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Le péché originel et les origines de l'homme

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Le péché originel

et les origines de l'homme

 

Il y a un certain temps déjà, le Courrier de la Mayenne a publié un excellent article du père Michel Sinoir sur le péché originel et les origines de l'homme.

Voilà des réflexions de bon sens qui aideront bien des parents à faire front devant les affirmations des professeurs et à rassurer leurs enfants qui rentrent souvent perturbés des cours de sciences naturelles, où on leur démontre qu'Adam et Ève n'ont jamais existé, pas plus que le péché originel!

 

Adam ? Je ne connais pas cet homme !

Par ce sous-titre un peu provocant, je résume ce qui est la pensée de beaucoup de nos contemporains au sujet du premier homme. L'Évangile de saint Matthieu nous rapporte, on le sait, que saint Pierre a renié Jésus en prononçant ces paroles: « Je ne connais pas cet homme ». Or la grande tradition catholique unanime, prolongeant l'enseignement de saint Paul dans son épître aux Romains, nomme le Christ le « second Adam ». [1]

Pour saint Paul, en effet, le «premier Adam» est la préfiguration historique de celui qui devait venir à la plénitude des temps, Jésus, le Rédempteur. Et saint Paul insiste : le Christ est un seul homme, tout comme Adam fut un seul homme. Le caractère historique du second Adam est pour lui la preuve du caractère historique du premier Adam. Si Jésus, par son obéissance, nous libère de l'universalité du péché, c'est donc que le premier péché du premier homme a eu des conséquences universelles. Toute la foi, dira Pascal, en s'inspirant du grand saint Augustin, consiste en Jésus-Christ et en Adam. Mais aujourd'hui, hélas ! bien des clercs, bien des laïcs, bien des théologiens, bien des auteurs de catéchismes, lorsqu'ils parlent de notre ancêtre commun, Adam, le premier homme, physiquement père unique de tout le genre humain, reprennent à son sujet les paroles de saint Pierre reniant Jésus: « Je ne connais pas cet homme ».

 

L'humanité descend d'un couple unique

Ce qui est étonnant, c'est que ces reniements à l'égard du premier Adam, et donc aussi à l'égard de la première Eve, se multiplient à l'heure même où le coq de la vraie science chante :    « C'est le monogénisme qui est vrai, et non le polygénisme ». Le terme « monogénisme » exprime le fait qu'Adam, le premier homme, et Eve, la première femme, sont le couple unique d'où est sortie toute l'espèce humaine, comme le disait déjà, en clair, le beau livre de Tobie (8,6). Le « polygénisme » au contraire n'est que l'hypothèse selon laquelle l'homme serait apparu sur la terre, simultanément ou non, en plusieurs lieux, à partir de plusieurs couples et non d'un seul.paul_rivet Pourtant, déclarait peu avant sa mort le professeur Rivet, alors directeur du Musée de l'homme, au Palais de Chaillot : « L'humanité descend d'un couple unique. Le polygénisme est une absurdité pour qui a une juste notion de l'espèce. Il n'y a point plusieurs espèces humaines ». [2] Le pape Pie XII, dans sa fameuse encyclique Humani Generis, en 1950, enseigne que le polygénisme n'est pas compatible avec la foi catholique. Le concile Vatican II, le pape Paul VI, le pape Jean Paul II ne disent pas autre chose. Il y a ici accord entre la vraie science et la vraie foi. Sur ce point, la tradition des grands auteurs catholiques est unanime dès le début de l'Église.

 

L'hypothèse polygéniste ouvre la voie au racisme

Je fais deux remarques. Récemment, un universitaire ami, docteur ès-sciences naturelles, consulté sur ce point, me répondit en souriant : « Le polygénisme ? Mais chez les vrais hommes de science que je connais, quelles que soient leurs convictions, ou absence de convictions religieuses, personne n'y croit plus. Déjà, il y a trente ans, quand je faisais ma thèse, on commençait à mettre paul_lemoineen doute le polygénisme». Il m'a semblé qu'il était prêt à ajouter que ces théories vieillottes sont tout juste bonnes pour des anticléricaux primaires. Je crois qu'on pourrait dire du polygénisme ce que le naturaliste Paul Lemoine, professeur au Muséum de Paris, constatait dans L'Encyclopédie Française au sujet de l'évolution.

« L'évolution est une sorte de dogme auquel (ses) prêtres ne croient plus mais qu'ils entretiennent pour leur peuple». [3] Par ailleurs, on constate aujourd'hui, chez des généticiens éminents, tel le professeur Jérôme Lejeune, membre de l'Institut et membre de l'Académie pontificale des sciences, qu'il y a une programmation unique de tous les individus humains, hommes et femmes, ceux d'autrefois ou ceux d'aujourd'hui, quelle que soit la couleur de leur peau. C'est bien l'équivalent, sur le plan d'une saine philosophie réaliste, de ce qu'on appelle la nature humaine, partagée par tous les hommes depuis le premier instant de leur conception. Le Fils éternel de Dieu lui-même a pris cette nature humaine, « hormis le péché » (He 4, 15), en sa personne divine. Quant à Marie, la Foi catholique enseigne qu'elle a été préservée de toute tache du péché originel, dès le premier instant de sa conception, et de tout péché personnel, ceci par un privilège absolument unique.

Si donc quelqu'un prône le polygénisme, d'une part il tient une position incroyablement retardataire ; d'autre part il affirme, qu'il le veuille ou non, la théorie raciste de l'inégalité des races. Qu'on y prenne bien garde. Renier notre premier et unique père Adam revient à dire que les hommes ne sont pas vraiment égaux devant Dieu et frères issus d'un même père.

Quant à Jésus, le Rédempteur de l'homme, il n'aurait donc pas voulu dans ces conditions sauver tous les hommes, seulement les membres frères de son hypothétique rameau humain originel.

 

Seule l'Église catholique enseigne la vraie dignité de l'homme

C'est pourquoi l'Église catholique, fidèle aux enseignements de la Genèse, n'a jamais pu et ne pourra jamais faire sien le système fratricide du polygénisme. Elle suit saint Luc, médecin, disciple du Christ, parce que, dans son Évangile, il fait remonter au premier Adam, lui-même appelé « fils de Dieu » la généalogie de Jésus le second Adam. Le premier Adam est «fils de Dieu» en tant que créature faite à l'image de Dieu. Jésus, dit le Credo, est « le Fils unique de Dieu », engendré mais non pas fait, consubstantiel au Père de toute éternité. C'est par l'Incarnation qu'il s'est « fait homme », donc fils d'Adam, pour notre salut. Ainsi donc l'unité des hommes en Adam est un reflet lointain, mais réel, du mystère de Dieu Un en Trois Personnes ; elle est aussi une esquisse du mystère de l'Église qui est profonde communion en Jésus, nouvel Adam et « Tête » de ce « Corps ».

Hélas ! Les hommes d'aujourd'hui ne savent pas ce qu'ils méconnaissent en rejetant au rang de mythe la révélation de notre commune origine dans le premier Adam, et donc de notre Rédemption admirable dans le second Adam. Nous ne descendons ni d'un singe ni d'une guenon. Si oui, il faudrait alors, scandaleusement, affirmer cela de Marie et de l'humanité sainte de Jésus. Nous sommes au contraire déjà par Adam des enfants de Dieu. Dieu, dit encore saint Paul, « a fait tout le genre humain à partir d'un seul » (Ac 17,26). Nous sommes donc et de la race de l'homme par le premier Adam, et de la « race de Dieu » (Ac 17, 28) déchue, certes, mais restaurée merveilleusement au baptême par le second Adam.

Quant à la mystérieuse, mais combien réelle transmission par hérédité du péché originel, déjà suggérée par l'Ancien Testament, elle est énoncée en clair par saint Paul au chapitre 5 de l'épître aux Romains. Mais cette allusion au péché originel est loin d'être la seule dans l'ensemble du Nouveau Testament. [4]

Deux réflexions de bon sens chrétien pour terminer. Tout lecteur qui connaît son catéchisme les comprendra aisément. Sans le péché originel, que signifierait le dogme de l'Immaculée Conception proclamé en 1854 par le pape Pie IX ? Que signifieraient les paroles de Marie à sainte Bernadette, en 1858 :    « Je suis l'Immaculée Conception »?

immacule_conception

Et si le péché originel transmis n'existe pas, comment comprendre que l'Église, dès ses débuts, ait pratiqué le baptême des petits enfants ?

 

Michel SINOIR

Saint Michel Archange,

Protecteur de la Sainte Église et notre Défenseur dans le combat,

intercédez pour nous.

 

Texte publié avec l'aimable autorisation des Éditions TÉQUI - 53150 Saint-Cénéré.

 

[1] On peut citer saint Irénée, évêque de Lyon. Vers la fin du second siècle, dans son beau livre, Contre les hérésies, il montre comment Jésus est le nouvel Adam et Marie la nouvelle Eve. Le Saint-Père revient longuement sur cette doctrine dans sa lettre récente sur « la dignité et la vocation de la femme » datée du 15 août 1988.

 [2] Cité par Luc J. Lefèvre, Le péché originel et les sciences humaines, dans : La Pensée Catholique. n° 223, juillet-août 1986, page 42.

 [3] Cité par0 Etienne Gilson, de l'Académie Française, dans son livre D'Aristote à Darwin et retour, essai sur quelques constantes de la biophilosophie, J. Vrin, Paris 1971, p. 146.

[4] On peut citer, par exemple, l'entretien de Jésus avec Nicodème. Jésus déclare : « II faut renaître pour voir (c'est-à-dire "entrer dans") le Royaume des cieux» (Jn 3,3). L'adverbe grec utilisé signifie à la fois : naître d'en haut, de Dieu, naître de nouveau ; renaître en profondeur, par une totale transformation de l'âme.


 
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