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Home Religion Crise dans l'Eglise Aide mémoire sur la liberté religieuse

Aide mémoire sur la liberté religieuse

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Aide-mémoire sur la Liberté Religieuse

Le quarantième anniversaire de la très importante déclaration du Concile Vatican II sur la liberté religieuse [1] nous a incite à proposer cet aide-mémoire. Il devrait permettre de clarifier les idées à propos d'une question, simple en elle-même, mais qui a été embrouillée à plaisir.

CE QUI EST EN QUESTION

Dans la plupart des discussions actuelles, l'expression « Liberté religieuse » est comprise au sens de : liberté civile et sociale en matière religieuse [2], c'est-à-dire liberté civile de poser des actes religieux en public (culte, propagande, profession de foi, apostolat...) soit individuellement soit collectivement ; c'est à l'égard de l'Etat que s'exerce cette liberté ; elle peut donc être définie comme le droit de ne pas être empêché par l'Etat de poser des actes publics de religion individuels ou collectifs [3].

La liberté religieuse est traditionnellement appelée « liberté de conscience et des cultes », l'expression « liberté de conscience » se rapportant aux actes publics individuels, l'expression « liberté des cultes » se rapportant aux actes publics collectifs.

 

LA DOCTRINE TRADITIONNELLE EN MATIERE DE LIBERTE RELIGIEUSE

● Principe

Selon la doctrine catholique, la liberté individuelle et collective de poser des actes publics en matière religieuse est un droit pour les fideles de la vraie religion ; elle n'est pas un droit pour les adeptes des fausses religions; ceux-ci, sans avoir de droits en ce domaine, peuvent bénéficier éventuellement d'une tolérance.

● Attitude de l'Etat à l'égard des religions

- A l'égard de la vraie religion, l'Etat a l'obligation sacrée de la protéger et de la favoriser par les moyens de son ressort. Ce qui entraine comme conséquence l'obligation de réprimer les fausses religions (dans la mesure où le permet la prudence politique).[4]

- Ce faisant l'Etat établit nécessairement des discriminations en faveur de la vraie religion.

- Ce rôle de l'Etat à l'égard de la vraie et des fausses religions découlé de la doctrine générale des rapports entre l'Eglise et l'Etat, doctrine qui se résume ainsi :

Il n'est pas vrai que l'Etat soit indépendant de Dieu, de Jésus-Christ, de l'Eglise - Comme agent, il est en tout directement soumis à Dieu ; par sa fin il est indirectement soumis à la royauté sociale de Notre Seigneur, à l'autorité de l'Eglise. En particulier, il doit professer la vraie Religion, protéger et défendre l'Eglise, prohiber les faux cultes, à moins qu'une tolérance provisoire ne s'impose au nom du bien public, prêter à l'Eglise dans la mesure ou elle le réclame, le secours du bras séculier, mettre sa législation et sa pratique en harmonie avec les droits supérieurs de l'Eglise. Il n'est donc pas vrai non plus que la tolérance doive être universelle : dans le domaine des idées ce serait le scepticisme, dans la pratique gouvernementale ce serait le désordre et l'anarchie ; on ne tolère que le mal et l'erreur, et encore quand on ne peut faire autrement. [5]

● L'Eglise condamne le droit à la liberté religieuse (liberté de poser des actes publics individuels ou collectifs) pour les fausses religions

On trouvera, chez les papes du XIXe siècle, de nombreux textes de condamnation. Voir en particulier Pie VII (lettre a Mgr de Boulogne, 29 avril 1814), Grégoire XVI (encycl. Mirari vos, 15 aout 1832), Pie IX (encycl. Qui Pluribus du 9 novembre 1846 et Quanta Cura, du 8 décembre 1864 et Syllabus, même date), Léon XIII (encycl. Immortale Dei, du 1er novembre 1885 et Libertas, 20 mai 1888). Dans l'encyclique Quanta Cura, Pie IX présente comme « erronée, funeste au maximum pour l'Eglise et le salut des âmes » la proposition reprise de l'encyclique Mirari vos de Grégoire XVI, selon laquelle la liberté de conscience et des cultes serait un droit propre à chaque homme qui devrait être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien constitue.

● Raison d'être de cette condamnation

- Les faux cultes sont injurieux à Dieu (cf. a ce sujet d'innombrables textes de l'Ancien Testament) ;

- Les faux cultes, et la propagande qui les accompagne, sont dangereux pour les fidèles selon cette remarque de saint Augustin Quelle plus funeste mort pour les âmes que la liberté de l'erreur ? (Ep.166).

● La liberté religieuse pour les fausses religions peut faire l'objet d'une tolérance

S'appliquent ici les règles générales sur la tolérance ainsi rappelées par Pie XII :

Premièrement : ce qui ne répond pas  à la vérité et à la loi morale n'a objectivement aucun droit à l'existence, ni à la propagande, ni à l'action. .

Deuxièmement : le fait de ne pas l'empêcher par le moyen de lois d'Etat et de dispositions coercitives peut néanmoins se justifier dans l'intérêt d'un bien supérieur et plus vaste. [6]

 

LA DOCTRINE CONCILIAIRE SUR LA LIBERTE RELIGIEUSE

TELLE QU'ELLE A ETE INTERPRETEE , DEVELOPPEE, MISE EN PRATIQUE PAR LE SAINT SIEGE DEPUIS QUARANTE ANS

En voici un résume :

- La liberté de poser des actes religieux publics individuellement ou collectivement serait un droit pour toutes les religions ; droit très important puisqu'il est considéré comme le fondement de tous les autres droits.

- l'Etat devrait respecter et faire respecter cette liberté pour toutes les religions et en limiter éventuellement l'exercice en fonction des exigences soit de l »ordre public juste » (déclaration conciliaire), soit du bien commun (Catéchisme de l'Eglise Catholique).[7]

Ce respect de la liberté religieuse conduit à donner une liberté politique, culturelle, médiatique aux groupes religieux de toutes les religions. Cf. l'article 4 de la déclaration conciliaire :

La liberté religieuse demande en outre que les groupes religieux ne soient pas empêches de manifester librement l'efficacité singulière de leur doctrine pour organiser la société et vivifier toute l'activité humaine.

- L'Etat devrait s'abstenir de toute discrimination pour motif religieux.[8]

 

CES DOCTRINES PEUVENT ELLES ETRE CONSIDEREES

COMME EN CONTINUITE L'UNE AVEC L'AUTRE, DONC COMPATIBLES ?

Si l'on examine les textes, on ne voit pas comment on pourrait parler ici de continuité et de compatibilité.

Voici trois points sur lesquels ces doctrines s'opposent :

● Première opposition : sur le droit à la liberté religieuse :

- Selon la doctrine conciliaire

La liberté religieuse (liberté de poser des actes religieux publics individuels ou collectifs) est un droit de la personne, quelle que soit la religion. Ce droit doit être inscrit dans la loi ;

- Selon la doctrine traditionnelle

La liberté religieuse (pour les fausses religions) ne doit jamais être considérée comme un droit, encore moins être inscrite dans la loi comme un droit ; mais elle peut faire l'objet d'une tolérance.

● Deuxième opposition : sur la manière d'apprécier les activités religieuses :

- Selon la doctrine conciliaire

Les activités religieuses en tant que telles (quelle que soit la religion en cause) sont considérées comme une sorte d'absolu (l'ordre public étant sauf) ; et (avec la même restriction), les groupes religieux doivent bénéficier de la liberté la plus totale non seulement dans le domaine religieux, mais aussi dans les domaines politique, social, culturel, éducatif, caritatif... Il suffirait donc de se déclarer « groupe religieux » pour avoir tous les droits, l'ordre public étant sauf.

- Selon la doctrine traditionnelle

On ne peut réclamer aucun droit au titre des fausses religions ; l'activité publique de celles-ci (propagande, culte...) ne doit être tolérée que dans la mesure ou le bien commun l'exige.

● Troisième opposition : sur le rôle de l'Etat

- Selon la doctrine conciliaire :

- L'Etat ne doit pas privilégier la vraie religion (car il ne doit pas établir de discrimination pour motif religieux).[9]

- Il ne doit pas réprimer les fausses religions (l'ordre public juste étant sauf).

- Selon la doctrine traditionnelle :

- L'Etat doit privilégier la vraie religion ;

- Il doit réprimer les fausses religions (dans la mesure ou le permet la prudence politique)

 

CONSEQUENCES DE LA DOCTRINE CONCILIAIRE

Si l'on accepte la doctrine conciliaire, il faut admettre que l'Eglise aurait erré pendant quinze siècles (de Constantin à Vatican II) en refusant de reconnaitre - et même en violant et en faisant violer - un droit considère comme fondement de tous les autres droits. Si l'Eglise est faillible à ce point, pourquoi la croire aujourd'hui plus qu'hier ?

● La doctrine conciliaire aboutit logiquement à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, objectif qui a été poursuivi depuis la Révolution par les catholiques libéraux et par les francs-mâcons. Or cette séparation signifie que l'Etat doit être indépendant de Dieu, donc pratiquement athée, avec comme conséquence que la loi de l'Etat prévaut sur la loi divine.

● Avec la doctrine conciliaire, on voit disparaitre les Etats catholiques ou ce qui en restait.

● Avec la doctrine conciliaire, on aboutit à une conception radicalement différente de l'ordre social : celui-ci, au lieu d'être fondé sur le vrai et le juste et de réaliser l'unité intellectuelle de la nation, est fondé en partie sur la liberté religieuse et se caractérise par la cohabitation des doctrines et des religions, sous la houlette de l'Etat qui doit assurer à toutes la liberté d'expression. La notion même d'ordre social chrétien tend à disparaitre : comment pourrait-il être question d'un ordre social chrétien à partir du moment ou l'Etat doit laisser les groupes religieux (de toutes religions) « manifester librement l'efficacité singulière de leur doctrine pour organiser la société et vivifier toute l'activité humaine ». (Déclaration conciliaire, article 4)

● Ainsi la doctrine conciliaire sur la liberté religieuse aboutit-elle, dans l'enseignement comme dans la pratique, à l'effacement de la doctrine du Christ-Roi.

 

CONCLUSION

● Sous l'étiquette « liberté religieuse » est soulevée la question des devoirs religieux de l'Etat et plus généralement des rapports entre politique et religion ; question fondamentale ; question simple en elle-même (si l'on fait abstraction de quelques cas d'application délicate), mais qui a été compliquée artificiellement par une foule de faux raisonnements. [10]

● La doctrine conciliaire traduit le refus de mettre la force (de l'Etat) au service de la vérité (catholique) : la vérité se défend toute seule, soutient-on, et serait compromise par l'emploi de la force à son service.

Ce refus caractérise le catholicisme libéral [11]; son absurdité est mieux comprise par les laïcs que par les clercs (qui croient trop souvent que les moyens surnaturels suffisent...). Ainsi s'explique le fait que beaucoup de clercs traditionnels ne voient pas l'importance de l'enjeu représente par cette funeste Déclaration sur la liberté religieuse.

● Pas plus que pour la messe, nous ne pouvons rester neutres en cette affaire qui met en jeu la doctrine du Christ-Roi, fondement de la doctrine sociale de l'Eglise.

A. de Lassus

 


[1] Déclaration promulguée le 7 décembre 1965, commençant par les mots Dignitatis humanae, en abréviation D.H. A propos de l'importance de cette question, voici la remarque faite par Jean Potin dans La Croix du 17 novembre 1985 : « Par sa déclaration sur la liberté religieuse, plus que tout autre texte, le concile Vatican II a fait basculer l'Eglise dans le monde moderne » et celle du père Henri Madelin, théologien jésuite, dans La Croix du 11 décembre 1990 : « (La déclaration conciliaire sur la liberté religieuse) marque effectivement un changement radical dans la manière dont l'Eglise se situe dans la société. Et vingt-cinq ans après, c'est le texte conciliaire aux conséquences les plus décisives ».

[2] Cf. le sous-titre de la déclaration conciliaire : « Du droit de la personne et des communautés a la libertel civile et sociale en matière religieuse ».

[3] On touche là à la première des distinctions indispensables pour bien présenter la question : distinction entre liberté civile (immunité de contrainte en matière religieuse de la part de l'Etat) qui est l'objet de la déclaration conciliaire, et liberté morale (absence d'obligation morale d'adhérer à la vérité religieuse) qui n'est pas ici en cause ; quand il en traite, le concile Vatican II ne fait que rappeler la doctrine traditionnelle qui la condamne

[4] On sait en effet que «  le bien de la vraie religion se conserve par l'exclusion de fausses » (cardinal Billot, traite De Ecclesia, qu. XIX, art.1 § 3)

[5] Abbe A. Roussel, Libéralisme et catholicisme, p. 48

[6] Pie XII, Discours a l'Union des juristes catholiques italiens, 6 décembre 1953.

[7] Dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, la notion de Bien Commun inclut comme élément essentiel le droit conciliaire à la liberté religieuse

[8] Cf. ce passage de l'article 6 de la Déclaration conciliaire : « Enfin, le pouvoir civil doit veiller à ce que l'égalité juridique des citoyens, qui relève elle-même du bien commun de la société, ne soit jamais lésée, de manière ouverte ou occulte, pour des motifs religieux, et qu'entre eux aucune discrimination ne soit faite (...) ≫.

[9] Il y a sur ce point une certaine contradiction entre la fin de l'article 4 de la Déclaration conciliaire (pas de discrimination pour motif religieux) et le début de ce même article (une reconnaissance civile spéciale peut être accordée dans l'ordre juridique à une communauté religieuse donnée). Mais dans l'esprit du texte et dans son application, c'est la non-discrimination pour motif religieux qui prévaut

[10] On connait la formule « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? » ; elle caractérise un processus souvent utilise par les modernistes et les libéraux et qui aboutit au résultat suivant : les fidèles se disent « c'est trop complique pour moi, je laisse cela aux spécialistes ». Et comme les spécialistes qui ont pignon sur rue sont le plus fréquemment modernistes ou libéraux, les fidèles se trouvent, sans l'avoir voulu, entrainés dans des positions erronées. Lire a ce propos La réforme liturgique anglicane de Michael Davies

[11] Cf. la brochure AFS Connaissance élémentaire du libéralisme catholique.

 

 

 
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