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Un siècle de modernisme

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Un siècle de modernisme

 

1907 - 2007

SOMMAIRE

INTRODUCTION - SOURCES                                                                                   

I - LE MODERNISME DU TEMPS DE SAINT PIE X                                                

  • Climat général dans l'Église à la fin du pontificat de Léon XIII
  • Le système moderniste
  • Le tour d'esprit moderniste
  • Bases philosophiques du modernisme
  • Le modernisme en théologie
  • Modes d'argumentation des modernistes
  • Comportement et méthodes des modernistes
  • La contre-attaque de saint Pie X

II - LE NÉO-MODERNISME DU TEMPS DE PIE XII                                                

  • Climat général dans l'Église dans les années 1945-1958
  • Comment a été obtenu l'affaiblissement des milieux traditionnels
  • Doctrines néo-modernistes des années 1945-1958
  • La perte du sens de la vérité
  • Comportement et méthodes des néo modernistes                          
  • La contre-attaque de Pie XII: l'encyclique Humani generis 24

III - LE NÉO-MODERNISME DE L'ÉPOQUE CONCILIAIRE ET POST-CONCILIAIRE                                                                                                 

  • Raisons du succès du néo-modernisme
  • Le tour d'esprit néo-moderniste
  • Erreurs philosophiques du néo-modernisme se rattachant à celles du modernisme
  • Erreurs théologiques du néo-modernisme se rattachant à celle du modernisme
  • Modes d'argumentation des néo-modernistes
  • Comportement et méthodes des néo-modernistes
  • Le néo-modernisme en 2007

CONCLUSION    

                                                                                                          

Peut-on parler de survivance du modernisme en l'an 2007 ?

L'erreur moderniste, très répandue au début du vingtième siècle n'a-t-elle pas disparu depuis ? Telle est l'opinion courante sur le sujet.

Et, pourtant, les faits sont là qui ne s'accordent pas avec l'opinion précitée. Dès qu'on étudie les erreurs contemporaines, on voit presque toujours apparaître des racines modernistes. Le modernisme imprègne, entre autres, la nouvelle exégèse,[1] la nouvelle catéchèse,[2] la nouvelle théologie[3] (système fondé sur la non gratuité de l'ordre surnaturel). [4]4

Autre exemple illustrant la permanence du modernisme. Dans la déclaration Dominus Jésus du 6 août 2000, le cardinal Ratzinger, à propos des "théories relativistes qui entendent justifier le pluralisme religieux", précise ceci :

Ces théories s'appuient sur certains présupposés de nature philosophique ou théologique qui rendent difficiles la compréhension et l'accueil de la vérité révélée. On en signalera quelques-uns : la conviction que la vérité sur Dieu est insaisissable et ineffable, même par la révélation chrétienne ; l'attitude relativiste vis-à-vis de la vérité (...) ; le subjectivisme de qui, tenant la raison comme seule source de connaissance, devient « incapable d'élever son regard vers le haut pour oser atteindre la vérité de l'être ».

Le mot ‘modernisme' n'est pas utilisé. Mais les présupposés signalés par le cardinal constituent des éléments caractéristiques du modernisme des années 1900, celui qui fut condamné par saint Pie X. [5]

Dans ces conditions, restent pleinement valables aujourd'hui les diagnostics sur le modernisme posés, il y a une trentaine d'années, par Jacques Maritain et Paul VI. Dans son livre Le paysan de la Garonne, édité en 1966, Jacques Maritain parle (page 16) de la fièvre néo-moderniste fort contagieuse, du moins dans les cercles dits "intellectuels", auprès de laquelle le modernisme du temps de Pie X n'était qu'un modeste rhume des foins.

En 1972, évoquant « des erreurs qui pourraient ruiner complètement notre conception chrétienne de la vie et de l'histoire », Paul VI précisait :

Ces erreurs se sont exprimées d'une façon caractéristique dans le modernisme qui, sous d'autres noms, est encore d'actualité. [6]

Ce système qu'on appelle modernisme - et qui englobe un tour d'esprit général et un ensemble d'erreurs caractérisées - est donc bien vivant aujourd'hui, à un siècle de l'époque où il apparut en force dans l'Église.

Nous nous proposons de le décrire sommairement, en passant en revue ses diverses composantes (tour d'esprit, idées, modes d'argumentation, méthodes, réseaux) à trois époques de son histoire :

  • Le modernisme du temps de saint Pie X (pape de 1903 à 1914) ;
  • Le néo-modernisme du temps de Pie XII (pape de 1939 à 1958) ;
  • Le néo-modernisme de l'époque conciliaire et post-conciliaire.

 

SOURCES

Le présent exposé ne donne que quelques grandes lignes du phénomène étudié. Figurent ci-dessous les titres de quelques-uns des documents qui abordent tel ou tel aspect du sujet d'une manière beaucoup plus approfondie. Ils sont classés en fonction des trois époques envisagées (celles de saint Pie X, de Pie XII, du concile Vatican II et de la période post-conciliaire).

Modernisme du temps de saint Pie X

  • Décret Lamentabili de saint Pie X (3 juillet 1907) ;
  • Encyclique Pascendi de saint Pie X (8 septembre 1907) ;

● Lettre Notre charge apostolique de saint Pie X sur le Sillon (25 août 1910) ;

Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social de l'abbé E. Barbier (1924).

Modernisme du temps de Pie XII

La nouvelle théologie, où va-t-elle ?Article du père Garrigou-Lagrange (1946), reproduit dans le livre La nouvelle théologie mentionné ci-dessous ;

  • Encyclique Humani generis de Pie XII (12 août 1950) ;
  • La crise actuelle du catholicisme français, Jean Calbrette (1959) ;
  • L'intégrisme, histoire d'une histoire, de Jean Madiran (1964) ;
  • Face au modernisme, article de Louis Jugnet (1968).

Modernisme de l'époque conciliaire et post-conciliaire

  • L'hérésie du XXe siècle de Jean Madiran (1968) ;
  • Réclamation au saint père, de JeanMadiran (1974) ;
  • Le concile en question, de Jean Madiran ;
  • Éditoriaux et chroniques (1956-1981), Jean Madiran (1983-1985) ;
  • Gethsémani du cardinal Siri (1981) ;
  • Le Rhin se jette dans le Tibre de RalphWiltgen (1982) ;

• Iota unum de Romano Amerio (1987) ;

  • Lettre ouverte aux catholiques perplexes de Mgr Lefebvre (1987) ;
  • Brève apologie pour l'Église de toujours, père Calmel (1987) ;
  • La nouvelle théologie du Courrier de Rome (1994) ;
  • Trouvera-t-il encore la foi sur terre, Claude Barthe (1996).

Etudes portant sur ces trois époques :

  • Le modernisme hier et aujourd'hui, de F. Desjars - AFS (1989) ;
  • Cent ans de modernisme-Généalogie du concile Vatican II, de l'abbé Dominique Bourmaud - édit. Clovis (2003) ;
  • Face au modernisme, article de Louis Jugnet (1968) ;
  • Des modernistes aujourd'hui, numéro 179 (sept-oct. 2007) de Fideliter.

Liste à compléter par diverses brochures figurant sous la rubrique « Crise dans l'Eglise » du catalogue AFS et divers articles des revues Pensées catholique, Itinéraires, Courrier de Rome, Fideliter et Sel de la terre.

 

I - LEMODERNISME DU TEMPS DE SAINT PIE X [7]

  • Climat général dans l'Église à la fin du pontificat de Léon XIII

En 1903, Léon XIII meurt. Il était pape depuis 25 ans. Son pontificat avait été marqué par un contraste assez étonnant entre :

- un enseignement très ferme, rappelant et renforçant les condamnations précédentes du magistère de l'Église sur le libéralisme ;

- un gouvernement qui poussa très loin la conciliation avec les pouvoirs politiques libéraux et s'opposa fréquemment à ceux qui prenaient au sérieux son enseignement sur le libéralisme.[8]

D'où une situation dans l'Église qui a été ainsi caractérisée par Louis Jugnet :

Tout le monde, aujourd'hui, sait à quel point, malgré la saine et profonde doctrine si magnifiquement illustrée par Léon XIII, la fin de son pontificat fut marquée par la montée des idées fausses dans l'Église, en Allemagne, en France, en Angleterre, en Italie. Il n'est que de lire les Mémoires de Loisy[9]pour voir combien la philosophie, la théologie, l'histoire, l'exégèse, la discipline ecclésiastique et la pensée politico-sociale étaient imprégnées par les erreurs à la mode.

Mais, grâce à ce que Loisy nomme, par un ravissant euphémisme, « une puissante force d'opinion et de vérité », désignant par là des groupes de pression très influents (saint Pie X parlera plus tard de « clandestinum foedus », fédération clandestine), ayant leurs ramifications partout, dans les séminaires, dans les Facultés catholiques, dans l'Épiscopat, et jusqu'en certains milieux de la Curie, il avait été à peu près impossible d'obtenir du Magistère romain la moindre mesure efficace.[10]

  • Le système moderniste

On appelle modernisme l'ensemble des erreurs auxquelles fait allusion Louis Jugnet ainsi que le mouvement (on pourrait dire l'appareil) qui les soutient.

Les erreurs touchent de multiples aspects de la vie de l'Église et paraissent disparates ; mais elles sont unies par des liens logiques et des principes communs et constituent de ce fait un système (mot

utilisé dans l'encyclique Pascendi au § 5).

Dès le début de son pontificat, saint Pie X attaqua méthodiquement le modernisme et parvint à le faire régresser par des mesures efficaces d'ordre doctrinal et disciplinaire.[11] Dans l'étude sommaire du phénomène moderniste que nous donnons ci-après, nous distinguerons le tour d'esprit, les doctrines, les modes d'argumentation, les méthodes. Nous nous appuierons surtout sur deux documents de saint Pie X : le décret Lamentabili (3 juillet 1907) et l'encyclique Pascendi (8 septembre 1907). [12]

  • Le tour d'esprit moderniste

Le moderniste se caractérise par le souci d'être moderne, autrement dit par l'amour des nouveautés en tous domaines, même dans ceux où la nouveauté n'a pas de raison d'être.

D'où un tour d'esprit ainsi caractérisé par Louis Jugnet :

Mépris agressif du passé et de la tradition, adoration aveugle et irrationnelle du futur, croyance au progrès fatal et continu.[13] le tout se traduisant par une volonté systématique de changement ; rien ne doit être stable, rien ne doit être immuable dans l'Église. (cf. Pascendi N°38)

Pour le moderniste, écrit le père Calmel, ainsi que le nom le dit, la religion est essentiellement moderne. Elle ne domine pas le temps ; elle est immergée tout entière dans les aventures de l'humanité en marche. Pas de révélation, donnée une fois pour toutes, enseignant les mystères divins. Pas de sacrifice ayant mérité la grâce une fois pour toutes. Pas de testament nouveau et éternel. Mais une évolution indéfinie. C'est en ce sens que la religion est dite moderne. [14]

Amour des nouveautés, canonisation du changement, évolution indéfinie... un tel état d'esprit se retrouve tout au long de l'histoire du phénomène moderniste.

  • Bases philosophiques du modernisme

Dans un article comparant le modernisme du temps de saint Pie X et le néo-modernisme du temps de Pie XII, Louis Jugnet[15]écrit :

Si le Modernisme est bien une erreur religieuse, et même « la synthèse de toutes les hérésies », comme le nomme saint Pie X dans Pascendi, sa racine profonde est dans la philosophie : la « falsa philosophia », telle est l'origine empoisonnée dont tout découle.[16]

Fausse philosophie principalement constituée par deux erreurs, portant des noms savants mais simples à définir : l'agnosticisme et l'"immanence vitale" ou immanentisme.

- L'agnosticisme

~ Définition

Erreur selon laquelle la raison ne dépasse pas la connaissance des phénomènes et se trouve donc incapable de saisir l'intelligible dans le sensible.

La raison humaine, enfermée rigoureusement dans le cercle des phénomènes, c'est-à-dire des choses qui apparaissent - et telles précisément qu'elles apparaissent - n'a ni la faculté ni le droit d'en franchir les limites. (Pascendi, § 6)

~ Conséquences

Du fait de leur agnosticisme, les modernistes :

- déprécient l'élan réaliste de l'intelligence ;

- déprécient systématiquement la connaissance intellectuelle ;

- en arrivent à ruiner la notion de vérité.

Ils font ainsi preuve d'un nominalisme radical (le nominalisme est la théorie selon laquelle les idées ne sont que des productions arbitraires de l'esprit sans rapport avec la réalité).

Aveugles et conducteurs d'aveugles, dira saint Pie X, qui, enflés d'une science orgueilleuse, en sont venus à cette folie de pervertir l'éternelle notion de la vérité. (Pascendi, §14)

~ Analogie avec le protestantisme

Bien avant les modernistes, Luther, lui aussi, avait fait preuve d'un nominalisme radical. Ainsi s'explique la parenté entre protestantisme et modernisme, 17 mouvements qui - comme le remarquait saint Pie X - font évoluer le monde chrétien dans la même direction :

Voilà qui suffit, et surabondamment, pour montrer par combien de routes le modernisme conduit à l'anéantissement de toute religion. Le premier pas fut fait par le protestantisme, le second est fait par le modernisme, le prochain précipitera dans l'athéisme. (Pascendi, § 54)

- L'immanentisme (ou immanence vitale)

~ Définition

Le mot latin « immanens » signifie « restant à l'intérieur de... »

Le vocabulaire de philosophie de Jolivet définit ainsi l'immanentisme (ou théories de l'immanence):

doctrines professant que tout l'ordre moral et religieux doit s'expliquer adéquatement comme un produit spontané de la

conscience humaine.

Parlant de cette caractéristique du modernisme, le cardinal Mercier[17]la présente dans une formule qui mérite d'être retenue par coeur (tant elle trouve d'applications autour de nous) :

Le fond du modernisme est ceci : que l'âme religieuse ne tire d'aucune autre source que d'elle-même l'objet et le motif de sa propre foi[18]

Saint Pie X voyait, dans l'immanentisme, le moteur des doctrines modernistes, leur côté positif (le côté négatif étant constitué par l'agnosticisme).

~ Conséquences

La foi réside dans un certain sentiment intime engendré par le besoin du divin.

Ce sentiment est une révélation, ou tout au moins un début de révélation.

D'où équivalence entre conscience et révélation.

D'où la loi qui érige la conscience religieuse en règle universelle.

Voici les passages de l'encyclique Pascendi où ces points sont développés :

Puisque l'objet de la religion est Dieu, la foi, principe et fondement de toute religion, réside dans un certain sentiment intime engendré lui-même par le besoin du divin (Pascendi, § 7). Dans ce sentiment, ils trouvent donc la foi ; mais aussi, avec la foi et dans la foi, la Révélation (...)

Ce sentiment qui apparaît dans la conscience, et Dieu qui, dans ce sentiment, quoique confusément encore, se manifeste à l'âme, n'est-ce point là une révélation, ou tout au moins un commencement de révélation ? (...).

De là, Vénérables Frères, cette doctrine absurde des modernistes, que toute religion est à la fois naturelle et surnaturelle, selon le point de vue. De là, l'équivalence entre la conscience et la Révélation. De là, enfin, la loi qui érige la conscience religieuse en règle universelle, entièrement de pair avec la Révélation, et à laquelle tout doit s'assujettir, jusqu'à l'autorité suprême dans sa triple manifestation, doctrinale, culturelle, disciplinaire. (Pascendi, § 8)

~ Analogie avec le protestantisme

On trouvera là encore de saisissantes analogies avec le protestantisme (issu du libre examen), ainsi qu'avec les théories de Kant et de Rousseau (qui font, de la conscience, le critère suprême de la morale)...[19] et avec ce qu'enseignent nos modernes parcours catéchétiques.

~ De l'immanence vitale au panthéisme

Ce cheminement est ainsi décrit dans Pascendi :

Le philosophe disait : « le principe de la foi est immanent » ; le croyant ajoutait : « Ce principe est Dieu » ; le théologien conclut : « Dieu est donc immanent dans l'homme ». Immanence théologique. (Pascendi, § 21)

L'encyclique Pascendi (§ 22) distingue les trois sens du mot immanence dans la pensée des modernistes :

1) Dieu est plus présent à l'homme que l'homme n'est présent à lui-même ; ce qui, sainement compris, est irréprochable.

2) L'action de Dieu en nous ne fait qu'un avec l'action de la nature : ruine de l'ordre surnaturel. [20]

3) Dieu se confond avec sa créature : panthéisme.

  • Le modernisme en théologie

Viennent d'être vues deux conséquences théologiques de l'erreur philosophique de l'immanence vitale :

- la tendance au panthéisme,

- la confusion naturel/surnaturel.

L'encyclique Pascendi insiste sur celle-ci, au chapitre sur l'apologiste moderniste [21]: II se rencontre des catholiques qui, répudiant l'immanence comme doctrine, l'emploient néanmoins comme méthode d'apologétique ; qui le font avec si peu de retenue qu'ils paraissent admettre dans la nature humaine, au regard de l'ordre surnaturel, non pas seulement une capacité et une convenance - choses que, de tout temps, les apologistes catholiques ont eu soin de mettre en relief - mais une vraie et rigoureuse exigence. (Pascendi, § 51)

Si le surnaturel est exigé par la nature, il devient naturel...

La confusion naturel/surnaturel est la base de ce qu'on appelle aujourd'hui la nouvelle théologie dont le principal protagoniste fut le père (devenu cardinal) de Lubac. [22]

Le modernisme véhicule bien d'autres erreurs théologiques. Nous présentons ci-dessous, sous forme de tableau, quelques définitions modernistes qui constituent autant d'erreurs :

Foi .......................... Perception du Dieu immanent

Dogme.................Réflexion de l'intelligence sur le Dieu immanent

Sacrements....... Répondent au besoin de donner à la religion un « corps sensible »

Écriture .............. Recueil des expériences faites par les croyants

Église................ Répond au besoin social des hommes, est le fruit de la conscience collective

Autorité ecclésiastique... Produit vital de l'Eglise, dérive de la communauté des fidèles

Église et État.... Etrangers l'un à l'autre à raison de la diversité des fins : d'où séparation

(Pour plus de développements, voir le chapitre «Le théologien moderniste» de Pascendi).

  • Modes d'argumentation des modernistes

- Éviter tout exposé méthodique de la doctrine

Une tactique des modernistes (...), tactique en vérité fort insidieuse, est de ne jamais exposer leurs doctrines méthodiquement et dans leur ensemble, mais de les fragmenter en quelque sorte et de les éparpiller çà et là, ce qui prête à les faire juger ondoyants et indécis, quand leurs idées, au contraire, sont parfaitement arrêtées et consistantes. (Pascendi, § 4)

- Mélanger erreurs et vérités

A entendre les modernistes, à les lire, on serait tenté de croire qu'ils tombent en contradiction avec eux-mêmes, qu'ils sont oscillants et incertains. Loin de là : tout est pesé, tout est voulu chez eux, mais à la lumière de ce principe que la foi et la science sont l'une à l'autre étrangères. Telle page de leur ouvrage pourrait être signée par un catholique ; tournez la page, vous croyez lire un rationaliste. Écrivent-ils l'histoire : nulle mention de la divinité de Jésus-Christ ; montent-ils dans la chaire sacrée, ils la proclament hautement. Historiens, il dédaignent Pères et Conciles; catéchistes, ils les citent avec honneur. (Pascendi, § 20)

  • Comportement et méthodes des modernistes

- Agir au sein de l'Église

Avec le modernisme, nous sommes en présence :

d'une révolution dont le but, avoué ou non, est de substituer l'Homme à Dieu en faisant de l'Homme la mesure de toutes choses, et qui, pour la première fois dans l'histoire de l'Église, se déroulait au sein de l'Église elle-même. [23]

Ce qui justifie ce jugement de l'abbé Dominique Bourmaud : le modernisme n'est pas seulement une hérésie ou une apostasie, c'est une cinquième colonne.[24]

- Disposer d'un réseau efficace exerçant une action multiforme

Que ne mettent-ils pas en oeuvre pour se créer de nouveaux partisans ! Ils s'emparent de chaires dans les séminaires, dans les universités, et les transforment en chaires de pestilence. Déguisées peut-être, ils sèment leurs doctrines de la chaire sacrée ; ils les professent ouvertement dans les congrès ; ils les font pénétrer et les mettent en vogue dans les institutions sociales. Sous leur propre nom, sous des pseudonymes, ils publient livres, journaux, revues. Le même multipliera ses pseudonymes, pour mieux tromper, par la multitude simulée des auteurs, le lecteur imprudent. En un mot, action, discours, écrits, il n'est rien qu'ils ne mettent enjeu, et véritablement vous les diriez saisis d'une sorte de frénésie. (Pascendi, § 61)

- Agir comme une société secrète

«Pascendi » parle de "clan moderniste" (§ 60). Le Motu proprio du 1er septembre 1910 est plus explicite : les modernistes, même après que l'Encyclique Pascendi eût levé le masque dont ils se couvraient, n'ont pas abandonné leurs desseins de troubler la paix de l'Église. Ils n'ont pas cessé, en effet, de rechercher et de grouper en une association secrète de nouveaux adeptes.

"Clan moderniste", "association secrète des modernistes" ("clandestinum foedus") : ces expressions désignent ce que Jean Madiran appellera plus tard la "société secrète des modernistes" : [25] une fédération de cercles restreints, faisant pénétrer partout le modernisme et qui se cache plus ou moins ; le degré de clandestinité dépendant de la mesure d'opposition qu'ils rencontrent en haut lieu.

La contre-attaque de saint Pie X

Face à cette erreur multiforme et à son appareil, la première mesure prise sous le pontificat de saint Pie X fut la mise à l'index des principaux ouvrages des chefs de file modernistes français (A. Loisy, A. Houtin, L. Laberthonnière, Ed. Le Roy).

En 1907, des mesures plus générales vinrent compléter cette action :

- décret Lamentabili du 3-4 juillet 1907 ;

- encyclique Pascendi du 8 septembre 1907.

A cette forme de libéralisme catholique imprégnée de philosophie moderniste que fut le mouvement du Sillon fut consacrée la lettre Notre charge apostolique du 25 août 1910.[26]

Le 1er septembre 1910 fut publié le Serment antimoderniste que devait prêter tout candidat à l'ordination, serment qui resta obligatoire jusqu'à l'époque du concile Vatican II.

Au moment de la mort de saint Pie X, en 1914, ces diverses mesures avaient commencé à porter leurs fruits ; le réseau moderniste, sérieusement et efficacement combattu par les autorités romaines et de nombreux évêques, fut contraint à se cacher et à se comporter comme un courant souterrain prêt à refaire surface à la première occasion favorable.

Sur l'action de saint Pie X, le cardinal Mercier a porté, en 1915, le jugement suivant : si, à la naissance de Luther et de Calvin, l'Église eut possédé des Pontifes de la trempe de Pie X, la Réforme eut-elle détaché de Rome le tiers de l'Europe chrétienne ? Pie X... a sauvé la chrétienté du péril immense du Modernisme, c'est-à-dire non d'une hérésie, mais de toutes les hérésies à la fois. [27]

Nous avons insisté sur le modernisme du temps de saint Pie X, car il constitue la première forme d'un système d'idées et de méthodes qui réapparaîtra après la guerre de 1914-18 pour triompher aujourd'hui.

 

II - LE NÉO-MODERNISME DU TEMPS DE PIE XII

Vigoureusement combattu par saint Pie X, le modernisme poursuivit ses activités de façon discrète. Il reparut en force à l'occasion de l'affaire d'Action française (1926). Il profita de la passion pour les nouveautés qui caractérisa la période de l'immédiate après-guerre de 1940-45 pour renforcer ses positions ; de là naquit le mouvement d'idées qui fut appelé néo-modernisme.

  • Climat général des années 1945-1958

II est marqué par :

- la pénétration accrue en milieu catholique d'idées protestantes et d'idées marxistes, pénétration facilitée par la double victoire sur l'Allemagne des États-Unis et de l'URSS.

- l'affaiblissement des milieux catholiques traditionnels résultant d'une double épuration, celle (d'origine ecclésiastique) qui suivit la condamnation de l'Action française en 1926[28] et celle (d'origine politique) qui accompagna la libération de 1944-45.

- une certaine dégradation intellectuelle des milieux catholiques dirigeants, permettant le succès de systèmes sans consistance comme celui de Teilhard de Chardin.[29]

  • Comment a été obtenu l'affaiblissement des milieux catholiques traditionnels

C'est principalement par voie ecclésiastique, en les discréditant par une condamnation arbitraire, que cet affaiblissement a été obtenu dans les années qui précédèrent le pontificat de Pie XII. (pape de 1939 à 1958)

II s'agit là d'une méthode classique que les modernistes ont utilisée dans le cas ici évoqué (affaire d'Action française de 1926) et à plusieurs reprises ultérieurement (en 1962, pour la Cité catholique, en 1966 pour Itinéraires, en 1969 pour l'abbé de Nantes) :

Les condamnations arbitraires de cette sorte n'ont jamais été gratuites. Elles ont servi chaque fois, on s'en rend compte après coup, à préparer les voies d'une offensive moderniste bien déterminée. La condamnation de l'Action française en 1926 servit à l'installation d'une Action catholique en forme de sociétés de pensée, maçonnisation des structures temporelles chrétiennes. En 1962, pour ouvrir les portes à la machination conciliaire, ce fut la campagne mondiale contre la Cité catholique avec le mot d'ordre universellement repris : « Les intégristes sont les pires ennemis de l'Église, plus dangereux que les communistes ». C'était le retournement haineux et revanchard de la sentence de saint Pie X sur les modernistes, pires ennemis de l'Église. Ce retournement contenait en substance l'ouverture au monde, l'ouverture à gauche, le modernisme à la place de la tradition, le compromis historique avec le communisme. En 1966, pour inaugurer l'ère post-conciliaire et préparer la suppression du catéchisme, c'était la condamnation d'Itinéraires par l'épiscopat français. Durant l'été 1969, alors que se préparait une remontrance des cardinaux et que l'on supputait les moyens qu'il faudrait prendre pour que ne soit pas interrompue la célébration de la messe traditionnelle, la ″disqualification″ de l'abbé de Nantes venait faire une diversion analogue aux précédents de 1966, de 1962, de 1926, cherchant une fois de plus à fixer  les fidèles sur  la défense des  personnes injustement attaquées, pendant que se combinaient ailleurs les mauvais coups essentiels[30]

On sait les résultats obtenus par ces condamnations arbitraires :

- affaiblir le milieu traditionnel en tentant de le disloquer ;

- épurer (si la chose n'a pas encore été faite) - ou tout au moins neutraliser - les personnes ayant des postes d'influence et qui seraient hostiles au modernisme ;

- opérer une diversion « en cherchant à fixer les fidèles sur la défense des personnes injustement attaquées pendant que se combinaient ailleurs les mauvais coups essentiels ».

Tel fut le cas pour la condamnation de l'Action française en 1926. Dans les années 1927-1930, beaucoup d'hommes d'Église fondamentalement antimodernistes ont été écartés des postes de responsabilité à l'occasion de cette affaire (citons par exemple le cardinal Billot et l'abbé Le Floch, directeur du séminaire français de Rome). Les postes ainsi libérés ont été le plus souvent occupés par des modernistes.

Par ailleurs, à partir de 1927, la réaction antimoderniste (sur le plan religieux) et contre-révolutionnaire (sur le plan politique) s'affaiblit. Si bien que Jean Calbrette, dans son livre « la crise actuelle du catholicisme français » (page 29), a pu écrire avec preuves à l'appui :

De même que l'affaire Dreyfus a déchiré la France, l'affaire d'Action Française disloque le catholicisme. Il en résulte ce que Dansette appelle avec fierté un "second ralliement" - au démocratisme.

Ralliement au démocratisme, autrement dit aux idées qui avaient été condamnées par saint Pie X dans sa lettre sur le Sillon du 25 août 1910.

  • Les doctrines néo-modernistes des années 1945-1958

Elles se sont développées sous l'influence :

- du vieux courant moderniste, toujours vivant ;

- du climat général des années d'après la guerre de 1940-45 ;

- de penseurs nouveaux comme le père de Lubac, le père Teilhard de Chardin, Emmanuel Mounier...

D'où un système - appelé néo-modernisme - comportant des erreurs en philosophie, théologie, exégèse, entraînant d'autres erreurs sur la liturgie, le sacerdoce, le Magistère ; système qui facilita la diffusion des idées marxistes en milieu catholique.

On y trouve les tendances qui avaient marqué le modernisme du début du siècle, en particulier :

- une passion pour les nouveautés ;

- le mépris de la philosophie scolastique et la promotion de systèmes philosophiques erronés (idéalisme, immanentisme...) ;

- la confusion naturel/surnaturel (à laquelle le père de Lubac avait donné un nouveau lustre).

La perte du sens de la vérité

C'est à cela qu'aboutit le mépris de la philosophie scolastique signalé ci-dessus ; on trouve, dans le néo-modernisme du temps de Pie XII, une conception de la vérité aussi nocive que l'agnosticisme décrit dans Pascendi (§ 6).[31] La chose fut ainsi expliquée, en 1946, par le père Garrigou-Lagrange o.p. dans l'appendice à son ouvrages « La synthèse thomiste » : [32]

Où va la nouvelle théologie ? Elle revient au modernisme. Parce qu'elle a accepté la proposition qui lui était faite : [33]celle de substituer à la définition traditionnelle de la vérité : adaequatio rei et intellectus (conformité de l'intelligence avec la chose), comme si elle était chimérique, la définition subjective : adaequatio realis mentis et vitae (conformité de l'intelligence avec la vie) (...).

La vérité n'est plus la conformité du jugement avec le réel extramental et ses lois immuables, mais la conformité du jugement avec les exigences de l'action et de la vie humaine qui évolue toujours. A la philosophie de l'être ou ontologie se substitue la philosophie de l'action qui définit la vérité en fonction non plus de l'être mais de l'action[34]

  • Comportement et méthodes des néo-modernistes

Elles sont les mêmes que celles qui ont été sommairement décrites ci-dessus :

- Agir au sein de l'Église

Méthode ainsi exposée par le père Teilhard de Chardin :

... Je ne vois toujours pas de meilleur moyen pour moi de promouvoir ce que teilhard_de_chardinj'anticipe que de travailler à la réforme du dedans : c'est-à-dire en attachement sincère au "phylum" dont j'attends le développement... Je ne vois que dans la tige romaine, prise dans son intégralité, le support biologique assez vaste, assez différencié pour opérer et supporter la transformation attendue.

- La méthode des sociétés de pensée

Reprenons la remarque de Madiran :

La condamnation de l'Action française de 1926 servit à l'installation d'une Action catholique en forme de société de pensée, maçonnisation des structures temporelles chrétiennes.

La chose a été constatée par un auteur qu'on ne pourrait guère qualifier d'antimoderniste, Joseph Folliet, dans la Chronique sociale du 30 octobre 1958 :

Dans certains groupes d'Action catholique, en particulier à l'échelon local, j'ai pu vérifier les observations faites par Augustin Cochin sur les sociétés de pensée 35 qui précédèrent la Révolution française - notamment la tendance à la fermeture du groupe sur lui-même dans une orthodoxie idéologique (je ne parle pas ici, bien entendu, de l'orthodoxie catholique, mais d'une orthodoxie de groupe surajoutée et surérogatoire) inspirée par un petit groupe central dont les membres se trouvent, les uns par rapport aux autres, dans un état de constante surenchère.

Si une partie de l'Action catholique s'est orientée vers le modernisme et vers une ouverture au socialisme et au communisme, c'est qu'elle a été téléguidée dans ce sens, chose rendue possible par la technique des sociétés de pensée et des noyaux dirigeants.

Comment ne pas voir, derrière tout cela, le « clandestinum foedus », autrement dit la société secrète des modernistes ?

La contre-attaque de Pie XII : l'encyclique Humani Generis

Par l'encyclique Humani Generis, du 12 août 1950, portant en sous-titre De quelques opinions fausses qui menacent de ruiner les fondements mêmes de la doctrine catholique, Pie XII réagit vigoureusement sur le plan intellectuel.

- Contenu de l'encyclique

Mgr P. Parente en synthétise ainsi le contenu dans l'Encyclopédie catholique :

« Pie XII a eu l'intuition prompte et précise du danger et dans[35] On sait que la structure et les techniques des sociétés de pensée ont été systématiquement adoptées par la franc-maçonnerie. Voir à ce sujet la brochure AFS Connaissance élémentaire de la Franc-maçonnerie et la brochure d'Adrien Loubier Groupes réducteurs et noyaux dirigeants. Voir aussi les 3e et 4e parties de la brochure AFS Connaissance élémentaire de la démocratie. l'encyclique Humani Generis, il a diagnostiqué le virus en voie de développement ; il a su lui appliquer les remèdes efficaces, détectanttrès vite la marche de la culture moderne en direction de l'évolutionnisme universel, de l'existentialisme et de l'historicisme, qui portent à la négation ou à la dévaluation de l'absolu dans l'être et dans la pensée, au bénéfice d'une philosophie de la contingence, d'un positivisme et d'un relativisme, qui rendent impossible la métaphysique et donc la théologie.

Sous le prétexte de retour aux sources, on méprise la théologie systématique avec ses notions et sa terminologie technique ; on préfère le langage plus simple et plus souple des Pères. On néglige l'ensemble doctrinal solide défini par l'Église au cours des siècles et on fait appel à l'Écriture Sainte, en l'expliquant par un symbolisme arbitraire, comme si Jésus-Christ n'avait pas institué l'Église unique dépositaire et interprète de la parole de Dieu. Par ce procédé on dévalue les formules dogmatiques, réduisant au minimum leur contenu pour qu'il puisse s'adapter à n'importe quel système philosophique ou religieux. Relativisme dogmatique qui a déjà commencé à produire ses fruits empoisonnés.

Encore plus audacieuse est l'attaque contre la philosophie scolastique, qui, d'après les novateurs, ne répond plus aux exigences de la pensée moderne agacée par la métaphysique rigide et les schémas fixes. Ennemie de la vérité immuable, elle est toute tendue vers le flux de la vie en devenir. Dévaluation de la raison et des principes premiers, de la théodicée et de l'éthique, option fidéiste de la vérité à travers le sentiment et la volonté, alliance des systèmes les plus opposés dans l'effort d'exprimer une vérité insaisissable. Telle est la philosophie vitale que l'on voudrait substituer à la philosophie scolastique ».

De là, la fameuse "tradition vivante" inventée de nos jours contre l'immuable, l'unique tradition apostolique, le depositum fidei dont parle saint Paul. Humani Generis confirmait la doctrine catholique, définie clairement par le 1er Concile du Vatican, et ensuite par saint Pie X, réaffirmant la validité du thomisme, l'immutabilité du dogme, l'importance primordiale du magistère pontifical, norme de la vérité, l'inerrance absolue de l'Écriture sainte, la valeur historique des premiers chapitres de la Genèse...[36]

- L'attitude à l'égard de la vérité

Dans l'encyclique, Pie XII mettait en relief l'attitude que devait avoir le fidèle à l'égard de la vérité (philosophique et religieuse) :

... Dieu, Souveraine Vérité, a créé l'intelligence humaine et la dirige, il faut le dire, non point pour qu'elle puisse opposer chaque jour des nouveautés à ce qui est solidement acquis, mais pour que, ayant rejeté les erreurs qui se seraient insinuées en elle, elle élève progressivement le vrai sur le vrai selon l'ordre et la complexion même que nous discernons dans la nature des choses d'où nous tirons la vérité.

- Malgré l'encyclique, le modernisme poursuit sa route

Mal aidé par certains épiscopats, dont plusieurs étaient acquis à certaines positions modernistes, ne pouvant guère compter sur l'appui des milieux encadrés par l'Action catholique, n'ayant que peu de soutien de la part des milieux traditionnels affaiblis comme il a été expliqué ci-dessus, Pie XII ne parvint pas à susciter une puissante réaction antimoderniste. L'encyclique ne fut pas accompagnée de mesures disciplinaires. Le modernisme continua à progresser.

 

III - LE NÉO-MODERNISME DE L'ÉPOQUE CONCILIAIRE ET POST-CONCILIAIRE

Du fait de l'absence de mesures disciplinaires venant compléter l'encyclique Humani generis de 1950, les néo-modernistes purent continuer à développer leur action au sein de l'Église dans les années 1950-1958 (fin du pontificat de Pie XII). Ils surent profiter de l'effervescence liée au concile Vatican II. Si bien qu'en 1967, dans son livre Le paysan de la Garonne, Jacques Maritain put qualifier le modernisme du temps de saint Pie X de modeste rhume des foins si on le comparaît au néo-modernisme alors triomphant (cf. la citation de Maritain ci-dessus, p. 5).

Le néo-modernisme de l'époque conciliaire et postconciliaire constitue un sujet immense dont nous n'aborderons ici que quelques aspects : ceux qui permettent de bien voir la continuité du phénomène moderniste depuis le début du XXe siècle. On trouvera, dans la brochure AFS déjà citée de François Desjars, Le modernisme hier et aujourd'hui, un exposé plus complet, spécialement sur la société de pensée moderniste aujourd'hui.

  • Raisons du succès du néo-modernisme

Voici comment le père Calmel les explique dans sa préface (déjà citée) au Catéchisme sur le modernisme du père Lemius, (p.102 du n° 12 bis du Sel de la terre) :

Comment expliquer que le virus ait pénétré si avant dans l'organisme ? On peut énumérer trois raisons principales :

- premièrement l'imposture de Vatican II, le seul de tous les conciles qui ait refusé d'être doctrinal ;

- deuxièmement l'occupation progressive des charges les plus élevées par des prélats modernistes ;

- troisièmement la débilité de la vie théologale dans tout le peuple chrétien, en commençant par la tête.

Un concile qui a trahi, certains prélats qui ont trahi, un peuple chrétien incapable de résister à la trahison, parce qu'il était spirituellement débilité. Voilà, en partie du moins, ce qui s'est passé entre les deux modernismes : celui du temps de saint Pie X qui est un saint ; celui du temps de Paul VI qui évoquerait plutôt Honorius 1er.

• Le tour d'esprit néo-moderniste

On retrouve, comme pour le modernisme du temps de saint Pie X, l'amour des nouveautés dans les domaines où elles n'ont pas de raison d'être.

L'un des mots-clé du concile Vatican II fut celui d'aggiornamento (mise à jour) :

L'insistance avec laquelle se fait, dans les textes du Concile, cette exigence d'"aggiornamento" moyennant l'adaptation au monde, a créé dans le monde catholique un climat de tension constante vers le nouveau, une agitation (qui perdure toujours) vers quelque chose d'indéterminé, que toutefois l'on veut fermement. Cette agitation (ou "mobilisme" comme l'appelle Amerio) [37]n'est pas catholique ; elle est typique, au contraire, de l'esprit du monde ; en tout cas elle ne vient sûrement pas de l'Esprit Saint : « Le mot novus se trouve deux cent douze fois dans Vatican II, c'est-à-dire avec une fréquence supérieure de façon disproportionnée à celle que l'on peut trouver dans n'importe quel autre Concile... Paul VI a proclamé à de nombreuses reprises la nouveauté de la pensée conciliaire : "Les mots importants du Concile sont nouveauté et mise à jour" ("aggiornamento")... Le mot nouveauté nous a été donné comme un ordre, comme un programme" (L'Osservatore Romano, 3 juillet 1974) ». [38]Et quand le "nouveau", comme on l'a vu, se révèle pour ce qu'il est, en effet : une adaptation à bon marché et même banale de la doctrine et de la pensée de l'Église aux doctrines profanes, l'inquiétude n'en vient pas pour cela à cesser, mais au contraire elle augmente, parce que la nouveauté d'une telle adaptation (traîtresse) est telle qu'elle ne se contente pas de quelque chose de déterminé : elle est condamnée à dépasser continuellement ses objectifs, en discutant et en critiquant tout en voulant tout dissoudre dans un nouveau ultérieur à réaliser, à l'infini. [39]

Ce désir irrépressible de nouveauté, de modernité s'est traduit dans les faits. Ainsi, avons-nous eu une nouvelle messe, un nouveau calendrier liturgique, un nouveau catéchisme, de nouvelles doctrines sur bien des points, une nouvelle exégèse, un nouveau droit canon... On trouvera, dans le livre précité Iota Unum, de Romano Amerio, des explications beaucoup plus développées sur le tour d'esprit néo-moderniste, tout spécialement aux chapitres V (L'après concile), XVI (Le dialogue) et XVII (Le mobilisme). [40]

  • Erreurs philosophiques du néo-modernisme se rattachant à celles du modernisme

Nous aborderons ici la perte du sens de la vérité et l'immanentisme (tout vient de l'intérieur, de la conscience).

- La perte du sens de la vérité

Nous donnerons à titre d'exemple un texte de l'abbé Delzant, du centre Jean Bart [41] intitulé Croire dans un monde scientifique et rédigé en 1975.

L'abbé Delzant distingue trois mondes, le monde A (celui dont nous nous écartons), le monde B (ou monde intermédiaire), le monde C (le monde vers lequel nous tendons) et il les présente ainsi en citant des expressions propres à chacun d'entre eux :

Monde A : "Chrétienté", "soumis à l'autorité de l'Église", "il faut enseigner la doctrine, le dogme, transmettre les vérités de la foi, mettre en pratique les lois de la morale", "l'âge de la métaphysique". Les mots-clé dans ce type d'explication seront "substance", "âme", "raison d'être", "bien", c'est l'âge de "l'imaginaire", qui "ne convient plus".

Monde B: "rencontre, dialogue, témoignage, présence, incarnation, engagement, cheminement, mandat, mission...", "Discerner les signes des temps", "mise à distance des instruments ou des objets de la foi".

Monde C : "diaspora", "plus de discours ! une hypothèse, une analyse, un travail, une production...", "changer de "système". Oser "autre chose", l'âge "des rapports ou des relations", "ordre de la reconnaissance mutuelle", "ordre de l'Alliance".

Voici deux autres explications - plus concises - de cette évolution d'un système de pensée à un autre que produit le néo modernisme :

Aux catégories philosophiques de l'être et de la substance se sont substituées, pour penser le monde, celles de l'échange, de la relation, de la communication.[42]

L'homme moderne tend à valoriser beaucoup plus la recherche que la découverte, la question que la réponse (...).

Il a vivement conscience que la vérité n'est pas quelque chose de reçu tout fait, mais quelque chose qui se fait, qui se conquiert progressivement. L'homme ne reçoit pas la vérité, il la construit.[43]

On retrouve au fond la même conception de la vérité que chez les néo-modernistes du temps de Pie XII (cf. page 22 ci-dessus) : la vérité serait la conformité du jugement avec les exigences de l'action et de la vie humaine qui évolue toujours.

- L'immanentisme

Rappelons la définition qu'on peut donner de cette erreur à la fois philosophique et théologique : « L'âme religieuse ne tire d'aucune autre source que d'elle-même l'objet et le motif de sa propre foi »[44]

Si la conscience est la source de la religion, la liberté de conscience au sens libéral (le prétendu droit de penser et de croire ce qu'on veut, même en religion et en morale) est de règle... liberté de conscience chère aux protestants, puisqu'elle découle de l'un des principes fondateurs de leur religion, l'illumination intérieure. [45]

Voici quelques expressions de cette erreur dans des textes récents :

La doctrine sociale de l'Église se situe en référence au droit naturel et au droit des gens, comme à l'expression de la conscience collective de l'humanité. (Bulletin diocésain de Metz, 1er mai 1968)

La norme de la régulation des naissances selon l'encyclique Humanae vitae de 1968 représente une orientation qui ne peut se substituer à la responsabilité de la conscience des fidèles. (Déclaration de Cologne, de 163 professeurs de théologie, 25 janvier 1989 ; Déclaration intitulée Contre la mise sous tutelle, pour une catholicité ouverte).

La parole de l'Église n'est ni une idéologie, ni une doctrine ; elle n'est pas non plus une troisième voie. L'Église, respectueuse de l'autonomie humaine, ne prétend seulement qu'à aider l'homme d'aujourd'hui à apporter sa propre réponse. En ce sens, l'Église n'a pas de réponse aux problèmes de société. Elle n'est plus, comme elle est apparue autrefois, maîtresse de vérité en ce qui concerne les questions éthiques ou les relations sociales par exemple. (Guide pastoral de l'enseignement catholique, 1989)

On retrouve dans ces textes la tendance à ériger la conscience en règle suprême en religion et en morale,[46] tendance typiquement protestante. (cf. Pascendi, n° 8 et 21)

  • Erreurs théologiques du néo-modernisme se rattachant à celles du modernisme

Nous nous limiterons à la confusion naturel/surnaturel. Cette erreur, déjà présente dans le modernisme (voir ci-dessus page 14), constitue le fondement de ce qu'on appelle la Nouvelle théologie.[47]

Le Père de Lubac (1896-1991) a contribué à l'accréditer en utilisant la méthode moderniste qui consiste à affirmer deux concepts incompatibles l'un avec l'autre. Voici comment la chose est présentée par le cardinal Siri dans son livre Gethsemani :

(Le père de Lubac) déploie et entrelace avec une sagacité surprenante des syllogismes et des spéculations, s'efforçant ainsi de réunir en équilibre deux concepts : d'un côté le surnaturel impliqué dans la nature dès la création et de l'autre côté la gratuité du surnaturel, de la grâce.[48]

Une telle ambiguïté bénéficiait en définitive à la thèse du surnaturel impliqué dans la nature.

On voit les conséquences d'une telle thèse.

Si la nature s'identifie au surnaturel, ne peut-on conclure que tout le monde est en état de grâce, que tout le monde est sauvé, qu'aucun homme n'est en enfer ? On verra donc disparaître la prédication des fins dernières. [49]Le salut étant universel, toutes les religions peuvent être considérées comme des moyens y conduisant.

Le père de Lubac fut nommé cardinal en 1991. On peut juger de son influence par ces paroles du cardinal Ratzinger, dans une allocution prononcée à l'ambassade de France au Vatican, le 11 mai 1998 :

En 1948, nous avons connu le livre Surnaturel du Père Henri de Lubac : ce livre, avec sa nouvelle anthropologie, avec sa profonde sensibilité pour l'homme moderne et sa profonde fidélité au vrai message de la foi chrétienne était pour nous un événement. Il nous ouvrait une nouvelle vision du monde et présentait une nouvelle synthèse entre modernité et tradition. Un peu plus tard, j'ai découvert aussi d'autres théologiens français comme Congar, Daniélou, Chenu ; ma pensée s'est charpentée au contact avec ces maîtres en qui je trouvais une synthèse exemplaire entre spiritualité et sciences, entre intuition et rigueur méthodologique (...).

                   cardinal_de_lubac            cardinals_chenu_et_congar          cardinale_danielou

La vérité est aussi un glaive contre le mensonge, et le Père de Lubac n'a pas eu peur de diriger ce glaive contre le mensonge dans l'Église et hors de l'Église, avant et après le Concile. (Osservatore Romano en langue française, 19 mai 1998).[50]

  • Modes d'argumentation des néo-modernistes

Il existe peu d'études de fond sur le sujet. La meilleure - à notre connaissance - semble être celle de Romano Amerio dans son livre Iota Unum.[51] Elle a été résumée dans l'article Concile ou conciliabule du n° de juin 2000 du Courrier de Rome.

Voici quelques-uns des modes d'argumentation mis en évidence par R. Amerio :

- L'à-peu-près

Un procédé courant dans l'argumentation des novateurs est l'« à peu- près » (que les Italiens appellent « circitérisme »). Il consiste à se référer, comme chose bien établie, à un terme indistinct et confus, et d'en extraire ou d'en exclure l'élément qu'il importe d'en extraire ou d'en exclure. Telle est par exemple la locution « L'esprit du Concile » ou simplement le mot « le Concile ». Je me rappelle des prêtres novateurs qui violaient dans leur pratique pastorale les règles les mieux établies et nullement changées après le Concile et qui répondaient à leurs fidèles, étonnés de leur conduite arbitraire, en les renvoyant au Concile.[52]

- La partie prise pour le tout

Cette méthode « consiste à dissimuler une vérité derrière une autre pour faire ensuite comme si la vérité cachée n'était pas seulement cachée mais inexistante».[53]

Exemple : la définition de l'Eglise comme "peuple de Dieu en marche" (définition fortement privilégiée - rappelons-le - dans les textes conciliaires), formule qui n'est pas fausse en soi, mais formule incomplète, utilisée de façon à faire oublier que l'Église invisible fait partie de l'Église et qu'elle en est même la partie la plus importante. Eh bien ! cette définition a conduit, en fait, à l'élimination du culte des saints. Avec cette méthode, on se sert d'une vérité partielle comme s'il s'agissait de la vérité toute entière (pars pro toto) et on la force jusqu'à lui faire représenter une doctrine nouvelle, tout à fait inacceptable. [54]

- La contradiction manifeste

Mode d'argumentation basé sur l'emploi de la conjonction de coordination "mais", qui marque l'opposition :

On écrit, par exemple, pour attaquer le principe de la vie religieuse : « Le fondement de la vie religieuse n'est pas remis en question, mais son style de réalisation ».

De même, pour éluder le dogme de la virginité de la Sainte Vierge au moment même de mettre au monde son Fils, on dit que les doutes sont possibles, « non d'ailleurs sur la croyance elle-même, dont nul ne conteste les titres dogmatiques, mais sur son objet exact, dont il ne serait pas assuré qu'il comprenne le miracle de l'enfantement sans lésion corporelle».

Et pour attaquer la clôture des moniales on écrit : « La clôture doit être maintenue, mais elle doit être adaptée selon les conditions des temps et des lieux » (...).

En se donnant l'apparence de maintenir leur juste place à la virginité de la Sainte Vierge, à la vie religieuse et à la clôture des moniales, on semble (...) dire que les modes de réalisation selon les temps et les lieux comptent plus que le principe. Qu'est-ce donc qu'un principe, s'il compte moins et non plus que ses réalisations ? Comment ne pas voir qu'il existe des styles de réalisation qui détruisent leur fondement au lieu de le faire ressortir ?[55]

~ Autre exemple

Au Synode des évêques de 1980, le second groupe de langue française déclare : « Le groupe adhère sans réserve à l'encyclique Humanae Vitae, mais il faudrait supprimer la dichotomie entre la rigidité de la loi et la souplesse pastorale». L'adhésion à l'encyclique devient donc purement verbale, puisqu'elle importe moins que de faire plier la loi devant la faiblesse humaine. [56]

- Le recours systématique à l'ambiguïté

Ce que R. Amerio appelle "la contradiction manifeste" ne constitue que l'une des formes d'ambiguïté qu'affectionnent les modernistes. On pourrait dire que l'ambiguïté leur est connaturelle.

L'ambiguïté introduite volontairement dans un texte a pour but d'en permettre plusieurs lectures. Ainsi, peut-on passer d'un sens orthodoxe à un sens hétérodoxe (contraire à la doctrine traditionnelle).

C'est un fait que l'on trouve partout l'ambiguïté dans la vie de l'Église aujourd'hui : ambiguïté de la nouvelle liturgie, de la nouvelle catéchèse, de nombreux textes pontificaux, des textes conciliaires...

Bornons-nous à cette dernière ambiguïté. Voici comment elle fut présentée par JeanMadiran et le père Calmel :

.. les textes conciliaires ont été complétés (dans le cas de la Nota praevia) [57]ou même rédigés d'une manière suffisamment traditionnelle pour pouvoir être votés par une quasi-unanimité, et cependant d'une manière suffisamment astucieuse pour permettre, comme la suite l'a montré, des développements ultérieurs qu'à l'époque les pères conciliaires auraient refusés.[58]

On sait depuis longtemps que (les textes conciliaires) sont des textes de compromis. On sait encore qu'une fraction modernisante voulait imposer une doctrine hérétique. Empêchée d'aboutir, elle est quand même parvenue à faire adopter des textes non formels ; ces textes présentent le double avantage pour le modernisme de ne pouvoir être taxés de propositions carrément hérétiques, mais cependant de pouvoir être tirés dans un sens opposé à la foi.

Nous attarderons-nous à les combattre directement ? Un moment, nous y avions pensé. La difficulté c'est qu'ils ne donnent pas prise à l'argumentation ; ils sont trop mous. Lorsque vous essayez de presser une formule qui vous paraît inquiétante, voici que - dans la même page - vous en trouvez une autre entièrement irréprochable.

Lorsque vous cherchez à étayer votre prédication ou votre enseignement sur un texte solide, impossible à tourner, propre à transmettre à votre auditoire le contenu traditionnel de la foi et de la morale, vous vous apercevez bientôt que le texte que vous avez choisi au sujet par exemple de la liturgie, ou du devoir des sociétés à l'égard de la vraie religion, ce texte est insidieusement affaibli par un second texte qui, en réalité, exténue le premier alors qu'il avait l'air de le compléter. Les décrets succèdent aux constitutions et les messages aux déclarations sans donner à l'esprit, sauf exception rarissime, une prise suffisante.[59]

Sur l'usage systématique de l'ambiguïté (par mélange du vrai et du faux), le jugement du père Calmel rappelle étonnamment celui de saint Pie X au § 20 de l'encyclique Pascendi reproduit ci-dessus page 15. Comme quoi la continuité moderniste se retrouve non seulement dans les doctrines mais aussi dans les modes d'argumentation et - comme nous allons le voir - dans les comportements.

  • Comportement et méthodes des néo-modernistes

En gros, le comportement des néo-modernistes de l'époque conciliaire et postconciliaire est le même que celui des modernistes du temps de saint Pie X, avec cette différence toutefois que leur action a beaucoup moins besoin d'être cachée puisque la résistance qu'on leur oppose dans l'Église est devenue très faible.

- La volonté de rester dans l'Église

Nous qui restons dans l'Église, nous avons, pour le faire, de très bons motifs... Il s'agira non pas seulement d'interpréter la réalité de l'Église, mais de la changer. (Hans Kuhn, 1967) [60]

Parmi les chefs de file modernistes non seulement restés dans l'Église mais y ayant occupé des postes importants, citons le cas du père de Lubac qui fut expert au concile Vatican II et membre de la Commission théologique internationale avant d'être nommé cardinal.

- L'espoir d'un concile à exploiter

Bien avant le concile Vatican II, les néo-modernistes ont souhaité l'ouverture d'un concile, car ils prévoyaient le parti qu'ils pourraient en tirer.

En 1923, Pie XI avait consulté le cardinal Billot sur l'opportunité de convoquer un concile ; la réponse du cardinal fut tout à fait défavorable :

... Enfin voici la principale raison qui me paraît militer absolument pour la négative. La reprise du Concile est souhaitée par les pires ennemis de l'Église, c'est-à-dire les modernistes qui, comme des indices certains l'attestent, s'apprêtent à profiter de l'état général de l'Église pour faire la révolution, le nouveau 89, objet de leurs rêves et leurs espoirs.[61]

- La manipulation du Concile Vatican II

Les prévisions du cardinal Billot se réalisèrent 40 ans plus tard. L'attente des néo-modernistes fut comblée par le concile Vatican II ; ils surent le manipuler comme en témoignent les textes de Jean Madiran et du père Calmel cités ci-dessus, page 34. Sur leur action au Concile, on trouve des renseignements de grand intérêt dans le livre de Ralph Wiltgen Le Rhin se jette dans le Tibre. (1973- Diffusion D.M.M.)

- L'opposition entre néo-modernistes modérés et néo-modernistes radicaux

Après le Concile Vatican II fut systématisée une opposition plus apparente que réelle entre néo-modernistes modérés et néo-modernistes radicaux, tendances illustrées par les revues "Concilium" et "Communio". [62] Les premiers cherchaient à appliquer le concile dans l'ordre, à poursuivre les objectifs modernistes de façon graduelle et pragmatique. Les seconds voulaient aboutir rapidement aux conséquences ultimes du concile.

Opposition plus apparente que réelle, disions-nous ; elle a trompé - et trompe toujours - beaucoup de fidèles qui prennent pour une réaction doctrinale véritable une fausse réaction mélangeant le vrai et le faux et - signe incontestable de son caractère fallacieux - se montrant toujours inféodée aux textes du Concile.

- Le maintien en service de réseaux bien organisés

Même quand ils ont plusieurs de leurs hommes installés dans des postes de commandement, les néo-modernistes maintiennent toujours en place des réseaux discrets qui, le plus souvent, détiennent la réalité du pouvoir dans leur secteur.

Parmi les livres apportant sur ce sujet, assez mal connu à vrai dire, des informations précises, mentionnons le livre de G.Adler et G.Vogeleisen Un siècle de catéchèse en France 1893-1980, rédigé en 1981 et celui de R. Didelot Clérocratie dans l'Église de France.[63]

Dans une note de G. Adler et G.Vogeleisen, l'on voit se dessiner le réseau moderniste agissant en France dans le domaine de la catéchèse.[64]

Un phénomène curieux ponctue le mouvement catéchétique ; c'est la polarisation périodique de ses agents et de ses écrits autour de certains mots ou expressions. Ce phénomène d'engouement présente plusieurs caractéristiques :

a) l'apparition de ces expressions est difficile, voire impossible, à cerner. Circulant d'abord dans des cercles restreints, elles apparaissent sur le devant de la scène à l'occasion d'un livre, d'un congrès, d'un article ou de leur utilisation par une personne ″reconnue″ dans les ″cercles″ catéchétiques. Elles rebondissent de diocèse en diocèse grâce aux réseaux des Directions diocésaines surtout. C'est la période créatrice où ces expressions mobilisent et stimulent l'action.

b) dans un fonctionnement de type symbolique, ces mots portent un espoir, une conviction. Ils sont signes de reconnaissance et assurent un certain partage entre ceux qui « pensent comme nous » et les autres.

c) lorsque ces vocables sont réutilisés de manière courante dans les rencontres de doyennés ou les textes officiels de la hiérarchie, ils arrivent à la fin de leur carrière, deviennent des astres morts dont le jaillissement créateur est épuisé.[65]

Texte révélateur : on voit l'initiative d'un cercle restreint « rebondir de diocèse en diocèse grâce aux réseaux des Directions diocésaines surtout », pour être finalement reprise dans des textes officiels de la hiérarchie. C'est la méthode des sociétés de pensée.[66]

Le néo-modernisme en 2007

En restaurant la messe de toujours, en privant la messe nouvelle de son monopole de fait dans l'Eglise latine, le Motu Proprio du 7 juillet 2007 se présente incontestablement comme une mesure anti-moderniste de poids. A cent ans d'intervalle, il fait écho au décret Lamentabili du 3 juillet 1907 et à l'encyclique Pascendi du 8 septembre 1907.

Le redressement dans le domaine liturgique sera-t-il accompagné d'un redressement dans le domaine doctrinal, et spécialement d'un retour à la doctrine du Christ-Roi aujourd'hui abandonnée? Le Motu Proprio sera-t-il l'amorce d'une réaction générale antimoderniste ? Il est trop tôt pour le savoir.

Pour l'instant, la fidélité au concile Vatican II paraît être l'une des normes du nouveau pontificat. [67]Or ce concile, fait par des modernistes, est d'esprit moderniste. Il constitue, sur bien des points, une rupture avec le passé ; dans la mesure où il rompt avec le passé, il ne peut être interprété dans le sens de la continuité. Du fait de cette fidélité à Vatican II, les erreurs modernistes restent puissamment présentes dans l'Eglise.

En matière doctrinale, rien n'est réglé ; les problèmes de fond demeurent. Nous avons donc, plus que jamais, à combattre les dérives modernistes.

 

CONCLUSION

  • L'exposé qui vient d'être présenté sur le néo-modernisme de l'époque conciliaire et postconciliaire ne donne que quelques aspects d'un phénomène complexe. Mais ceux-ci suffisent pour mettre en évidence la continuité du phénomène depuis le début du 20e siècle. Il existe une essence commune, un esprit commun au modernisme du temps de saint Pie X, au néo-modernisme du temps de Pie XII et à celui de l'époque conciliaire et postconciliaire ; la première des caractéristiques communes étant la perte du sens de la vérité, comme on peut le constater en se reportant aux pages 11, 22 et 25 ci-dessus.

Voici trois textes qui résument l'essentiel :

- Aveugles et conducteurs d'aveugles qui, enflés d'une science orgueilleuse, en sont venus à cette folie de pervertir l'éternelle notion de la vérité... (Pascendi, § 14)

- Le fond du modernisme est ceci : que l'âme religieuse ne tire d'aucune autre source que d'elle-même l'objet et le motif de sa propre foi. [68]

- Le catholicisme de nos jours (pour les modernistes) ne peut être concilié avec la vraie science s'il ne se transforme pas en un certain christianisme non dogmatique, c'est-à-dire en protestantisme large et libéral. [69]

  • Le modernisme n'a pas changé dans son essence ; il s'est perfectionné. Ce qui a changé c'est l'attitude à son égard des autorités romaines. Saint Pie X et Pie XII le combattaient. Par ses enseignements et ses actes de gouvernement, Paul VI tantôt combattit, tantôt favorisa tel ou tel aspect du modernisme (citons, comme exemple, le contraste entre l'encyclique Mysterium fidei du 3 septembre 1965 et la nouvelle messe). Même attitude de la part de Jean-Paul II. [70]
  • Le modernisme aujourd'hui doit être méthodiquement combattu comme il le fut hier : dans ses doctrines, dans ses argumentations fallacieuses, dans ses réseaux où se dévouent mille personnes actives et compétentes.[71]

Il est moins aisé à combattre aujourd'hui qu'hier du fait des appuis dont il bénéficie de la part de l'autorité ; on retrouve ici la difficulté classique : en s'opposant aux abus de pouvoir de l'autorité, il faut éviter de mettre en cause le principe d'autorité. [72]

  • Quoiqu'il en soit, le combat est nécessaire... et d'autant plus urgent que la plupart des fidèles n'en voient aucunement la nécessité. Il s'agit là d'un aveuglement qui risque de se poursuivre longtemps si nous restons passifs.

 

A.L.

 

 

ANNEXE

 

DES SOCIÉTÉS SECRÈTES A L'OEUVRE DANS L'ÉGLISE

 

Il existe aujourd'hui, au sein de l'Eglise, des sociétés secrètes, maçonniques ou non. Affirmer ce fait vous fait souvent passer pour un affabulateur, croyant à la « mythologie des « sociétés secrètes », un adepte de la « théorie du complot ».

Or, cette réalité a des racines historiques profondes. Déjà en 1775, le pape Pie VI écrivait, dans son encyclique Instructabili (25 décembre 1775) :

Les francs-maçons essayent même de pénétrer dans le sanctuaire.

Au 20e siècle, les affaires Rampolla, [73]Tondi, [74]Bugnini,[75] montrent la présence, à des postes élevés, d'ecclésiastiques liés à des sociétés secrètes ou semi-secrètes.

cardinal_rampolla      cardinal_bugnini 

● Les études sur le modernisme publiées à l'occasion du centenaire de l'encyclique Pascendi de saint Pie X (8 septembre 1907) incitent à revenir sur ce sujet important. Dans son Motu Proprio Sacrorum Antistitum du 1er septembre 1910 « établissant des lois pour repousser le péril du modernisme », saint Pie X écrivait en effet :

(Les modernistes) n'ont pas cessé (...) de rechercher de nouveaux adeptes et de les grouper en une association secrète. « Association secrète », « clandestinum foedus » dit le latin.

 

Jean Madiran commente ainsi ces deux mots dans son livre « L'intégrisme, histoire d'une histoire »

Il s'agit bien d'une société secrète. Or les historiens ne font pas mention de cette société secrète (...).

Les récits de la crise moderniste, les bilans du modernisme, les jugements portés sont radicalement viciés par l'ignorance systématique et la dissimulation d'un élément d'appréciation aussi important.[76]

Jusqu'à sa mort, saint Pie X a combattu avec une énergie terrible cette société secrète installée à l'intérieur de l'Eglise. Il l'a combattue sans pouvoir la vaincre ni la supprimer : il l'a dit lui-même : « une société secrète qui réussit à survivre quand on la combat, ne va-t-elle pas prospérer quand on ne la combat plus ? »

Après la mort de saint Pie X, on s'est occupé d'autre chose, y compris du modernisme doctrinal, juridique, social (...) mais on ne s'est plus occupé de la société secrète installée au sein de l'Eglise. La conséquence normale d'une telle abstention est que la société secrète a renforcé son installation, multiplié ses progrès, développé sa puissance ; que son pouvoir occulte est devenu beaucoup plus grand ; qu'elle a été beaucoup plus forte pour pousser en avant ses adeptes, pour liquider ses adversaires, et pour empêcher que l'on parle d'elle : imposer le silence public sur soi-même est l'objectif commun à toutes les sociétés secrètes. Cela a-t-il eu lieu ? C'est, encore, une hypothèse plausible ; une hypothèse que l'on ne peut écarter a priori ; une hypothèse qui mérite réflexion. [77]

Et aujourd'hui, en 2007, les faits semblent bien avoir vérifié l'hypothèse émise par Jean Madiran en 1964.

 

● Quelle conclusion tirer ? Qu'il faut donner tout son poids à « un élément d'appréciation (du modernisme) aussi important ». Ce qui suppose que soient suffisamment connues les caractéristiques des sociétés secrètes (idéologie, organisation, méthodes de travail, points faibles...) sur le plan général.[78] Ce qui suppose ensuite d'utiliser les données ainsi acquises pour mieux comprendre certains aspects de la crise dans l'Eglise. Il ne s'agit pas de voir des sociétés secrètes partout, mais de tenir compte du fait que nous avons affaire à des adversaires - ecclésiastiques ou laïcs - qui avancent le plus souvent masqués.

Telle est la leçon, valable pour aujourd'hui aussi, que nous donne saint Pie X en parlant de « clandestinum foedus ».

 


[1] Cf. l'étude de Mgr Spadafora Le triomphe du modernisme sur l'exégèse catholique, parue dans le n°156 (avril 1994) à 165 (février 1995) du Courrier de Rome, BP 156, 78001 Versailles Cedex ; et le dossier du professeur Louis Millet « L'interprétation de la Bible dans l'Eglise

[2] Cf. la brochure AFS La catéchèse française d'après ses documents, supplément au n°151 (octobre 2000), de l'AFS. (AFS n°191).

[3] Cf. le livre La nouvelle théologie, Publications du Courrier de Rome.

[4] Ce qui conduit à confondre ordre naturel et ordre surnaturel.

[5] Par le décret Lamentabili du 3 juillet 1907 et l'encyclique Pascendi du 8 septembre 1907.

[6] Paul VI, audience générale du 19 janvier 1972 ; texte cité dans la Documentation

catholique n°1602, p.112.

[7] On trouvera, sur ce sujet, un exposé beaucoup plus complet dans la brochure AFS de François Desjars Le modernisme hier et aujourd'hui. Bon de commande en dernière page

[8] Voir sur ce sujet, l'étude sur le Ralliement de la brochure AFS Politique et religion, ainsi que le dossier L'affaire du Ralliement dans le N°101 (juin 1992) de l'A.F.S. (bon de commande en dernière page)

[9] Abbé Loisy (1857-1940), l'un des principaux chefs de file du modernisme français

[10] Louis Jugnet Comment combattre une hérésie, Itinéraires N°87, p. 126

[11] Voir ci-après, p. 17, le § intitulé La contre-attaque de saint Pie X

[12] En vente à l'AFS

[13] Louis Jugnet, Face au modernisme, étude publiée par l'"Ordre français". En vente à l'AFS,

[14] .P. Calmel, Préface au catéchisme sur le modernisme du père Lemius, texte reproduit dans Le sel de la terre, numéro spécial 12bis, Couvent de La Haye-aux- Bonshommes, 49240 Avrillé. Ce numéro spécial consacré au père Calmel est en vente à l'AFS. Souligné par nous.

[15] Louis Jugnet (1913-1973), professeur de philosophie, auteur du livre « Pour connaître la pensée de saint Thomas d'Aquin ». (Nouvelles éditions latines) A son sujet, voir les articles des numéros 150 (août 2000) et 172 (avril 2004) de l'AFS.

[16] Face au modernisme, p. 7. En vente à l'A.F.S

[17] Voir à ce sujet la brochure AFS Connaissance élémentaire du protestantisme

[18] Lettre pastorale de carême de 1908 ; Cité par Romano Amerio, Iota unum, p.42

[19] Sur le rôle de la conscience en morale, voir ci-dessous, note (46)

[20] Rappelons que, par surnaturel, la théologie entend un type de réalité qui dépasse les forces, les exigences, et même les conceptions naturelles de toute créature. Surnaturel n'est nullement synonyme de spirituel ou d'immatériel. L'homme se trouve dans l'ordre surnaturel. Il n'y en a pas d'autre pour lui. Sur ce sujet, voir la brochure du père Emmanuel Le naturalisme (éditions DMM) et la brochure de Louis Jugnet Catholicisme, foi et problèmes religieux. En vente à l'AFS

[21] Rappelons que Pascendi analyse le modernisme en distinguant plusieurs personnages modernistes : le philosophe, le croyant, le théologien, l'historien, le critique, le réformateur

[22] Sur la nouvelle théologie et le père de Lubac, voir ci-dessous, page 31 ; voir aussi, dans le numéro 187 de l'AFS (octobre 2006), le dossier « A propos du père de Lubac : la gratuité de l'ordre surnaturel ».

[23]Marcel De Corte, Itinéraires N° 87, p.25.

[24] Cent ans de modernisme, p. 224 ; souligné par nous

[25] Voir le chapitre portant ce titre de son livre L'intégrisme, histoire d'une histoire

[26] Sur le Sillon voir la brochure AFS Le Sillon, saint Pie X et la crise du catholicisme français ; voir aussi le chapitre Le dilemme de Marc Sangnier du livre de Charles Maurras La démocratie religieuse. (Nouvelles éditions latines)

[27] Cal Mercier, lettre pastorale, 2 février 1915. Cité par R. Amerio, Iota unum, p.42

[28] Voir dans le n°128 de l'AFS (décembre 1996), l'article Un anniversaire instructif - La condamnation de l'Action française

[29] Cf. cette remarque d'Etienne Gilson : « La pensée du P. Teilhard de Chardin ne me semble pas avoir atteint le degré de consistance minimum requis pour qu'on puisse parler à ce propos d'une doctrine ; c'est pourquoi je parlerai seulement du cas Teilhard de Chardin ». (Les Tribulations de Sophie, p. 73) Sur Teilhard de Chardin, voir la brochure de dom Freneau Pensée philosophique et religieuse du père Teilhard de Chardin et l'article de Daniel Jacob Une figure moderne de l'Anté-Christ En vente à l'AFS

[30] Jean Madiran, Éditions et chroniques, tome III, p. 177 (article Mutinerie à bord, de décembre 1978). Souligné par nous

[31] Voir ci-dessus

[32] Appendice reproduit en annexe V du livre « La nouvelle théologie », édité par le Courrier de Rome

[33] En particulier par Maurice Blondel (1861-1949). Sur ce philosophe, voir le chapitre 3 du livre précité « La nouvelle théologie ».

[34] Texte cité dans « La nouvelle théologie », p. 193

[35] On sait que la structure et les techniques des sociétés de pensée ont été systématiquement adoptées par la franc-maçonnerie. Voir à ce sujet la brochure AFS Connaissance élémentaire de la Franc-maçonnerie et la brochure d'Adrien Loubier Groupes réducteurs et noyaux dirigeants. Voir aussi les 3e et 4e parties de la brochure AFS Connaissance élémentaire de la démocratie

[36] Mgr Spadafora, Dom Francesco Putti, fondateur de Si si no no, héraut de la foi catholique, p. 148. Éditions Les amis de saint François de Sales, Case postale 2346

[37] R. Amerio, Iota Unum, p.309-315

[38] R. Amerio, Iota Unum, p. 100

[39] Courrier de Rome N° 224 (juin 2000), p.5, article Réflexions sur l'invalidité possible de Vatican II. Souligné par nous

[40] Livre édité par les Nouvelles éditions latines ; en vente à l'AFS

[41] Centre de pastorale sacramentelle et liturgique des diocèses de la région parisienne.

[42] O. Dubuisson et E. Germain, Catéchèse de l'Eucharistie ; changement ou permanence ? Catéchèse n°76 (juillet 1979). Ces auteurs ont joué un rôle important dans l'élaboration de la nouvelle catéchèse. Sur ce sujet, voir la brochure AFS La catéchèse française d'après ses documents

[43] Régine du Charlat, fiche Révélation et vérité du dossier La foi mot à mot du service adulte du Centre national de l'Enseignement religieux (1973). Souligné par nous

[44] Texte du cardinal Mercier cité ci-dessus, p. 12

[45] Les autres principes fondateurs du protestantisme sont : Sola Scriptura, l'Écriture source unique de la Révélation et autorité exclusive en matière de foi, et Sola fide, la justification par la foi seule. Voir le chapitre III de la brochure AFS Connaissance élémentaire du protestantisme

[46] Voici quelques rappels sur le rôle de la conscience en morale :

- "la conscience (morale) est un acte de l'intelligence pratique qui juge de l'honnêteté ou de la malice d'un acte qu'on doit faire sur le moment" (Berthier) ;

- les actes humains ont une double règle : la conscience, règle prochaine et intérieure et la loi morale, règle lointaine, extérieure et suprême ;

- "la conscience individuelle n'est pas le critère suprême de la morale ; elle doit se conformer à la loi morale" (Jean-Paul II, 18 août 1983).

[47] Voir le livre La nouvelle théologie, publications du Courrier de Rome, BP 156 78001 Versailles cedex En vente à l'A.F.S

[48] Cardinal Siri, Gethsemani, p.63. On trouve dans ce livre une très bonne critique de la thèse du père de Lubac. Voir aussi, dans l'AFS n° 187 (octobre 2006) le dossier « A propos du cardinal de Lubac : la gratuité de l'ordre surnaturel ».

[49] Sur les fins dernières, voir l'article Trois études du père Emmanuel dans le n°139 (oct. 1998) de l'AFS, et la brochure « Du nombre des élus » de dom Bernard Maréchaux o.s.b., aux éd. du Sel (Couvent de la Haye-aux-Bonshommes, 49240 Avrillé)

[50] Voir dans le nc 138 (août 1998) de l'AFS l'article Renouveau charismatique et nouvelle théologie

[51] Sur le livre Iota Unum de Romano Amerio, voir dans le n° 74 (décembre 1987) de l'AFS, l'article Deux maîtres livres sur la crise de l'Église et dans le n° 117 (février 1995) l'article En relisant Iota Unum. Livre est en vente à l'A.F.S

[52] Iota Unum, p.94

[53] Iota Unum, p.94

[54] Courrier de Rome, juin 2000, p. 1-2

[55] Iota unum, p.94

[56] Ibid, p.95

[57] Nota praevia : note explicative préliminaire ajoutée à la Constitution dogmatique sur l'Eglise « Lumen gentium » pour préciser le sens de certains mots et expressions qui s'y trouvent

[58] Jean Madiran, Le concile en question, p.63 (édition DMM)

[59] R.P. Calmel, o.p. Brève apologie pour l'Eglise de toujours, p.35-36. Souligné par nous

[60] Texte à comparer à celui de Teilhard de Chardin cité ci-dessus, page 23

[61] Texte cité par Mgr Spadafora dans La Tradizione Contro il concilio, p.5 et dans Don Francesco Putti, fondateur de Si si no no, p. 150

[62] Déjà saint Pie X, dans Pascendi, distinguait entre « modernistes plus modérés » et «modernistes - écrit-il - que nous pourrions appeler intégraux», en observant que les seconds sont plus cohérents que les premiers « avec le reste de leur doctrine ». Cf. Courrier de Rome n°203. (juillet-août 1998, p.6)

[63] Sur ce livre (éditions Fayard, 1991), voir l'article de François Desjars A propos de "Clérocratie dans l'Église de France" dans le n°99 (février 1992) de l'AFS et celui d'Ennemond Beth Evangélisation et structures - En lisant le communiqué du Conseil permanent de l'épiscopat français dans le n°100 (avril 1992) de l'AFS. J.C. Didelot s'intéresse essentiellement aux structures d'une certaine bureaucratie cléricale et laisse de côté l'idéologie qui en sous-tend l'action

[64] En 1984, il y avait en France 150 000 catéchistes et 70 000 animateurs (chiffres publiés par la Commission épiscopale de l'enseignement religieux à la suite d'une enquête nationale - cf. "Thabor", p.262). Les effectifs aujourd'hui doivent être du même ordre de grandeur

[65] Adler et Vogeleisen, op.cit., note 89, p.21.

[66] Sur les sociétés de pensée et leurs méthodes de travail, on se référera aux études d'Augustin Cochin et aux 40 dernières pages du livre de François Furet Penser la Révolution française (éd. Gallimard, 1979). Sur l'application de ces méthodes dans l'Église, voir la brochure de Jean Madiran Structures et techniques des sociétés de pensée dans le catholicisme (Supplément à Itinéraires, n°79)

[67] Cf. ce texte de Benoît XVI : « Toutefois demeure le grand héritage du Concile qui a ouvert une route nouvelle, qui est toujours une magna charta (grande charte) du chemin de l'Eglise tout à fait essentielle et fondamentale » (Rencontre avec des membres du clergé des diocèses de Belluno-Feltre et de Trévise, 24 juillet 2007)

[68] Texte du cardinal Mercier, définissant l'immanence vitale du modernisme ; déjà cité ci-dessus, page 6

[69] Décret Lamentabili du 3 juillet 1907, dernière proposition. (il s'agit d'une proposition condamnée).

[70] Qu'il suffise de citer ici, comme mesures venant à l'appui du modernisme, les éloges et faveurs dont ont bénéficié certains de ses grands chefs de file :

- la lettre du secrétaire d'État à l'occasion du centenaire de la naissance de Teilhard de Chardin (Osservatore romano, du 10 juin 1981) ;

- l'élévation à la dignité de cardinal des pères de Lubac et Urs von Balthazar ;

- l'éloge du père de Lubac par le cardinal Ratzinger. (texte cité ci-dessus p.30)

[71] Sur le plan de la doctrine, nous renvoyons aux livres déjà cités Iota Unum de Romano Amerio et La nouvelle théologie. (Publications du Courrier de Rome) et aux brochures figurant sous la rubrique «Crise dans l'Église" du catalogue AFS. En matière d'exégèse, nous renvoyons à l'étude de Mgr Spadafora publiée dans les n°156 à 165 du Courrier de Rome et au dossier du n°191 de l'AFS (textes déjà signalés)

[72] Voir à ce sujet la brochure AFS La doctrine sociale de l'Église dans la crise doctrinale actuelle, quatrième partie intitulée Comment faire face aux carences actuelles de l'autorité

[73] Cf. AFS n° 191 (juin 2007) p. 136-138 et la dernière édition (2007) de la brochure AFS « Connaissance élémentaire de la franc-maçonnerie »)

[74] Cf. « Pour qu'Il règne », de Jean Ousset, p. 260

[75] Cf. le dossier « Quelques aspects de la pénétration maçonnique dans l'Eglise » du n°161 (juin 2002) de l'AFS, p. 33

[76] « L'intégrisme, histoire d'une histoire » (1964), chapitre XXIV « La société secrète des modernistes », p.248

[77] Ibid, chapitre XXV « Le modernisme hier et aujourd'hui », p. 252

[78] . la réédition déjà citée de la brochure AFS « Connaissance élémentaire de la francmaçonnerie».

 

 
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