Mao Tse Tung
UN SUPPÔT DE SATAN
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Ce livre, qui comporte 678 pages de texte, est signé par Jon Halliday, historien anglais et par une certaine Jung Chang[1]. Celle-ci, de nationalité chinoise, née en 1952, a été quelque temps garde rouge à 14 ans, a travaillé à la campagne, puis en usine, avant de faire des études d'anglais. Elle a quitté la Chine pour l'Angleterre, où elle a été professeur de linguistique.
Mao Tsé-Tung est né en 1893 dans le Hunan. Son père était, pour l'époque, un paysan aisé. Il eut deux frères. D'un égoïsme forcené, Mao ne reculait devant rien pour parvenir à ses fins. Il était assoiffé de pouvoir : son ambition n'était pas seulement d'être le maître de la Chine, il envisagera sérieusement aussi de dominer le monde ! Communiste plus par ambition que par conviction, le sort du peuple lui était indifférent. Si la guerre nucléaire était nécessaire pour assurer son pouvoir, peu lui importait qu'elle liquidât un tiers ou la moitié de la population. Il était jouisseur et que son peuple crevât de faim, le laissait de marbre ; lui se nourrissait toujours copieusement. Très préoccupé de sa propre sécurité, il multipliait les systèmes de garde, les logements, les passages ou abris secrets, les précautions les plus invraisemblables et il n'hésitait jamais à éliminer ceux de ses proches qu'il soupçonnait de pouvoir le gêner ou le concurrencer. Sachant que le peuple le haïssait, il s'imposait par la terreur sous la forme de purges périodiques où les tortures les plus variées étaient systématiques. Il eut successivement quatre épouses et un nombre incalculable de maîtresses.
La vie de Mao illustre bien la maxime de Lin Biao, longtemps son complice avant d'être sa victime :
Le pouvoir politique c'est le pouvoir d'opprimer les autres. (4e de couverture)
Dès le début de l'ouvrage, les auteurs affirment qu'il
fut responsable de la mort d'au moins 70 millions de personnes en temps de paix... (p.15)
● La longue marche (octobre 1934 - octobre 1935)
En octobre 1934, la direction du Parti communiste chinois était encerclée, avec des forces armées importantes, dans le Jiangxi, au centre-sud de la Chine, par les troupes, bien supérieures, de Tchang Kaï-Chek. 80 000 cadres, soldats, porteurs... formant la troupe communiste s'échappèrent pourtant de Yudu. Après un parcours de 10 000 km vers l'Ouest, puis vers le Nord, les survivants, affamés et en loques, parvinrent, un an après, dans le Shaanxi. Mao, privé de tout commandement militaire, dut s'imposer pour partir avec eux. La légende veut que les communistes se soient ouvert des chemins par les armes. En réalité, Tchang Kaï-Chek les a volontairement laissé parcourir tout leur périple, les talonnant sans les attaquer. Ceci pour deux raisons :
- Son fils, Ching-Kuo, alors en URSS pour études, était de fait l'otage de Staline. Or le PCC, et Mao en particulier, étaient les enfants chéris du despote soviétique ;
- Surtout, Tchang voulait unifier la Chine entière sous son autorité et plusieurs provinces importantes (dont le Sichuan) étaient tenues par des seigneurs de la guerre qui ne voulaient pas de cette dépendance : pour éviter de leur faire ouvertement la guerre, Tchang poussa les hordes communistes sur leur territoire et, en les poursuivant, se présentait comme un libérateur.
En 1933, il avait nommé comme gouverneur du Shaanxi un cadre nationaliste qu'il savait être un agent communiste. La base communiste de la province s'en trouverait renforcée, attirant les hordes rouges ; de même Tchang s'arrangea pour faire connaître à celles-ci les mouvements de ses propres troupes. Il y eut peu de combats entre les forces rouges et les armées nationalistes, hormis ceux qui furent causés par les manigances de Mao pour s'assurer le pouvoir au sein du PCC. Les pertes cependant furent considérables : les conditions de marche étant extrêmement dures, beaucoup d'hommes succombèrent d'épuisement, de maladie, de froid, de faim, ou par blessures ; d'autres désertèrent ou furent « liquidés » :
Quand Mao arriva enfin dans la zone rouge au nord du Shaanxi..., son armée comptait nettement moins de 4.000 soldats (p.188)
Encore était-elle dans un état lamentable :
Mais, désormais, le Parti communiste lui appartenait (id)
Les communistes vivaient sur l'habitant. Mao reconnaîtra en 1945 devant les cadres dirigeants que l'une des erreurs du Parti avait été
D'avoir dépouillé la population au cours de la Longue Marche - mais, ajouta-t-il aussitôt, si nous ne l'avions pas fait, nous n'aurions pu survivre. (p.309)
● Mao et l'envahisseur japonais
C'est en 1931 que le Japon envahit la Mandchourie et, dans les années suivantes, s'infiltra peu à peu plus au sud, le long de la côte d'abord, puis progressivement dans le centre de la Chine. Les troupes de Tchang Kaï-chek moins bien équipées et entraînées que les Japonais furent forcées à la défensive. Staline, inquiet de l'avance japonaise (l'occupation de la Manchourie donnait aux Japonais quelques milliers de kms de frontière commune avec l'URSS), enjoignit au PCC de se joindre aux nationalistes pour combattre les envahisseurs nippons : il s'agissait pour le Kremlin d'empêcher ceux-ci d'attaquer la Sibérie. Mao joua alors un double ou triple jeu pour conserver l'appui de Staline tout en évitant de combattre les Japonais : ses ordres aux troupes communistes étaient d'investir le maximum de terrain, en évitant soigneusement de se heurter aux troupes nippones, mais en n'hésitant pas à s'attaquer aux nationalistes. Quelques combats opposeront néanmoins les Chinois communistes aux Japonais, par désobéissance aux consignes de Mao (échauffourée de Pingxingguan en 1936 ; attaques de Peng De-huaï contre les installations et équipements japonais dans le nord de la Chine à l'été 1940, par exemple) : celui-ci s'en servira ensuite pour sa propagande. Ainsi, prendra naissance une deuxième légende communiste : celle du PCC, premier défenseur de la Chine contre les Japonais.
Après le pacte germano-soviétique d'août 1939 :
Mao amorça, en septembre 1939, une collaboration prolongée, étroite, et fort peu connue, avec les services secrets japonais... Les rouges se servirent des Japonais pour poignarder les nationalistes dans le dos. (p.246-247) Information fournie après la guerre par Sima Lu, un des hommes du service de renseignement du PCC, corroborée par le prince Mikasa, frère de l'empereur du Japon, Hiro-Hito, alors officier dans l'armée japonaise en Chine.
Comme Staline ne voulait toujours pas le laisser déclencher une guerre civile contre Tchang Kaï-Chek, Mao n'hésita pas à multiplier les provocations contre les nationalistes, y compris en sacrifiant délibérément des troupes rouges : il voulait forcer Staline à le « secourir ». Puis, à partir de l'attaque allemande contre la Russie et de l'attaque japonaise contre les USA, Mao arrêta toute offensive contre les forces de Tchang Kaï-chek : sachant que Roosevelt, mal conseillé, lui était assez favorable, il soigna son image auprès de celui-ci. Continuant à ménager les Japonais, il lança de 1942 à 1944 une vague de terreur dans son fief de Yenan, afin que les nombreux jeunes volontaires qui se présentaient deviennent des automates aux mains du PCC et aussi de forcer les cadres à une obéissance aveugle à ses ordres. C'est par la terreur que Mao, instaura le culte de sa personnalité. Ainsi, début 1945, il était prêt à convoquer le VIIe congrès du parti, dix-sept ans après le VIe : les délégués, soigneusement sélectionnés, l'élirent président du Comité Central, du Bureau politique et du Secrétariat du PCC :
Mao Tsé-Toung était devenu le Staline du PCC.
● A Yenan (1937-1947)
Dans la région de Yenan communisée (vaste à peu près comme la France), Mao vivait comme un satrape oriental, tandis que
les paysans étaient « pressurés à mort » par les collecteurs d'impôts.
comme l'écrivait dans son journal le 21 juin 1939, le secrétaire du Parti pour la région, Xie Jue-zaï (p.301). De plus, à partir de 1941, ils furent soumis à la corvée du portage gratuit de sel, pratique cruelle d'après Xie ; à cette date commença aussi la culture de l'opium, appelé produit spécial : en 1943, les Russes estimèrent à 44.760 kg les ventes d'opium de Mao (pour environ 640 millions de dollars actuels) (p.305). Si on ajoute à cela les subventions versées par les nationalistes (pendant les premières années) et celles venant de Moscou (fixée en 1940 par Staline à environ 45 à 50 millions de dollars actuels par an), on voit que le PCC ne manquait pas de ressources ; en 1944 :
Selon Xie, les communistes étaient « très riches ». (p. 305)
Les paysans, observait Xie, n'avaient pas de quoi « se vêtir, se nourrir et se loger convenablement », l'eau était poluée et ils « n'avaient pas de médecins ». (p.306)
La mortalité élevée de l'ensemble de la population et du bétail ne reçut jamais l'attention qu'elle méritait, d'après un administrateur haut placé (p.307).
En outre, l'opium développa une inflation galopante particulièrement néfaste aux travailleurs, et l'usure sévissait avec un taux moyen
de 30 à 50% par mois, selon Xie. (p.308)
A partir de mars 1944, on cessa de cultiver l'opium, en surproduction, et on s'efforça de lutter contre l'inflation : il ne fallait pas donner une mauvaise impression aux visiteurs américains !
Dans les années 1950 pourtant,
Toutes les bases rouges continuèrent de figurer parmi les régions les plus pauvres de la Chine, parce qu'elles avaient été gouvernées par les communistes. (p.309)
● Conquête de la Chine par Mao (1945-1949)
En août 1945, les troupes soviétiques envahirent la Mandchourie. Mao s'empressa d'y expédier des communistes chinois, auxquels les soviétiques ouvrirent les arsenaux pris aux Japonais. Le PCC recruta aussi quantité de soldats parmi ceux qui avaient servi les Japonais. Les armées nationalistes se trouvaient massées dans le sud de la Chine. Tchang Kaï-Chek avait besoin des Américains pour les transporter au nord. Il dut accepter un simulacre d'entente entre lui et Mao sous la houlette américaine en septembre. Aussitôt après, Mao déclencha une guerre civile acharnée pour la conquête de toute la Chine.
Au début, les armées communistes étaient très inférieures à celles de Tchang Kaï-Chek, numériquement et surtout qualitativement : à force de refuser de se battre contre les Japonais, les forces de Mao ne connaissaient pas le combat moderne tandis que celles de Tchang étaient aguerries par sept années de lutte armée. De plus, le moral des soldats était faible ; ils ne demandaient qu'à rentrer chez eux et les désertions se multipliaient ; quant à la population de Mandchourie, elle considérait les rouges comme les auxiliaires des occupants soviétiques. Lorsque ces derniers évacuèrent la Mandchourie en mai 1946, les nationalistes reprirent rapidement les villes occupées par les communistes. Mao, quasiment vaincu, allait être sauvé par les Américains.
Le président Truman envoya en Chine le général Marshall pour mettre fin à la guerre civile. Ce dernier, déjà prévenu contre Tchang Kaï-Chek et son entourage, rencontra Mao à Yenan en mars 1946 ; ce fut un jeu d'enfant pour lui de tromper l'émissaire américain qui ne demandait qu'à le croire. Marshall ira jusqu'à déclarer devant le Congrès US en février 1948 :
En Chine, nous n'avons aucune preuve concrète que (l'armée rouge) est soutenue par les communistes depuis l'étranger. (p.324)
Truman, à l'été 1946, exerça une telle pression sur Tchang que celui-ci accepta un cessez-le-feu qui dura quatre mois. Mao put ainsi se ménager une zone de mille kilomètres sur cinq-cents environ au nord de la Mandchourie, dans laquelle il reconstitua son armée avec l'aide massive des soviétiques, de nombreux prisonniers japonais et de Coréens du nord. Quand Tchang se décida à l'attaquer, cette base du nord, liée aux soviétiques, était devenue inexpugnable.
De la fin de 1946 à l'été 1949, les troupes de Tchang Kaï-Chek subirent revers sur revers, et le 1er octobre 1949, Mao proclamait officiellement à Pékin la naissance de la République populaire de Chine (RPC), tandis que Tchang et les débris de son armée se réfugiaient à Taïwan. Cet échec des nationalistes, alors que la population leur était massivement favorable et qu'ils bénéficiaient de l'appui américain, s'explique par plusieurs raisons :
- Le soutien massif des soviets aux troupes de Mao ;
- le caractère impitoyable de Mao, imité par ses subordonnés ; dès le déclenchement de la guerre civile, ils reprirent dans les zones rouges le régime de terreur - suspendu pendant la guerre sino-japonaise - sous l'appellation hypocrite de « réforme agraire » ;
- l'aveuglement américain, comme indiqué plus haut ;
- la corruption de l'entourage de Tchang, et le peu de jugement de ce dernier sur ses proches et subordonnés ;
- le fait surtout que les armées nationalistes étaient imprégnées d'agents communistes, jusqu'aux plus hauts niveaux.
Dans les années 1920, les soviétiques soutenaient officiellement le parti nationaliste de Sun Yat-sen et donnaient aux communistes chinois la consigne secrète de pénétrer ce parti ; l'école militaire de Huangpu où furent formés les cadres de l'armée nationaliste avait été fondée et était financée par Moscou, les instructeurs étaient soviétiques ; un quart de siècle plus tard, inévitablement, l'armée de Tchang Kaï Chek se trouvait truffée d'agents communistes qui trahirent allègrement sur ordre du Parti.
La veuve de Sun Yat-sen elle-même, belle-sœur de Tchang, était communiste et renseignait consciencieusement le PCC !
● Les ambitions de Mao Tse-Tung, misère du peuple
Dès qu'il eut assuré son pouvoir sur toute la Chine, l'ambition de Mao fut de faire de celle-ci une superpuissance militaire, quel qu'en soit le prix. Il se tourna vers Staline pour obtenir de lui des équipements de toutes sortes et surtout des usines d'armement. Staline lui avait fourni une aide énorme pour la conquête de la Chine, mais n'avait pas une entière confiance et redoutait une puissance trop forte sur sa frontière sud. La guerre de Corée (1950-1953) fut l'occasion pour Mao d'obtenir en partie ce qu'il désirait. A la mort de Staline, en 1953, l'ambition de Mao ne connut plus de bornes. Entre temps, la guerre de Corée avait coûté la vie à plus de trois millions et demi de victimes par la folie de Kim II-sung et de Mao.
Le despote chinois, pour ne pas dépendre de l'étranger, voulait payer les équipements et usines d'armement en provenance de l'URSS. Il imposa donc à son peuple, par la violence, un régime de réquisition générale de tous les aliments vendables :
L'un des principaux responsables de l'économie, Bo Yibo, devait reconnaître plus tard que, du temps des réquisitions, la majeure partie de ce que produisait les paysans leur était confisquée ; l'emploi de la « force » était courant, ajoutait-il, et les gens étaient « poussés à la mort » (p.429).
En octobre 1953,
Mao déclara aux membres du bureau politique qu'ils étaient « en guerre » avec la population toute entière : « il s'agit d'une guerre contre ceux qui produisent la nourriture - et contre ceux qui la consomment », désignant par ces mots la population urbaine... (id)

Mao savait que, dès le début de 1955, les réquisitions avaient entraîné une détresse générale (id).
A partir de 1955, le PCC imposa la collectivisation : "Nous passons au socialisme et tout disparaît." fit remarquer ironiquement Liu Shao-chi, l'un des principaux adjoints de Mao (p. 431). Mais réquisitions et surveillance de la population en étaient facilitées.
A partir de 1957, Mao fit bombarder régulièrement les îlots de Quemoy, Matsu, etc. appartenant aux nationalistes : il s'agissait de provoquer les Américains, alliés des nationalistes, afin d'obtenir de Khroutchev, successeur de Staline, des livraisons toujours plus importantes et surtout de quoi fabriquer la bombe atomique. Pour les payer, il pressurait toujours davantage les paysans réduits en esclavage, provoquant en 1959 de sévères famines dans la moitié de la Chine. (p.467)
Mao voulait aussi accroître la production agricole sans dépenser un sou : de là, une série de gigantesque travaux d'irrigation lancés en 1958, « le Grand Bond en avant », pour lesquels cent millions de paysans furent réquisitionnés en quatre ans :
La plupart de ces grands travaux se soldèrent par un gaspillage ahurissant. Beaucoup durent être laissés en plan à mi-chemin. Sur plus de cinq cents retenues d'eau prévues... vers la fin de 1959, deux cent avaient déjà été interrompues. Beaucoup d'autres s'effondrèrent du vivant de Mao. Le pire désastre... eut lieu en 1975, dans le Henan... noyant très probablement entre 230.000 et 240.000 personnes. (p. 468)
Autre fiasco spectaculaire : la campagne pour la fabrication de l'acier déclenchée à l'automne 1958 : non seulement les usines durent augmenter leur production dans des proportions irréalistes (en quelques mois des accidents coûtèrent la vie à plus de 30.000 ouvriers), mais au moins 90 millions de personnes furent « forcées », comme le nota crûment Mao lui-même, de fabriquer de petits hauts fourneaux, dits Hauts-fourneaux d'arrière-cours, d'où sortait non pas de l'acier, mais de la fonte brute... dans le meilleur des cas. (p.471)
Ainsi furent perdues des milliards de journées de travail agricole.
La famine qui sévit dans toute la Chine de 1958 à 1961, atteignit son point culminant en 1960. Cette année-là, les statistiques même du régime indiquent que la consommation moyenne de calories par jour était tombée à 1534,8. Selon une des grandes apologistes du régime communiste, Han Suyin, les ménagères dans les villes avaient droit, au plus, à 1200 calories par jour en 1960. A titre de comparaison : à Auschwitz, les déportés affectés aux travaux forcés recevaient quotidiennement entre 1300 et 1700 calories. (p.477)
Fin 1962, tout en desserrant l'étau alimentaire, Mao poursuivait ses projets notamment satellites, sous-marins nucléaires puis lasers. Comme sa bombe nucléaire prenait forme, il craignait des attaques aériennes contre ses installations et ordonna le déplacement vers des régions reculées du pays de plus de mille grandes entreprises, pour lesquelles il fallut édifier d'importantes infrastructures.
Ce projet, connu sous le nom de « troisième front », engendra un gaspillage qui dépassa l'ensemble des pertes matérielles qu'avait causé le Grand Bond en avant. (p.524)
Sa bombe explosa en octobre 1964 : par la famine qu'avait entraînée son coût, elle avait causé 38 millions de victimes.
Cent fois plus de morts que les deux bombes atomiques larguées par les Américains sur le Japon (p. 527).
● L'aveuglement occidental
Fin 1959, Khroutchev se rendit aux Etats-Unis tandis qu'il réduisait ses transferts de technologie à la Chine. Mao décida alors de Propager la pensée Mao Tsé-Tung dans le monde entier. (p.500)
Ce fut la vague du « maoïsme ». Les filtres à travers lesquels les étrangers étaient autorisés à voir la Chine et à entendre ses habitants étaient certes très efficaces, mais ils n'auraient pas suffi à assurer le succès de cette propagande si l'aveuglement occidental n'avait été aussi stupéfiant :
A partir de février 1959, « l'estimation préliminaire » de la CIA elle-même concernant la production alimentaire chinoise ne faisait-elle pas état d'accroissements « remarquables » ? (p.501)
Simone de Beauvoir, François Mitterrand, le maréchal anglais Montgomery, Lord Boyd-Gorr, ancien directeur de la FAO (Organisation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture rattachée à l'ONU), parmi tant d'autres, se laissèrent abuser.
De plus, Mao accentua sa politique habituelle de distribution
- d'argent, de vivres, d'armes - pour consolider sa propagande : le Vietnam du Nord, l'Afrique (particulièrement l'Algérie), l'Amérique latine, bénéficièrent de ses largesses tandis que la famine sévissait en Chine. Son idée était de devenir le leader du monde communiste, surtout après l'élimination de Khroutchev en octobre 1964 ; mais, sur ce plan, il subit revers sur revers, malgré son puissant engagement dans la guerre d'Indochine aux côtés des Vietnamiens communistes.
● La Révolution culturelle
La famine engendrée par la politique de Mao finit par lui valoir une opposition de la part de certains hauts cadres. Aussi, tout en diminuant la pression exercée sur les paysans, il prépara progressivement le terrain pour une grande purge. Il commença par les livres, déclarant qu'il fallait lire le moins possible, lui-même lisant cependant beaucoup.
La politique qu'il nous faut disait-il à ses proches, fin 1962, c'est que le peuple reste ignorant. (p. 528)
En 1963, il fit interdire l'ensemble du répertoire théâtral traditionnel. L'année suivante, il s'en prit à tous les arts : les artistes furent expédiés à la campagne pour y être sérieusement rééduqués (p.529).
Les monuments et signes visibles de l'antique civilisation chinoise devinrent la cible de ses attaques. Simultanément, l'endoctrinement de la population et le culte de la personnalité furent développés afin de faire de chaque être humain un petit rouage obéissant aveuglément à Mao.
Après l'échec de ses visées planétaires, le despote chinois revient à ses adversaires de l'intérieur. En avril-mai 1966, avec son complice Lin Biao, il déclencha la vaste purge appelée « révolution culturelle ». Jiang Quing, la quatrième Madame Mao, y joua un rôle central : ce qui lui valut, à la mort de son mari, en 1976, de subir à son tour l'épuration avec la « bande des quatre ». En juin 1966, tous les cours furent supprimés ; élèves et étudiants furent lancés à l'assaut des professeurs. Puis ce furent le pillage et la destruction de tout ce qui était ancien ou précieux, les visites domiciliaires dans tout le pays accompagnées d'arrestations, de tortures, d'exécutions... Tout cela dirigé la plupart du temps par l'Etat. Grâce en bonne partie à Jiang Quing.
La Chine était devenue un désert culturel (p.565) et le restera jusqu'à la mort de Mao.
En septembre 1966, la nouvelle terreur assurant son pouvoir, Mao changea d'objectif : furent alors visés les cadres du PCC, qu'il soupçonnait de s'opposer à sa politique, dont Liu Shao-chi, alors président en titre de la République de Chine, et Peng De-huaï, ancien ministre de la Défense. Des millions de cadres du PCC, après tortures, rejoignirent au « lao gaï »[2] les artistes, lettrés, etc. Ces cadres furent remplacés en majeure partie par des militaires. Les massacres culminèrent en 1968. De 1966 à 1976, un minimum de trois millions de personnes périrent de mort violente. (p.590)
● La fin du règne
Vingt-cinq ans après la prise du pouvoir par Mao, la Chine demeurait exsangue :
On aura une idée de ce que pouvait être la qualité de la vie dans la Chine d'alors si l'on sait qu'entre 1965 et 1975 les investissements dans les travaux publics et les équipements collectifs (incluant donc l'eau, l'électricité, les transports, les égouts, etc.) représentaient moins de 4% de ceux dont bénéficiaient l'industrie d'armement. Quant à la santé et à l'éducation, les sommes investies étaient inférieures de moitié à celles, déjà réduites, qui leur avaient été octroyées au début du règne de Mao. A la campagne, la plupart des gens vivaient toujours au bord de la famine. (p.667)
Mao le savait, en septembre 1975, il déclara à Le Duan, le chef du PC vietnamien en visite : En ce moment, la nation la plus pauvre du monde, ce n'est pas vous, c'est nous. (p.668)
Au même moment, il critiquait Deng Xiao-ping de vouloir élever le niveau de vie. L'opposition à sa politique commençait à se manifester ouvertement, mais malade, il n'avait plus la force d'imposer une nouvelle terreur.

En septembre 1976, Mao Tsé-Tung rendit l'esprit
Une seule et unique pensée l'habitait : lui-même et son pouvoir. (p.678)
Nota : Le livre ne dit pas un mot de la persécution antichrétienne. Sur ce sujet, on lira les récits hallucinants suivants, qui corroborent d'ailleurs parfaitement ce que disent Jon Halliday et Jung Chang :
- Pourpre des martyrs, du Colonel Rémy, Librairie Arthème Fayard, 1953.
- En Chine, l'étoile contre la Croix, du père François Dufay, des Missions étrangères de Paris, édit. Casterman, 1958.
F. de J.
[1] Aux éditions Gallimard - 2005 - 843 pages - Titre : MAO
[2] Le « goulag » chinois





