Les limbes et le catéchisme

La commission théologique internationale (CTI)[1], présidée par le cardinal Levada, a publié, en langue anglaise, le 19 janvier 2002, un texte intitulé « L'espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême ».
Au cours de l'année 2007, de nombreux articles ont paru sur le sujet ; les uns mettent en cause la doctrine traditionnelle sur les limbes ; les autres exposent cette doctrine et montrent qu'elle contient deux points ayant fait l'objet d'affirmations dogmatiques de la part du magistère, et un troisième point n'ayant pas encore fait l'objet de telles affirmations.[2]
Les trois points de la doctrine
A quoi correspondent ces trois points ? Voici comment ils sont présentés dans l'article « Les limbes... aux limbes » :
Nous devons préciser ici que dans la doctrine traditionnelle sur les Limbes, il faut distinguer trois points, de niveaux différents (ce que ne fait pas la CTI) :
1er point : la nécessité du moyen du baptême, au moins de désir, pour être lavé du pêché originel, et par conséquent l'exclusion de la vision béatifique de quiconque meurt avec le seul péché originel, ce qui est le cas des enfants morts sans baptême avant l'usage de la raison, et donc incapables d'un tel désir. Cette vérité a plusieurs fois fait l'objet d'affirmations dogmatiques.
2e point : le sort différent des damnés et des enfants morts sans baptême. Cette vérité, elle aussi, n'est pas seulement « mentionnée » par le Magistère, mais a fait l'objet d'affirmations dogmatiques répétées. (...)
3e point : la différence des peines tient en ceci ; ceux qui meurent avec le seul péché originel (et donc les enfants non baptisés) ne sont pas soumis à des tourments sensibles comme les damnés, et ils ne souffrent aucune tristesse de la privation de la vision béatifique. Au contraire, les enfants morts sans baptême jouissent même d'un bonheur naturel.
Telle est la sentence la plus commune et la plus probable (cf. Sacrae Theologiae Summa, col. II nn. 1009 ss).
Ceci (et non l'existence des Limbes) n'a pas encore fait l'objet d'affirmations dogmatiques de la part du Magistère. Cela aurait dû être défini par Vatican 1 s'il n'avait pas été interrompu par la prise de Rome (le schéma revu et corrigé sur l'état des âmes aux Limbes existe toutefois, et cela aurait probablement été défini par Vatican II, à la demande de certains Pères, si le Concile n'avait pas été dérouté par l'aile néo moderniste, ennemie du dogme du péché originel et donc de la doctrine traditionnelle sur les limbes).
Quoi qu'il en soit, il est clair que la doctrine sur les Limbes, fondée sur les textes sacrés et plusieurs fois intégrée, au moins pour les deux points illustrés ci-dessus, à des textes dogmatiques du Magistère (du Concile de Carthage au Concile de Trente) est au minimum une « conclusion théologique » et, en tant que telle, fait partie des « vérités catholiques » ou « doctrines de l'Église », et ne peut pas être rabaissée (comme le fait la CTI) au rang de simple « hypothèse théologique possible ».[3]
Une objection classique
Dans la suite de l'article « les limbes aux...limbes », l'auteur répond à l'objection ainsi formulée « les personnes trouvent toujours plus difficile d'accepter que Dieu soit juste et miséricordieux s'il exclut du bonheur éternel les enfants morts sans baptême » ; et il fait le commentaire suivant :
Le bonheur éternel est un don surnaturel et donc, par définition, il n'est pas dû, car il surpasse tout droit de la nature humaine.
Le bonheur naturel plein et parfait, en revanche, est dû. Or, selon la sentence commune et la plus probable (celle qui attend
encore une définition dogmatique, cf. 3e point), Dieu accorde ce bonheur naturel aux enfants morts sans baptême, sans fautes personnelles, mais en raison du péché originel, privés de la grâce sanctifiante et donc incapable d'agir surnaturellement (« agere sequitur esse ») et de voir Dieu « face à face tel qu'Il est » dans Son essence. Et Dieu ne cause de tort à personne quand Il laisse le baptême des nouveau-nés au jeu général des causes secondes, qui peuvent finir par priver certaines âmes du don gratuit du bonheur surnaturel. Dieu veut, de volonté universelle, que tous, y compris les enfants, se sauvent, et Il a institué les moyens généraux de salut pour tous, même pour les enfants, mais il n'est pas tenu d'assurer par de continuels miracles ou par une série de miracles que les enfants soient tous baptisés, lorsque les causes secondes (parents, famille, société, État) s'y opposent.[4]
Une question de catéchisme
Laissons ces questions complexes aux théologiens diront certains. Il est loisible en effet de laisser aux théologiens leurs discussions sur des matières à option ; mais quand une doctrine est incontestable, elle doit être acceptée par tous, aussi bien par les simples laïcs que par les théologiens.
Voici comment, à l'article 100, le Catéchisme de la doctrine chrétienne de saint Pie X[5] expose la partie incontestable de la doctrine sur les limbes :
Les enfants morts sans baptême vont aux Limbes, où ils ne jouissent pas de Dieu [comme les bienheureux], mais ne souffrent pas non plus ; car, souillés du péché originel, et de celui-là seul, ils ne méritent ni le paradis ni non plus l'enfer ou le purgatoire.[6]
En conclusion :
- Restons fidèles à cette doctrine résumée avec précision dans le catéchisme ;
- Sur le bonheur naturel des enfants morts sans baptême, acceptons le troisième point défini ci-dessus comme « la sentence la plus commune et la plus probable » ;
- Comprenons bien la nocivité fondamentale de l'avortement qui prive un être humain de la béatitude éternelle à laquelle Dieu le destinait ;
- Et tirons les conséquences pour les familles qui attendent un enfant : réduire au maximum les risques de naissance avant terme et faire baptiser le nouveau-né le plus tôt possible après sa naissance.
Arnaud de Lassus.
[1] 1Commission créée par Paul VI pour « aider le Saint Siège et principalement la Congrégation pour la doctrine de la foi dans l'examen des questions doctrinales de grande importance » (Annuaire pontifical, notes historiques). Il s'agit donc d'un organisme d'étude, dépourvu de toute autorité magistérielle
[2] Parmi ces derniers articles, mentionnons ceux qui ont paru dans le Courrier de Rome
(BP 156, 78001 Versailles Cedex) :«Les limbes... aux limbes » (n°302, juillet, août
2007), « Cantalamessa...aux limbes » (n° 306, décembre 2007), « Le Vatican et les
limbes » (n°307, janvier 2008), « Les limbes et le jugement universel » (même numéro).
Autres articles sur les limbes - « Les limbes, une doctrine incontestable troublée par la nouvelle théologie », courrier
de Rome 177 (mars 1996) (C'est sans doute le plus complet sur le sujet).
- « Les limbes un mot à exclure du vocabulaire Catholique ? », A.F.S. n°115 octobre 1994)
[3] Courrier de Rome n°302 (juillet - août 2007), article « Les limbes aux...limbes », p 1-2
[4] Courrier de Rome n°302 (juillet - août 2007) p. 3
[5] Catéchisme publié en 1912 par ordre de saint Pie X. Sa version française a été publiée par les éditions Téqui sous les titres « Doctrine catholique - Réponse de l'Eglise à 433 questions d'après saint Pie X » (1986) et par les publications du Courrier de Rome sous le double titre « Catéchisme de saint Pie X - Catéchisme de la doctrine chrétienne ».(2005)
[6]La même doctrine est exposée aux questions 358 et 359 du Catéchisme pour adultes du cardinal Gasparri





