au vrai roi que presque plus personne ne reconnaît pour tel.

Liberté de condition : une bergère devenue chef de guerre et qui fait sacrer le roi de France ! Aucune féministe du XXème siècle n’a eu un rôle politique aussi déterminant sur l’avenir de sa nation.

Liberté dans sa mission : rien n’arrête sa restauration extraordinaire de la royauté sacrale.

Et l’épopée de Jeanne est l’une de ces charnières où le destin semble basculer, entraînant le cycle du temps à se renouveler dans les douleurs  d’un enfantement historique. A l’époque de Jeanne, la chrétienté médiévale est touchée à mort. A l’Ouest, le grand schisme d’Occident et pour la France la guerre de 100 ans avec la domination étrangère. Au centre, la guerre en Bohème, notamment avec les premières révoltes et révolutions modernes. A l’Est, les Turcs s’apprêtent à islamiser définitivement le Proche-Orient. En France, la naissance de l’esprit laïc a tout juste cent ans et partout en Europe la sécularisation avance à grand pas, avec la montée du matérialisme juridique notamment. Le temps des nations approche, qui cherche à remplacer la religion par la politique. Une Europe nouvelle commence à se dessiner, sur laquelle la libération de la France par Jeanne aura une portée incalculable, puisqu’on lui doit la forme internationale de l’Europe actuelle et le maintien jusqu’à nous de notre latinité.

Mais pour nous, le plus important est que, si partout en Europe la politique se sécularise, si l’idée nationale devient une réalité nouvelle, Jeanne montre que la France ne saurait être la France sans rester aussi une chrétienté. C’est le sens de sa course vers Reims où elle conduit Charles VII pour y être sacré. Pour elle, la France ne saurait continuer son histoire dans un temps nouveau, sans garder ou retrouver le catholicisme, principe de son identité ; sans donner aux institutions ce principe vital qu’est le Christ Roi. En cette époque réellement nouvelle, sans retour sur des formes périmées mais sans rupture avec les traditions chrétiennes, Jeanne semble dire à la France « deviens ce que tu es ».

D’ailleurs, philosophiquement, comment pourrait-on envisager positivement l’avenir, si l’on n’était pas appuyé sur le passé ? Pour Bergson, il n’y a pas de conscience en acte du présent sans ce double rapport au passé pour s’appuyer et à l’avenir pour se pencher.

Mille ans après Saint Rémi, Jeanne rappelle à un siècle qui aurait pu l’oublier l’identité catholique de la nation. En la déclarant bienheureuse, le 13 décembre 1908, Saint Pie X ne s’y trompait pas et rappelait le caractère intemporel du baptême et de la vocation de la France : «  Vous direz aux Français qu’ils fassent leur trésor des testaments de Saint Rémi, de Charlemagne et de Saint Louis, qui se résument dans ces mots si souvent répétés de l’héroïne d’Orléans : « Vive le Christ qui est roi de France ! » A ce titre, poursuit le pape, la France est grande parmi les nations. A cette clause, Dieu la protégera et la fera libre et glorieuse. »

Car si le baptême du Clovis correspond à la naissance de la France, le sacre du roi peut être comparé à sa confirmation et à ses noces : les noces du roi et de la nation. Au XXème siècle, un célèbre bénédictin, dom Besse, l’exprimait ainsi : « [avec le sacre] il y avait plus encore : un lien religieux  se formait entre le Roi et son Royaume…Leur union devenait ainsi plus forte et plus féconde. Le Roi appartenait à la France et la France appartenait au Roi. Le Roi lui devait le service d’un gouvernement ferme, sage, chrétien ; La France lui donnait toute sa fidélité et son dévouement. L’Église en consacrant cette union, lui donnait un nouveau droit au respect public, ceux qui auraient tenté de le rompre se seraient rendus coupables d’un sacrilège. Le sacre faisait du prince un homme ecclésiastique, sa souveraineté apparaissant comme une fonction sainte. » (Dom Besse, Église et monarchie p 240)

Par ses noces avec la nation, le roi est pour le peuple à la fois le père et le pasteur (l’Église n’appelle-t-elle pas le roi de France, dont le sacre n’a pas d’équivalent dans aucune nation, l’évêque du dehors ?).

D’une manière tout aussi analogique que pour le baptême de Clovis, ces noces du sacre sont celles de la France, ce qui permet de placer un parallèle entre Clovis et Jeanne. Chez le premier dont on célèbre en 2011 le XVème centenaire de la mort,  le plus important politiquement, ce ne sont pas les batailles gagnées, pourtant nombreuses (en 485, contre les Romains et en 507 sur les Wisigoths) ; ni les extensions territoriales qui s’en suivirent pour les Francs. Le plus important dans sa vie bien remplie, c’est son baptême qui fit de la France la fille aînée de l’Église. A partir de là, il reçoit l’appui du clergé et devient le protecteur attitré des Gallo-Romains catholiques persécutés par les autres rois en raison de leur foi. La religion nouvelle leur donne assez d’intérêts communs, les rend assez solidaires pour constituer une nation.

De même, chez Jeanne, le plus capital, ce ne sont pas les batailles où le caractère miraculeux de sa mission éclate pourtant merveilleusement, le plus important pour elle dans cette mission, c’est le sacre du roi à Reims. Dans son livre  « La seule France » publié en 1941, sous l’occupation allemande, Charles Maurras en tire une très belle illustration du « politique d’abord » (p 31-33). Et de rappeler qu’après Orléans, toutes les troupes royales attendent de Jeanne « la course à la mer » pour chasser les Anglais. Et la sainte de prendre le chemin inverse pour Reims. Quand bien même la libération du territoire en serait retardée de vingt ans, ce qui sera, le plus capital était de rendre à la France « une tête et un cœur », son chef et son roi. Pour refaire l’unité française, pour sortir de la nuit politique, dans un bon sens supérieur à l’immédiateté de la stratégie militaire, Jeanne dit « Reims d’abord ». Elle savait qu’il était plus important de restaurer l’État que de gagner trop vite la guerre pour ne pas en garder ensuite la paix. Elle, la guerrière, elle choisit de faire passer les facteurs politiques avant les avantages militaires. Elle mise d’abord sur la restauration de la nation, cause d’une reprise, peut-être plus lente, mais combien plus sûre, du sol français sur l’envahisseur britannique. Citons Maurras : « Les armées pouvaient faire un chemin moins rapide, et la rançon  de leur retard serait encore grossie par le martyr même de Jeanne : qu’importaient ces années de lutte au prix de la France éternelle ? »

Clovis le premier, Charles VII ensuite, incarnent l’unité nationale dans son principe politique et religieux : l’onction de Reims et l’alliance avec le ciel comme pacte national.

Mais dans cette perspective plus haute et plus fondamentale, la leçon majeure de la conversion de Clovis et du sacre de  Charles VII est que le roi très chrétien est le lieutenant, dans la monarchie française, du Christ qui est le Vrai Roi de France. « Vive le Christ qui aime les Francs » avait fait écrire Clovis au décret qu’il rajouta à la loi salique. De même, Jeanne, devant Charles VII et avec son accord, avait fait allégeance au Christ-Roi pour la France.

Cette proclamation par la France de la royauté du Christ-Roi est évidente dans les messages de Jeanne. Dix siècles plus tôt, elle figurait déjà dans la base de la constitution du royaume des Francs.  On la trouve en effet dans le « décret » que Clovis fait ajouter à la loi salique, avec tout l’enthousiasme du converti.  Comme les hymnes d’Israël chantés par les Hébreux en marche vers la terre promise, les Francs, après 496, avancent en Gaule en proclamant leur pacte avec le ciel, au cri de « Vive le Christ », véritable roi de France, dont les différents souverains au cours des âges seront considérés comme les lieutenants. En France, dès l’origine et au cours des siècles, c’est au Christ que l’on demande de garder le royaume, d’éclairer ses chefs, d’augmenter la foi du peuple.  Cette manière confiante et totale de s’adresser au Christ dépasse, et de loin, toutes les invocations que les autres nations  catholiques adressent à Dieu.

Ainsi le sacre de Charles VII, en 1428 à Reims, apparaît, dans la fresque de notre histoire nationale, comme un rappel, une confirmation du baptême de Clovis, une consécration du pacte de Reims.  

 

Les patronnes secondaires de la France

Jeanne d’Arc nous a permis d’évoquer deux figures royales, Clovis et Charles VII, dont les règnes sont occupés à la conquête ou à la reconquête territoriale.  Mais la sainte de la patrie nous invite aussi à considérer rapidement les saintes qui patronnent officiellement la France avec elle, de manière secondaire car après la T.S.V.M. En tout, elles sont quatre : Sainte Pétronille, Sainte Radegonde, sainte Jeanne d’Arc et sainte Thérèse de Lisieux. Respectivement, elles ont vécues au Ier, VIème, XVème et XIXème siècle. Ces époques sont des étapes constitutives de l’identité catholique de la France avec l’évangélisation au Ier siècle, la fondation politique au VIème, la restauration de la monarchie très chrétienne au XVème. Après la Révolution anti-chrétienne, face au laïcisme moderne, sainte Thérèse, avec tout le renouveau religieux de son temps, va chercher dans la prière l’inspiration de sa mission. « Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre », écrit la patronne carmélitaine. Son âme contemplative contenait un sentiment patriotique d’exception, et, sur son impulsion, son carmel a prié sans compter pour la conversion de la France. Charles Maurras, malgré son agnosticisme, avait choisi Lisieux comme « la vraie patrie de son âme ». Lui, le maître de la politique française, osa prédire : « Le salut partira de Lisieux. Il viendra de la chère petite Sainte,… grâce la plus haute du surnaturel le plus pur. »

En des temps où la France semble anéantie par ses adversaires, où les forces du mal triomphent en elle, faisant du catholicisme un objet de réprobation générale et de persécution, le recours à la prière et le retour au surnaturel chrétien sont les moyens les plus sûrs pour ramener la France à sa vocation de fille aînée de l’Eglise. Pour la rendre de nouveau chrétienne et de nouveau française, car toujours, dans notre histoire, la déchristianisation va de pair avec la défrancisation.

Comme patronnes françaises, sainte Pétronille et sainte Radegonde sont aujourd’hui moins connues et peut-être aussi moins invoquées. Et pourtant ! C’est à sainte Pétronille que la France doit son titre de fille aînée de l’Eglise. En effet, cette jeune romaine de la famille impériale (elle descendait de Titus Flavius Petro dont elle porte le nom féminisé) est une vierge martyre du Ier siècle. Amenée à l’Église par saint Pierre lui-même, elle en fut la fille spirituelle. On rapporte d’elle que sa beauté était extraordinaire mais qu’elle souffrait de paralysie. Son saint patron, chez qui elle logeait, la guérit miraculeusement, lui disant « lève-toi promptement et sers-nous ». Retrouvant la santé, elle devint la servante de l’Eglise. De ce miracle, on peut attendre le redressement français, prédit par saint Pie X, qui entendit N.S. Jésus-Christ s’adresser à la France pour lui dire : « lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance et va, Fille Aînée de l’Église, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, Mon Nom devant tous les peuples et devant tous les rois de la terre. »

Ce successeur de Pierre, grand ami de la France, savait, de source surnaturelle, que notre pays retrouverait ses traditions chrétiennes et royales, instituées par le Christ-Roi. Lors de la béatification de Jeanne d’Arc, à propos de cette conversion de la nation, il dit encore : « Je n’ai pas seulement l’espérance, j’ai la certitude du plein triomphe. »

Sainte Pétronille fut la patronne nationale jusqu’au XVIIème siècle, où Louis XIII choisit N.D. de l’Assomption comme patronne principale du royaume. Car la France, depuis le VIIIème siècle, avec Pépin le Bref[5],  en revendiquant le titre de « fille aînée de l’Église », plaça cette glorieuse mission sous la protection de la fille spirituelle et servante de saint Pierre. Encore aujourd’hui, à Rome, pour sa fête le 31 mai, une messe est dite à l’intention de la France, où tous les Français résidant dans la ville éternelle sont conviés.

La dernière patronne secondaire qu’il nous reste à évoquer est une reine de France, la plus sainte de toute, sainte Radegonde (519-587). Sa vie est une perpétuelle prière d’offrande, de pénitence et de charité. Ramenée captive de Thuringe, elle doit épouser l’assassin de son père, Clotaire Ier, (4ème fils de sainte Clotilde, dont sainte Radegonde sera la 4ème épouse.) Dans une cour brutale et débauchée, elle donne l’exemple de l’authentique religion par la pénitence, la prière et les œuvres hospitalières. En 552, elle obtient, non sans mal, d’entrer en religion, suivie en cela par 200 jeunes filles de l’aristocratie franque et fondit à Poitiers le monastère de la Sainte Croix. Saint Fortunat composa en son honneur l’hymne du Vexilla Regis. Elle, qui abandonna la couronne royale pour revêtir le voile des consacrées, s’entendra dire, lors d’une vision de N.S.J.C. : « Sache que tu es une des plus belles perles de mon diadème. » Dans son Année liturgique, Dom Guéranger lui compose cette prière : «  En vain un roi puissant voulut vous faire partager avec lui son trône ; vous fûtes reine, mais pour le Christ dont la bonté daignait confier à votre maternité  ce royaume de France qui est à Lui avant d'être à nul prince. Pour Lui, vous avez aimé cette terre devenue vôtre par le droit de l’épouse à qui le sceptre de l'époux appartient... Vous qui, comme le Christ est toujours notre Roi, restez aussi toujours notre Reine, ramenez à lui le cœur des Francs. »

Si le Christ dans l'Évangile se présente souvent sous les traits du pasteur, s'il privilégie les images pastorales, il n'a pas manqué de donner à la fille aînée de son Église des bergères d'exception. Outre Jeanne précédemment évoquée, concluons ces réflexions, sur l'âme chrétienne de la France, avec les saintes Geneviève et Bernadette. La première fait de notre premier roi et de notre première reine des princes très chrétiens, pour conduire la multitude à la béatitude. La seconde ramène la France à la foi chrétienne, par la prière et la pénitence, après la rupture révolutionnaire.

Sainte Geneviève (423-512) a pour la France naissante un rôle providentiel. Alors que la Gaule romaine s'effondre, elle en recueille le précieux dépôt de la foi et le transmet au peuple franc, faisant du christianisme le socle de la nouvelle nation. Saint Germain, l'évêque d'Auxerre qui passait par Paris pour aller en Angleterre sur les ordres du pape combattre l'hérésie pélagienne, prédit à ses parents le destin exceptionnel de la fillette. Elle lui promet  de  se  consacrer  au  Christ.  En 451,  alors qu'elle n'a que 28 ans, elle sauva Paris d'Attila, par sa force de caractère, convaincant les Parisiens de ne pas s'enfuir et rassemblant les femmes pour y prier. Ses paroles sont restées célèbres : « Que les hommes fuient, s'ils le veulent, s'ils n'ont pas été capables de se battre. Nous, les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu'il entendra nos supplications." En 465, face aux Francs encore païens, elle fait tenir à la ville un siège de cinq années, associant miracles et ingéniosité pour ravitailler ses compatriotes. Mais quand, après le miracle de Tolbiac, le roi Clovis fut baptisé à Reims, sainte Geneviève qui lui portait depuis longtemps sa confiance,  lui confia les clés de Paris et l'âme chrétienne du peuple gallo-romain. Après sa mort, elle sera enterrée auprès du roi dans l'église que sainte Clotilde fît construire sur le Mons Lucotitius (aujourd'hui montagne Sainte Geneviève), au cœur du Quartier Latin de Paris. L'église avait été à sa demande dédiée aux saints apôtres Pierre et Paul, avant de porter son nom à partir du VIIème siècle. (Son clocher, appelé «Tour Clovis» est encore visible dans la cour du Lycée Henri IV). Malheureusement, en 1793, les reliques de son corps furent brûlées par les révolutionnaires et sa chasse fondue. Son tombeau, vide, fut transporté dans l'église Saint Etienne-du-Mont où il est encore possible de la vénérer.

En réparation, mentionnons « la Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc» écrite par Charles Péguy. Comme nous fêtons en 2011 le 15ème centenaire de la mort de Clovis, 2012 sera l'année du 15ème centenaire de celle de sainte Geneviève et le 6ème centenaire de la naissance de Sainte Jeanne d'Arc. Par notre prière privée ou publique, ces dates peuvent agir sur la Providence en faveur de la France. 

 

Les bergères de la France chrétienne

La  troisième  bergère  de  France  est  sainte  Bernadette,   Mgr Jouin la compare aux deux précédentes pour dire qu'elle «n'a ni figure royale, ni visage casqué». Elle est cet ange de l'Annonciation de l'Immaculée Conception qui doit écraser la tête de l'ennemi infernal. Son message annonce la renaissance de la France chrétienne et nous en indique les moyens spirituels. A l'image du Saint Sépulcre, la grotte de Massabielle contient le germe de la résurrection pour notre chrétienté passée. Tant de miracles physiques s'y sont produits pour qu'on ne puisse pas en espérer -spes contra spem- le réveil religieux de la France chrétienne en sommeil. Comme sainte Pétronille guérie de sa paralysie par saint Pierre, la France le sera par la Vierge Marie, sa patronne majeure. Elle la rendra à son Fils, le Christ-Roi, pour en faire son instrument providentiel.  Par la prière  de  sainte Bernadette qui continue dans le ciel sa mission orante, telle qu'elle l'a accomplie chez nous, pendant sa brève mais intense existence. Car Lourdes et Bernadette sont la réponse du Ciel au naturalisme révolutionnaire, à sa rupture avec la tradition française. Lourdes est le rappel du surnaturel chrétien et de son entente avec la terre où Bernadette s'est enfouie, comme le grain de l'Evangile. A Lourdes, Notre-Dame, reine de France, appelle ses sujets à la conversion et à la pénitence pour l'expiation de nos fautes et des péchés publics de la France. Alors s'accompliront pour la patrie les paroles du Magnificat, confusion des superbes et élévation des humbles, de ceux qui se reconnaissent chrétiens, c'est-à-dire pécheurs rachetés par l’Agneau. Nos trois bergères, Geneviève, Jeanne et Bernadette, en intercédant pour la France, prient pour cela en Paradis afin que le temporel prépare le spirituel et que la France redevienne chrétienne.

 Antoine Quercy

 

 


[1]

Mathématicien, physicien, astronome et philosophe grec (7ème et 6ème siècle avant Jésus-Christ

[2]

Disponibles aux éditions de Saint Rémi, BP 80 ; 33410 CADILLAC

[3]

Discours de réception à l’Académie en 1938.

[4]

Il faudrait rajouter la visite de la Sainte Baume par le pape Étienne IV en 816, pèlerinage attestant de la reconnaissance par l’Église de la tradition orale du Ier siècle.

[5]

Il fit transporter à Rome sa fille Gisèle, pour qu’elle reçoive le baptême des mains du pape saint Paul Ier, près du tombeau de la sainte.

 
Una Voce France
Boutique en ligne Una Voce: on y trouve le meilleur du chant grégorien !