• Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Home Idéologies Personnalisme Doctrine sociale de l'Eglise et personnalisme

Doctrine sociale de l'Eglise et personnalisme

Envoyer Imprimer PDF

Doctrine sociale de l'Eglise

et personnalisme

AFS N° 182 -  Arnaud de Lassus 

SOMMAIRE

INTRODUCTION

1. RAPPEL DOCTRINAL

● Les deux vies de l'homme : naturelle et surnaturelle

● Ordre naturel et ordre surnaturel, Eglise et Etat

● La subordination d'un ordre à l'autre

● Le bien commun temporel - Définition et description

● Le bien commun temporel - Caractéristiques

● Primauté de la cite et de son bien commun sur la personne et son bien prive

● Deux erreurs sur la société civile et le bien commun temporel

● Résume du rappel doctrinal

2. UNE NOUVELLE DOCTRINE SOCIALE MARQUEE PAR LE PERSONNALISME

● Encyclique Mater et Magistra (1961)

● Encyclique Pacem in Terris (1963)

● Constitution pastorale Gaudium et spes (1965)

● Instruction sur la liberté chrétienne et la libération (1986)

● Catéchisme de l'Eglise catholique (1992)

● Compendium du Catéchisme de l'Eglise catholique (2005)

3. REFUTATION DE LA NOUVELLE DOCTRINE

● Un commentaire de Jean Madiran

● Un commentaire de Marcel De Corte

4. DE QUELQUES CONSEQUENCES DE LA NOUVELLE DOCTRINE

● Une doctrine incompatible avec la notion même d'ordre politique

● L'inversion du rôle de la société

● Une nouvelle conception du bien commun

● L'inversion de l'ordre des fins du mariage

CONCLUSION

Annexe I : sur quelques textes, de Pie XI et de Pie XII, soulevant des difficultés

Annexe II : bibliographie

  

Depuis une quarantaine d'années, l'enseignement de la doctrine sociale de l'Eglise a été affecte par la pénétration de deux catégories d'erreurs liées soit au libéralisme, soit au personnalisme. Sur ce sujet, fréquemment aborde par l'A.F.S., l'événement doctrinal de la rentrée 2005 - la diffusion de l'Abrège du Catéchisme de l'Eglise catholique - nous donne l'occasion de faire le point. Nous nous limiterons, dans cette première étude, aux erreurs de type personnaliste qui ont été moins souvent mises en relief que les erreurs se rattachant au libéralisme. [1]

C'est en septembre 2005 qu'a paru, dans sa version française l'Abrège du Catéchisme de l'Eglise catholique [2]souvent appelé Compendium (mot latin signifiant abrège). Ceux qui s'intéressent à la doctrine sociale de l'Eglise [3] se sont tout de suite reportés au sous-chapitre du CompendiumLa personne et la société .

A l'article 402, est aborde un point fondamental sous la forme d'une question : ≪ Quel est le rapport entre la personne et la société ? .

Voici la réponse du Compendium, se référant aux articles 1881, 1882, 1892, 1893 du Catéchisme de l'Eglise catholique :

Le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales sont et doivent être la personne. [4]

Le principe ainsi pose avait déjà été affirme dans divers documents du Magistère : encyclique ≪ Mater et Magistra (1961) ; encyclique Pacem in terris (1963) ; constitution conciliaire Gaudium et spes (1965) ; Catéchisme de l'Eglise catholique.

Le même principe de primauté de la personne a été expose sous une forme un peu différente dans l'Instruction sur la liberté chrétienne et la libération, de la Congrégation pour la doctrine de la foi (23 mars 1986) :

Le bien commun de la société humaine est au service des personnes.[5]

Nous sommes ici en présence d'une doctrine non traditionnelle, réitérée depuis 1961 et a laquelle le Compendium donne une nouvelle actualité.

Deux questions se posent à son sujet : si la doctrine est fausse, quelles sont les bases de sa réfutation ? Quelles sont les conséquences de son application ?

Tel est l'objet de la présente étude qui reprend, en les résumant, des études antérieures de l'AFS. [6]

 

1. RAPPEL DOCTRINAL

Les questions abordées supposent que soit bien connue la doctrine traditionnelle sur les ordres naturel et surnaturel, sur le bien commun, sur les rapports personne-société.

Il s'agit d'une doctrine souvent controversée. Nous en proposons un rappel sommaire, principalement fonde sur des citations du livre du Père Louis Lachance o.p. L'humanisme politique de saint Thomas d'Aquin, individu et Etat (éditions Sirey, 1965), ci-après référence L'humanisme politique.

Les deux vies de l'homme, naturelle et surnaturelle

Mgr Gay les présente ainsi dans son très beau sermon sur le mariage ≪ source naturelle de la vie chrétienne ≫ :

Parce que c'est la volonté de Dieu et notre destinée, que nous vivions deux vies à la fois, une vie naturelle et une vie surnaturelle, il y a deux sociétés pour nous y enfanter. Dieu, vie suprême, a ouvert dans le monde deux grandes sources de vie ; il y a institué deux paternités dérivées de la sienne : la paternité naturelle, qui, a son origine, se nomme le mariage, et la paternité surnaturelle, qui, dans son fondement, s'appelle le sacerdoce. [7]

Avec la paternité naturelle et le sacerdoce, nous avons une belle illustration des deux ordres - naturel et surnaturel - dans lesquels se situent nos deux vies.

Ordre naturel et ordre surnaturel, Eglise et Etat

Il y a donc deux ordres, ordre de la nature et ordre de la grâce ou ordre surnaturel qu'il ne faut ni confondre, ni séparer :

Or, il est notoire que le mérite propre de saint Thomas a été de distinguer avec constance et netteté l'ordre de la nature de celui de la grâce, le plan politique du religieux. L'Eglise doit s'occuper de cultiver le germe du salut dans les âmes ; l'Etat a à sa charge de former des hommes. L'une et l'autre sont sociétés parfaites dans leur sphère d'action[8], l'une et l'autre ayant une fin spécifique et digne d'être recherchée pour elle-même.[9]

A ces deux sociétés parfaites, Eglise et Etat [10]correspondent deux pouvoirs appelés pouvoir spirituel et pouvoir temporel.[11]

La subordination d'un ordre a l'autre

Le texte précité du père Lachance se poursuit ainsi :

Cependant, du fait de l'élévation de l'homme a l'ordre surnaturel, leurs missions, tout en demeurant distinctes, deviennent complétives. La politique trouve son objet propre dans le bien-vivre temporel, tandis que l'Eglise met son idéal dans l'acheminement de l'humanité à la vie éternelle. Et le temps étant ordonne à l'éternité, il s'ensuit que la politique est subordonnée à la religion. Si l'Etat ne fait pas son devoir ou le fait mal, l'Eglise, en vertu de son mandat divin, a le droit et le devoir de le reprendre, les fautes collectives tout autant que le péché individuel étant de sa juridiction. [12]

Et voici une explication plus complète de cette subordination :

Saint Thomas établit donc entre le spirituel et le temporel un rapport qui ne pourrait être simplement assimile a celui qui intervient entre le supérieur et l'inferieur, mais plutôt a celui que soutient une réalité autonome a une autre qui, la transcendant, l'enveloppe, l'entraine dans son mouvement et l'oriente vers des fins plus hautes et plus universelles. Et tel est le mécanisme de la théorie de la subordination : théorie qui n'est pas univoque, mais qui varie d'une application à l'autre. Quoi de plus ingénieux que cet agencement de deux activités de plans superposes, en vertu duquel le dynamisme de l'une pénètre et supporte celui de l'autre, sans qu'il y ait fusion, sans qu'il y ait absorption de l'une par l'autre, avec cependant des effets d'union si intime qu'elles deviennent l'une et l'autre, chacune dans son ordre et selon son mode propre, cause totale du résultat produit ! Pourtant, ce jeu d'influences, ces interférences d'énergies, projetant une lumière si abondante sur le monde des idées et de la nature, a été loin d'être toujours compris. Confondant la simple subordination avec l'instrumentalité, quelques thomistes ne voient pas comment la réalité subordonnée puisse demeurer intègre, puisse se tenir ≪ enfermée dans le cercle de sa spécificité comme dans un impénétrable cercle magique ≫, et se trouver en même temps traversée de fond en comble par l'influx de causalité qui descend de la cause supérieure. [13]

Le bien commun temporel - Définition et description

- Définition

Les sociétés précédemment évoquées, l'Eglise et l'Etat, possèdent chacune leur fin spécifique, leur bien commun :

Tout en soutenant la subordination de la nature à la grâce, saint Thomas a su faire la discrimination parfaite des deux ordres. La nature n'est pas absorbée par la grâce, mais elle est surélevée, et elle demeure, même âpres cette surélévation, en possession de ses pouvoirs, de ses objets et de ses fins de nature. De sorte que, au-dessous du bien commun suprême, il préconise un bien commun naturel, convenant à toutes les sociétés politiques humaines.

Et ce bien commun, considère en lui-même, réalise l'objectif le plus haut auquel peut viser l'action conjuguée des forces de la nature ; tandis que considère par rapport a la grâce, il constitue la disposition qui peut lui préparer le plus parfaitement les voies. Et puisque la disposition est comme l'imparfait par rapport à ce à quoi elle dispose, l'élément principal du bien commun naturel sera la béatitude imparfaite que procure l'exercice de la sagesse, le bonheur terrestre consistant à imiter dans la mesure du possible celui de l'Au-delà. [14]

Le bien commun naturel est aussi appelé bien commun de la cite, ou bien commun temporel, ou bien commun tout court.

En voici une présentation moins condensée que donne le père G. de Broglie s.j. dans sa brochure Justice sociale et bien commun. [15]

La seule conception raisonnable que nous puissions nous former de cette vie en commun vers laquelle nous orientent les instincts les plus profonds de notre nature, c'est (...) de reconnaitre en elle un indispensable moyen d'assurer a ceux qu'elle unit, non pas le simple respect de leurs ≪ droits ≫ individuels, mais un ensemble positif de biens auquel une multiplicité d'existences solitaires leur interdirait d'accéder.

C'est ce bien d'ensemble (ou, si l'on préfère, cet ensemble caractéristique de biens) que les penseurs scolastiques désignent, à la suite d'Aristote, par le nom de ≪ bien commun ≫, pour autant qu'il est le bien de la communauté politique concrète à laquelle chacun appartient. Ils enseignent, en d'autres termes, que la raison d'être fondamentale de toute cite est la poursuite en commun et la réalisation aussi complète que possible de ce grand bien collectif (...) (Pour un Aristote, un saint Thomas, un Léon XIII, un Pie XI, un Pie XII, l'expression ≪ bien commun ≫) désigne le bonheur terrestre aussi complet et aussi parfait que possible de toute une multitude humaine.[16]

Le ≪ bien commun ≫ de la cite, tel que le concevait la philosophie traditionnelle, ne pouvait donc être que la synthèse de tout ce que les bons citoyens peuvent et doivent désirer de meilleur a leur patrie ; et il définissait, aussi et du même coup, l'objectif suprême en vue duquel les autorités civiles avaient a organiser et a maintenir cet ≪ ordre public ≫ avec lequel plusieurs de nos contemporains sont aujourd'hui tentes de le confondre. [17]

Retenons ces formules :

- Le bonheur terrestre aussi complet et aussi parfait que possible de toute une multitude humaine ;

- La synthèse de ce que tous les bons citoyens peuvent et doivent désirer de meilleur a leur patrie.

auxquelles nous joindrons celle de saint Thomas :

-La fin de la politique est le bien humain, c'est-a-dire ce qu'il y a de meilleur dans les choses humaines. [18]

et celle de Pie XI :

Or, cette fin, ce bien commun d'ordre temporel, consiste dans la paix et la sécurité dont les familles et les citoyens jouissent dans l'exercice de leurs droits et en même temps dans le plus grand bien-être spirituel et matériel possible en cette vie, grâce a l'union et a la coordination des efforts de tous. [19]

- De quelques composantes du bien commun temporel

Faisant un contresens sur le mot temporel[20], certains limitent le bien commun temporel a un ensemble de biens matériels, l'ordre dans la rue, l'élimination de la drogue, la protection contre les épidémies, la qualité de l'air, la défense nationale...

Le bien commun naturel qui est ainsi principe premier de la vie communautaire est, a l'encontre de ce que l'on pense, pour une large part spirituel. L'homme, en effet, n'a pas besoin de la société de ses semblables uniquement pour la garantie de sa subsistance matérielle, mais encore et surtout pour le bienêtre de sa formation ≪ morale ≫[21]. C'est l'argument invoque par Aristote a la fin des Ethiques et repris par saint Thomas dans la Somme Théologique en vue d'établir la nécessite de la société politique[22]. L'amitié que les citoyens contractent entre eux n'est pas moins ordonnée au support spirituel qu'a l'entraide matérielle[23]. ≪ La vie sociale est nécessaire a l'exercice de la perfection ≫ [24]. Bien plus, elle repose exclusivement sur le caractère immatériel de la raison.

Font ainsi partie du bien commun :

- Le statut de l'Eglise dans la cite (l'Eglise respectée, honorée, aidée, obéie dans ses domaines de compétence, protégée contre les fausses religions...)

Procurer le bien commun, c'est faire que l'estime de la religion soit supérieure a tout autre et qu'elle étende son influence naturelle et merveilleusement salutaire aux intérêts politiques, domestiques et économiques (Léon XIII, encyclique Permoti nos, 10 juillet 1895).

- Le maintien de l'ordre moral dans la cité.

Le bien commun temporel - Caractéristiques

- Le bien commun temporel est un bien propre de la personne

Les biens propres d'une personne (biens qui lui appartiennent réellement) se divisent en :

- biens propres qui sont prives, particuliers, individuels ; ils correspondent a ce que la personne a de singulier ; exemple : la sante ;

- biens propres qui ne sont pas prives, que la personne possède du fait de son appartenance a une communauté ; exemple : la langue française pour les membres de la communauté francophone.

Le bien commun temporel appartient a cette dernière catégorie. C'est un bien propre des particuliers, [25]que les particuliers possèdent du fait de leur appartenance a la société civile (il n'a pas a leur être distribue !) mais qui n'a pas un caractère individuel, prive, particulier.

Bien propre des personnes constituant la société civile, le bien commun temporel est également bien propre de celle-ci.

- Le bien commun temporel, fin spécifique de l'Etat, est une fin intermédiaire, désirable pour elle-même et ordonnée au Bien commun suprême

L'essentiel est dit dans le texte déjà cite du père Louis Lachance:

L'Eglise doit s'occuper de cultiver le germe du salut dans les âmes ; l'Etat a à sa charge de former des hommes. L'une et l'autre sont sociétés parfaites dans leur sphère d'actions, l'une et l'autre ayant une fin spécifique et digne d'être recherchée pour elle-même.[26]

. Fin desirable pour elle-meme. Le bien commun est souhaitable pour lui-même en tant que perfection. En réalité le bien commun est une véritable finalité, quoique finalité intermédiaire (Cf. Charles Journet, La juridiction de l'Eglise sur la cite, ed. DDB 1931, p. 86 : « ...la fin intermédiaire, absolument parlant est fin, c'est-à-dire désirable pour elle-même, tandis que le pur moyen est désirable uniquement pour autre chose. »[27]

. Fin particulièrement importante ! Dieu veut sur terre un ordre politique juste (cf. l'exemple de sainte Jeanne d'Arc) et la fin spécifique de cet ordre, le bien commun temporel.

Le bien commun temporel est ordonne au Bien commun suprême.

Le bien commun de la société politique exige son ordination hiérarchique au Bien commun suprême et souverain ; faute de cet ordre, la société se referme sur soi, devient une sorte d'individu monstrueux, comme la ruche ou la fourmilière : c'est la tyrannie collective. Elle a sévi dans les « démocraties populaires », et elle domine les sociétés laïques qui refusent de reconnaitre des lois naturelles (ou divines) supérieures aux législations momentanées produites par des masses aveuglées. Charles de Koninck posait en 1942 la question suivante :

 Quand ceux qui ont la charge du bien commun ne l'ordonnent pas explicitement à Dieu, la société n'est-elle pas corrompue à sa racine même ? [28]

Primauté de la cité et de son bien commun sur la personne et son bien privé

- Primauté de la cité sur la personne

Elle est ainsi affirmée par saint Thomas :

Civitas est prius secundum naturam quam unus homo.

Selon la nature, la cite est première par rapport à un seul homme. [29]

Autres formulations de cette primauté :

La personne, prise dans la ligne de sa destinée temporelle est radicalement ordonnée au bien commun de la société temporelle dont elle est membre.[30]

L'ordination au bien commun temporel entraine la subordination à l'Etat :

Nous croyons qu'il est nécessaire de distinguer les fonctions de la personne et de la subordonner à l'Etat dans l'exercice de celles qui soutiennent quelque rapport avec le bien-vivre collectif (...). [31]

Cette primauté de la cité résulte du principe de totalité :

Le principe de totalité lui-même n'affirme rien que ceci : la ou se vérifie la relation de tout à partie, dans la mesure exacte où elle se vérifie, la partie est subordonnée au tout, celui-ci peut, dans son intérêt propre, disposer de la partie. [32]

Autrement dit, l'Etat a primauté dans son domaine de compétence. Il n'a pas à intervenir dans des questions exclusivement surnaturelles. Quand par exemple, sous la Révolution, l'Etat français a interdit les vœux de religion, il n'y avait pas lieu de lui obéir.

- Primauté du bien commun sur le bien privé (quand ils appartiennent au même genre).

Cela résulte encore du principe de totalité précité.

Si la partie est subordonnée au tout, il est logique que le bien du tout (le bien commun) soit supérieur au bien privé de la partie. C'est là un point essentiel, ainsi résume par Charles de Koninck :

Dans tout genre, le bien commun est supérieur. La comparaison par transgression des genres, loin d'infirmer ce principe, le suppose et le confirme. [33]

Voici un exemple de comparaison de biens de genres différents (genre naturel et genre surnaturel).

Dans la question de la Somme théologique consacrée à la virginité, saint Thomas pose l'objection (IIa, IIae, q.152, a4) :

Le bien commun doit l'emporter sur le bien particulier, comme le prouve le Philosophe, Ethic., I. Or, le mariage a pour but le bien général, selon cette parole de saint Augustin, De bono conjug. XVI : ≪ Le mariage est à la conservation du genre humain ce qu'est la nourriture à la conservation de l'homme Or, la virginité a pour but un bien particulier, qui est d'éviter les tribulations de la chair, ordinaires aux gens maries, comme le dit l'apôtre saint Paul, I. Corinth., VII. Donc la virginité n'est pas supérieure à la chasteté conjugale.

Il réfute ainsi cette objection

Le bien commun l'emporte sur le bien individuel quand l'un et l'autre appartiennent au même genre. Mais il peut arriver que le bien individuel soit meilleur (que le bien commun) à cause de son genre ; et c'est ainsi que la virginité consacrée a Dieu est supérieure a la fécondité charnelle. Aussi, saint Augustin dit-il, De virginitat., IX, que ≪ la fécondité de la chair, même quand on n'a d'autre but que de donner des enfants à Jésus-Christ, ne saurait compenser la perte de la virginité ≫.

- L'erreur personnaliste correspondante

C'est donc une erreur que de subordonner à la personne la cité et son bien commun :

Aussi faut-il maintenir contre tous les personnalistes, que la Cite est, de toutes les collectivités, celle qui possède le plus d'aptitude à discerner le plus haut des biens humains. En effet, elle a pour objet le bien commun, lequel est meilleur et plus divin que le bien individuel ≫ (In I Pol. Lect.1, n.11). Même les vertus apparemment les plus personnelles, le courage ou la tempérance, s'y référent, « car il n'y a pas une seule vertu dont les actes ne soient pas médiatement ou immédiatement ordonnables au bien commun «  (Ia, IIae, qu.96, a.3, ad 3).

Il est impossible par conséquent de faire exception en faveur de la personne et de son épanouissement : la société et le bien commun dont elle est le réceptacle vivant ne peuvent être subordonnes à la personne quant à sa destinée temporelle. C'est l'inverse qui est vrai : la personne prise dans la ligne de sa destinée temporelle est radicalement ordonnée au bien commun de la société temporelle dont elle est membre.[34]

- La double subordination de la personne

Nous croyons, comme tout chrétien, que la grâce transcende la nature, y compris ses institutions : « la grâce d'un seul est bien plus grand que le bien naturel de tout l'univers », mais nous ne pensons pas que cela constitue une raison suffisante pour placer la personne au-dessus de l'Eglise et de l'Etat. Considérée naturellement, elle est subordonnée à celui- ci, et surnaturellement, à celle-là. [35]

- Une différence essentielle entre la possession d'un bien prive et celle d'un bien commun

Etant donne que le bien prive est d'une essence inferieure à celle de son propriétaire, il ne lui permet pas de se surpasser ; au mieux, il maintient dans l'être, en l'aidant à développer ses possibilités. Au contraire, étant d'une nature supérieure à celui qui le possède, le bien commun l'élève a un niveau supérieur à celui qu'il pourrait atteindre en tant que simple individu. C'est ainsi que les enfants-loups, sauvés de la foret, n'ont jamais pu être éduques, ni sortis de l'état bestial dans lequel ils furent trouves. Passe l'âge ou le cerveau est capable d'assimiler le langage, l'accès a la culture et a la pensée civilisée leur est totalement impossible. Devant une telle évidence, il est inutile de sauver les enfants qui se trouvent dans de telles conditions, on préfère les laisser dans leur environnement animal. Pour résumer, c'est donc le bien commun qui nous humanise. [36]

Deux erreurs sur la société civile et le bien commun temporel

- 1re erreur : faire de la personne la fin de la société civile

Quelle est la fin de la société civile, des institutions sociales et politiques ? Comme nous l'avons vu - et le verrons plus en détail ci-dessous - les textes récents du Magistère répondent : la personne, le perfectionnement des personnes.

On voit tout de suite la difficulté que soulève une telle proposition : comment la personne pourrait-elle être à la fois fin de la société civile et soumise à celle-ci ?

(Saint Thomas d'Aquin) se garde bien de considérer le perfectionnement des individus comme la fin ultime de la vie aménagée en communauté politique... Le progrès des individus n'est pas la fin de l'organisation de la vie en société, mais son effet propre. En cherchant a produire les conditions générales du bien-vivre et en mettant en œuvre les causes qui peuvent les réaliser, l'Etat se trouve à exercer sur les citoyens une pression morale, une contrainte qui a pour effet propre de les améliorer en eux-mêmes...[37]

Nous retrouvons la distinction entre la fin et l'effet dans les questions de la Somme théologique consacrées à cette institution sociale qu'est la loi :

A la question :  Utrum lex ordinetur semper ad bonum commune ? La loi a-t-elle toujours pour fin le bien commun ? » il répond :

Conclusion - Puisque la loi est la règle des actes humains, dont la fin dernière est le bonheur commun, elle doit nécessairement avoir pour fin le bien commun. 42

D'ou la définition classique : toute loi, naturelle ou surnaturelle, est une certaine action pour ordonner au bien commun.[38]

A la question : «Utrum effectus legis sit facere homines bonos.»La loi a-t-elle pour effet de rendre les hommes bons? Saint Thomas répond :

Conclusion - Puisque, d'une part, la vertu des sujets comme tels est de bien obéir, ainsi que la vertu du prince est de bien commander ; puisque, d'une autre part, la loi tend a conquérir au prince l'obéissance des sujets, il s'ensuit que la loi a pour effet de donner aux sujets la vertu qui leur est propre et par cela même de rendre les hommes bons. [39]

Saint Thomas distingue bien (en leur consacrant deux questions différentes) la fin de la loi (le bien commun) et l'effet de la loi (le perfectionnement des hommes).

- 2e erreur : confondre bien commun temporel et ordre public

Dans la brochure précitée, le père G. de Broglie récuse une conception du bien commun qui s'est répandue avant le concile Vatican II et dont celui-ci  a cru devoir s'inspirer en tel ou tel de ses textes :

Au lieu de designer (par l'expression bien commun) le bonheur terrestre aussi complet et aussi parfait que possible de toute une multitude humaine, comme l'entendaient un Aristote et un saint Thomas, un Léon XIII, un Pie XI, un Pie XII, ce que l'on continue de dénommer le bien commun se réduit alors à un ensemble de conditions d'existence générales et objectivement constatables, propre à favoriser l'heureuse et saine vie terrestre de tous les individus qui voudront et sauront en profiter, chacun pour son compte. En d'autres termes, l'idée de bien commun en vient ainsi à se confondre avec celle d'un certain ordre public , qu'il appartient a tout gouvernement digne de ce nom de faire régner dans l'Etat, en édictant de bonnes lois, en exigeant leur fidele observation, et en veillant a la sage organisation et au fonctionnement parfait de tous les services d'intérêt général .

Il ne s'agit pas de nier la notion d'ordre public, qui est certes à considérer comme un bien, et même un bien qu'on peut qualifier de commun, en ce sens que tout le monde en est le bénéficiaire. Mais, tout réel et commun qu'il est, ce bien apparait comme d'ordre nécessairement secondaire et subordonne, des qu'on le met en parallèle avec cet autre bien commun (qu'est le bien commun de la cité) dont nous parlent les maitres de la pensée scolastique, et qui, nous disent-ils, constitue de plein droit la fin caractéristique de toute société politique. [40]

● Résume du rappel doctrinal

- Le bien commun temporel est  le plus grand bien-être spirituel et matériel possible en cette vie (obtenu) grâce à l'union et à la coordination des efforts de tous. C'est un bien propre de la personne. Il est désirable pour lui-même et ordonne au Bien commun suprême.

- Du principe de totalité :

Le principe de totalité lui-même n'affirme rien que ceci : là ou se vérifie la relation de tout à partie, dans la mesure exacte ou elle se vérifie, la partie est subordonnée au tout, celui-ci peut, dans son intérêt propre, disposer de la partie. [41]

résultent :

     . la primauté de la cité sur la personne (dans l'ordre naturel) :

Civitas est prius secundum naturam quam unus homo. Selon la nature, la cité est première par rapport à un seul homme. [42]

     . la primauté du bien commun temporel sur le bien prive (quand ils sont de même genre).

- La thèse inverse qui subordonne a la personne et met à son service le bien commun temporel, l'Etat, les institutions sociales, constitue l'un des aspects du personnalisme. [43]

 

2. UNE NOUVELLE DOCTRINE SOCIALE MARQUEE PAR LE PERSONNALISME

Qu'il suffise ici de citer quelques textes illustrant la pénétration du personnalisme dans l'enseignement de la doctrine sociale.

● Encyclique Mater et magistra (1961)

L'Eglise apporte et annonce aux hommes une conception toujours actuelle de la vie sociale ; suivant le principe de base de cette conception... les êtres humains sont et doivent être fondement, cause et fin de toutes les institutions ou se manifeste la vie sociale. [44]

● Encyclique Pacem in terris (1963)

Pour la pensée contemporaine, le bien commun réside surtout dans la sauvegarde des droits et des devoirs de la personne humaine ; des lors le rôle des gouvernants consiste surtout à garantir la reconnaissance et le respect des droits, leur conciliation mutuelle, leur défense et leur expansion, et en conséquence à faciliter à chaque citoyen l'accomplissement de ses devoirs.

● Constitution pastorale Gaudium et spes du concile Vatican II (1965).[45]

(...) La personne humaine qui, de par sa nature même, a absolument besoin d'une vie sociale, est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions.

● Instruction sur la liberté chrétienne et la libération (1986) [46]

Le bien commun de la société humaine est au service des personnes.

Catéchisme de l'Eglise catholique (1992)

- art.1881 - La personne humaine est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales.

- art.1929 - (...) La personne représente le but ultime de la société qui lui est ordonnée. [47]

Compendium du Catéchisme de l'Eglise catholique (2005)

- art. 402 - Le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales sont et doivent être la personne.

- Art. 411 - La société assure la justice sociale quand elle respecte la dignité et les droits de la personne, qui constituent la fin propre de la société.

.

3. REFUTATION DE LA NOUVELLE DOCTRINE

Ces textes affirment la thèse personnaliste du primat de la personne : la personne serait principe et fin de la société ; d'ou la conséquence : le bien commun est a son service.

Le rappel doctrinal précédent montre qu'ils contredisent la doctrine traditionnelle.

Nous nous bornerons à citer ici deux commentaires de Jean Madiran et de Marcel De Corte.

● Un commentaire de Jean Madiran[48]

L'esprit nouveau de la nouvelle doctrine est parfaitement récapitule dans une formule de l'Instruction (§76) [49]selon laquelle Le bien commun de la société humaine est au service des personnes : révolution copernicienne par rapport a la doctrine traditionnelle qui, en sens inverse, incite les personnes à être au service du bien commun. (...). Enseigner que le bien commun est au service des personnes procure a la personne humaine la formulation philosophique de son non serviam.

● Un commentaire de Marcel De Corte

Comment ce primat de la personne s'est-il impose au mépris des évidences les plus étincelantes ? Car c'est un fait inexpugnable, si l'on a l'esprit sain et le cœur fidele, que je ne suis pas le  principe  de la société ni moins encore sa fin. Une société constituée m'accueille des ma naissance : elle vaut ce qu'elle vaut, mais je ne l'engendre pas. Le moindre mouvement de la nature en moi me porte à servir, bien ou mal, la société qui m'entoure : je ne suis pas un Robinson, seul sur une ile déserte, prive de la réconfortante présence de Vendredi ; pour vivre, il me faut entrer en relation avec autrui ; pour mieux vivre, l'union m'est davantage encore imposée par la nécessite comme une fin (...).

Eriger la personne en principe et en fin de la société ne peut être que la conséquence d'une anarchie mentale qui refuse le contrôle de la réalité et se repait des représentations internes qu'elle fabrique, indifférente à leur concordance ou a leur discordance avec l'être. C'est répéter une formule mille et mille fois démentie par le réel et toujours renaissante dans les esprits replies sur eux-mêmes et sur leurs rêves. La personne n'est-elle pas partout le produit de la société ? Et puisqu'elle est formée par la société, n'est elle pas du coup plus apte a la servir ? N'est-il pas de son intérêt le plus profond et le plus spontané d'imposer silence à ses caprices et de se dévouer au bien commun ? Si nous ne choisissons ni notre sang, ni notre patrie, ni notre langue, ni notre tradition, comment pourrions-nous être le principe de la société? Si nous aimons notre société natale pour elle-même au point de lui sacrifier notre vie, comment pourrions-nous en être la fin ? Il faut avoir rompu en visière avec le principe d'identité et avec le sens commun, normes suprêmes de nos conduites intellectuelles, pour affirmer le contraire aussi impavidement qu'on le fait aujourd'hui dans les sphères ecclésiastiques.[50]

 

4. DE QUELQUES CONSEQUENCES DE LA NOUVELLE DOCTRINE

 ● Une doctrine incompatible avec la notion même d'ordre politique

Se proposant de coordonner l'activité collective de manière a la faire contribuer à la réalisation du bien-vivre, la politique instaure un ordre qui a pour effet de modeler directement, non les individus, mais leur agir. Elle saisit les hommes précisément dans ce qui leur permet de venir en contact et de collaborer, a savoir l'action. Or, l'action appartient en propre aux personnes individuées, elle est leur chose (actiones sunt suppositorum, Somme théologique,IIa IIae, q.58, a.2 ). Elle se rapporte à elles comme à des acteurs responsables... (Des lors), si nous considérons que la fonction spécifique de la politique est de diriger l'action, nous ne voyons pas qu'elle puisse arriver à l'exercer sans se soumettre les personnes. Ce sont celles-ci qui disposent en propre de l'action, qui en sont les principes et les maitres. Si donc, a titre de personnes, elles sont au-dessus de l'ordre politique, si à ce titre elles peuvent refuser à l'Etat juridiction sur leurs actes, nous ne voyons plus à quoi pourrait servir un ordre politique... [51]

● L'inversion du rôle de la société

Les penseurs d'autrefois trouvaient normal de se représenter toute cite humaine comme un grand  corps, au service duquel tous ses membres avaient le devoir de se dévouer, ce qui n'allait jamais sans de multiples sacrifices, petits ou grands, auxquels chacun devait savoir se résigner généreusement. Tandis qu'aux yeux d'une certaine pensée moderne, le devoir fondamental de toute société bien construite serait, au contraire, de mettre tous ses moyens d'action au service de chacun de ses membres... et de réaliser ainsi l'impossible tache de leur assurer simultanément à tous la pleine satisfaction de tous leurs souhaits individuels !

Mais autant une pareille conception de la justice sociale constitue aux yeux d'un sain réalisme la plus folle des chimères, autant elle se présente comme merveilleusement simple aux yeux d'une idéologie qui, comme c'est souvent le cas, ne vise à se repaitre que d'elle-même. [52]

● Une nouvelle conception du bien commun

Nous avions déjà signalé en 1964 (...) la réduction typiquement moderne de la grande et traditionnelle notion du bien commun à la notion beaucoup plus humble d'ordre public, Mgr Philippe Delhaye enregistre le même phénomène dans le volume collectif Mariage et sacrement de mariage (...). Il y fait très justement observer que, dans le passe, et jusque dans les enseignements pontificaux les plus clairs, « le bien commun était défini comme le bien de tous, auquel les individus devaient se sacrifier. Mais, ajoute-t-il : Lorsque Vatican II a défini le bien commun, dans le schéma XIII ou dans la Déclaration sur la liberté religieuse, il l'a présente comme : les conditions par lesquelles l'Etat permet aux personnalités de s'épanouir. Il s'agit d'un renversement total dans les idées, même si, par une curieuse acrobatie, on conserve malgré tout un mot considère comme tabou. De quelque manière qu'on l'interprète, ce renversement de la terminologie nous semble a nous aussi indéniable (voir, par exemple, la déclaration sur la liberté religieuse, n° 6, ou la constitution Gaudium et spes n° 26). Mais est-il besoin de souligner qu'il n'implique, de la part du concile, aucune réprobation des formules traditionnelles et de la pensée qu'elles visaient à exprimer ? [53]

● L'inversion de l'ordre des fins du mariage

On connait la doctrine traditionnelle : le mariage a pour fin principale la procréation et l'éducation des enfants, la finalité de la procréation et de l'éducation étant le bien commun du genre humain dont elles assurent la conservation :

Le mariage a principalement sa raison d'être dans le bien commun, en raison de sa fin principale qui est le bien de l'enfant... Et c'est pourquoi dans les lois du mariage on veille plus à l'intérêt commun qu'à l'intérêt particulier. [54]

Les fins secondaires du mariage sont le secours mutuel des époux et le remède à la concupiscence.

C'est au personnalisme que l'on peut attribuer l'inversion de l'ordre de ces fins que l'on trouve dans le Code de droit canon de 1983, dans le Catéchisme de l'Eglise catholique et dans son Compendium.

- Textes suggérant ou affirmant l'inversion de l'ordre des fins

Code de droit canon, article 1055, § 1 (1983) :

L'alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants, a été élevée entre baptises par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement.

Catéchisme de l'Eglise catholique, (1992)

. article 1601 : reproduit le canon 1055 précité

. article 1660 :

L'alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une intime communauté de vie et d'amour, a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur. De par sa nature, elle est ordonnée au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants. Elle a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement.[55]

Compendium du Catéchisme de l'Eglise catholique (2005)

Article 338 : L'union matrimoniale de l'homme et de la femme, fondée et structurée par les lois du Créateur, est ordonnée par nature à la communion et au bien des conjoints, à la génération et à l'éducation des enfants. Selon le plan originel de Dieu, l'union matrimoniale est indissoluble, comme Jésus- Christ l'a affirme. Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le  sépare pas. (Mc 10,9)

Article 456 : (...) Le mariage et la famille sont ordonnes au bien des époux, à la procréation et à l'éducation des enfants.

Article 496 : L'acte conjugal a une double signification : unitive (la donation réciproque des époux), et procréatrice (l'ouverture a la transmission de la vie). Nul ne doit briser le lien indissociable que Dieu a voulu entre les deux significations de l'acte conjugal, en excluant l'un ou l'autre d'entre elles.

- Commentaire sur les articles précédents du Compendium

Ce n'est pas ainsi que parle la Tradition catholique, au moins depuis saint Augustin, en présentant toujours les fins du mariage selon leur ordre d'importance, et distinguant entre fin primaire et fins secondaires. Le Compendium aurait du au moins faire comme Vatican II (Gaudium et spes, n°50,1) qui commence par dire : le mariage et l'amour conjugal sont d'eux-mêmes ordonnes à la procréation et à l'éducation, puis ajoute, vers la fin du paragraphe, la mention : autres fins du mariage, et termine en disant aux époux qu'ils doivent être disponibles pour coopérer courageusement a l'amour du Créateur et du Sauveur qui, par eux, veut sans cesse agrandir et enrichir sa propre famille.

Car il s'agit bien de cela dans le dessein de Dieu : Il veut donner la béatitude céleste à une multitude d'anges (ce qui est fait) et d'hommes. Et pour peupler d'hommes le Ciel, il faut d'abord que la terre en soit peuplée : d'ou l'institution, par Dieu, du mariage et le but premier de celui-ci.

C'est pourquoi la Tradition catholique a toujours dit explicitement et très clairement - ce que ne fait pas le Compendium - que :

. la fin primaire, c'est-à-dire première et principale, est la procréation et l'éducation des enfants ;

. les fins secondaires (ce qui ne veut pas dire sans importance) sont le secours mutuel des époux, et le remède a la concupiscence ;

. et que ces fins secondaires sont  essentiellement subordonnées à la fin primaire (Denz.-Bann.2295), et que cela vaut pour tout mariage, même infécond. (Pie XII).

Sur le mariage, le Compendium a donc adopte la nouvelle doctrine que l'on trouve dans le nouveau Code de droit canonique. Mais, comme le Code de droit canonique annote (publie en France par Cerf/Tardy, 1989) l'avoue lui-même p.564 à propos du mariage : C'est un changement très profond a la doctrine maintenue jusqu'au concile Vatican II.

Personne, ni aucune assemblée, n'a autorité pour opérer un changement très profond à la doctrine enseignée par toute la Tradition, jusqu'au concile Vatican II  exclu.[56]

● Causes et conséquences de l'inversion de l'ordre des fins du mariage

Elles sont bien expliquées dans l'article précité du R.P. G.de Broglie, rédige en 1973 et reproduit dans le n° 90 de l'AFS sous le titre La doctrine de saint Thomas sur le fondement communautaire de la chasteté.

- Le raisonnement courant

Que la notion traditionnelle de la vertu de chasteté se soit, de nos jours, étrangement obscurcie en beaucoup d'esprits, même parmi les chrétiens, même parmi les théologiens, c'est un fait trop manifeste pour que nous nous attardions à l'établir (...)

. Des qu'il s'agit de prohibitions fermes et précises que la morale chrétienne avait cru de tout temps devoir formuler en ce domaine, il n'en est presque aucune qui ne soit désormais contestée par les uns ou les autres. Nombreux sont ceux qui n'osent plus condamner absolument ni le mariage à l'essai, ni la contraception, ni le remariage âpres divorce, ni la masturbation, ni même les liaisons homosexuelles. Quant aux raisons pour lesquelles tant d'interdictions anciennes se voient ainsi remises en question, elles peuvent se ramener a une seule : Nous ne voyons vraiment pas pourquoi tous ces comportements, auxquels on peut souvent être incline par des motifs plus dignes et plus sérieux que le pur attrait d'un plaisir sensuel passager, devraient être considères comme nécessairement répréhensibles

En d'autres termes, c'est le fondement de l'ancienne chasteté et de ses lois qui semble échapper à un nombre croissant d'intelligences.

- Les causes

Chercher toutes les causes de cette évolution intellectuelle nous entrainerait trop loin. Disons seulement qu'elle parait se rattacher à une certaine idolâtrie de la personne, très répandue aujourd'hui dans notre monde occidental. On en vient ainsi à raisonner comme si nos actions n'avaient en fin de compte à être estimées bonnes ou mauvaises qu'à proportion des biens ou des maux qu'elles procurent concrètement à des personnes. La valeur morale de nos activités d'ordre génital parait alors devoir se mesurer aux bienfaits qu'elles assurent aux personnes mêmes qui les exercent, bien plutôt qu'aux services - plus ou moins problématiques - qu'elles pourraient peut-être rendre à une progéniture éventuelle, c'est-a-dire a des personnes qui, en toute hypothèse, n'existent pas encore, et envers lesquelles on ne saurait donc avoir présentement aucun véritable devoir. D'ou cette idée, devenue aujourd'hui courante, que la finalité fondamentale des rapports conjugaux ne saurait être la procréation, mais le bien du couple lui-même, dont cet acte serait primordialement destiné à exprimer et à confirmer le mutuel amour...[57]

- Les conséquences

Ce n'est pas par hasard, c'est en vertu d'une implacable logique, que ceux qui s'engagent dans cette voie en viennent généralement assez vite a récuser l'une âpres l'autre presque toutes les exigences traditionnelles de la chasteté. Si donc nous croyons nécessaire de réagir contre l'amoralisme qui de nos jours envahit peu a peu ce secteur capital de la vie humaine, il n'y a pour cela qu'un moyen. Il faut avant tout rétablir dans les esprits cette conviction élémentaire, a laquelle tout le monde souscrivait jadis comme a une évidence indiscutable : que, chez l'homme, comme dans tout le reste du monde animal, les activités génitales sont primordialement ordonnées, non pas a l'amour, (qui peut s'exprimer, et souvent beaucoup mieux, en bien d'autres manières !), mais a la transmission de la vie ; et que, s'il doit exister une morale sexuelle, elle ne saurait donc se construire qu'a partir de ce principe fondamental. [58]

 

CONCLUSION

La pénétration du personnalisme (théorie faisant de la personne un absolu) et du libéralisme (théorie faisant de la liberté un absolu) dans l'enseignement de la doctrine sociale de l'Eglise constitue l'un des aspects les plus frappants de la crise doctrinale dans l'Eglise

Les théories personnalistes qui viennent d'être évoquées aboutissent à

 nier la justice sociale véritable[59] qui subordonne la personne et les groupes de personnes au bien commun de la société. [60]

De ce fait :

C'est l'âme de la société qui est malade ou, si l'on veut une autre métaphore, c'est son fondement qui se trouve ébranle jusqu'en ses profondeurs [61]

● Ebranlement en profondeur qui, comme cela a été vu, rend impossible un ordre politique et modifie la doctrine du mariage. [62]

● Une telle falsification de la doctrine sociale mérite d'être mieux étudiée, mieux comprise ; ce qui suppose que soient bien connus les notions de base et les principes mis en cause (en particulier la notion de bien commun et le principe de totalité).

 

ANNEXE I

Sur quelques textes de Pie XI et Pie XII soulevant des difficultés

Dans sa brochure « De la justice », âpres avoir rappelé que « la primauté du bien commun (...) fut le pilier de la sagesse sociale de l'Eglise pendant prés de deux millénaires » , Marcel De Corte fait la constatation suivante :

On s'étonné de lire dans l'encyclique Divini Redemptoris [63] la formule tranchante et catégorique que voici : « Civitas homini non homo civitati existit, La cité est pour l'homme et non l'homme pour la Cité » (...).

De même Pie XII déclare, le 14 septembre 1952, que « l'homme dans son être personnel n'est pas ordonne en fin de compte a l'utilité de la société, mais au contraire la communauté est la pour l'homme », ce qu'il faut comprendre a la lumière de l'encyclique Mystici Corporis[64]. « Toute société humaine, pour peu qu'on fasse attention a la fin dernière de son utilité, est ordonnée en définitive au profit de tous et de chacun de ses membres, car ils sont des personnes », ou encore dans celle de l'encyclique Sapientiae christianae de Leon XIII : « La nature n'a pas institue la société pour que l'homme la prenne pour but, mais pour qu'il trouve en elle et par elle les secours propres à la conduire a la perfection » [65]

Marcel De Corte apporte une explication qui s'avère peu satisfaisante, puis il poursuit :

Il n'empêche que des formules a l'emporte-pièce comme celle de Pie XI engendrent un malaise chez l'historien de la doctrine sociale de l'Eglise et chez le philosophe pour qui la justice générale draine vers elles toutes les vertus, étant seule capable, par la puissance unificatrice de son commandement, d'empêcher que la justice particulière, tant distributive que commutative, n'isole les individus dans le seul souci de leur bien particulier, et de renforcer l'ordre, l'harmonie et la paix sociale d'ou elle émane et qui la rendent vraiment justice. [66]

Que faut-il retenir de ce qui précède ?

- que les textes précités de Pie XI et Pie XII ne doivent pas être pris au pied de la lettre, dans la mesure où ils paraissent s'écarter du principe de totalité dont nous rappelons la définition :

Le principe de totalité lui-même n'affirme rien que ceci : la ou se vérifie la relation de tout a partie, dans la mesure exacte ou elle se vérifie, la partie est subordonnée au tout, celui-ci peut, dans son intérêt propre, disposer de la partie. [67]

- Que, conformément à ce principe, les rapports entre la personne et les sociétés auxquelles elle appartient s'établissent ainsi :

. considérée naturellement, la personne est subordonnée à l'Etat ;

. considérée surnaturellement, la personne est subordonnée à l'Eglise.

 

ANNEXE II

Bibliographie

Documents utilises pour la présente étude :

● R.P. G. de Broglie :

- Justice sociale et bien commun (1972) (édit. AFS)

- La doctrine de saint Thomas sur le fondement communautaire de la chasteté, article du n° 90 (aout 1990) de l'A.F.S.

● Marcel De Corte :

- De la justice (1974) (édit. DMM)

- Réflexions sur la nature de la société politique, article du n°191 (mai 1975) de L'Ordre français.

● Charles de Koninck :

- De la primauté du bien commun contre les personnalistes (1942)

● R.P. Louis Lachance :

- L'humanisme politique de saint Thomas d'Aquin, individu et Etat (1965)

- Le concept de droit selon Aristote et saint Thomas (1948)

● Jean Madiran :

- Le principe de totalité (1964) (Nouvelles éditions latines)

- La justice sociale (1964) (Nouvelles éditions latines)

- La nouvelle dynastie, article du n°304 (juin 1986) d'Itinéraires

● Bernard de Midelt :

- Nature de la société politique (2005), diffusion REP, 15 rue des Fades, 06 110 Le Cannet.

● Louis Millet :

- Le bien et la personne - Remarques sur le « personnalisme » et quelques thèses modernes, dossier du n°173 (juin 2004) de l'AFS.

● Juan Carlos Ossando-Valdes :

- Les droits de l'homme dans le cadre du magistère et de la philosophie (2000), Actes du IVe congres théologique de Si si No no (Publications du Courrier de Rome).

● Un prêtre ami de l'A.F.S. :

- Pour un meilleur abrège du Catéchisme de l'Eglise Catholique (2005) (diffuse par l'AFS).
 


[1] Sur celles-ci, voir les brochures AFS La doctrine sociale de l'Eglise dans la crise doctrinale actuelle et la liberté religieuse trente ans âpres Vatican II.

[2] Editions Bayard, Cerf, Fleurus-Mame.

[3] Rappelons que la doctrine sociale de l'Eglise est ≪ l'application des principes constants de la théologie morale à la vie en société ≫. Itinéraires, n°304 (juin 1986), p.3.

[4] Voici la suite et la fin de cet article : ≪ Certaines sociétés, telles que la famille et la cité, lui sont nécessaires. D'autres associations lui sont aussi utiles, tant à l'intérieur de la société politique que sur le plan international, dans le respect du principe de subsidiarité ≫.

[5] Voici la suite et la fin de cet article : «  Certaines sociétés, telles que la famille et la cité, lui sont nécessaires. D'autres associations lui sont aussi utiles, tant à l'intérieur de la société politique que sur le plan international, dans le respect du principe de subsidiarité ».

[6] - Le Bien et la Personne - Remarques sur le ≪ personnalisme ≫ et sur quelques thèses modernes, de Louis Millet, AFS n°173 (juin 2004).- ≪ Justice sociale ≫ et ≪ Bien commun ≫, du R.P. G. de Broglie, AFS n°94 (avril 1991).- La doctrine de saint Thomas sur le fondement communautaire de la chasteté, du R.P. G. de Broglie, AFS n°90 (aout 1990).

[7] Mgr Gay, Sermons, t. I, p.115.

[8] Est dite parfaite une société qui possède en elle tous les moyens d'atteindre sa fin.

[9] R.P. Louis Lachance, L'humanisme politique, p.25.

[10] ≪ (Le mot) Etat est pris par les penseurs traditionnels non pour designer le Gouvernement seul, mais la Cite comme unité organique d'ensemble ≫. Louis Jugnet, Le personnalisme, mythe ou vérité, Cahiers Louis Jugnet n° III, p.80.

[11] Les théologiens appellent ≪ spirituel ≫ ≪ ce qui est ordonne, comme a sa fin immédiate et première, au bien commun ≪ surnaturel ≫ de l'Eglise (...), et, par elle, au Christ-Dieu et a la Sainte Trinite ≫.Ils appellent ≪ temporel ≫ ≪ ce qui est ordonne, comme a sa fin immédiate et première, au bien commun (matériel et moral) de la cite terrestre, bien qui ressortit substantiellement a l'ordre ≪ naturel ≫ (Mgr Journet La juridiction de l'Eglise sur la cite ≫, p.28-29).

[12] R.P. Louis Lachance, L'humanisme politique, p.25.

[13] Ibid, p. 29-30. Souligne en gras par nos soins.

[14] R.P. Louis Lachance, Le concept de droit selon Aristote et saint Thomas, p.71

[15] Brochure A.F.S. reproduisant un article du même titre paru en 1972 dans la revue Doctor Communis de Rome

[16] R.P. G.de Broglie, op.cit., p.28

[17] Ibid, p.30

[18] In I. Eth., lect.2, n.29.

[19] Encyclique Divini illius magistri (31 décembre 1929).

[20] Cf. cette définition déjà citée : les théologiens appellent ≪ temporel ≫ ≪ ce qui est ordonne, comme a sa fin immédiate et première, au bien commun (matériel et moral) de la cite terrestre, bien qui ressortit substantiellement a l'ordre ≪ naturel ≫ ≫ (Mgr Journet, La juridiction de l'Eglise sur la cite, p.28-29).

[21] ≪ ... sed etiam quantum ad moralia ≫. In I Eth.,lect. 1, n.4.

[22] Cf. Ia IIae, q.95, a.1.

[23] "... vel in spiritualibus vel in terrenis officiis". Cont. Gent., L. III, c.134.

[24] ≪ ... vita socialis necessaria est ad exercitium perfectionis ≫. IIa IIae, q. 188, a.8.

[25] ≪ Les personnalistes ont, sans s'en rendre compte, adopté la vision socialiste du bien commun, selon laquelle il est étranger à la personne, pris séparément, pour n'appartenir qu'à la société. En conséquence, ils le voient comme un bien étranger et non pas propre. En réalité, c'est le meilleur des biens propres (...) » (Juan Carlos Ossando-Valdes, professeur à l'Université catholique de Valparaison (Chili), Les droits de l'homme dans le care du magistère et de la philosophie. Communication au IVe congrès de Si si No no, Rome, août 2000, Actes de ce congrès (Publications du Courrier de Rome), p.197.

[26] R.P. Louis Lachance, L'humanisme politique, p. 25.

[27] Bernard de Midelt, Nature de la societe politique, p.36.

[28] Louis Millet, op.cit., p.39.

[29] St Thomas, in octo libros Politicorum Aristotelis expositio, I, I. 1, n°39, cite par J.M. Rulleau Morale et politique - Note critique, Le sel de la terre n°7, Hiver 1993, p.181.

[30] Marcel De Corte, voir référence a la note 38.

[31] R.P. Louis Lachance, L'humanisme politique, p.48.

[32] Pie XII, Discours aux médecins neurologues, 14 septembre 1952. Cite par Jean Madiran dans Le principe de totalité, p.11.

[33] De la primauté du bien commun contre les personnalistes, p.14.

[34] Marcel De Corte, Réflexions sur la nature de la société politique, Ordre françai n°191, mai 1975, p.14-15

[35] R.P. Louis Lachance, L'humanisme politique, p.61.

[36] Juan Carlos Ossandon Valdes, op.cit., p. 199.

[37] .P. Louis Lachance, L'humanisme politique, p.58, cite par Bernard de Midelt, dans Nature de la societe politique, p. 29. En vente a l'A.F.S. Bon de commande en derniere page.

[38] Somme theologique, Ia IIae, q. 90, a.2.

[39] Somme theologique, Ia IIae, q. 92, a.1.

[40] R.P. G.de Broglie, Justice sociale et bien commun, p.29

[41] Pie XII, 14 septembre 1952.

[42] St Thomas, In octo libros Politicorum. Aristotelis expositio, I,I. 1, n°39.

[43] Sur le personnalisme, voir l'étude du professeur Millet Le bien et la personne : le personnalisme, tire-à-part du n° 173 de l'A.F.S..

[44] A comparer avec l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme

[45] 7 décembre 1965, § 25.

[46] Congrégation pour la doctrine de la foi, 23 mars 1986, § 76. Sur cette instruction, voir l'article de Jean Madiran Une nouvelle dynastie dans le n°304 (juin 1986) d'Itinéraires.

[47] On trouve également une tendance personnaliste dans la manière dont sont présentées certaines condamnations, prenant comme premier motif la dignité de la personne humaine. Cf. les articles 2320 et 2324 du Catéchisme : 2320 : Le meurtre d'un être humain est gravement contraire à la dignité de la personne et a la sainteté du Créateur. 2324 : L'euthanasie volontaire, quels qu'en soient les formes et les motifs, constitue un meurtre. Elle est gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur.

[48] Op. cit., Itinéraires, n°304 (juin 1986), p.7-9.

[49] Il s'agit de l'Instruction sur la liberté chrétienne et la libération, précitée (23 mars 1986).

[50] 54 Marcel De Corte, De la justice, p.82.

[51] R.P. Louis Lachance, L'humanisme politique, p. 46-47, cite par Marcel De Corte dans De la justice, p.78

[52] R.P. G.de Broglie, Justice sociale et bien commun, p.74.

[53] Ibid, p.29. Il faudrait remarquer qu'un  renversement total dans les idées implique une forme de reprobation...

[54] Matrimonium principaliter ordinatur ad bonum commune, ratione principalis finis, qui est bonum prolis... Et ideo in legibus matrimonii magis attenditur quid omnibus expediat quam quid uni competere possit ≫. Saint Thomas en IV Sent. D. 33, q. 2.a.1, ad 4. Texte cite par le R.P. G.de Broglie, s.j., dans son article La doctrine de saint Thomas sur le fondement communautaire de la chasteté, AFS n°90 (aout 1990), p.61.

[55] Il faut noter que l'ordre traditionnel des fins du mariage figure dans l'article 1652 (reproduisant l'article 48, § 1 de la Constitution conciliaire Gaudium et spes) : C'est par sa nature même que l'institution du mariage et l'amour conjugal sont ordonnes a la procréation et à l'éducation qui, tel un sommet, en constituent le couronnement. Voir aussi l'article 1534.

[56] Pour un meilleur Abrège du Catéchisme de l'Eglise catholique, commentaire de

l'article 338. Disponible a l'AFS. Bulletin de commande en dernière page.

[57] A l'époque ou écrivait le R.P. G.de Broglie, l'idée (fausse) qu'il expose ici n'avait pas encore été codifiée dans des textes du Magistère

[58] R.P. de Broglie, op.cit., AFS n°90, p.56.

[59] Rappelons quelques définitions : la justice est la disposition permanente de la volonté de rendre à chacun ce qui lui est dû. Elle se divise en justice générale et justice particulière. La justice générale (ou justice sociale) ordonne l'homme au bien commun. La justice particulière ordonne l'homme en ce qui concerne les  biens particuliers appartenant à autrui.

[60] Marcel De Corte, De la justice, p.95.

[61] Opus cit.

[62] Il est couramment admis que le pape Jean-Paul II a courageusement maintenu les points essentiels de la morale se rapportant a la vie, au mariage, a la famille. Cela n'est pas exact pour la doctrine des fins du mariage : c'est sous son pontificat en effet que l'inversion de l'ordre des fins du mariage est apparue pour la première fois dans un texte romain (article 1055, § 1 du Code de droit canon de 1983).

[63] Encyclique de Pie XI (19 mars 1937).

[64] Encyclique de Pie XII (29 juin 1943).

[65] De la justice, p.76-77.

[66] De la justice, p.77-78.

[67] Pie XII, 14 septembre 1952.

 
Una Voce France
Boutique en ligne Una Voce: on y trouve le meilleur du chant grégorien !

Who's Online

Nous avons 2 invités en ligne

Random Image

No images

A ne pas manquer !

Una Voce France
Boutique en ligne Una Voce: on y trouve le meilleur du chant grégorien !
Catholiques du Val d'Oise
L'action locale de laïcs catholiques dans la Cité.
Acim, infirmières et médecins catholiques
Infirmières, médecins et professionnels de santé catholiques.
Institut Civitas
Pour une cité catholique !
Passez à l'action !

Sondage

Le bulletin de l'AFS est...