La désinformation en médecine

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Il va être question dans ces pages de la désinformation en médecine, et par conséquent nous ne suivrons pas les recommandations de Vladimir Volkoff, qui écrit en effet :
Je propose donc de n'utiliser le mot "désinformation" que dans le cas d'une manipulation de l'opinion publique, à des fins politiques, avec une information traitée par des moyens détournés.[1]
Et Volkoff de préciser les trois conditions nécessaires :
- L'opinion publique, sinon il vaut mieux parler d'intoxication;
- des objectifs politiques, sinon il pourrait s'agir de publicité;
- des moyens détournés, sinon on est en présence de propagande... [2]
Malgré ce cadre précis et restrictif, le concept de désinformation sera cependant utilisé pour traiter des manipulations de l'opinion publique en matière médicale et thérapeutique.
L'appât du profit dans ces cas est largement prédominant, et l'on peut effectivement parler de publicité plus ou moins mensongère, mais cet aspect n'est pas exclusif, comme nous le verrons. Il y a des implications politiques ou idéologiques, par exemple de la part du "Planning familial" ou dans l'"affaire du sang contaminé"...
On risque de mal comprendre la notion de désinformation si celle d'information n'est pas clairement reçue.
Dans son rapport sur L'Information, au congrès de Lausanne des Œuvres de formation civique et d'action culturelle selon le droit naturel et chrétien, en 1965, Louis Salleron distingue trois significations de cette notion : l'une juridique (instruction à laquelle on procède pour la recherche ou la constatation d'un crime); la deuxième philosophique (action de donner forme à une matière); la troisième est commune (action de prendre des renseignements)[3]
Examinons plus attentivement cette deuxième signification. C'est bien souvent, en effet, qu'un concept révèle ses aspects les plus fondamentaux et les plus riches à partir de sa racine métaphysique. Dans ce sens, l'information est le fait de donner une forme à ce qui n'en a pas.
Comme l'indique le Lexique de philosophie du professeur Millet, les deux termes "forme" et "matière" sont complémentaires; ils appartiennent au vocabulaire de la philosophie réaliste. Dans toute chose de notre monde, nous pouvons distinguer :
1°) ce qu'elle est, ce que nous pouvons comprendre qu'elle est, sa détermination intelligible : c'est sa forme;
2°) ce qui reçoit cette détermination, et en est inséparable. Par exemple : pour un animal, la matière c'est le corps, principe de passivité, la forme c'est l'âme, principe vital, vie du corps. Il faut bien saisir que ce sont des principes inséparables.
Donc, "s'informer", c'est acquérir dans son esprit la forme de la chose que l'on veut connaître, qu'il s'agisse d'un objet matériel ou d'une donnée intellectuelle. "Transformer", c'est modifier cette forme, de même que, avec une nuance péjorative, "déformer".
Or, dans ces deux derniers cas, transformer et déformer, la modification ne concerne que l'objet, alors que dans la "désinformation" le changement n'atteint que l'intelligence du sujet qui connaît. Dans l'objet, la matière et la forme demeurent inchangées, mais l'esprit, sous une impulsion perverse, lui attribue des propriétés qui ne sont pas les siennes.
La désinformation a donc pour caractéristique de viser l'esprit du sujet à qui est destinée l'information pervertie. Projeter, par exemple, des clichés de bâtiments industriels et prétendre qu'il s'agit d'une usine de fabrication d'armes de destruction massive, alors qu'elle produit des médicaments; comme la chose s'est passée au Soudan il y a quelques années.
L'intelligence consciente n'est pas la seule - ni la principale - cible de la désinformation. Atteindre l'inconscient au moyen de la désinformation est beaucoup plus efficace à long terme que de s'adresser exclusivement à la conscience. Les réponses deviennent automatiques, de l'ordre du réflexe. C'est le but de toutes les manipulations d'opinion.
Arnaud de Lassus dans son ouvrage, La Désinformation[4], ne manque pas de souligner l'aspect de conditionnement des esprits et Volkoff insiste également sur cette réalité :
La désinformation propose un programme visant à substituer, dans la conscience et dans l'inconscient des populations cibles, telles images considérées comme bonnes par la puissance désinformante, à certaines autres tenues pour mauvaises.[5]
Le but visé est bien discerné : c'est l'inconscient, de telle manière que la réponse soit de l'ordre du réflexe, en faisant l'économie de la réflexion et de la raison. C'est ainsi que, quand on lançait les mots "OAS", on entendait en écho "assassins", que le mot "Serbes" évoque les nazis, et le mot "Irak", l'impérialisme terroriste.
En médecine, comme dans beaucoup d'autres activités humaines, la désinformation reconnaît plusieurs motifs. On en retiendra cinq principaux :
- une désinformation dont le motif principal est d'ordre économique : un exemple entre mille est celui des crèmes de protection solaire;
- certaines recherches en médecine ou en biologie ont été l'occasion d'une falsification des résultats et il s'agit, dans ces cas, d'un désir de notoriété sous-tendue par l'ambition. Parmi ces supercheries d'ordre scientifique, on peut peut-être classer la controverse sur les expériences sur la mémoire de l'eau et, cette fois sans aucun doute, la promotion par Freud et son école de la psychanalyse;
- une troisième catégorie de désinformation a un motif principalement idéologique, comme dans "l'affaire du sang contaminé" ou dans les mesures visant à la "prévention du sida";
- la désinformation sémantique constitue un autre groupe de désinformation : on en trouve un exemple à propos de la "pilule anticonceptionnelle". Le cas plus général des hormonothérapies abusives a été analysé dans des articles parus dans deux numéros précédents de l'A.F.S.[6];
- la rétention d'informations est une cinquième catégorie : des informations essentielles sont cachées au grand public et même aux praticiens lors des colloques ou dans les revues médicales, ou encore dans la publicité de l'industrie pharmaceutique.
La commodité de cette classification cache ce qu'elle a d'arbitraire, car les cinq sortes de désinformation se retrouvent, au moins partiellement, dans chacune des catégories, l'aspect économique étant sous-jacent quand il n'est pas le motif principal et la cause idéologique n'étant jamais bien loin, et bien souvent aussi la manipulation, si ce n'est la supercherie d'ordre scientifique.
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I - DÉSINFORMATION POUR RAISON PRINCIPALEMENT ÉCONOMIQUE
La désinformation dans ce domaine est particulièrement mise en pleine lumière dans le cas de la prévention contre les cancers de la peau provoqués par le rayonnement ultraviolet dû à l'exposition au soleil.
Le marché des cosmétiques est en pleine expansion, plusieurs multinationales sont des "poids lourds" de l'économie mondiale. Le désir de paraître longtemps jeune, d'effacer les rides ou tout au moins de les atténuer, explique cet engouement. La vie au grand air, avec un teint bronzé de sportif, donne un aspect de bonne santé. L'ennui, c'est que l'exposition prolongée aux rayons ultraviolets du soleil, qui ont traversé la fameuse couche d'ozone nous protégeant de leur action létale sur les organismes vivants, vient modifier les cellules de la peau. Les ultraviolets agissent en particulier sur les molécules d'ADN et entraînent des mutations cancérigènes.
Les principales campagnes de prévention contre les différents cancers ont pour cible le tabac et/ou l'alcool, responsables des cancers du poumon et des voies aéro-digestives supérieures (larynx, pharynx, œsophage). Les campagnes de prévention contre les cancers cutanés sont aussi à l'ordre du jour.
On décrit trois sortes de cancers de la peau :
- les cancers baso-cellulaires atteignant les peaux vieillissantes qui n'ont qu'une malignité locale et ne donnent pas de métastases. Enlevés complètement, ils sont guéris;
- les cancers spino-cellulaires ont des métastases (tumeurs satellites à distance); ils sont donc potentiellement dangereux si on les laisse évoluer, mais extirpés précocement, ils guérissent dans une grande majorité des cas;
- si le pronostic des deux premières catégories est excellent, il n'en va pas de même de la troisième. Les mélanomes malins ou mélanosarcomes sont peut-être les cancers les plus redoutables de tous les cancers. Ils ne se développent pas à partir des mutations des cellules épidermiques, comme les deux premiers, mais à partir des mélanocytes, cellules produisant la mélanine, pigment qui donne à la peau le bronzage tellement recherché. Si l'épaisseur du mélanome malin dépasse un millimètre et demi, le pronostic est redoutable.
On espère pouvoir concilier le désir de continuer à s'exposer au soleil et la prévention des cancers cutanés en utilisant des filtres chimiques, c'est-à-dire des crèmes ou des pommades, contenant certains produits connus pour absorber une partie des rayons ultraviolets. La perspective d'un marché inépuisable au sein d'une population fortunée ouvre aux laboratoires de produits cosmétiques une brèche à travers laquelle ils ne manquent pas de s'engouffrer en proposant à la vente des crèmes de protection contre les effets du soleil, écran total, disent-ils. Il existe un consensus à peu près général pour ratifier cette prétention : cancérologues et dermatologues entre autres.
Malheureusement, des études récentes : en Amérique (Dr. Marianne Berwick), en France (Pr. Jean-François Doré, Inserm de Lyon) et en Israël, contredisent cette prétention.
Ils justifient leur position en premier lieu par des études épidémiologiques statistiques : cinq études sur dix au total mettent en évidence une augmentation notable du risque de mélanome malin chez les sujets utilisant des crèmes de protection solaire (augmentation de 30 à 300% suivant les cas).
En second lieu, des analyses biochimiques ont montré que les molécules de prodinate O, l'un des principes actifs, sont dissociés par l'effet des rayons ultraviolets, pour donner naissance à un dérivé dangereux pour la molécule d'ADN des cellules, favorisant une mutation d'un gène impliqué dans la protection contre les cancers de la peau.
En troisième lieu, le danger principal vient probablement de la fausse sécurité qui conduit les sujets à s'exposer, sans crainte, au soleil. La meilleure protection et la meilleure prévention des cancers, c'est de rester à l'ombre.
La désinformation dans ce cas réside dans les nombreuses pressions qu'a subies le Docteur Marianne Berwick pour l'empêcher de publier ses conclusions. Ce fut en vain, mais une fois la publication effectuée, l'ensemble de ses travaux fut l'objet d'une réelle conspiration du silence, en particulier de la part de l'Académie Américaine de Dermatologie. Le Syndicat des Dermatologues Français insiste toujours sur la nécessité d'utiliser et de renouveler fréquemment les applications des crèmes de protection solaire. Les fabricants se retranchent derrière le secret industriel pour ne pas publier les études faites sur la stabilité des substances entrant dans la composition de ces cosmétiques.
En conclusion, la nocivité de ces produits résulte, au minimum, de l'illusion de sécurité qu'ils donnent à ceux qui les utilisent, ainsi d'ailleurs qu'à leur efficacité sur les réactions de brûlures, les coups de soleil, qu'on peut considérer comme des signes d'alarme. Et ceci n'est pas dit...
Un deuxième exemple de désinformation médicale à but économique met en évidence les procédés par lesquels on favorise par tous les moyens possibles l'hormonothérapie que subissent la quasi-totalité des femmes actuellement, entre treize ans et plus de soixante ans, avec la pilule anticonceptionnelle et l'hormonothérapie substitutive de la ménopause. Marché d'autant plus énorme qu'il nécessite des prises quotidiennes, tout au long de la vie adulte et qu'il est financé par la sécurité sociale. Ce sujet a été traité plus en détail dans le numéro 163 de l'A.F.S. et on n'y reviendra pas ici.
II - DÉSINFORMATION SUR LE PLAN SCIENTIFIQUE
Il s'agit de supercheries modifiant les résultats d'expériences afin d'obtenir les résultats désirés dans le but de promouvoir une méthode ou un médicament ou encore dans le but d'établir ou majorer la notoriété du chercheur.
Cette attitude a été reprochée à Jacques Benvéniste dans la fameuse affaire dite de la mémoire de l'eau.
En 1988, ce scientifique français, chercheur à l'Inserm, a publié dans la prestigieuse revue scientifique britannique Nature le résultat de ses recherches sur des propriétés étranges, et jusqu'alors inconnues, qu'on a appelées par la suite la "mémoire de l'eau". Il avait extrêmement dilué une certaine quantité d'eau contenant une substance allergisante. Ces substances provoquent une réaction biologique sur une variété de globule blanc, les basophiles, en libérant des molécules biochimiques comme l'histamine qui déclenchent les manifestations cliniques de l'allergie, éternuements, larmoiement, crises d'asthme, etc. Or, cette eau diluée de telle manière qu'elle ne contienne plus de molécules de la substance allergisante en quantité significative, provoque, elle aussi, la dégranulation des basophiles.
On comprend tout de suite l'intérêt fantastique de ces résultats pour les laboratoires de médicaments homéopathiques, d'autant plus que l'homéopathie manque cruellement de bases scientifiques et expérimentales.
Mais plusieurs laboratoires ont vivement protesté auprès de la revue, n'ayant absolument pas pu reproduire les expériences et retrouver les résultats de Benvéniste. Celui-ci a été mis au ban des chercheurs reconnus par leurs pairs. Il n'en a pas moins poursuivi ses expériences, réussissant à prouver, affirme-t-il, que le champ électrique des molécules persisterait après leur disparition de la solution. Il dit avoir pu numériser ce champ, puis transmettre à distance l'information à une eau pure qui retrouverait les propriétés de la solution initiale.
Quel qu'en soit le responsable, il y a certainement eu désinformation. Ou bien le chercheur français, dont on ne soupçonne pas l'honnêteté, s'est fait piéger, car on ne comprend pas que le Comité scientifique de Nature ait accepté la publication d'une étude aussi révolutionnaire sans avoir pris la précaution d'obtenir des confirmations, ou bien le laboratoire de produits homéopathiques qui pensait bénéficier de substantielles retombées de la découverte aurait joué un rôle suspect.
Ce même laboratoire subventionne actuellement d'ailleurs les recherches d'un autre scientifique français, Louis Rey, qui, sur un plan différent, a mis en évidence des propriétés de luminescence imprévues au sein d'une solution de sel dans une eau, qui contient après dilution moins de dix suivi de trente zéros molécules de sel par centimètre cube. Cette eau est pratiquement identique à de l'eau pure.
La question n'est donc pas tranchée et nous ne sommes sans doute pas près de savoir qui est responsable de la désinformation dans ce cas.
Il n'en est pas du tout de même à propos de l'invention par Freud et son école de la psychanalyse. La désinformation, bien mieux documentée, vient de faire l'objet d'une publication en 2002, Mensonges freudiens, par Jacques Benesteau.
Si la psychanalyse conserve toujours la prééminence dans les milieux psychiatriques français, elle connaît depuis quelques années une perte notable d'influence dans les autres pays, y compris aux États-Unis où son influence avait été extraordinaire après la seconde guerre mondiale. Elle s'est propagée à partir de ce pays dans le monde entier, atteignant tous les milieux (y compris les milieux religieux et même des monastères), mais aussi l'ethnologie, la littérature, les arts.
(...) L'embargo désinformatif avait été lancé par Sigmund Freud, et le monde psychanalytique emboîta son pas vif. D'ailleurs, les responsables des Archives Freud prendront après sa mort la précaution d'interdire l'accès à l'information, parfois jusqu'au XXIème siècle![7].
Lettres «purifiées» et observations médicales détruites, manipulations des minutes de la Société de psychanalyse de Vienne, par Freud lui-même :
Le trucage des sources permet de faire croire que les idées de Freud ne doivent rien aux croyances de son temps, qu'elles sont originales et sans précédents, que la théorie psychanalytique en train de naître sous les yeux du lecteur est un pur produit de son créateur, indépendant de l'histoire, seul au monde contre tous.[8].
Il ne fait aucun doute que la théorie psychanalytique est fondée, pour l'essentiel, sur des cas fabriqués, par exemple «le cas Anna O, cette imposture prodigieuse qu'on présente encore comme le fondement historique du freudisme».[9]
Finalement, avec Sigmund Freud, nous sommes en présence d'une énorme piperie montée par un authentique artiste (...). L'imposteur, à la stature de géant, organisait par un labeur acharné quotidien toute une longue vie durant une géniale, grandiose et baroque forgerie à l'échelle planétaire et traversant déjà plus d'un siècle. [10]
L'appât de l'argent n'est pas absent de cette imposture, mais c'est surtout le désir de notoriété qui inspira Freud au début, après l'échec de ses travaux en neurologie ainsi que sur l'usage de la cocaïne en médecine, où il n'a pas su discerner les propriétés d'anesthésique local dans sa publication de 1884, laissant à Karl Koller la gloire de la découverte.
III - DÉSINFORMATION MÉDICALE POUR RAISON PRINCIPALEMENT IDÉOLOGIQUE
Deux exemples illustreront également cette pratique, le premier sur la prévention du sida et le second sur l'affaire du sang contaminé. On ne citera que pour mémoire l'idéologie féministe, qui intervient pour une grande part dans la propagande et la publicité de la contraception.
Le syndrome d'insuffisance immunitaire acquise (SIDA) n'a pas, jusqu'à maintenant, de traitement curatif ni de vaccination. C'est donc la prévention de la maladie qui peut empêcher de nombreuses victimes et leur décès. Or, cette prévention met en cause des comportements à risque, comme on dit pudiquement, spécialement l'homosexualité masculine et l'usage de seringues contaminées chez les toxicomanes. La société occidentale actuelle refuse de marginaliser les sujets de la première catégorie, sous prétexte de discrimination abusive.
On pouvait lire sur un grand panneau au milieu d'une place très fréquentée de Djibouti l'inscription suivante: «Le couple fidèle est à l'abri du sida». On affichait dans les rues de France, au même moment, le slogan suivant : «Je suis séropositif, tu danses avec moi ?» Interdiction dans les publications de stigmatiser la déviance des mœurs, les journaux médicaux eux-mêmes n'abordent ces chapitres qu'avec précaution. Dans l'affaire du sang contaminé, il y eut un refus d'employer les dérivés sanguins chauffés, peu ou pas contaminant, récemment mis sur le marché dans des pays étrangers, avant d'avoir écoulé les stocks des anciens produits existant en France.
Mais, en plus de cet aspect économique, la pression idéologique a amené les Centres de Transfusion Sanguine à ne pas écarter les donneurs de sang à risque, l'opposition ayant été violente contre les tests de dépistage systématique du sida et même à refuser de remplir des questionnaires comportant des paragraphes sur d'éventuels comportements déviants, homosexualité ou toxicomanies. Le résultat est malheureusement bien connu, c'est un nombre important de receveurs contaminés par le VHS, le virus du sida, avec le pronostic fatal inévitable à échéance plus ou moins proche.
Le refus idéologique de la discrimination envers les détenus a été une autre cause de ce drame. On connaissait pourtant parfaitement la proportion plus élevée que dans la moyenne de ces populations carcérales en toxicomanes et homosexuels, catégorie de personnes comportant davantage de séropositifs.
IV - DÉSINFORMATIONS SUR LA RÉALITÉ BIOLOGIQUE ET SUR LA SÉMANTIQUE
La pilule contraceptive n'est présentée dans la généralité des cas que sous l'aspect d'inhibition de l'ovulation, ce qui lui permet d'être moralement mieux acceptée : il n'y a pas, si cela est vrai, de destruction du produit de la conception. Autrement dit, il n'y a pas d'avortement.
La réalité est différente, car l'action de la pilule est quadruple :
- inhibition de l'ovulation;
- mais aussi, inhibition de la nidation, c'est-à-dire de l'implantation de l'embryon sur la paroi utérine. Il faut savoir, en effet, que l'action inhibitrice de la pilule sur l'ovulation n'est pas fiable à cent pour cent. On estime que, suivant la nature et le dosage en hormones de la pilule, il y a un avortement précoce dans 20% des cas;
- action sur la glaire cervicale, qui empêche la pénétration des spermatozoïdes à travers le col, ce qui serait le principal facteur contraceptif pour certains auteurs[11];
- le facteur tubaire : la drogue contraceptive hormonale inhibe la motricité de la trompe de Fallope, empêchant ainsi l'œuf fécondé de parvenir à temps dans la cavité utérine pour s'y fixer. Ce ralentissement produit un embryon non viable. Il y a ainsi au moins deux facteurs abortifs dans l'action de la pilule.
C'est ici que la désinformation biologique se double d'une manipulation sémantique, en appelant "pré-embryon" l'œuf fécondé avant la nidation.
En désaccord avec l'orthodoxie déjà ancienne en matière d'embryologie et de linguistique sur le terme "grossesse", des tentatives de plus en plus fréquentes ont été faites pour redéfinir tous les aspects de la grossesse, et plus particulièrement le moment où celle-ci débute. La raison de ce glissement de sens est claire : en redéfinissant la grossesse - quand elle commence, la nature de l'embryon etc. - on aplanit la voie à une introduction plus rapide du RU 486, de la pilule du lendemain, des vaccins anti-HCG, des drogues anti implantation et autres drogues embryocides. Involontairement ou non, le résultat final de cette sémantique est la désensibilisation de la conscience morale de la société... Ces opinions sont absolument en contradiction avec l'embryologie et l'étymologie.[12]
Or, aucun argument biologique, philosophique ou théologique ne peut justifier de telles affirmations. Tout prouve, au contraire, la continuité dans l'existence de l'être humain, depuis la conception jusqu'à la fin de sa vie. L'action abortive des produits anticonceptionnels est si réelle qu'un jugement interdit la fabrication et la vente de 97% des pilules anticonceptionnelles et des stérilets. Cela se passe en Argentine, à la date du 12 mai 2003, et le juge s'appelle Christina Garzon de Lescano. Le tribunal avait été saisi en 2002 par l'association La Fondation du 25 mars, que trois prêtres de la Fraternité sains Pie X ont fondée et dont l'un des buts est la protection de l'enfant conçu. L'association a attaqué le Ministère argentin de la Santé, car celui-ci autorise la vente et la fabrication d'anticonceptionnels dont il est avéré aujourd'hui qu'ils ont un effet abortif[13].

V - LA DÉSINFORMATION PAR RÉTENTION D'INFORMATIONS
On avait insisté précédemment sur la "discrétion" avec laquelle certaines nouvelles médicales sont livrées au public par l'intermédiaire de revues de vulgarisation scientifique de bon niveau, et même pendant longtemps de revues médicales. C'était à propos de l'augmentation alarmante des cas de cancers du sein, en rapport avec l'imprégnation hormonale artificielle pré et post ménopausique. Si ces cancers sont les plus nombreux chez les femmes, les cancers du col utérin viennent en second lieu. Ils concernent surtout des femmes jeunes. Or voici que la revue anglaise, The Lancet, publie dans son numéro du 5 avril 2003 une étude systématique sur les rapports entre le cancer du col et les contraceptifs.
On connaît depuis une vingtaine d'années la responsabilité du "papilloma virus humain" (PVH) dans la genèse de ces cancers. Il s'agit d'une infection sexuellement transmissible. Les risques d'infection à PVH - et par conséquent de cancers du col - sont exponentiellement multipliés par le nombre de partenaires sexuels. L'article du Lancet établit que l'effet pathogène du PVH est renforcé par d'autres facteurs :
Si les femmes qui ont été infectées par le PVH développent une infection chronique, d'autres facteurs peuvent favoriser le cancer du col, en particulier la prise d'hormones contraceptives.[14]
Plus la durée de l'utilisation de la contraception hormonale est longue, plus le risque de cancer du col s'accroît :
Tableau de la majoration du risque
Moins de 5 ans de 5 à 9 ans 10 ans et plus
Sans infection par PVH 10% 60% 120%
Avecinfection par PVH 10% 30% 150%
(Regroupement de 28 études statistiques portant sur 12.531 femmes au total)
Les auteurs de l'article du Lancet prouvent donc que, même sans contamination par le PVH, le risque de cancer du col croît également avec la durée de la prise hormonale. Or, comme l'écrit Jeanne Smith dans Présent :
Ces risques sont systématiquement minimisés dans la propagande contraceptive adressée aux femmes, spécialement aux adolescentes lors des campagnes gouvernementales dans les collèges et les lycées, celles qui précisément risquent d'avaler la pilule sur de très longues durées.[15]

Quelles leçons peut-on tirer des lignes qui précèdent ?
La première remarque concerne la conception restrictive de Vladimir Volkoff du concept de désinformation. On ne l'aura pas outrepassée, si l'on est d'accord pour admettre que la guerre est actuellement surtout une guerre économique, comme plusieurs n'hésitent pas à l'affirmer. On sait d'autre part que le facteur idéologique est prépondérant, car s'emparer des esprits est plus important que de conquérir des territoires et des marchés.
En second lieu, on remarquera que la désinformation court-circuite la pensée et la conscience pour s'établir dans le domaine du réflexe. Le remède est donc clair : il faut réapprendre à penser et à exercer le jugement, c'est-à-dire à discerner les différents facteurs en cause et à mettre en balance les moyens proposés et le but à atteindre. Il faut analyser si le bénéfice souhaité en matière de santé n'est pas inférieur au risque en- couru. Il faut, par conséquent, se documenter sur la question en cause. Il faut, troisièmement, avoir une attitude systématiquement critique vis-à-vis des solutions proposées. Comme en politique, la vigilance s'impose, on ne doit pas croire sur parole. On doit surtout se méfier lorsque la même information est reprise par la majorité des media, au même moment, avec une quasi-unanimité, le risque de manipulation de l'opinion est alors maximum.
Pour conclure définitivement, il ne faut tout de même pas croire que toute nouvelle information médicale est obligatoirement perverse. Certes non. Mais il convient d'aiguiser son sens critique et se méfier, particulièrement et par principe, des solutions qui sont massivement recommandées et acceptées par l'immense majorité. Comme dans trois cas examinés dans les pages précédentes.
Probabilité de désinformation à visée économique quand des drogues médicales sont conseillées à une immense foule de consommateurs potentiels (pilules contraceptives, hormonothérapie substitutive de la ménopause). On se méfiera des recommandations qui vont dans le sens des prises de position idéologiques du moment (égalité des sexes, lutte contre l'exclusion).
Danger d'être désinformé en matière de santé ou d'éthique biomédicale lors des réouvertures de débats de société, à propos de cas surmédiatisés sur toutes les chaînes de télévision, sur la plupart des antennes de radio, dans la majorité des journaux (par exemple, la manipulation de l'opinion publique en faveur de l'euthanasie à propos d'un acte létal récent).
Finalement, le maître-mot est de pencher, par principe pour l'inverse de la solution massivement recommandée, sous bénéfice d'inventaire.
Docteur Roland Florentin.
[1] Vladimir Volkoff, Désinformation, flagrant délit, p.31. Édit. du Rocher, 1999
[2] ibid
[3] Louis Salleron, Comment informer honnêtement? dans Actes du congrès de Lausanne, p. 41. Club du Livre Civique, 1965
[4] Brochure AFS
[5] Vladimir Volkoff, La désinformation, arme de guerre, textes de base présentés par V. Volkoff. Éd. Julliard, 1986. Cité par A. de Lassus dans La désinformation, p.4
[6] AFS N°163, Femmes, si vous saviez! et N°165 Femmes, si vous saviez! (suite)
[7] Jacques Benesteau, Mensonges freudiens, histoire d'une désinformation séculaire - Mardaga 2002, p.45
[8] ibid. p. 33
[9] ibid. p. 39
[10] ibid., page 5, dans la préface de Jacques Corraze, professeur honoraire des Universités
[11] Lauritzen, Deutsche Medicinische Wochenschift - 1989 14 14 567. Cité par Rudolf Ehmann - Abortifacient contraception : The Pharmaceutical Holocaust, p.15
[12] John Wilks, L'effet de la pilule sur les facteurs d'implantation : Nouvelles découvertes de la recherche - Traduction de l'article publié dans Ethics & Medicine 2000, vol. 16, n°1, pp.15-22
[13] Conf. François de Siebenthal, Lausanne, < Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. >.
[14] . The Lancet, 5 Avril 2003, Cervical cancer and use of hormonal contraceptives : a systematic review, p.115 D, sous la direction du Pr. Valérie Beral (centres anti-cancéreux d'Oxford, Lyon Londres)
[15] Jeanne Smith, Amère Pilule, dans Présent du samedi 3 mai 2003





