• Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Home Idéologies Le Marxisme-léninisme La Pologne sous occupation communiste

La Pologne sous occupation communiste

Envoyer Imprimer PDF

La Pologne sous occupation communiste (1939-1989)

Politique, religion et mystification

 Sommaire

 I - Introduction

1. Sens chrétien de l'histoire............................................................. 5

2. Fatima, 1917 - un tournant dans l'histoire du XXe siècle............ 6

3. Erreurs de la Russie.......................................................................... 7

3.1 Préambule sur les erreurs de la Russie

3.2 Rappel sur les erreurs de la Russie

 II - Pologne - Survol du contexte historique

1. Mouvements libéraux et formation du premier parti communiste. 12

2. Un chevalier socialiste............................................................................. 12

3. Années déterminantes de l'après-guerre (à partir de 1944)............... 15

4. 1953............................................................................................................. 21

 III - Vecteurs de la propagande communiste en Pologne et à l'étranger         

1. La fausse presse catholique de Pologne.............................................. 24

2. PAX et les prêtres patriotes................................................................... 27

3. KUL et ATK.............................................................................................. 30

4. Solidarność................................................................................................. 31

5. Les rencontres de la Magdalenka et de la Table ronde....................... 34

6. Intellectuels et hommes politiques...................................................... 36

7. Cinéma...................................................................................................... 40

 Conclusion.................................................................................................. 43

À la mémoire de Hamish Fraser, converti du communisme à la Tradition catholique, qui s'est douté, dès le début, que la dissidence polonaise n'était pas forcément celle que l'on croyait.

 La Pologne sous occupation communiste (1939-1989)

Politique, religion et mystification

Avertissement : Le présent article ne constitue en aucune façon une condamnation des personnes. Il tient à la fois de l'analyse et de la réflexion, et examine l'évolution des erreurs de la Russie et la façon dont elles ont été véhiculées en Pologne dans la période qui a précédé, puis conduit à la « libération » du joug communiste en 1989. Nous examinons aussi le rôle décisif qu'ont joué divers acteurs, dont la presse et le cinéma, dans la propagation en Occident chrétien, ou anciennement chrétien, d'idées au mieux approximatives sur la nature véritable de la dissidence dans les anciens pays du bloc de l'Est.

 Note sur l'auteur : L'auteur est né en Pologne, y a fait ses études et travaillé comme commis jusqu'à sa défection vers la République fédérale allemande dans les années 1980. Il réussit à émigrer au Canada avant la « chute du Mur de Berlin ». C'est avec la découverte de la doctrine catholique traditionnelle, et plus particulièrement, dans le combat pour la restauration de la messe tridentine qu'il est amené à comprendre la nature véritable des événements qu'il a lui-même vécus dans son pays d'origine. Éclairé en même temps sur la vie dans les pays dits libres, il a reconnu dans le politiquement correct et la pensée unique à l'occidentale les mêmes dynamiques sociales que sous le régime communiste, goulags en moins... enfin, pour l'instant du moins.

 I - Introduction

 1. Sens chrétien de l'histoire (1[1])

 Il faut savoir d'abord et avant tout que l'histoire humaine appartient à Dieu. Tout ce qui concerne la vie des êtres humains sur terre, y compris celle de son Église, est permis ou voulu par Dieu. C'est pourquoi, quelle que soit la difficulté de vivre en chrétien dans une période donnée, il faut se rappeler que si la Providence permet certains malheurs pour qu'éclate Sa Divine Majesté, Elle continue de veiller au grain. Le fidèle doit donc posséder et cultiver ce sens chrétien de l'histoire, que Dom Prosper Guéranger a si bien exposé, pour ne pas perdre de vue la destinée céleste de l'homme et ne pas sombrer dans le cynisme ou le découragement face aux assauts renouvelés du naturalisme.

 Sachons ensuite que ce sens chrétien de l'histoire s'oppose le plus souvent à l'histoire universelle telle qu'elle est racontée par les « experts » ou vulgarisateurs modernes. Honoré de Balzac (1799-1850), notamment, disait en effet qu'il y a deux histoires : « l'histoire officielle, menteuse, puis l'histoire secrète, où se trouvent les véritables causes des événements ».

 Nous nous proposons donc d'examiner certains des mensonges véhiculés par la presse grand public notamment sur l'histoire récente de la Pologne, et quelques-unes des causes véritables des événements que l'histoire moderne escamote ou occulte plus ou moins délibérément.

 2. Fatima, 1917 - un tournant dans l'histoire du XXe siècle

 Pourquoi commencer par Fatima, alors que l'objet de notre propos est la Pologne ? Et pourquoi méditer encore les erreurs de la Russie, puisque le communisme est mort, selon l'opinion générale ? Les persécutions sauvages et les emprisonnements arbitraires ne sont-ils pas chose du passé en Russie et dans les pays de l'ancien bloc de l'Est ? N'existe-t-il pas aussi une certaine liberté pour la religion dans l'ancienne URSS et l'Église catholique n'a-t-elle pas repris ses droits en Pologne justement ? L'économie d'État n'a-t-elle pas été remplacée par une économie de marché ? Alors, pourquoi vouloir remuer un passé aussi pénible ? N'y a-t-il pas quelque chose de morbide à vouloir sans cesse ressasser une période de l'histoire que tous préfèrent oublier ?

 Or, le message de Fatima concerne d'abord et avant tout le danger des erreurs de la Russie et, de l'avis même du pape Benoît XVI, « celui qui penserait que la mission prophétique de Fatima est achevée se tromperait »(2)[2].

 C'est pourquoi, avant même d'examiner certains événements de l'histoire récente de la Pologne, nous nous permettons un bref rappel sur la nature des erreurs de la Russie et leur propagation dans le monde entier.

 3. Erreurs de la Russie

 3.1 Préambule sur les erreurs de la Russie

 Notons, en premier lieu, que Notre-Dame a bien parlé des erreurs de la Russie avant de décrire les crimes qui en sont la conséquence : annihilation de nations, martyre des bons et souffrances du Saint-Père.

 En effet, si les crimes qui ont découlé de ces erreurs ont eu, à l'époque du stalinisme surtout, quelque chose de spectaculaire et d'immédiat dans leur violence et leur caractère délibéré (massacres, assassinats, déportations et exécutions sommaires, famines programmées, persécutions religieuses et ethniques du régime soviétique), les erreurs qui sont à l'origine des crimes, elles, sont difficilement identifiables par l'esprit libéral qui prévaut déjà depuis plus de deux siècles en Occident. Depuis la chute du mur de Berlin surtout, l'esprit libéral se soucie encore moins d'identifier les erreurs de la Russie communiste parce que l'ère des crimes insensés qui en ont découlé semble bel et bien révolue et ne frappe plus l'imagination comme avant(3)[3]. En fait, ces deux périodes de l'histoire de la Pologne en particulier - d'abord, celle des violences et des persécutions sauvages et délibérées contre l'Église catholique et les fidèles jusqu'à la mort de Staline et, ensuite, celle de l'allègement progressif du joug communiste par une certaine ouverture(4)[4] à partir de la fin des années 1950 - correspondent en fait au plan prévu par le Parti pour l'assujettissement de l'Église catholique aux erreurs du communisme(5)[5].

 Nous entendons donc rappeler au lecteur que les erreurs de la Russie sont toujours bien vivantes(6)[6], qu'elles sont le plus souvent fluides, malléables, qu'elles prennent aisément l'aspect du vrai dans les esprits mal formés et mal éclairés, et qu'elles sont véhiculées avec d'autant plus d'ardeur et de zèle par des personnes en autorité - politique ou ecclésiastique - qu'elles ne donnent plus lieu aux injustices criantes et odieuses du stalinisme, hormis le cas notamment de la Chine qu'on préfère taire le plus souvent.

 Cela étant dit, il n'est pas question ici de juger de la responsabilité de ceux qui propagent les erreurs de la Russie car, dans bien des cas, l'ignorance prévaut... Et l'auteur ne voudrait pas faire de procès d'intention à ses compatriotes qui ont déjà tant souffert. Mais aujourd'hui, encore plus qu'hier, il faut savoir reconnaître et discerner ces erreurs pour que les fidèles arrivent à défendre la bonne doctrine contre les assauts de plus en plus cinglants des forces du mal décrites par de nombreux auteurs(7)[7], dont Monseigneur Louis-Gaston de Ségur qui rappelait au sujet de l'Antéchrist, dans De la Passion, de la résurrection et du triomphe final de Jésus-Christ en son Église, que, d'abord « il y aurait de grandes séductions, et que beaucoup de faux docteurs, beaucoup de semeurs de fausses doctrines rempliraient le monde d'erreurs et en séduiraient un grand nombre ». Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que des fidèles continuent de demander la fameuse consécration de la Russie, pour anachronique qu'elle puisse nous paraître, afin d'obtenir le triomphe promis par Notre-Dame.

 3.2 Rappel sur les erreurs de la Russie

 Quelles sont ces fameuses erreurs de la Russie ? Résumons ce que d'autres auteurs ont écrit sur les erreurs de la Russie et leur application dans diverses parties du monde(8)[8] :

 Schisme religieux - Même si cette erreur ne figure habituellement pas au catalogue des erreurs de la Russie, il est évident que l'adhésion de la Russie au schisme religieux en 1054 la privait des secours surnaturels nécessaires pour faire face aux assauts d'abord du protestantisme allemand à partir du XVIIe siècle et, par la suite, du rationalisme et du marxisme allemand des XVIIIe et XIXe siècles.

 Athéisme - Refus total (au Québec Refus global(9)[9]) de tout ce qui vient de Dieu ou conduit à Dieu(10)[10]. De ce principe découlent de nombreuses autres erreurs, notamment la séparation de l'Église et de l'État (mise en œuvre dans tous les pays occidentaux sinon en théorie, du moins en pratique), la domination du temporel sur le spirituel(11)[11], la laïcisation des institutions, l'indifférentisme religieux, la conception scientiste du monde.

Matérialisme - Principe selon lequel l'esprit vient de la matière, où seul le matériel importe, seul le matériel est rédempteur, d'où l'idée d'un paradis terrestre communiste, pourvoyeur de tous les besoins de l'homme. De ce principe découlent l'écologisme, la sacralisation de la terre et, paradoxalement, l'idée d'une spiritualité globale paganisante, soutenue par le mondialisme politique.

 Révolution permanente - Nécessité dictée par la dialectique marxiste selon laquelle la vérité n'existe pas, tout étant en constant devenir. De ce principe découle la destruction de toutes les bases de la société : destruction de la famille par la légalisation du divorce, de l'avortement et de la contraception, destruction de l'autorité parentale ou morale légitime, légalisation des unions contre-nature, prise en charge et imposition de l'enseignement de l'indifférence religieuse dans toutes les écoles d'État.

 Socialisation à outrance de l'activité humaine - Contrôle et centralisation par l'État, et éventuellement par un gouvernement mondial, de toute l'activité humaine, au mépris du principe de subsidiarité contenu dans la doctrine sociale traditionnelle de l'Église. C'est dans le domaine de la vie politique et économique que la mystification socialiste est la plus forte. Pendant soixante-dix ans, on nous a présenté un monde divisé en deux, polarisé entre la droite (le monde libre) et la gauche (le communisme). Du jour au lendemain, cette polarisation disparaîtrait pour faire place à un monde foncièrement nouveau, placé sous l'égide de la justice pour tous ? Si certains se permettent d'en douter[12], d'autres, et Mikhaïl Gorbatchev n'étant pas le moindre parmi eux, ont été on ne peut plus explicites quant à la stratégie socialiste :

 Nous conduisons toutes nos réformes en conformité avec la voie socialiste. C'est dans le cadre du socialisme, et non pas à l'extérieur, que nous cherchons toutes les réponses à toutes les questions qui se posent... Ceux qui espèrent que nous allons nous éloigner de la voie socialiste seront profondément déçus.(13)[13]

 

II - Pologne - Survol du contexte historique

 1. Mouvements libéraux et formation du premier parti communiste

 On ne peut comprendre les événements récents en Pologne sans d'abord remonter dans le passé. Dès la fin du XVIIIe siècle, la Pologne s'avère une nation libérale. Son parlement (Sejm) adopte en mai 1791 la deuxième constitution moderne d'Europe, après la Corse. Cette constitution, qui tend à l'égalité de tous devant l'État, est considérée comme une avancée sociale par tous les progressistes. Si le peuple est enraciné dans les traditions catholiques, l'élite polonaise, elle, est à l'avant-garde des mouvements nouveaux, démocratiques, souvent occultes, et verra bientôt en Napoléon le grand libérateur de la nation. Mais avec l'échec de Napoléon et le Congrès de Vienne en 1815, la Pologne est dépecée; la Pologne du Congrès se russifie(14)[14], étant tombée sous la coupe du tsar; elle ne tardera pas à devenir l'objet de toutes les convoitises des agents socialistes et communistes.

 La Pologne, comme tous les pays d'Europe frappés par le Printemps des peuples de 1848, assiste à une répétition générale de ce qui est à venir. Malgré l'échec apparent de la révolution de 1848, les germes de nouvelles révolutions ont été semés. Ils porteront leur fruit en temps opportun.

 2. Un chevalier socialiste

 Sous le leadership du maréchal Józef Piłsudski, qui devient président du Parti socialiste polonais (Polska Partia Socjalistyczna) en 1895 et qui sera reconnu ultérieurement pour son nationalisme, le socialisme gagne rapidement du terrain en Pologne à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Pendant ses premières années comme militant, Piłsudski fait partie de l'aile radicale du Parti socialiste. Il n'hésite pas à prendre, comme Staline, les moyens de la terreur (« l'épée ») et du banditisme de grand chemin pour arriver à ses fins. Mais chez Piłsudski, socialisme et nationalisme se confondent facilement, et c'est son nationalisme qui, finalement, l'emportera. Avec la Première Guerre mondiale, ses intentions se précisent donc : s'il veut venir à bout des Russes (toujours tsaristes), il ne tient pas pour autant à devenir le valet des Puissances centrales. En 1917, il interdit donc à ses soldats de prêter serment d'allégeance à l'empire austro-hongrois, ce qui lui vaut d'être emprisonné à Magdebourg. L'emprisonnement de Piłsudski semble raviver les ardeurs nationalistes des Polonais qui le considèrent comme leur chef naturel. Ce n'est qu'à la faveur de l'Armistice de novembre 1918 que Piłsudski est libéré par les Allemands et expédié vers Varsovie en train, comme Lénine ; et, comme ce dernier, Piłsudski arrive en triomphateur. Il avait pris le tramway du Socialisme, mais il était descendu à la station Indépendance(15)[15].

 Piłsudski avait eu beau s'être « reconverti » au catholicisme en 1916, après une incursion dans le luthéranisme pour cause de mariage (sic) avec une divorcée, et avoir été nommé commandant en chef des armées polonaises par le Conseil de régence de Pologne à la fin de la Première Guerre mondiale, il avait tout de même eu le temps de répandre le poison du socialisme en Pologne. C'est sa victoire de la Vistule contre les Bolchéviques russes en 1920 qui fera de lui un héros national et qui lui vaut aujourd'hui le titre de libérateur et de père de la nation.

 Avec l'indépendance de la Pologne, le Parti communiste polonais(16)[16] se forme le 16 décembre 1918 dans la ville de Lublin, située à environ 180 km au sud-est de Varsovie. Après l'invasion allemande de 1939, le Parti communiste constitue le gouvernement provisoire d'Union nationale, toujours à Lublin, et est très actif pendant la Seconde Guerre mondiale, fournissant des soldats à l'Armée Rouge après la rupture du pacte Molotov-Ribbentrop. Mais Staline, toujours méfiant, ne faisant nullement confiance aux camarades polonais, impose sa propre version du communisme en forçant la fusion du Parti communiste et du Parti socialiste en un nouveau parti : le Parti ouvrier unifié polonais (POUP), et ce pour en finir avec ses opposants trotskistes. Or, il se trouve toujours, dans la création hybride stalinienne, quelques trotskistes et des représentants d'autres tendances communistes, ce qui aura des répercussions pour la suite.  

 C'est ce gouvernement provisoire d'Union nationale qui est reconnu par les puissances occidentales aux Conférences de Yalta et de Potsdam, en février et en juillet 1945 respectivement. Pour les populations de l'Europe de l'Est, et à raison, c'est l'acte de trahison ultime de la part des dirigeants occidentaux. Par contre, et très heureusement, le Saint-Siège ne reconnaîtra pas le gouvernement d'Union nationale.

  

3. Années déterminantes de l'après-guerre (à partir de 1944)

 Arrivés au pouvoir en 1947 à la suite d'élections marquées par des menaces et des arrestations(17)[17], les communistes polonais s'étaient rendu compte dès 1945 que la Pologne différait assez de ses voisins : malgré un attrait séculaire marqué de l'élite polonaise pour les idées des Lumières, la population est plus homogène sur les plans ethnique et religieux. Les difficultés ne manqueront donc pas pour la mise en œuvre de la triple révolution, politique, économique et socio-culturelle, prévue par le régime communiste.

 Les atteintes contre l'Église catholique au début du régime communiste (entre juin et septembre 1945) s'apparentent assez aux mesures prises déjà par d'autres pays démocratiques (sic), comme la France : annonce d'un nouveau régime d'instruction publique (juin 1945), dénonciation du concordat avec le Saint-Siège (septembre 1945), nomination d'un prêtre apostat au ministère de la Propagande (novembre 1945), adoption d'une loi nouvelle sur le mariage, rendant le mariage civil obligatoire et facilitant le divorce (novembre 1945), annonce de la création d'une Église catholique nationale (début de 1946). L'Épiscopat, sous la direction du cardinal Hlond, et la presse catholique protestent vigoureusement contre ces mesures dès 1945; le Saint-Siège s'insurge officiellement contre les dirigeants communistes dans une Lettre aux catholiques polonais le 17 janvier 1946.

 Mais c'est à partir des élections (sic) de janvier 1947 que la persécution contre l'Église s'intensifie, et est conduite selon les directives habituelles : élimination de l'Église de la vie publique, laïcisation de l'école et détachement des fidèles de la hiérarchie et du clergé(18)[18].

 Le 8 septembre 1947, une nouvelle lettre du cardinal Hlond, au nom de l'Épiscopat, met en garde les Polonais contre les assauts de l'athéisme(19)[19]. Cette lettre sera le prétexte d'une campagne de presse contre le clergé et l'Épiscopat dès l'automne 1947, puis du mouvement de persécution religieuse à partir de 1948. Parmi les premiers prêtres ou prélats à être arrêtés, emprisonnés ou condamnés à des travaux forcés, citons les noms suivants :    Mgr Karol Nimiera, la père Buchala, le père Léon Pawlina, le père Grzechnik, Mgr Marchewski, le chanoine Poloski, l'abbé Jarkiewicz, l'abbé Bolesław Stefański, l'abbé Krzeminsk,           Mgr Sigmund Kaczyński, le père Raczyński. À la fin de septembre 1948, environ 400 prêtres étaient emprisonnés ou détenus dans des camps de concentration(20)[20].

 Évidemment, le programme de soviétisation se poursuit tandis qu'on tente de neutraliser l'Épiscopat : réforme de l'école primaire, « rééducation » des enseignants obligés de subir des examens idéologiques(21)[21], sélection des candidats aux études universitaires sur la base de leur participation aux programmes d'orientation du Parti, fondation de crèches pour les enfants de un à quatre ans, où les méthodes éducatives sont empreintes des principes de l'athéisme, fondation de centres éducatifs pour les enfants de quatre à sept ans où les monitrices ont été formées selon les principes du matérialisme marxiste(22)[22], suppression progressive des prières dans les écoles, réduction des heures d'enseignement religieux dans les écoles primaires, élimination des heures d'enseignement religieux aux niveaux supérieurs, remplacement des fêtes religieuses par des manifestations du Parti, interdiction de réunions d'associations religieuses dans les écoles.

 En 1949, le régime procède à de nouvelles arrestations d'ecclésiastiques et de journalistes catholiques, oblige l'Église à remettre tous ses registres de baptême à l'État, met des obstacles au droit de réunion et interdit l'exercice public du culte (pèlerinages, processions, bénédictions solennelles de champs, récitations devant la crèche de Noël, etc.). La censure est telle qu'on ne peut même plus publier de bulletins diocésains.

 En janvier 1950, les centres diocésains de l'œuvre catholique Caritas, initiative de l'Église pour l'assistance des nécessiteux, sont tous fermés. On installe à la place des services administratifs composés de prêtres patriotes et de catholiques progressistes(23)[23]. Ces attaques contre Caritas donnent lieu à de nouvelles protestations de l'Épiscopat polonais qui, dans une circulaire, invite le clergé à refuser toute fonction dans la nouvelle organisation gouvernementale.

 Soulignons ici que si la presse véritablement catholique a été supprimée avec l'interdiction en 1949 des deux grands hebdomadaires catholiques du pays, Tygodnik Powszechny et Tygodnik Warszawski(24)[24], le régime communiste n'a pas perdu de temps à mettre en place des organes de presse pseudo-catholiques, dits progressistes, comme Dziś i Jutro, en 1945, Słowo Powszechne, en 1947, et Pax, en 1949(25)[25] avec l'intention manifeste de semer la confusion dans les esprits.

 En mars 1950, le gouvernement adopte une loi de nationalisation des biens ecclésiastiques.

En avril 1950, l'Épiscopat accepte de signer une déclaration commune des représentants de l'Église et du gouvernement communiste[26]. Cette déclaration est considérée par la hiérarchie catholique comme un compromis car elle y voit une garantie, aussi infime fût-elle, contre les futures violations de la liberté de l'Église de la part du régime communiste. Or, l'Accord ne produit pas la trêve escomptée dans la lutte contre l'Église et, a posteriori, on peut considérer cet accord comme une première brèche dans le front de résistance du clergé polonais face au régime totalitaire. Le texte de l'Accord est très précis quand il s'agit des droits de l'État, mais toujours très vague quand il s'agit de ceux de l'Église.

Notons, pour notre propos, l'importance de l'article 11 de l'Accord, qui précise que l'Université catholique de Lublin(27)[27] pourra continuer d'enseigner dans les limites actuelles(28)[28]. En effet, il semble que les facultés de théologie de Cracovie et de Varsovie soient sur le point de fermer; la seule qui restera sera celle de Lublin(29)[29].

 En septembre 1950, le cardinal Sapieha et le cardinal-primat Wyszyński, intronisé en 1949, signent, au nom de l'Épiscopat, une lettre de protestation contre l'Accord.

 Ensuite, le gouvernement communiste exige une déclaration de l'Épiscopat en faveur de l'Appel de Stockholm(30)[30]. Quelques évêques signent pour éviter de plus grands maux; on fait pression sur les autres, qui finissent effectivement par plier.

 En janvier 1951, dans les territoires ex-allemands, sur ordre du régime, les administrateurs apostoliques sont expulsés et remplacés par cinq vicaires capitulaires choisis par le régime totalitaire. Pour éviter le schisme, Mgr Wyszyński subdélègue la juridiction ecclésiastique aux cinq prêtres concernés.

 La violence contre l'Église s'intensifie encore en 1952. Les autorités communistes décrètent la fermeture et l'occupation de tous les petits séminaires dirigés jusque là par des ordres religieux. On porte contre le clergé les accusations les plus folles et les plus grotesques : espionnage, trahison, vol, recel, possession d'argent, etc. On arrête des évêques : Mgr Adamski, de Katowice, Mgr Baziak, de Cracovie, Mgr Rospond, de Lwow, et Mgr Mazanek, chancelier de la curie.

 En février 1953, les autorités communistes déclarent par décret que l'Église doit soumettre à l'État ses propositions de nominations ecclésiastiques (articles 2, 3 et 4) et que les personnes qui exercent une charge ecclésiastique doivent prêter serment à la République (article 5) (31)[31]. Le gouvernement applique son décret en faisant appel à un petit groupe de prêtres progressistes qui viennent remplacer les prélats encombrants et qui se réunirent en juin 1953 pour étudier les perspectives de développement de l'Accord entre l'Église et la République populaire. En septembre 1953, en plus des prélats cités dans le paragraphe précédent, d'autres ecclésiastiques sont éloignés de leur siège : Mgr Kaczmarek, de Kielce, Mgr Bednoz, coadjuteur de Katowice, Mgr Bienik, auxiliaire de Katowice, Mrg Bernacki, de Gniezno, Mgr Splett, de Gdańsk, déjà condamné en 1946 pour collaboration (sic) avec les Allemands.

 En septembre 1953, les autorités interdisent à l'archevêque Wyszyński d'exercer les fonctions attachées à ses charges ecclésiastiques. C'est pratiquement la mise en arrestation. Il sera effectivement relégué dans un « couvent confortable », selon les instances.

 4. 1953

 L'année 1953 a sans doute été la plus dure pour l'Église de Pologne. Depuis la fin de la guerre, ce sont des couvents, des écoles, des diocèses, des œuvres, des organes de presse, des universités catholiques qui ont été décapités, démembrés, tantôt avec brutalité, tantôt avec raffinement.

On a fait disparaître rapidement les prêtres et prélats les plus résolus et les plus influents - ils se comptent par centaines ceux qui ont été emprisonnés, détenus, exilés, martyrisés. Certains ont réussi à s'échapper à temps, notamment l'abbé Michel Poradowsk(32)i[32], qui eut une influence considérable sur le développement du Chili d'après-guerre.

 Sur le plan politique, toute opposition est éradiquée. En plus de la persécution de l'Église polonaise que nous venons de décrire, il faut rappeler la disparition, pendant la Seconde Guerre mondiale, des élites intellectuelles à Cracovie, œuvre des Allemands, et militaires à Katyn, œuvre des Soviétiques.

 Dépourvus de leurs élites intellectuelles et militaires traditionnelles, et maintenant affaiblis par la dispersion des pasteurs, les laïcs polonais vivent dans une peur constante des rafles, dénonciations, exactions, déportations, emprisonnements, exécutions. Les prisonniers politiques ne se comptent plus, le système de la débrouille se généralise, avec la corruption des mœurs sociales et politiques qu'il entraîne nécessairement dans son sillage.

 Si, avec la mort de Staline en 1953, tous les pays du bloc de l'Est poussent, parfois même peut-être malgré eux, un soupir de soulagement, que partagent d'ailleurs les pays du monde dit libre, la dissidence qui se manifeste en Pologne, à tout le moins, à partir de cette date n'est pas forcément celle qu'on pourrait ou espérerait croire. S'il y a certainement des mouvements spontanés de mécontentement contre le régime communiste en place, beaucoup de ces manifestations populaires sont suscitées non pas par de virulents anti-communistes, mais le plus souvent par des socialo-communistes anti-stalinistes, autrement dit des trotskistes, qui, contrairement à la population attachée aux valeurs traditionnelles catholiques, connaissent le système de l'intérieur et disposent, dans une certaine mesure et pour un certain temps, des moyens nécessaires pour organiser ce mouvement de dissidence.

 Et cette dissidence s'organise en effet peu à peu autour de politiques, d'intellectuels et d'artistes polonais de gauche qui ne s'en prennent pas aux principes socialistes et communistes, mais aux méthodes d'application de ces principes par les Soviétiques et leurs suppôts polonais. Faisant flèche de tout bois, le gouvernement communiste se servira de ces dissidents, surtout après la répression sauvage des manifestations de Poznan en 1956, pour donner l'impression au pays comme à l'étranger qu'il existe une opposition réelle. On relâchera donc un peu la bride des dissidents et on laissera les milieux artistiques dresser une certaine opposition au régime, sachant de toutes façons que « ce n'est pas le socialisme qu'ils [artistes et intellectuels] répudient, mais le régime qu'ils ont connu, avec son conformisme stérile, ses dogmes pesants, ses conventions morales, ses vérités décrétées, son déterminisme historique, et son incommensurable servilité envers le modèle soviétique »(33)[33]. D'ailleurs, nul autre que Tadeusz Mazowiecki, que nous retrouverons plus tard avec Solidarité, se trouve dès 1957 à Więź, à la tête d'un groupe d'intellectuels, transfuges de PAX, se réclamant du personnalisme de Mounier et attachés aux idéaux socialistes(34)[34].

 La mort de Staline n'empêche donc pas le Soviet Suprême de poursuivre sa stratégie d'expansion. En fait, les autorités communistes ont pour la Pologne et l'Église polonaise surtout un plan bien particulier : celui de leur faire jouer le rôle de catalyseurs et de vecteurs du communisme dans le monde libre, dans les milieux où les erreurs de la Russie sont encore mal reçues. Moscou, en effet, souhaite une apparente conciliation avec le catholicisme en Pologne, non pour se mieux affermir dans cette nation qui fait déjà partie de la zone d'influence qui lui a été reconnue à Yalta et à Potsdam, mais pour exercer une force de désagrégation sur les forces catholiques qui, dans les pays encore libres, tiennent tête au communisme(35) [35].

  III - Vecteurs de la propagande communiste en Pologne et à l'étranger

 Rappelons-nous ici l'avertissement de l'Osservatore Romano dans son édition du 3 juillet 1955 :

 « On expérimenterait en Pologne la possibilité d'une « coexistence » entre catholicisme et communisme. Et pour atteindre ce but, on recourt à des « progressistes » soi-disant catholiques, auxquels on fournit de larges moyens de propagande intérieure et extérieure. [...] En Pologne, la persécution a pris une forme particulièrement insidieuse : tout en ayant soin de sauver les apparences, on essaie de vider le catholicisme de son contenu effectif. Et, à la place, on voudrait insérer un impossible syncrétisme christiano-marxiste, destructeur de toute vraie spiritualité[36]»

 C'est donc à la lumière de cette mise en garde éclairée de l'organe de presse officiel du Vatican qu'il faut lire ce qui suit, tout en gardant à l'esprit que les personnes qui ont œuvré à ce travail et qui sont nommées ci-après n'ont pas toujours forcément été conscientes de la portée de leurs actions.

 1. La fausse presse catholique de Pologne

 Avant de s'attaquer à l'Occident, les instances communistes devaient évidemment diffuser leur propagande, leurs mensonges et demi-vérités d'abord en Pologne. Dans un esprit typiquement et manifestement diabolique, les autorités communistes veulent semer la confusion. Les organes de presse catholiques, qu'on souhaiterait contrôler, seront le moyen privilégié d'y parvenir.

 Le gouvernement communiste ne perd pas de temps et, dès la fin de la guerre, ou bien il interdit carrément les maisons d'édition catholiques, ou bien il prend en mains les revues et journaux catholiques après leur avoir fait subir le traitement du bâton et de la carotte, politique habituelle de l'usure et de l'asservissement.

Nous avons indiqué à la note 24 que le gouvernement avait autorisé et suspendu tour à tour les grands hebdomadaires catholiques Tygodnik Powszechny et Tygodnik Warszawski, et qu'il avait fondé ses propres organes de presse, Dziś i Jutro et Słowo Powszechne ainsi que les éditions de Pax en 1945, en 1947 et en 1949 respectivement.

En 1953, Tygodnik Powszechny est définitivement interdit pour avoir refusé de publier la notice nécrologique de Staline. Entre 1953 et 1956, ce sera donc l'association (procommuniste) PAX qui en assurera la direction; la population, qui n'est pas dupe, lui affuble le sobriquet de Tygodnik Paxsowski (hebdomadaire de Pax). Et, en 1955, Dziś i Jutro, ayant été mis à l'Index par le Vatican(37)[37], est fusionné avec Tygodnik Powszechny, mouture communiste, pour former Kierunki(38)[38]. Les autorités communistes peuvent, pour un temps du moins, détourner d'elles les foudres de l'Index et les catholiques liront Kierunki la conscience tranquille, croyant avoir affaire à une publication catholique. Faisons remarquer ici que, pour ne pas éveiller les soupçons, il fallait que les rédacteurs de publications pseudo-catholiques réussissent à mêler le vrai et le faux, à présenter sous un jour brillant des idées et des principes hétérodoxes, qu'ils les affublent d'une apparence de vérité; toute doctrine trop manifestement anticatholique aurait immédiatement détourné les lecteurs catholiques.

La suppression de Tygodnik Powszechny a créé un vide chez les Catholiques et, plus particulièrement, au sein de l'équipe de rédaction démise en 1953 par les communistes. À la faveur du discours anti-staliniste de Kroutchev et du dégel de Gomułka en 1956, quelques membres de l'ancienne équipe de rédaction demandent au premier secrétaire du POUP Gomułka de permettre le redémarrage de l'hebdomadaire « comme avant ». Après des pourparlers difficiles de mai à novembre 1956, ponctués de menaces, dont celle d'une possible invasion soviétique, la publication reprendra du service en décembre 1956, sous la direction autonome (sic) d'un ancien rédacteur en chef, Jerzy Turowicz, ami personnel de Karol Wojtyła, qui réussit à éviter la répression(39)[39].

Aujourd'hui, Tygodnik Powszechny est un hebdomaire catholique libéral, oecuménique, « ouvert » sur les valeurs démocratiques et promoteur du dialogue interreligieux. À noter qu'après l'élection de Jean-Paul II, Tygodnik Powszechny a été le principal véhicule de la pensée du pape polonais dans son pays d'origine.

 

2. PAX et les prêtres patriotes

Parallèlement aux attaques directes menées contre l'Église catholique en général et contre l'épiscopat en particulier, le régime communiste se livre à des agissements clandestins qui visent à faire éclater celle-ci de l'intérieur par le truchement d'organisations catholiques manipulées par la Bezpieka (sécurité nationale), au premier rang desquelles figurent PAX et les prêtres patriotes (40)[40]. L'Association « catholique » PAX (Stowarzyszenie PAX) procommuniste est fondée en 1947 dans l'optique de miner le soutien de la population en faveur de la hiérarchie catholique romaine de Pologne et, bien sûr, de brouiller les pistes.

Le pouvoir met donc en place un réseau de laïcs progressistes sympathiques à la cause communiste pour détourner du clergé catholique la jeunesse urbaine et l'intelligentsia, milieux où elle [Association PAX] jouit d'une certaine influence. Il est vrai que l'organisation, dont les liens avec le pouvoir restent ignorés du plus grand nombre, est florissante(41) [41]. En avril 1952, le pouvoir va jusqu'à lui accorder une reconnaissance officielle(42)[42], comme si ce groupe en avait besoin ! Jamais aucun détail n'est laissé au hasard dans ce type de mise en scène lorsqu'il s'agit de tromper les fidèles. En effet, l'idée pour les communistes n'est pas de jeter le masque, mais de faire croire qu'ils permettent la dissidence.

Le premier dirigeant de PAX, Bolesław Piasecki, est d'abord « fasciste » dans les années 1930; il se convertit (sic) aux idéaux communistes à la faveur de la Seconde Guerre mondiale et coopère d'emblée avec le régime communiste. En 1945, il commence donc par animer un cercle de laïcs catholiques progressistes qu'il regroupe autour de la publication Dziś i Jutro, mise à l'Index par le Vatican en 1956, comme nous venons de le voir au paragraphe précédent. C'est de ce groupe que naîtra PAX.

L'Association PAX, financée par les autorités communistes, détient le monopole exclusif des publications « catholiques » de Pologne. Comme nous l'avons vu précédemment, c'est à cette même époque, que PAX met la main sur Caritas, l'œuvre d'assistance publique de l'Église, et en évince les dirigeants. PAX emploiera désormais le nom Caritas comme vitrine et consolidera la mise en scène pour tromper les fidèles; elle ira jusqu'à y installer un organe de fausse opposition au régime communiste.

Or, PAX accompagne bel et bien la politique du pouvoir, aide à créer l'organisation des prêtres patriotes, fait discrètement la propagande des mesures gouvernementales et fait office de supplétif dans la campagne pacifiste des autorités(43)[43]. L'Église interdit aux catholiques de participer aux actions de PAX.

En septembre 1949, l'Association PAX commence donc à mettre sur pied une association de prélats disposés à collaborer avec elle, autour d'un noyau initial de prêtres rescapés des camps militaires. Cette formation prend le nom de prêtres patriotes, titre qui laisse deviner son ambition de diviser l'Église entre un bas clergé crédité de sentiments patriotiques et une hiérarchie réactionnaire (44)[44]. Le pouvoir fait jouer à son avantage la haine de ces prêtres pour le régime nazi dont ils ont eu à beaucoup souffrir; et quand cette mesure ne fonctionne pas, il recourt au chantage et aux menaces. En 1954, le dixième des prêtres en fonction appartiendrait à PAX. Parmi eux, cinq sont imposés comme professeurs à l'Université catholique de Lublin la même année(45)[45]. Les autorités attendent de ces prêtres patriotes non seulement qu'ils exercent une pression constante sur l'Épiscopat, mais qu'ils deviennent des informateurs et tiennent lieu de « représentants » de l'Église dans les conseils populaires ou apportent une caution ecclésiastique aux pétitions de propagande lancées par le pouvoir(46)[46].

Parmi les membres ou anciens membres connus de PAX, citons Tadeusz Mazowiecki(47)[47], devenu le premier premier ministre non communiste à la demande expresse de Lech Wałęsa, et qui a quitté PAX en 1957 pour cause de non-démocratie !

L'Association PAX est aujourd'hui connue sous le nom de Civitas Christiana. Le site Web de l'organisme ne contient aucune note sur son histoire ni aucune référence à PAX, mais Civitas Christiana continue de remettre régulièrement le prix littéraire Włodziemierz-Pietrzak, créé à l'époque de PAX. Civitas Christiana a, en 1997, fait l'objet d'un décret de l'Épiscopat polonais la reconnaissant comme association catholique.  

 

3. KUL et ATK

L'année 1954 marque le grand coup du régime communiste contre les facultés de théologie. Le pouvoir fait d'abord fermer les facultés de théologie des universités de Cracovie, de Varsovie et de Poznań(48)[48] et autorise les études de théologie dans la seule Université catholique de Lublin (Katolicki Uniwersytet Lubelski - KUL). Les camarades veillant toujours au grain, ils introduisent des personnalités proches du pouvoir au sein du personnel de KUL(49)[49] et, comme nous venons de le voir, y imposent cinq prêtres patriotes. Les prélats qui regimbent goûtent aux rigueurs de la répression et sont mis en prison.

Il est légitime, à ce point-ci, de se demander ce que l'on était autorisé, ou non, à enseigner à la faculté de théologie de KUL à partir de 1954. Et il n'est pas difficile de s'imaginer que, connaissant l'importance capitale de l'enseignement pour la formation, ou, pour mieux dire, la déformation des esprits, les communistes aient mis au point et imposé des programmes d'enseignement de la théologie catholique (sic) qui, tout en ayant soin de sauver les apparences, avaient été conçus précisément pour vider le catholicisme de son contenu effectif(50)[50].

En 1990, le gouvernement polonais adoptait une loi pour régir l'administration des établissements postsecondaires. Cette loi prévoit le retour des établissements d'enseignement catholiques dans le giron de l'Église, à l'exception de KUL, qui échappe donc à la direction de l'Épiscopat. On peut se demander pourquoi... Quoiqu'il en soit, KUL a, au printemps de 2007, remis à l'archevêque démissionnaire Wielgus, et ce malgré l'aveu de ce dernier, le prix Idzi-Radziszewski pour sa contribution exceptionnelle à l'esprit humaniste chrétien(51)[51]. Aujourd'hui, KUL s'appelle KUL Jana Pawła II (KUL Jean-Paul II).

Par ailleurs, à l'époque où le régime communiste interdisait les facultés de théologie des universités de Varsovie, de Cracovie et de Poznań, et mettait celle de KUL sous haute surveillance, il montait, comme nous l'avons vu brièvement à la note 28, à Bielany, en banlieue de Varsovie, sa fameuse Académie de théologie catholique [Akademia Teologii Katolickiej - ATK]. Les autorités y installaient comme premier recteur, en 1954, un homme de confiance, l'abbé Czuj.  Le frère Roger Schutz, animateur de Taizé, reçoit, en 1986, soit trois ans avant la chute du mur de Berlin, un diplôme honorifique d'ATK et, en 1989, de l'Université catholique de Louvain, pour sa contribution à la paix(52)[52]. Convergence réussie de deux visions du monde ? Ou vision unique véhiculée par deux vecteurs en apparence opposés ? Voilà bien la question essentielle. Aujourd'hui, ATK est connue sous le nom d'université Cardinal-Stefan-Wyszyński.

4. Solidarność

La presse occidentale a, dès la fondation de Solidarité en août 1980, présenté ce syndicat comme LE mouvement d'opposition par excellence du peuple polonais contre le gouvernement communiste. Il est vrai que c'est celui qui a le plus galvanisé la population polonaise et fasciné le monde entier. Mais ce qui n'a pas toujours été explicite dans la presse, systématiquement libérale, c'est que Solidarité était non le fait d'une révolte de la « droite » contre la « gauche », mais d'une guerre de factions au sein même de la gauche, entre les « conservateurs », stalinistes partisans de la ligne dure, et les « réformateurs », trotskistes ou socialo-communistes, imbus d'abord et avant tout des Lumières et des droits de l'homme, principes auxquels l'Occident avait souscrit depuis longtemps de toutes façons. Si des voix se sont élevées contre Solidarité à ses débuts, et ce du côté même des opposants au régime communiste, comme ce fut le cas avec Andrzej Gwiazda, ce n'était pas parce que le syndicat dirigé par Lech Walesa n'était pas assez à droite, mais parce que Solidarité aurait péché par élitisme(53)[53].

Il s'avère donc que beaucoup des opposants membres de Solidarité, comme Bronisław Geremek, Lech Kaczyński et Tadeusz Mazowiecki(54)[54], ont eu pour préoccupation première non pas tant l'abandon des principes socialistes au profit, mettons, de la catholicité en Pologne, que la mise au rencart des techniques fortes conçues par les stalinistes pour l'application de ces mêmes principes, et l'obtention de réformes souhaitées après tant d'années de privations. Il y a peut-être quelques organes de presse en Occident qui ont su, ou qui savent aujourd'hui, exposer à leurs lecteurs cette distinction importante. Mais ils sont plutôt rares(55)[55].  L'essentiel, hier comme aujourd'hui, dans l'Est comme dans l'Ouest, c'est que la démocratie soit sauve.

On nous objectera qu'il aurait été impossible à qui que ce soit, pendant les années 1980, de promouvoir la Royauté sociale du Christ, de défendre la catholicité de la Pologne, sans danger de se faire emprisonner et, surtout et plus immédiatement, de se mettre à dos le contingent des catholiques (dé)formés par plus de deux décennies de rééducation communiste, et renforcés en cela par l'effet non négligeable des nouvelles doctrines de Vatican II qui venaient neutraliser la doctrine traditionnelle de l'Église. En effet, cela aurait été impossible. Premièrement, le régime en place s'y serait catégoriquement opposé. Deuxièmement, qui, presque vingt ans après Vatican II, sauf Mgr Lefebvre et les traditionnalistes, serait venu de l'Occident à l'aide d'une Pologne qui se voulait d'abord et avant tout catholique, qui aurait voulu rétablir un ordre chrétien dans ses frontières ? Et pourtant, on a bel et bien voulu auréoler de catholicité le mouvement Solidarność en y associant immédiatement des prêtres, notamment l'abbé et futur évêque Orszulik(56)[56] alors qu'il y avait des ecclésiastiques polonais qui, selon Bronisław Geremek, voulaient mettre un terme à l'expérience appelée Solidarité(57)[57]. Pourquoi ?

Entre 1980 et 1989, dans une valse hésitation qui tient en haleine non seulement la Pologne mais le monde entier, on assiste tantôt à des coups de force, comme l'imposition de la loi martiale de décembre 1981 et l'interdiction de Solidarité, tantôt à un relâchement de l'emprise du régime. Mais, il semble bien que les pas de ce chassé-croisé aient, de l'avis de Bronisław Geremek qui semble s'en réjouir, été dictés par Moscou(58)[58].

 

5. Les rencontres de la Magdalenka et de la Table ronde

Quand arrive de Moscou l'ordre d'assouplir sa position face à Solidarité, le régime communiste polonais, sous la direction du général Jaruzelski, n'a que le choix d'obtempérer. Il faudra donc élaborer la « Table ronde » suggérée par le Kremlin.

C'est la visite de Gorbatchev en Pologne, en juillet 1988, qui fait débloquer les choses. Selon Bronisław Geremek(59)[59], c'est bel et bien grâce à Gorbatchev que la révolution pacifique de 1989 a pu se réaliser. Sans lui, elle eut été impossible(60)[60].

Le 31 août 1988, une première rencontre a lieu entre Lech Wałesa et le ministre de l'Intérieur Kiszczak, et les premières rencontres de la Magdalenka, centre de villégiature situé en banlieue de Varsovie, se tiennent le 16 septembre 1988. Le 31 décembre 1988, le Xe Plenum, assemblée du POUP(61)[61], vote pour la relégalisation de Solidarité. À la même époque, Lech Wałesa fait une visite en France, à l'invitation du président François Mitterand.

Bref, ce sont les Soviétiques qui, en ouvrant les colonnes des Temps Nouveaux en février 1989 à Lech Wałesa, fait sans précédent dans la presse soviétique, ont encouragé le premier secrétaire du POUP (Jaruzelski), qui est aussi le général de l'état de siège, à assouplir sa position à l'égard de l'opposition et à élaborer une table ronde au plus vite(62)[62].

Les pourparlers de la Table ronde s'ouvrent donc officiellement le 6 février 1989 au Palais Koniecpolski, actuel palais présidentiel, de Varsovie. Ils se dérouleront en trois commissions : syndicale, économique et politique. Les deux parties présentent leurs candidats. Parmi les sujets abordés, citons la légalisation des associations et des partis, la libéralisation de la presse et de la censure, les élections aux deux Chambres, la libre concurrence et la fonction présidentielle(63)[63]. Quand il y a impasse au Palais, on retourne discuter à la Magdalenka. Ce sont les élections relativement libres du 4 juin 1989 qui résulteront finalement de toutes ces discussions.

Mais à preuve que, pour certains dissidents, ce ne sont pas les principes qui sont mis en cause : en 1995, les Polonais élisent un Parlement communiste majoritaire, dirigé par Aleksander Kwaśniewski. Ce dernier restera au pouvoir pendant dix ans. Que les communistes soient de nouveau au pouvoir ne pose pas de problème, selon le dissident (sic) Geremek, puisque la situation procède cette fois-ci non pas de la coercition et de la fraude, mais d'un affrontement démocratique et honnête(64)[64].

 

6. Intellectuels et hommes politiques

Le mouvement d'émancipation politique, rappelons-le, se fait toujours dans le sens des valeurs socialistes et démocratiques. Si, aux débuts de la persécution communiste, l'Église réclame ses droits de cité et réitère la saine doctrine concernant ses relations avec l'État, le ton changera tout à fait après Vatican II; l'Église fera désormais appel à la Déclaration des droits de l'homme de l'ONU, à la dignité de la personne humaine, au principe de la liberté de conscience et de religion, etc (65).[65] pour défendre les catholiques.

Tadeusz Mazowiecki a été choisi Premier ministre par Lech Wałesa le 17 août 1989, après les premières élections libres du 4 juin 1989, qui ont fait suite aux fameux pourparlers de la Magdalenka et de la Table ronde de 1988 et 1989, dont il a d'ailleurs été l'un des principaux animateurs. Descendant de la noblesse polonaise, Tadeusz Mazowiecki est socialiste et membre de PAX entre 1949 et 1957(66)[66]. C'est pendant cette période qu'il est associé aux mesures de répression prises contre des ecclésiastiques, dont l'évêque de Kielce, Monseigneur Kaczmarek. Il quittera donc PAX car cet organisme manquerait aux principes démocratiques ! Il reste cependant très actif et, dès 1957, fonde un club d'intellectuels catholiques et le mensuel Więź. Mais comme nous l'avons déjà indiqué à la note 34, ce n'est pas parce qu'il s'est opposé à l'Association PAX procommuniste qu'il s'insurge contre le socialisme. Pour lui, c'est la démocratie qui compte.

Entre 1961 et 1972, il siégera au Parlement (Sejm) pour le parti ZNAK(67)[67], supposé catholique - mais il est difficile d'imaginer dans quelle mesure les Soviétiques auraient accepté un parti vraiment catholique dans un Parlement polonais qu'ils voulaient communiste... Il est par contre facile d'imaginer que les autorités communistes aient permis l'existence de ce parti parce que, premièrement, sur l'essentiel (idéal socialiste), elles n'avaient rien à craindre de Mazowiecki et que, deuxièmement, c'était encore un moyen formidable de renforcer l'illusion d'une dissidence libre et d'une cohabitation possible entre le marxisme et le catholicisme, surtout quand des prêtres appuyaient publiquement la formation politique en question. Quoi qu'il en soit, Mazowiecki est considéré comme un opposant et fera bel et bien de la prison.

Mais ce n'est pas par hasard que Tadeusz Mazowiecki a déclaré, dans son premier discours en tant que Premier ministre, vouloir tirer une ligne épaisse (gruba linia) entre le passé et la Pologne postcommuniste. Ses détracteurs lui reprocheront d'avoir plutôt voulu tirer un trait épais (gruba kreska) sur le passé obscur de ses proches collaborateurs au gouvernement nouvellement élu. Après un conflit avec Wałesa, il perd contre ce dernier aux élections présidentielles de 1990.

Tadeusz Mazowiecki fait maintenant partie du Club de Madrid, qui regroupe d'anciens chefs de gouvernement, notamment Mikhaël Gorbatchev, et dont le mandat est la promotion des valeurs démocratiques dans le monde...

Bronisław Geremek, né Benjamin Lewertow, est né en 1932 à Varsovie. Son père juif est marchand de fourrures. Sa mère, devenue veuve, épouse en secondes noces Stefan Geremek. À partir de ce moment, Bronisław reçoit une éducation catholique. Élève chez les Frères Maristes en province, ses études à Varsovie l'amènent à se préoccuper des questions sociales et à chercher une réplique au malheur humain(68) [68]. En 1950, il devient membre du Parti ouvrier communiste polonais. Il fait des études supérieures à Paris entre 1956 et 1958. Il rentre en Pologne, mais sera de retour à Paris comme maître de conférences à la Sorbonne entre 1960 et 1965. Il anime à cette université le Centre culturel polonais. En tant que membre du Parti, il n'a pas de difficulté à obtenir le passeport et toutes les autorisations nécessaires pour voyager à l'étranger. On peut supposer avec justesse que son rôle d'animateur du Centre culturel polonais à la Sorbonne lui ait servi de relais pour promouvoir l'expérience communiste en Pologne auprès des sympathisants français.

La vie de ce personnage se lit essentiellement en deux chapitres : celui de son appartenance au Parti ouvrier unifié polonais (POUP) et celui d'après sa démission du POUP. Membre du Parti, il croit fermement que le communisme, c'est la jeunesse du monde(69)[69]. Mais, avec l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques en 1968, il déchante, parce que celle-ci [l'invasion] fait disparaître tout espoir d'un révisionnisme en faveur d'un socialisme à visage humain(70) [70]. Il affirme avoir quitté le Parti pour les mêmes raisons que celles qui l'y ont fait entrer (71)[71], c'est-à-dire la réalisation des idéaux socialistes et démocratiques. Et s'il se sent un devoir de s'opposer au totalitarisme(72)[72], il n'en abandonne pas pour autant les principes du socialisme. Bref, il quitte le Parti communiste en 1968 parce qu'il n'y a plus d'espoir de révisionnisme interne ou de socialisme à visage humain(73)[73].

Il fait donc désormais partie de l'« opposition ». En 1980, il devient conseiller de Solidarité et, en 1989, il assume le rôle de négociateur entre Solidarité et le pouvoir communiste aux pourparlers de la Table ronde. Il fonde l'Union démocratique en 1990. Cette formation deviendra ensuite l'Union pour la liberté. Il siège comme parlementaire à la Sejm jusqu'en 2001. Ardent partisan d'une Europe unie, il est élu au Parlement européen en 2004 sous la bannière de l'Union pour la liberté et devient membre de l'Alliance des libéraux et démocrates d'Europe. En avril 2007, dans la foulée de l'affaire Wielgus et de la fameuse loi de lustration (74)[74], il refuse de déclarer s'il a collaboré ou non avec les services de la police secrète à l'époque du communisme. Il meurt dans un accident de voiture en juillet 2008.

Leszek Kołakowski

Leszek Kołakowski est un philosophe et un historien des idées, polonais, né en 1927 et décédé en 2009. Homme dont les capacités intellectuelles n'ont jamais fait de doute, c'est d'abord un communiste et un anticatholique convaincu(75)[75]. Mais, constatant les dégâts du stalinisme, il devient marxiste révisionniste en 1966. Sa prise de position lui fait perdre sa chaire de philosophie à l'université de Varsovie en 1968. Qu'à cela ne tienne, l'université McGill de Montréal lui ouvre grand ses portes la même année. Ensuite, ce sera Berkeley et, enfin, Oxford. S'il est loué pour son opposition au stalinisme, lui, comme les autres, continue pendant encore quelque temps de professer les idéaux socialistes... jusqu'au jour où il commence à examiner les bienfaits de la religion ! Il sera lui aussi conseiller auprès de Solidarité.

 

7. Cinéma

Dans une interview avec le cinéaste polonais Andrzej Wajda, parue dans La Croix du 17 février 2010, le journaliste Alain Guillemoles fait remarquer, et à juste titre nous semble-t-il, que, plus de trente ans plus tard, il reste difficile de comprendre comment il a été possible de réaliser un film aussi subversif que L'homme de marbre, en 1976, alors qu'il fut financé par le régime qu'il dénonçait (76)[76]. Si Katyn, réalisé en 2007, est un véritable hommage aux officiers polonais massacrés par les Soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale, il y a lieu de se demander par ailleurs quelles sont les véritables valeurs véhiculées dans les films L'Homme de marbre (1976) et L'Homme de fer (1981). Il suffit de revenir sur le contenu de ces productions cinématographiques pour comprendre que, en plus de la notion libérale de liberté, ce sont essentiellement des valeurs socialistes qui sont mises en scène. Et si, comme le dit Andrzej Wajda lui-même dans la même interview, la pression du régime ne fut pas la même de 1945 à 1989, qu'il y avait des jeux à l'intérieur du pouvoir et qu'il fallait y participer si on voulait faire des films où il était question de politique, le résultat reste le même : des opposants au régime auront participé, peut-être parfois à leur corps défendant comme semble le dire M. Wajda, à la diffusion des idéaux socialistes. Il n'est donc pas étonnant que le gouvernement communiste polonais ait permis (sic) la production de films comme L'homme de marbre et L'homme de fer.

D'ailleurs, selon Lisa DiCaprio, critique américaine gauchisante du cinéma, la recherche et la diffusion de la vérité, révolutionnaire aux yeux des marxistes, comme elle se plaît d'ailleurs à le rappeler, sont le thème même des deux films L'homme de marbre et L'homme de fer. Wajda voulait, dans ces films, exposer la trahison de la classe ouvrière par le Parti de la classe ouvrière - autrement dit, Wajda voulait simplement signaler les péchés du Parti contre l'idéal socialiste; il dénonçait le fait que le Parti des travailleurs veuille condamner comme bandits et antisocialistes les ouvriers qui se plaignaient de leurs conditions de vie. Ces fines nuances n'ont justement pas échappé à certains gauchistes des pays occidentaux qui ont compris, malgré la distorsion des médias capitalistes (sic), que Solidarité n'avait pas pour but de restaurer la propriété privée; le syndicat dirigé par Lech Wałesa cherchait simplement le contrôle véritable de la production par la classe ouvrière (77)[77]- autrement dit, les dirigeants de Solidarité (78)[78] cherchaient simplement à obtenir pour leur pays un socialisme à formule améliorée. Signalons au passage la rapidité fulgurante avec laquelle le film L'homme de fer a été scripté, approuvé par le ministère de la culture polonais, tourné, monté, produit, distribué, puis présenté au jury du Festival du film de Cannes en 1981, et pour enfin être couronné par la Palme d'or.

Le cinéma étant le plus important des arts(79)[79] pour la puissance de propagande des moyens qu'il met en œuvre, il n'est pas étonnant que toutes les instances, quelles qu'elles soient, gouvernements, partis, sociétés privées, sociétés publiques, s'en servent systématiquement pour leurs intérêts propres. Les gouvernements communistes n'ont certainement pas fait exception et ont su faire jouer à leur avantage même les dissidents.

 

Conclusion

La Russie répandra ses erreurs, a déclaré Notre-Dame en 1917... Et pourtant, les erreurs en question existaient déjà, bien avant Fatima, dans les Lumières, la Réforme, le libéralisme du XIXe siècle. Alors, pourquoi un avertissement aussi solennel ?

Probablement parce que la persécution communiste n'aurait pas d'égal dans l'histoire de l'humanité par sa brutalité, sa haine de l'Église, sa perversité et son raffinement dans la cruauté de ses méthodes. Mais cette persécution surtout est de celles qui ont entraîné dans le malheur spirituel même les âmes de bonne volonté, des âmes qui ont dû, de guerre lasse et sans moyen de se défendre, abandonnées par l'Ouest libéral et démocratique, se compromettre avec le régime ennemi tantôt « pour survivre » tout simplement, tantôt pour jouir d'une vie meilleure.

Le bilan ? C'est souvent avec une satisfaction complaisante que l'Ouest se réjouit de la chute du mur de Berlin. Enfin, les pays de l'ancien bloc de l'Est sont en voie de nous rejoindre dans le confort matériel et l'idéal démocratique. Or, le confort matériel est de moins en moins sûr avec les crises monétaires et financières mondiales, et l'idéal démocratique est curieusement galvaudé dans certains pays, et pas des moindres en Europe et en Amérique du Nord, où l'Église est foulée au pied, dépouillée de son autorité, impuissante face à la vague naturaliste et socialisante en son sein même.

Nous ne craignons pas de nous tromper en affirmant que la convergence socialiste du monde occidental et de l'Est de l'Europe est bel et bien réalisée, et que l'« impossible syncrétisme du marxisme et du christianisme »(80)[80], pour absurde qu'il soit, est une réalité indéniable. À quelques différences régionales près, les grandes lignes sont les mêmes à l'est, comme à l'ouest, au nord, comme au sud : neutralité de l'État (donc, séparation de l'Église et de l'État), droits de l'homme et démocratie, liberté religieuse, pluralisme échevelé. Objectifs socialistes partout répandus avec zèle comme une religion. Une nouvelle religion universelle, qui détrône la vraie religion universelle, dans la paix de ceux qui tuent l'âme sans tuer le corps, et qui tueront le corps après avoir tué l'âme. Et qui tuent déjà le corps des petits à naître après avoir tué l'âme de leur mère, sous la protection et la bénédiction de l'État.

Selon l'abbé de Nantes, dans un commentaire sur la Révélation de Tuy, l'athéisme est plus que jamais partout répandu, imposé par des manières plus médiatiques que sanglantes ; il peut même se dissimuler sous des apparences religieuses, mais l'apostasie qui ravage le monde chrétien témoigne que cet athéisme pratique n'est pas moins efficace ni totalitaire que celui engendré par le bolchevisme. Dès lors, les conditions affreuses dans lesquelles sont mortes les dizaines de millions de victimes du communisme sont devenues le saisissant rappel des souffrances des pauvres âmes qui iront en Enfer, victimes de la molle apostasie.

De tout ce qui précède, et de l'expérience que les pays anciennement catholiques vivent aujourd'hui avec, notamment, la laïcisation de toutes leurs institutions et les lois impies que les gouvernements dits démocratiques imposent telles une religion, nous n'avons pas d'autre choix que de conclure que c'est le monde entier qui a été infecté par les erreurs de la Russie, et que pas un pays, certainement pas un pays occidental, n'a échappé à la contagion socialiste. Qu'aurait donc pu faire une Pologne soucieuse de sa catholicité en pareilles circonstances sans l'appui d'autres pays catholiques, sans l'appui d'une doctrine catholique sûre sur le plan social et politique, d'une doctrine qui ne soit pas agrémentée au goût du jour démocratique ?

Autant de raisons qui nous font demander plus instamment que jamais la consécration de la Russie au Cœur immaculé de Marie. Avec la prière en faveur de la restauration de l'ordre chrétien, devoir de vigilance constante, car :

"Les dirigeants politiques de la nouvelle génération découvriront que le conditionnement des esprits dès la petite enfance et la narco-hypnose sont plus efficaces comme instruments de gouvernement que la matraque et la prison, et que l'on peut étancher sa soif de pouvoir aussi bien en convaincant la population d'aimer son état de servitude qu'en la forçant à l'obéissance."

Aldous Huxley dans une lettre à George Orwell, 21 octobre 1949

Et sans nous décourager, reprenons les mots de l'abbé Arminjon qui disait, dans ses conférences de 1881, que « ce qui nous donne l'espérance d'une nouvelle ère glorieuse pour l'Église, c'est précisément l'audace et la rage sans cesse renaissante de nos ennemis. De nos jours, on attaque le Christianisme partout : dans les arts, dans les sciences, dans l'Église et dans l'État, en Europe comme en Asie, dans l'ancien et le nouveau monde. C'est le signe certain qu'il triomphera partout et en tout lieu. »(81)[81]

                                                                       Edward Kowalski

                                                           Canada - Pentecôte 2011

 

 

[1]1 Dom Prosper Guéranger, Le sens chrétien de l'histoire, 21 février, 21 mars, 11 avril et 25 avril 1858. En vente à l'AFS.

Le pape Benoît XVI dans son allocution du 13 mai 2010 aux pèlerins réunis à Fatima à l'occasion de sa visite au Portugal. http://storico.radiovaticana.org/fr1/storico/2010-05/392570_la_mission_prophetique_de_fatima_n_est_pas_terminee.html

[3] 3 Évidemment, et il ne faut pas s'en étonner, la presse grand public ne s'arrête pas vraiment aux persécutions religieuses qui ont pourtant court encore dans des pays comme la Chine et qui ne feraient pas honte à Staline lui-même. Il y aurait certainement lieu de s'interroger sur l'absence éloquente d'interventions publiques de nos politiques en faveur de l'Église catholique clandestine en Chine.

[4]4 Après la mort du staliniste Bierut en 1956, Wladysław Gomułka devient premier secrétaire du Parti ouvrier unifié polonais - POUP (communiste). La Pologne connaîtra alors un certain répit, surnommé le Dégel de Gomulka ou voie polonaise vers le socialisme. Mais sous la pression des Soviétiques, les persécutions reprennent au début des années 1960. Ce sera ensuite l'ère Gierek de 1970 à 1980. Edward Gierek fera la promotion de réformes économiques, soutenues à grand renfort de prêts occidentaux. Ses bonnes relations avec Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schmidt semblent lui avoir servi de garantie. Il sera déposé par le général Jaruzelski en 1980 et deviendra le bouc émissaire de la piètre situation économique du pays, fruit, vraisemblablement, de ses politiques d'emprunt échevelées.

[5]5 Dès 1955, l'Occident était au courant du plan en question : « Et à la place [du catholicisme], on voudrait insérer un impossible syncrétisme christiano-marxiste, destructeur de toute vraie spiritualité », Osservatore Romano du 5 juillet 1955 cité dans Le communisme et l'Église catholique - Le livre rouge de la persécution, p. 266.

[6]6 En effet, dès les années 1980, « le marxisme qui inspirait le communisme, plus vivant que jamais, donne naissance à une nouvelle forme politique : le mondialisme socialiste ». Le Saint Pie, no 175, p. 4.

[7] 7 En outre, le cardinal Newman écrivait au sujet de la Persécution de l'Antichrist : Ainsi, chaque génération de chrétiens devrait se tenir au poste de guet, scrutant l'horizon, scrutant toujours plus intensément, à mesure que le temps s'écoule. (So that every generation of Christians should be on the watch-tower, looking out, -nay, the more and more, as time goes on, cité dans http://www.conventhill.com/endtimes/newman4.htm)

[8] 8 Ce qui suit est tiré de http://www.crc-resurrection.org/Contre-Reforme_ et de Le Saint Pie, no 175, juin 2009, p. 3.catholique/Fatima/Apparition_Tuy.php

[9] 9 Refus global, mouvement artistique québécois dont le manifeste a été publié en 1948, considéré comme un précurseur de la Révolution tranquille qui a suivi au Québec une quinzaine d'années plus tard.

[10]10 Les erreurs de la Russie - L'école de Francfort et son influence en Occident, Forum l'Arche de Marie, août 2010.

[11] 11Jacques Chirac, « Non à une loi morale qui primerait la loi civile », in Journal du Dimanche, 2 avril 1995.

[12]12 Après avoir pris connaissance des écrits d'Anatoliy Golitsyn, New Lies for Old et The Perestroika Deception notamment, le député conservateur britannique Christopher Gill a mis en garde la Chambre des communes contre une interprétation naïve des événements récents (1991) concernant l'URSS et l'idée d'une Europe unie : It stretches credulity to it's absolute bounds to think that overnight all those who were communists will suddenly adopt a new philosophy and belief, with the result that everything will be different. I use this opportunity to warn the House and the country that this is not the truth... Every time the House adopts one of these collective agreements, not least treaties agreed by the collective of the European Union, it contributes to the furtherance of the Russian strategy, House of Commons Hansard, for June 1995, column 370. [Il faudrait pousser la crédulité à ses extrêmes limites pour penser que, du jour au lendemain, tous les communistes adopteraient une philosophie et des croyances nouvelles, avec pour résultat que tout changerait d'un coup. Je tiens à mettre la Chambre et le pays en garde contre pareil mensonge... Chaque fois que la Chambre adopte un de ces accords collectifs, et les traités avec l'Union européenne n'étant pas des moindres, elle contribue au progrès de la stratégie russe. Journal des débats de la Chambre des communes pour juin 1995, colonne 370.]

[13]13 Perestroïka, Mikhaïl Gorbatchev, Flammarion, Paris, 1987.

[14]14 http://www.wirtualnafrancja.com/histoire/pologne-18.php

[15]15 Histoire de la Pologne communiste - autopsie d'une imposture, Pierre Bühler, Éditions Khartala, 1997, p. 77.

[16]16 Le Parti communiste polonais (Komunystyczna Partia Polski - KPP) est un parti de l'entre-deux guerres. Il est fondé par Rosa Luxemburg et Leo Jogiches et réunit le Parti social-démocrate et l'aile gauche du Parti socialiste polonais (PPS), dont faisait partie Piłsudski mais avec lequel il s'était brouillé en 1906. Le socialisme et le communisme en Pologne seront véhiculés par différents organes qui, selon les circonstances, tantôt s'uniront, tantôt s'opposeront (habituellement, selon la division classique trotskiste-staliniste).

[17]17 Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, Albert Galter, Fleurus, 1956, p. 235.

[18]18 Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, Albert Galter, Fleurus, 1956, p. 239. Nous signalons au lecteur que ces lignes directrices correspondent assez à celles que suivent tous les gouvernements démocratiques occidentaux actuellement en place.

[19]19 Extrait de la lettre citée en partie dans Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, Albert Galter, Fleurus, 1956, p. 240 : « Il nous est donné de constater des faits qui sont en contradiction flagrante avec la dignité de la morale catholique. Ils sont si nombreux qu'il nous est interdit de ne pas penser à une lutte occulte et intentionnellement dirigée contre Dieu et contre l'Église... »

[20]20 Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, Albert Galter, Fleurus, 1956, p. 240-241.

[21]21 Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, Albert Galter, Fleurus, 1956, p. 242.

[22]22 Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, Albert Galter, Fleurus, 1956, p. 243.

[23]23 Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, Albert Galter, Fleurus, 1956, p. 248. Les prêtres patriotes joueront un rôle important dans la propagation d'idées progressistes à partir du milieu des années 1950, non seulement en Pologne, mais dans le monde entier. Lire plus loin Vecteurs de la propagande communiste - PAX et les prêtres patriotes, p. 27.

[24]24 Ces journaux furent de nouveau autorisés, puis suspendus à plusieurs reprises. Voir aussi plus loin Vecteurs de la propagande communiste - La fausse presse catholique de Pologne, p. 24.

[25]25 Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, Albert Galter, Fleurus, 1956, p. 248, note 36.

[26]26 Pour le texte complet de l'Accord, consulter Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, Albert Galter, Fleurus, 1956, p. 250, 251 et 252.

[27]27 Université fondée en juillet 1918 et placée sous le patronage du Sacré-Cœur de Jésus, connue sous le nom d'Université catholique de Lublin. En août 1944, au sortir de la Seconde Guerre mondiale alors que les Allemands sont encore à Varsovie, des représentants du régime communiste et de l'Armée Rouge « l'inaugurent », après le hiatus de la guerre, et la placent sous haute surveillance. Lire plus loin Vecteurs de la propagande communiste - KUL et ATK, p. 30.

[28]28 La faculté de théologie de l'Université catholique de Lublin est la seule des facultés de théologie de Pologne à être autorisée par le régime communiste, avec l'Académie de théologie catholique [Akademia Teologii Katolickiej], soustraite à l'autorité de l'Église, et fondée à Bielany en 1954 par les autorités communistes, sous la direction du Rév. Père Czuj, homme d'absolue confiance du régime. Placée sous haute surveillance par les agents du gouvernement, l'Université catholique de Lublin verra s'adjoindre en 1954 cinq prêtres patriotes imposés par les agents communistes. NCWC News Service du 26 octobre 1954, cité dans Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, p. 264. Lire plus loin Vecteurs de la propagande communiste - KUL et ATK, p. 30.

[29]29 La fermeture de ces facultés de théologie est confirmée le 17 octobre 1954 dans l'Osservatore Romano. Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, p. 264, note 30.

[30]30 Pétition d'inspiration communiste contre l'armement nucléaire.

[31]31 Décret publié dans le Journal officiel de la République populaire de Pologne, le 10 février 1953. Le texte du décret est cité intégralement dans Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, p. 260-261.

[32]32 http://www.michal.md4.pl/Poradowski_ks_Michal/a_michal.htm

[33]33 Histoire de la Pologne communiste - autopsie d'une imposture, Pierre Bühler, Éditions Khartala, 1997, p. 365.

[34]34 Histoire de la Pologne communiste - autopsie d'une imposture, Pierre Bühler, Éditions Khartala, 1997, p. 364.

[35]35 Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, Albert Galter, Fleurus, 1956, p. 266.

[36]36 Cité dans Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, Albert Galter, Fleurus, 1956, p. 266, note 54.

[37]37 Zagadnenia istotne, ouvrage de Bolesław Piasecki, directeur de l'association pro-communiste Pax, est mis à l'Index la même année. Voir http://tygodnik2003-2007.onet.pl/1547,1379972,dzial.html par Krzysztof Kozłowski, témoin direct des multiples transformations de Tygodnik Powszechny.

[38]38 La Croix, 17 mai 1956, cité dans Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, p. 27, note 2.

[39]39 Krzysztof Kozłowski, témoin direct des multiples métamorphoses de Tygodnik Powszechny, raconte les péripéties des années 1953 à 1956 dans un article en langue originale polonaise, Odwilż na Wiślnej, à : http://tygodnik2003-2007.onet.pl/1547,1379972,dzial.html. Les communistes « approuvent » le redémarrage de l'hebdomadaire avec l'équipe originale, mais y imposent progressivement des représentants de l'association pro-communiste Pax ou des personnes proches de Pax ou des mouvements progressistes comme ZNAK, notamment Tadeusz Nowak. Voir aussi plus loin Intellectuels et hommes politiques, p. 36.

[40]40 Histoire de la Pologne communiste - Autopsie d'une imposture, Pierre Bühler, Karthala, 1997, p. 283.

[41]41 Histoire de la Pologne communiste - Autopsie d'une imposture, Pierre Bühler, Karthala, 1997, p. 283.

[42]42 Ibidem, p. 283.

[43]43 Ibidem, p. 283.

[44]44 Ibidem, p. 284.

[45]45 NCWC News Service du 26 octobre 1954, cité dans Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, p. 264. De plus, des recherches dans les archives de l'Université catholique de Lublin confirment la présence des cinq nouveaux professeurs pour l'année civile 1954, professeurs qui ne sont pas nommés dans lesdites archives. Le Księga Jubileuszowa na 50-lecie KUL, publié en 1968 par la maison d'édition officielle du régime (PKWN) pour le cinquantième anniversaire de sa fondation, cite en effet l'embauche de deux nouveaux professeurs pour l'année 1953-1954 et de trois nouveaux professeurs pour l'année 1954-1955, donc cinq au total pour l'année civile 1954, qui chevauche les deux années du calendrier scolaire.

[46]46 Histoire de la Pologne communiste - Autopsie d'une imposture, Pierre Bühler, Karthala, 1997, p. 284.

[47]47 Le cas de Tadeusz Mazowiecki est examiné plus loin sous Intellectuels et hommes politiques, p. 36.

[48]48 Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, Albert Galter, Fleurus, Paris, p. 264.

[49]49 1956 : l'Octobre polonais, sous la direction d'Arnaud Léonard, Lycée français de Varsovie, 2006, p. 3.

[50]50 Osservatore Romano du 3 juillet 1955, cité dans Le communisme et l'Église catholique, le livre rouge de la persécution, p. 266.

51[51]51 En avril 2008, Stefan Szaciłowski, metteur en scène de théâtre, écrit une lettre au recteur de KUL, Stanisław Wilk, pour protester contre la remise de ce prix à l'évêque Wielgus, retournant sous pli le diplôme qui lui (à Stefan Szaciłowski) avait été conféré par l'université. Voir http://www.dziennik wschodni.pl/apps/pbcs.dll/article?AID=/20080425/LUBLIN/980828419

[52]52 Les protestants, Jean-Marie Mayeur et Yves-Marie Hilaire, sous la direction d'André Encrevé, Éditions Beauchesne, 1993, p. 454.

[53]53 Andrzej Gwiazda, http://andrzejgwiazda.pl. Dans diverses interviews, il évoque la première Solidarité - celle d'Anna Walentynowicz et à laquelle il s'était associé, et la deuxième Solidarité - qui aurait été récupérée par une élite peu soucieuse, selon lui, du bien véritable de la nation.

[54]54 Voir plus loin Intellectuels et hommes politiques, p. 36.

[55]55 Voir plus loin Cinéma, p. 40, le cas d'exception que représente l'article de Lisa DiCaprio. Précisons qu'il s'agissait d'un article d'une revue spécialisée, et non de la presse grand public.

[56]57 L'abbé Alojzy Orszulik est sacré évêque par le cardinal Glemp le 8 décembre 1989.

[57]58 Bronisław Geremek raconte : « Au cours des années allant de l'instauration de l'état de guerre au début des pourparlers de la table ronde (voir plus loin Les rencontres de la Magdalenka et de la Table ronde), parmi l'élite polonaise mais également dans l'Église polonaise, l'opinion dominante était qu'il fallait clore le chapitre Solidarité. Le pape (Jean-Paul II) ne l'a jamais fermé. » La rupture - La Pologne du communisme à la démocratie, Bronisław Geremek, Seuil, Paris, 1991, p. 161. Cette remarque est fort étonnante de la part de M. Geremek, car, si Solidarité était la solution idéale pour l'Église, comme on a bien voulu nous le faire croire, pourquoi une « opinion dominante » dans l'Église polonaise aurait-elle été contre le syndicat polonais ? Bronisław Geremek n'indique pas dans ce passage s'il inclut dans l'« opinion dominante » des prêtres patriotes et communistes qui seraient contre un fléchissement de la position des communistes à l'égard de la population, ou s'il inclut des ecclésiastiques qui, nombreux à être avertis, se méfiaient des membres de Solidarité, socialisants ou toujours socialistes...

[58]59 Voir plus loin Intellectuels et hommes politiques, p. 36.

[59]60 Voir plus loin Intellectuels et hommes politiques, p. 36.

[60]61 La rupture - La Pologne du communisme à la démocratie, Bronisław Geremek, Seuil, Paris, 1991, p. 16.

[61]62 POUP : parti ouvrier unifié polonais (voir page 14 ci-dessus).

[62]63 La rupture - La Pologne du communisme à la démocratie, Bronisław Geremek, Seuil, Paris, 1991, p. 7.

[63]64 La rupture - La Pologne du communisme à la démocratie, Bronisław Geremek, Seuil, Paris, 1991, p. 10.

[64]65 Histoire de la Pologne communiste - autopsie d'une imposture, Pierre Bühler, Karthala, Paris, 1997, p. 19.

[65]66 Histoire de la Pologne communiste - autopsie d'une imposture, Pierre Bühler, Karthala, Paris, 1997, p. 485.

[66]67 Ou 1955; l'année où il a quitté PAX varie selon les sources.

[67]68 C'est la maison d'édition de ZNAK qui publiera en 1962 la deuxième édition du livre Amour et responsabilité par Karol Wojtyła. La première édition est publiée par les Presses de KUL en 1960.

[68]69 La rupture - La Pologne du communisme à la démocratie, Bronisław Geremek, Seuil, Paris, 1991, p. 105.

[69]70 La rupture - La Pologne du communisme à la démocratie, Bronisław Geremek, Seuil, Paris, 1991, p. 105.

[70]71 La rupture - La Pologne du communisme à la démocratie, Bronisław Geremek, Seuil, Paris, 1991, p. 105.

[71]72 La rupture - La Pologne du communisme à la démocratie, Bronisław Geremek, Seuil, Paris, 1991, p. 104.

[72]73 La rupture - La Pologne du communisme à la démocratie, Bronisław Geremek, Seuil, Paris, 1991, p. 105.

[73]74 La rupture - La Pologne du communisme à la démocratie, Bronisław Geremek, Seuil, Paris, 1991, p. 18.

[74]75 En janvier 2007, le nouvel archevêque de Varsovie, Stanisław Wielgus, avoue avoir été collaborateur de la police secrète communiste en Pologne. En mai 2007, la Cour constitutionnelle polonaise invalide la plupart des dispositions de la loi de lustration proposée par les frères Kaczyński, président et premier ministre de l'époque, qui obligeaient les intellectuels polonais à déclarer s'ils avaient ou non collaboré avec la police secrète à l'époque du communisme. La plupart des Polonais concernés ont attendu la décision de la Cour constitutionnelle avant de renvoyer le formulaire à l'Institut de la mémoire nationale qui gère les archives de l'ancienne police secrète.

[75]76 http://www.osaarchivum.org/files/holdings/300/8/3/text/38-3-121.shtml

[76]77 Andrzej Wajda, l'homme d'images dans La Croix, 17 février 2010. http://www.la-croix.com/Culture-Loisirs/Culture/Actualite/Andrzej-Wajda-l-homme-d-images-_NG_-2010-02-17-547021

[77]78 Man of Marble, Man of Iron - Polish Film and Politics, par Lisa DiCaprio, dans Jump Cut, n27, juillet 1982, p. 7-12 http://www.ejumpcut.org/archive/onlinessays/JC27folder/ManMarbleIron.html

[78]79 Il faut distinguer les meneurs du mouvement Solidarité, qui pour certains savaient ce qu'ils faisaient, des personnes de bonne foi qui ont cru, peut-être un peu naïvement, au retour en force d'une vie publique axée sur la catholicité. Cela étant dit, force est de constater que la notion de catholicité progresse rapidement en Pologne ces dernières années autour surtout du mouvement traditionnaliste.

[79]80 Mot attribué à Lénine.

[80]81 Plan annoncé, comme nous l'avons vu déjà, dans l'Osservatore Romano du 3 juillet 1955. Voir notes 5, 36 et 48.

[81]82 Fin du monde présent - mystères de la vie future, abbé Arminjon, ESR, 2007 (première édition en 1881), Cadillac.

 


 
Una Voce France
Boutique en ligne Una Voce: on y trouve le meilleur du chant grégorien !