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La philosophie des lumières

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La philosophie des lumières

La philosophie des Lumières du XVIIIème siècle et les auteurs correspondants (Montesquieu, d'Alembert, Diderot, Voltaire, Helvetius, Rousseau...) figurent au programme de nombreux examens. Beaucoup de parents n'y voient que des idées anciennes étudiées au titre de la littérature, donc non dangereuses. En fait, il s'agit là d'une philosophie ou plutôt d'un mouvement philosophique aussi dangereux aujourd'hui (où ses idées trouvent partout des échos) qu'hier, et qui se caractérise ainsi :

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«Mouvement philosophique s'attachant à remettre en question Dieu, l'État, la société et l'homme, à la seule lumière de la raison, faculté naturelle et instrument privilégié, capable d'entraîner l'humanité tout entière vers un progrès indéfini et vers le bonheur qui lui est dû (...). Les philosophes s'accordent sur l'idée-force qui commande le siècle des lumières : "L'homme est le terme unique d'où il faut partir et auquel il faut tout ramener" (Diderot)». (Dictionnaire Le Robert, article «Lumières (siècle des)»)

Dans son livre «L'entrée des Israélites dans la société française», l'abbé Joseph Lemann[1]  résume en quelques pages les points essentiels de cette philosophie (qu'il appelle philosophisme). Nous les reproduisons ici[2].

 «Qu'était-ce que le philosophisme ? Un souffle de révolte, en tous points semblable à celui qu'avait su inspirer l'antique serpent, dans l'Eden».

 

La tentation d'Adam et Eve

«Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal » tel avait été le souffle ou la suggestion du tentateur. Mais à quel propos le serpent avait-il fait cette promesse ?

A propos du fruit d'un arbre qui sortait, comme tous les autres arbres, des mains du Créateur. Cet arbre en lui-même était bon,montesquieu était très bon; ce fruit, comme dit la Bible, était beau et agréable à la vue. Comment en eut-il été différemment ? Tout ce qui sort des mains de Dieu ne présente-t-il pas le cachet de sa bonté ? Lui-même, après que la création fut terminée, ne porta-t-il pas sur elle le jugement qui convenait : "Cuncta erant valde bona", "Toutes choses étaient parfaitement bonnes!" (Genèse, 1, 31). Le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, comme le reste[3].

La désobéissance seule, en rendit l'usage pernicieux. Si Dieu tire le bien du mal, l'homme, hélas! Tire le mal du bien!

Ce fut donc à propos d'un excellent fruit du Créateur, dont l'usage avait été réservé, que la tentation eut lieu, et que le serpent trompa l'humanité».

 

La tentation du philosophisme

«Or, le philosophisme, nouveau souffle du serpent, procèdera de la même manière, à propos des fruits du Christ et du christianisme.

Quels sont ces fruits?

d_alembertNous les avons déjà fait connaître: l'adoucissement des mœurs, la liberté de parvenir, la dignité et le respect de la personne humaine, la justice, l'égalité, la pitié, la miséricorde, la charité, en un mot cette magnifique floraison de devoirs et de droits, de vertus et de services, véritables fruits de lumière que l'apôtre saint Paul annonçait comme devant être la production du christianisme (cf. Ephes. 5,9) et que nous avons montrés, en effet, faisant leur éclosion sous les soins infatigables de l'Église catholique. Seulement, avons-nous ajouté, cette germination, cette fructification, s'est opérée graduellement, de siècle en siècle comme il convient aux choses et aux institutions d'ici-bas, selon la loi de progrès qui est la loi même de l'humanité. Le Christ en apportant la liberté, la douceur, l'égalité, la fraternité, leur a commandé de mûrir, mais en même temps que le genre humain mûrirait lui-même. C'est l'idée mère que nous avons développée, notamment au premier chapitre du IIème livre et au premier du IIIème.

Or, lorsque ces fruits du christianisme semblent parvenus à leur maturité, et que l'âge mûr des nations est arrivé, c'est alors que le philosophisme se présente et tient ce langage à l'Europe, et par l'Europe au reste du genre humain : il y a longtemps que le christianisme
vous promet la liberté, vous promet l'égalité et la fraternité. Il ne vous les donne jamais ou ne vous en donne que les semblants. C'est moi qui vous les apporte. Mangez de mes fruits - et ces fruits étaient les propres fruits du Christ et du christianisme, maishelvetius empoisonnés par le souffle du serpent - et vous serez comme des dieux, connaissant enfin le bien et le mal.

Voilà comment le philosophisme ressemblait, en tous points, au premier souffle de révolte sorti de l'Eden : justement nommé le philosophisme, parce qu'il fut la révolte de la philosophie contre Jésus- Christ et son Église. Philosophie veut dire : amour de la sagesse. La sagesse des nations de l'Europe, arrivées à leur âge mûr, se révolte orgueilleusement, et sera frappée de vertige. Leur philosophie devient alors le philosophisme. La philosophie est bonne : le philosophisme, détestable».

 

Les deux maximes du philosophisme

«Le but du philosophisme étant la formation d'une société nouvelle et universelle, de quelle manière s'y prendra-t-il pour détacher les hommes de l'ancienne société et les attirer dans la sienne? Il y arrivera, surtout à l'aide de deux maximes. Elles sont célèbres; après un siècle, leur prestige n'a pas diminué».

 

«Toutes les religions sont bonnes»«"Toutes les religions sont bonnes", ce fut la première. Jamais la tentation satanique ne revêtit forme plus captieuse, plus perfide. Ce qui m'amène à dire que le philosophisme procéda avec beaucoup plus d'adresse et d'astuce que le protestantisme. Luther avait voulu, lui aussi, fonder une société nouvelle et universelle;
il n'y réussit qu'imparfaitement. voltaireLe protestantisme, en effet, se débarrassa des dogmes et de l'autorité de l'Église avec fracas, en protestant par tous les moyens en son pouvoir; le philosophisme s'en débarrassera sans fracas, sans bataille, par le dédain. Luther, moine fougueux et apostat, rappelle mieux Lucifer se dressant ouvertement contre Dieu; le philosophisme rappelle mieux le serpent de l'Eden avec sa souplesse et ses captieuses insinuations.

"Toutes les religions sont bonnes. O hommes, pourquoi vous disputez-vous pour la religion, puisqu'elles sont toutes bonnes ? Tendez-vous la main". Tel est donc l'accommodement que propose, au XVIIIème siècle, le philosophisme, et par ce faux air de bonhomie, il étonne, il subjugue. De cette bonhomie, et de l'admiration qu'elle excite, naît l'indifférentisme ou indifférence en matière de religion.

Si le philosophisme n'exclut aucune religion, il se garde bien de donner la préférence à l'une d'elles, et après avoir tendu la main à toutes, également à toutes, il tourne le dos. "Arrangez-vous entre vous, mes chères religions, mais sans vous disputer pour tout ce qui vous est venu d'un monde extra-humanitaire quant à moi, je ne m'occupe que de l'humanité!". Ainsi s'exprimait le libéral et accommodant philosophisme, et son indifférence feinte était accompagnée d'un rire sarcastique (...)».

 

Tous les hommes sont égaux

«Ce n'est pas tout. En même temps que, dans le domaine religieux, le philosophisme établissait cette première maxime : toutes les religions sont bonnes, dans le domaine social, il introduisait cette seconde : les Juifs sont des hommes comme les autres, les nègres aussi, les sauvages aussi. La maxime sociale était le corollaire de la maxime religieuse. Dès lors, en effet, qu'on n'admettait plus diderotentre les religions ni infériorité ni supériorité, ni vérité ni fausseté, on ne devait plus, logiquement, maintenir entre les sectateurs de ces religions ni différences ni privilèges. Le philosophisme, en théorie, ne tenait compte que de l'humanité; devenant en pratique la philanthropie, il ne tiendra compte que des aptitudes humaines ou naturelles pour ouvrir à n'importe qui toutes les avenues de la société [4] (...).

En résumé, quel est le résultat que veut atteindre le Philosophisme ? Celui-ci : entraîner et pousser tous les hommes à former un nouvel ordre social où tous seront égaux et libres, sans qu'il soit tenu aucun compte, à l'avenir, de la dignité de chrétien. La dignité d'homme, uniquement la dignité d'homme, telle sera la condition d'introduction dans la société nouvelle. "La dignité d'homme ! mais, à moi philosophisme, elle me paraît largement suffisante pour qu'on ait la facilité et le droit de se présenter dans les rangs de la société que je veux former. Je proclame que les avenues de cette société doivent être ouvertes à n'importe qui, pourvu qu'il fasse honneur à son nom d'homme, sans qu'il soit besoin d'examiner quelles sont ses croyances à quelque Révélation, ni quel est le Dieu qu'il adore. Des hommes dignes, voilà ce que je réclame, voilà ce que je cherche. A mes yeux, il n'y a plus ni dignité de chrétiens ni indignité de Juifs. Qu'on fasse des hommes de tous les avilis, de tous les dégradés, et leur place est toute marquée dans ma société à moi!".

Nous le répétons, un pareil plan ne pouvait sortir que de l'Enfer, tant la compassion s'entrelace à la perfidie!»[5].

L'abbé Joseph Lemann concluait (en 1889) :

abbe_joseph_lemann«Si (le plan) réussit, la société chrétienne sera bien près de sa ruine : ruinée en effet dans l'esprit de foi auquel aura succédé un esprit libéral ou rationaliste, et ruinée également par les Juifs qui auront pénétré dans son sein»[6].diderot

Ce jugement date de 1889. Cent onze ans plus tard, nous pouvons constater que le plan a réussi et que le monde moderne correspond à l'objectif défini par Diderot : «L'homme est le terme unique d'où il faut partir et auquel il faut tout ramener».

Tel est l'humanisme athée que nous avons à combattre. Il ne fait qu'exprimer, aujourd'hui comme hier, la pure doctrine maçonnique[7].

 

Aranud de Lassus.

 


[1] L'abbé Joseph Lemann (1836-1915) était un juif converti. Devenu prêtre catholique, il consacra toute son existence à tenter de convertir au christianisme ses anciens coreligionnaires. Il est l'auteur d'ouvrages remarquables sur la Révolution française dont certains ont été réédités par les éditions Avalon, Mercure diffusion, 10 rue des Pyramides 75001 Paris. Il rédigea avec son frère, l'abbé Augustin Lemann, le livre Valeur de l'assemblée qui prononça la peine de mort contre Jésus-Christ; en vente à l'A.F.S Voir la recension de ce livre dans le n°133 de l'A.F.S. (octobre 1997)

[2] Les sous-titres sont de notre rédaction

[3] Cette opinion, adoptée par la plupart des théologiens, a été vivement soutenue par saint Augustin, qui voulut ainsi ôter toute prise à l'erreur gnostico-manichéenne, laquelle fait de la matière la source et le siège du mal

[4] Cette erreur avait déjà commencé à s'introduire en France à la fin du XVIème siècle, avec l'Édit de Nantes de 1593. Voir l'article «Réflexions sur l'Édit de Nantes» dans le n°140 (décembre 1998) de l'A.F.S

[5] Abbé Joseph Lemann, op.cit., p.209-212. Sous-titres de l'A.F.S

[6] Abbé Joseph Lemann, op.cit., p.209-212. Sous-titres de l'A.F.S

[7] Cf. la brochure A.F.S. Connaissance élémentaire de la franc-maçonnerie

 
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