La révolution dans l'Église - Don Andrea MANCINELLA
Une publication du Courrier de Rome
Pour mieux faire connaître ce livre remarquable recensé dans le n° 204 de l'AFS, nous en reproduisons ici le préambule.
Le livre peut être commandé en France au Courrier de Rome, BP 10156, 78000 Versailles Cedex ou à l'AFS. Prix 18 € (15 € + 3 € de port).
I - Préambule
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Une série sans fin de changements dans l'Église [1]
Voilà quatre décennies que le monde catholique assiste à une série apparemment sans fin de changements dans l'Église.
Pris dans une sorte d'étrange spectacle pyrotechnique ecclésial, les catholiques ont vu de nombreuses vérités de foi se dissoudre l'une après l'autre de façon plus ou moins directe, dans les feux d'artifices inventés par une hiérarchie et un clergé toujours plus en veine d'aggiornamento conciliaire, ouverts à tous les courants de pensée, et prêts à troquer la vérité révélée contre le mirage d'un faux œcuménisme et d'une fausse paix mondiale.
Ils ont assisté, par exemple, à la subversion du Rite Romain de la Messe, qui a été remplacé par un autre - l'actuel - tellement ambigu et œcuménique qu'il en a été déclaré agréé par les protestants eux-mêmes, protestants dont certains avaient d'ailleurs participé, par leurs suggestions, à l'élaboration du nouveau rite[2]. Puis ce furent progressivement les messes-kermesses sur fond de musique, l'introduction de la communion dans la main et son cortège d'inévitables sacrilèges, l'accession des membres du beau sexe à l'autel en qualité de «servantes » de messe (du moins pour l'instant).
Ils ont vu pour la première fois dans l'histoire un Pape - Paul VI - remettre par un geste éloquent son anneau, symbole de son autorité pontificale suprême, à l'hérétique et schismatique impénitent archevêque de Canterbury[3], et l'inviter à bénir la foule et les nombreux cardinaux et évêques présents dans la basilique romaine de Saint-Paul hors les Murs.
Pire encore, ils ont vu un Jean-Paul II inviter les représentants des principales fausses religions du monde à Assise (premier rassemblement de 1986) pour une rencontre de prière à grand renfort de calumets de la paix, d'offrandes animistes aux esprits des ancêtres, de bouddhistes encensant une statue de Bouddha posée sur le maître-autel d'une église catholique de cette ville.
Ils ont entendu, interdits, le même Jean-Paul II déclarer ouvertement aux protestants et aux « orthodoxes » sa pleine disponibilité à modifier le mode d'exercice du Primat papal selon leurs désirs, ce qui revient en pratique à vider de son sens le dogme du Primat de juridiction, en renonçant à l'exercer de fait (cf. Encyclique Ut unum sint).
Ils ont entendu Jean-Paul II affirmer que « la damnation reste une possibilité réelle, mais il ne nous est pas donné de connaître... si des êtres humains sont effectivement damnés, et lesquels », ce qui signifie que l'enfer peut être vide, et qui contredit les affirmations explicites de l'Écriture Sainte à ce sujet.
Ils ont entendu, abasourdis, le même Jean-Paul II affirmer placidement : «...C'est précisément de cette ouverture primordiale de l'homme à l'égard de Dieu que naissent les différentes religions. On trouve souvent à leur origine des fondateurs qui ont réalisé, avec l'aide de l'Esprit de Dieu, une plus profonde expérience religieuse. Transmise aux autres, cette expérience a pris forme dans les doctrines, dans les rites et dans les préceptes des différentes religions[4]. » Par conséquent, selon Jean-Paul II, Bouddha, Lao-Tseu, Zoroastre, Mahomet et consorts auraient été de véritables prophètes inspirés par Dieu dans la fondation de leurs fausses religions. Thèse déjà diffusée par les modernistes qui, justement, comme l'avait dénoncé le Pape saint Pie X, « les uns de façon voilée, les autres ouvertement, tiennent pour vraies toutes les religions », en tant qu'oeuvres « de certains hommes extraordinaires, ceux que nous appelons prophètes, et dont le plus illustre a été Jésus-Christ » (Encyclique Pascendi).
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Les faux principes répandus dans l'Église depuis Vatican II
Ils ont vu enfin, et ils voient encore une hiérarchie tout occupée, depuis le Concile Vatican II, à répandre avec zèle ces faux principes qui, pendant des siècles, ont été l'étendard de l'illuminisme et du naturalisme maçonnique contre l'Église :
•a) le libéralisme, qui soutient la laïcisation des États autrefois catholiques
(et selon lequel l'État n'aurait plus aucun devoir d'adhérer officiellement
au Christ et à l'Église catholique, comprise comme seule vraie religion et
donc comme religion d'État), ainsi que la promulgation du droit présumé
des individus à ne pas être empêchés de répandre publiquement toute
idéologie ou religion, même la plus perverse, en excluant par principe que
l'État puisse intervenir pour les interdire. Libéralisme toujours condamné
par l'Église, mais approuvé et « béni » par Vatican II, surtout par la
déclaration Dignitatis Humanœ ;
•b) l'œcuménisme, c'est-à-dire le mirage d'une fraternité entre les hommes
de différentes religions et idéologies, comprise dans un sens naturaliste
sur la base d'une simple appartenance à la même nature humaine et d'un
vague déisme), qui conduit à les dispenser de l'obligation de conversion à
l'Église catholique. Cette dernière, en effet, n'est plus la dernière Arche
de salut, puisque d'après la propagande intensive de Papes, évêques et
prêtres conciliaires, les différentes communautés hérétiques et schismatiques seraient elles aussi salvifiques, et même les religions non chrétiennes. Œcuménisme promu par Vatican II, surtout par des documents tels que Unitatis Redintegratio et Nostra Aetate ;
c) la démocratie anthropocentrique, introduite dans l'Église dans le but de dissoudre plus ou moins progressivement l'encombrant et anti-œcuménique primat papal de juridiction. Démocratie acceptée pour l'instant avec la collégialité épiscopale du document conciliaire Lumen Gentîum (dans lequel on a cherché, avec un succès partiel, à faire du Pape un « premier parmi ses pairs » en anéantissant son autorité suprême), collégialité qui parlementariste » aujourd'hui l'Église en la démocratisant au moyen de l'institution du Synode des évêques, des Conférences épiscopales nationales, des divers Conseils - presbytéraux, pastoraux, etc. - et par l'énorme décentralisation des pouvoirs résultant du nouveau Code de Droit Canonique en faveur des évêques.
Et, cerise sur le gâteau, si l'on peut dire, par l'incroyable proposition pratique avancée par Jean-Paul II en personne dans Ut unum sint.
Les catholiques, en somme, ont vu une reddition totale et sans condition de leur hiérarchie, après trois siècles de luttes courageuses, de condamnations et d'excommunications lancées précisément contre les fauteurs de ce libéralisme, de cet œcuménisme et de cette démocratie (toujours prônés par la Franc-Maçonnerie internationale, et maintenant traîtreusement acceptés dans le dernier Concile), contre les fauteurs de la pax œcumenica, la « paix mondiale » de l'Antéchrist, qui ne sert qu'à relativiser et anéantir d'abord l'Église, puis le Christ lui-même, dans l'amalgame du Nouvel Ordre Mondial à venir. Objectif exprimé de plus en plus ouvertement par les instances occultes qui manœuvrent peuples et nations.
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Les réactions des Francs-maçons
Un repli qui suffit à expliquer pourquoi le Grand Maître du Grand-Orient d'Italie a pu écrite, à la mémoire du Pape défunt Jean-Paul II : «Pour nous, c'est la mort de celui qui a fait tomber la condamnation [de la Franc-Maçonnerie - Ndr] par Clément XII et ses successeurs. C'est la première fois, dans l'histoire de la Franc-Maçonnerie moderne, que le chef de la plus grande religion occidentale meurt sans être en état d'hostilité avec les francs-maçons. [...] Pour la première fois dans l'histoire, les francs-maçons peuvent rendre hommage au tombeau d'un Pape, sans ambiguïté ni contradiction »
Un repli qui explique également pourquoi ce même Grand-Orient a voulu conférer le prix maçonnique « Galileo Galilei » à Jean-Paul II (qui l'a refusé ; mais cela ne change rien à la valeur significative de l'événement), affirmant que les idéaux promus par ce Pape sont les mêmes que ceux de la Franc-Maçonnerie [5].
Un repli qui explique avec éloquence pourquoi la Grande Loge Maçonnique de France acclama avec enthousiasme en 1986 ce même Jean-Paul II pour l'incroyable « rencontre de prière d'Assise », avec la déclaration suivante ; « Les maçons de la Grande Loge Nationale Française désirent s'associer de tout leur cœur à la prière œcuménique qui rassemblera le 21 octobre à Assise tous les responsables de toutes les religions en faveur de la paix dans le monde.[6] »
Un repli total, comme on peut le comprendre enfin de ces considérations d'un autre Grand Maître du même Grand-Orient, Artmando Corona :
« La sagesse maçonnique a établi que personne ne peut être initié s'il ne croit pas au G. A. D. U. [Grand Architecte de l'Univers - Ndr], mais que personne ne peut être exclu de notre famille à cause du Dieu dans lequel il croit et de la façon dont il L'honore.
C'est à cet interconfessionalisme que l'on doit l'excommunication que nous avons subie en 1738 sous Clément XII. Mais l'Église était certainement dans l'erreur, s'il est vrai que, le 21 octobre 1986, l'actuel Pontife a réuni à Assise des hommes de toutes les confessions religieuses pour prier ensemble pour la paix. Et que cherchaient nos Frères, sinon l'amour entre les hommes, la tolérance, la solidarité, la défense de la dignité de la personne humaine, lorsqu'ils se réunissaient dans les Temples, se considérant égaux, au-dessus des fois politiques, des fois religieuses, et de la couleur de leur peau [7] ? »
Quand on sait que la Franc-Maçonnerie a collectionné, en l'espace de deux siècles et demi d'existence, presque 600 (!) condamnations officielles de la part de l'Église[8], il y a vraiment de quoi rester interdits.
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Une nouvelle « figure d'Église »
Le Saint-Esprit, à ce qu'il paraît, et d'après les membres de l'actuelle hiérarchie conciliaire, aurait donc abandonné l'Église (obscurantiste, anti-libérale et anti-œcuménique, et donc sujette aux incessants mea culpa de Jean-Paul II), ou du moins ne l'aurait pas complètement éclairée, pendant la bagatelle de presque deux mille ans, c'est-à-dire jusqu'au fatidique super-concile Vatican II, qui aurait vu la naissance d'une nouvelle « Église conciliaire », d'une nouvelle « figure d'Église » - ainsi que l'a appelée Jean-Paul II - restée selon lui cachée pendant deux millénaires dans l'Église « préconciliaire »[9]
Une « Église » flambant neuve, en somme, et bien sûre toute empreinte de ces principes illuministes et maçonniques, comme cela a d'ailleurs été clairement révélé par le cardinal Ratzinger il y a quelques années :
« Vatican II - avait en effet expliqué le cardinal - avait raison de souhaiter une révision des rapports entre Église et monde. Il y a en effet des valeurs qui, même si elles sont nées en-dehors de l'Église, peuvent trouver leur place - passées au crible et corrigées - dans sa vision. Ces dernières années, on s'est employé à cette tâche ". » Dans une précédente interview (à la revue Jésus, novembre 1984), il avait été encore moins prudent, en laissant échapper qu'il s'agissait précisément des «meilleures valeurs exprimées par deux siècles de culture libérale », qui sont des « valeurs » illuministes et libérales, comme pourrait même le dire un élève de classe de sixième.
Le même cardinal Ratzinger n'a plus eu aucune difficulté à admettre ouvertement que les fameuses « nouveautés » de Vatican II et de l'actuel Magistère pontifical sont en opposition ouverte avec le Magistère des Papes "préconciliaires", Magistère dont il a déclaré qu'il était désormais « dépassé » :
« Il y a des décisions du Magistère - déclara en effet celui qui était alors Préfet du Saint-Office - qui ne peuvent pas être un dernier mot sur le sujet en tant que tel, [...] mais qui sont [...] aussi une expression de prudence pastorale, une sorte de disposition provisoire [...]. On peut penser tant aux décisions des Papes du siècle dernier sur la liberté religieuse qu'aux décisions anti-modernistes du début de ce siècle, surtout aux décisions de la Commission biblique d'alors. Dans le détail des déterminations de contenu, elles furent dépassées, après avoir rempli, à un moment particulier, leur devoir pastoral » (Conférence de presse pour la publication de l'Instruction sur la vocation ecclésiale du théologien, aux soins de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi)[10].
Voilà donc une absolution et une réhabilitation en règle du libéralisme et du modernisme, énoncées publiquement par la plus haute autorité doctrinale après celle du Pape, dans le but évident de couvrir et de justifier l'injustifiable action de la hiérarchie conciliaire.
Comment s'étonner ensuite de la crise de la foi qui est en train de détruire l'Église et de perdre les âmes, quand les tenants de ces positions occupent depuis l'ère Paul VI, les places les plus élevées au Vatican, de nombreux sièges épiscopaux, les chaires des universités pontificales, des séminaires et des instituts catholiques, les postes dirigeants des ordres et des congrégations des religieux, et les rédactions des média dits catholiques dans le monde entier ?
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Des modernistes, des libéraux, des hérésiarques réhabilites et des évêques fidèles sanctionnés.
Quoi qu'il en soit, une chose est claire : après l'acceptation injustifiée des valeurs de deux siècles libéraux, la hiérarchie actuelle « réhabilite » les uns après les autres les modernistes, les libéraux, les hérésiarques comme Luther (défini par Jean-Paul II comme un homme d'une « profonde religiosité »[11]), les juifs qui s'obstinent encore à renier Jésus-Christ (mais subitement devenus, pour Jean-Paul II, qui sait comment, nos «frères aînés »[12]), les « idéaux » de liberté, égalité, fraternité de la Révolution antichrétienne française (et c'est pourquoi Jean-Paul II a souhaité justement que la France « contribue à faire progresser sans cesse les idéaux de liberté, égalité et fraternité qu'elle a su présenter au monde »[13]), etc.
À l'inverse, mais ici encore avec la logique inébranlable empruntée à la praxis de 1789 introduite dans l'Église - celle du « pas de liberté pour les ennemis de la liberté » - voilà que la hiérarchie, tout en ne perdant pas une occasion de se déclarer ultralibérale et hyper tolérante envers tout et tous, sous les applaudissements enthousiastes des francs-maçons, des communistes et de tous les média laïcistes, « excommunie » inexorablement, mais invalidement, des évêques fidèles de grand mérite comme un Mgr Marcel Lefebvre et un Mgr Antonio de Castro Mayer, coupables de ne pas avoir voulu s'aligner, au moins par un silence complice, sur les «nouveautés » pro maçonniques et pro modernistes du concile Vatican II et sur leur diffusion au sein du « peuple de Dieu » ignorant et sans défense. Telle est, en effet, la véritable motivation, parfois maladroitement dissimulée, de cette pseudo excommunication, au-delà du prétexte disciplinaire d'un « acte schismatique » inexistant attribué à ces deux prélats.
A cet égard, Mgr Lefebvre avait lui-même rappelé, quelques années auparavant :
« Je n'ai fait que ce que tous les évêques ont fait pendant des siècles et des siècles. Je n'ai pas fait autre chose que ce que j'ai fait pendant les 30 ans de ma vie sacerdotale et qui m'a valu d'être élu évêque, délégué apostolique en Afrique, membre de la Commission centrale préconciliaire, assistant au Trône Pontifical. Que pouvais-je désirer de plus comme preuve que Rome estimait que mon apostolat était fécond pour l'Église et le bien des âmes ? Et voilà qu'alors que je réalise une œuvre totalement semblable à celle que j'ai réalisée pendant 30 ans, je suis tout à coup suspendu "a divinis" et peut-être bientôt excommunié, séparé de l'Église, renié et quoi d'autre encore ?
Est-ce possible ? Donc ce que j'ai fait pendant 30 ans était aussi susceptible d'une suspense "a divinis" ? Je pense au contraire que si j'avais alors formé les séminaristes comme ils sont formés maintenant dans les nouveaux séminaires, j'aurais été excommunié ; si j'avais alors enseigné le catéchisme que l'on enseigne aujourd'hui, j'aurais été qualifié d'hérétique. Et si j'avais dit la Messe comme on la dit maintenant, j'aurais été soupçonné d'hérésie, j'aurais été aussi déclaré hors de l'Église. Alors je ne comprends plus. Quelque chose a changé dans l'Église, et c'est à cela que je veux en arriver » (Extrait de l'homélie prononcée à Lille le 29 août 1976).
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But du livre : répondre aux questions que se posent les fidèles sur la Révolutions de l'Église.
Face à tout cela, donc, et à beaucoup d'autres choses encore, de nombreux catholiques se demandent, déconcertés, ce qui se passe, sans toutefois réussir en général à comprendre les causes profondes de cette véritable Révolution, étant donné que la désinformation des fidèles et des prêtres les plus jeunes, par rapport aux réels événements ecclésiaux de ces dernières décennies, est pratiquement totale. Désinformation qui s'étend aussi, évidemment, au domaine de l'idéologie du modernisme et du néo modernisme de la nouvelle théologie, dominant aujourd'hui dans l'Église au niveau officiel, mais déjà solennellement condamnée par les souverains pontifes préconciliaires.
À ces questions, nous tenterons d'apporter une réponse dans les pages qui vont suivre.
Il est important de donner tout de suite et en guise de préliminaire quelques éclaircissements sur certains points doctrinaux et disciplinaires pour éliminer toute perplexité par rapport au rôle et aux responsabilités des Papes « conciliaires » - Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II - dans la crise actuelle, puisqu'il est hors de doute, comme nous le démontrerons ensuite, que ces Papes ont lourdement favorisé la prise de pouvoir dans l'Église d'évêques et de théologiens néo modernistes à partir du Concile Vatican II, quand ils ne les ont pas loués et récompensés.
En effet, lorsque l'on essaie de faire ouvrir les yeux à des prêtres, des religieuses, des laïcs sur la tragique réalité actuelle de l'Église et sur le grave danger de perte de la foi, on les voit souvent rester tout d'abord interdits, puis être incrédules, et se retrancher derrière des expressions du type : « Le Pape ne peut pas se tromper », « il est assisté par le Saint-Esprit »
Ou bien : « il faut de toute façon et avant tout obéir » parce que «l'obéissance est la première vertu », et « qui obéît ne se trompe jamais », pour finir avec : « mais le Saint-Esprit [au concile Vatican II, bien sûr] a établi que... etc, etc ».
A la fin ils repartent souvent indignés, en vous cataloguant - peut-être parfois seulement mentalement - soit comme un rebelle, soit comme un traditionaliste obtus incapable de comprendre l'évolution des temps.
D'où la nécessité d'examiner, une fois pour toute, ces arguments à la lumière de la doctrine catholique pour en vérifier la consistance. C'est ce que nous allons faire maintenant.
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Trois objections
Les principales objections que la plupart de ceux qui se sont alignés sur le « nouveau courant » ecclésial opposent - de bonne ou mauvaise foi - à ceux qui ont pris position contre les « nouveautés » de Vatican II et du Magistère postconciliaire, peuvent en substance se résumer aux trois suivantes :
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a) l'infaillibilité papale ;
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b) l'obéissance due au Vicaire du Christ ;
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c) l'autorité des décrets de Vatican II qui - souligne-t-on - émanant d'un
concile œcuménique; ont force de loi pour tout catholique.
Il s'agit toutefois d'objections dépourvues de fondement. En effet :
a) D'après la doctrine catholique, les cas où le Magistère du Pape est infaillible se réduisent à deux :
1. Lorsqu'il définit solennellement ex cathedra une vérité de foi ou de morale[14] (Magistère extraordinaire, toujours infaillible).
2. Lorsqu'il énonce une vérité qui a « toujours été crue et admise dans l'Église (Magistère ordinaire infaillible) ". L'infaillibilité lui vient dans ce cas de celle dont jouit l'Église elle-même.
Or à cet égard :
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1. Ni Jean XXIII, ni Paul VI, ni Jean-Paul II n'ont jamais défini aucun dogme de Foi au cours de leurs pontificats, et moins que jamais en ce qui concerne les « nouvelles idées » de Vatican II.
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2. Les nouvelles idées promues par leur Magistère - œcuménisme, libéralisme, collégialité démocratique - ne font pas partie du Magistère constant et universel de l'Église, elles ne sont donc pas des doctrines « toujours crues et admises dans l'Église » (on parle justement des nouveautés de Vatican II) ; elles font partie du Magistère ordinaire qui n'est qu'authentique, c'est-à-dire non garanti par l'infaillibilité.
Il en découle que l'on ne peut aucunement, sinon de mauvaise foi, en appeler au dogme de l'infaillibilité du Pape pour exiger une adhésion aveugle et inconditionnelle des fidèles aux nouvelles doctrines du Magistère postconciliaire.
1. On peut encore moins en appeler au devoir d'obéissance. Ces nouveautés du Magistère des Papes « conciliaires », en effet, non seulement manquent de toute garantie d'infaillibilité, mais surtout sont des doctrines qui ont déjà été explicitement et à plusieurs reprises condamnées par le précédent et constant Magistère de l'Église.
Et ni le Pape ni un Concile œcuménique ne peuvent licitement exiger l'obéissance, qu'elle soit explicite ou tacite, à un courant ecclésial tel que le courant actuel, qui propage des idées et des pratiques déjà condamnées par l'Église elle-même, pour la simple raison que ni un Pape ni un Concile ne peuvent légitimement ordonner aux fidèles d'accepter, même passivement, ce que l'Église elle-même, par la bouche d'une longue série de Papes et de Conciles, a déjà jugé et condamné officiellement comme erroné et mauvais.
Voici comment un classique et célèbre Dictionnaire de Théologie Morale résume la doctrine catholique en la matière :
« L'autorité des supérieurs étant limitée, le devoir de leur obéir a lui aussi des limites. Il est clair qu'il n'est jamais permis d'obéir à un supérieur qui commanderait une chose contraire aux lois divines ou ecclésiastiques ; il faudrait alors répéter la parole de saint Pierre : "il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes" (Actes 5, 29). [...] On pèche contre l'obéissance par excès en obéissant dans des choses contraires à une loi ou à un commandement supérieur : dans ce cas il s'agit de servilité[15]. »
Si de surcroît, étaient mis en danger la conservation de la foi, le salut des âmes et la subsistance même de l'Église, il faudrait aussi réagir ouvertement, comme l'enseigne saint Thomas d'Aquin, qui donne justement l'exemple, qui convient parfaitement à notre cas, de l'affaiblissement momentané du premier Pape :
« Remarquons toutefois - écrit le docteur angélique - que, s'il y avait danger pour la foi, les supérieurs devraient être repris par les inférieurs, même en public. Aussi Paul, qui était soumis à Pierre, l'a-t-il repris pour cette raison. Et à ce sujet la Glose d'Augustin explique : "Pierre lui-même montre par son exemple à ceux qui ont la prééminence, s'il leur est arrivé de s'écarter du droit chemin, de ne point refuser d'être corrigés, même par leurs inférieurs"[16]. »
Et dans son Commentaire de l'Epître aux Galates, le même saint Thomas répète :
«...le reproche était juste et son motif était grave : un danger pour la préservation de la vérité évangélique... [...]. La façon fut appropriée parce que publique et manifeste [...]. Dans la première lettre à Timothée, nous lisons : "Ceux qui pèchent, reprends-les devant tous". Ceci doit s'entendre des fautes manifestes et non des fautes cachées [17]... »
2. En ce qui concerne enfin le concile Vatican II, source officielle de l'actuel désastre ecclésial, il est absolument nécessaire de rappeler ce qui fut déclaré par Paul VI, qui le mena à son terme. Le concile Vatican II, en effet, précisa le Pape, « a évité de donner des définitions dogmatiques solennelles, engageant l'infaillibilité du magistère ecclésiastique »[18]. Réalité que le cardinal Ratzinger fut lui aussi contraint d'admettre :
« La vérité est que le concile lui-même [Vatican II] n'a défini aucun dogme et a voulu, de façon consciente, s'exprimer à un niveau plus modeste, simplement comme concile pastoral [19]. »
En résumé :
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a) le dogme de l'infaillibilité pontificale n'est absolument pas remis en
question, mais on conteste certains points du magistère ordinaire non
infaillible du Pape (dans lequel il n'est pas exclu, du moins en principe,
qu'il puisse se tromper), contestation qui peut se faire en présence de
graves motifs ; -
b) ces motifs existent, parce que l'on ne peut pas obéir, ni se soumettre
passivement, à des directives qui veulent nous faire approuver ce que le
Magistère de l'Église a toujours condamné, c'est-à-dire à des directives qui
nous demandent de renier, ne serait-ce que tacitement, la vérité doctrinale
et de nous taire face au sabotage de la foi et face à la ruine des âmes ; -
c) on ne peut en aucune manière en appeler à l'autorité de Vatican II,
lequel n'a défini aucun dogme, et ne l'a certainement pas fait en ce qui
concerne les nouveautés qui font l'objet de cette contestation (principale
ment l'œcuménisme, la collégialité épiscopale et la démocratie dans
l'Église, la liberté religieuse et la laïcité des États), et à l'égard desquelles
sont valables les mêmes considérerions que celles que nous avons faites au
sujet de l'autorité du Pape.
Tout cela est suffisant pour faire fondre comme neige au soleil l'habituel sophisme qui est régulièrement resservi à tous ceux qui critiquent Vatican II et selon lequel, si l'Église se trompe aujourd'hui, alors elle a aussi bien pu se tromper par le passé, et donc elle ne serait plus crédible ni infaillible. Il est facile de répondre que le magistère de Vatican II et tout le magistère postconciliaire, en ce qui concerne les « nouveautés », est un magistère non infaillible de l'Église, qui s'oppose au précédent magistère infaillible de l'Église, tant ordinaire qu'extraordinaire, par conséquent le raisonnement ne tient pas.
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Pourquoi concentrer l'attention sur les papes.
Comme on pourra le remarquer dans les parties qui suivront, cette « Brève chronique » sera surtout une chronique des replis progressifs des Papes « conciliaires » et de leurs plus étroits collaborateurs au niveau de la Curie romaine.
On pourrait se demander pourquoi concentrer l'attention sur eux, plutôt que sur les innombrables exemples que l'on aurait pu citer dans le cadre des diocèses et des différents évêchés.
N'aurait-il pas été préférable de survoler les nombreuses défaillances des derniers Successeurs de Pierre, au lieu de les mettre en question, ce qui, en plus d'être particulièrement désagréable et douloureux pour tout catholique cherchant à être fidèle, et donc aussi pour l'auteur de ces lignes, comporte au moins le risque de scandaliser les plus faibles dans la foi, qui ne connaissent pas bien la doctrine catholique sur la Papauté ?
Le fait est que l'on ne pouvait pas faire autrement. Nous y avons été contraints pour une raison très simple, que l'on peut résumer en quelques mots : le Pape n'est pas un évêque quelconque, mais le Vicaire du Christ.
C'est lui qui guide l'Église militante tout entière, par les mots et encore plus par l'exemple, et dans l'Église tous - clergé, religieux et simples fidèles - sont justement habitués à « suivre Pierre », voyant en lui leur berger terrestre et un guide spirituel sûr.
Que l'on pense alors à ce que pourrait provoquer une éventuelle accession au Siège de Pierre de Papes imprégnés d'une théologie erronée, déjà condamnée par l'Église (chose que Dieu peut très bien permettre, comme punition de nos péchés) : et bien ce sera une catastrophe pour l'écrasante majorité des âmes, qui continueront à le suivre même là où il ne le faudrait pas, jusqu'à risquer de perdre leur foi et leur salut éternel. C'est ce qui s'est vérifié et qui continue de se vérifier depuis Vatican II.
D'où le nécessaire - bien qu'ingrat - devoir de mettre en garde clergé et fidèles pour qu'ils ne se laissent entraîner sous aucun prétexte dans l'abîme par l'« esprit du Concile » et par ses nouvelles doctrines.
Au premier Pape et à ses successeurs, en effet « le Saint-Esprit n'a pas été Promis pour qu'ils manifestent, par sa révélation, une nouvelle doctrine, mais qu'avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révelation-transmise aux apôtres, c'est-à-dire le dépôt de la foi »[20].
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Les cas précédents dans l'histoire de l'Église
Du reste, il n'y a rien de nouveau sous le soleil : ce n'est certainement pas la première fois dans l'histoire que des Papes, agissant évidemment en-dehors de l'exercice de l'infaillibilité, pour suivre imprudemment des idées personnelles plus ou moins déviantes, mettent en danger la conservation de la foi et la subsistance même de l'Église. Que l'on pense par exemple au célèbre cas du Pape Libère (IVe siècle) qui, pour trouver à tout prix un impossible et illégitime accord œcuménique avec les hérétiques ariens, accepta des compromis doctrinaux ambigus, en arrivant même au point d'interdire aux catholiques restés fidèles de lutter contre l'hérésie (et même en excommuniant - invalidement, bien sûr - le grand saint Athanase d'Alexandrie qui ne voulait pas accepter de compromis dangereux pour la foi).
Enfin, c'est à la très sainte Mère de Dieu toujours Vierge que je confie ces pages, à Elle qui a toujours écrasé la tête de toutes les hérésies : Gaude, Maria Virgo : cunctas hœreses sola interemisti in universo mundo.
[1] * Sous-titre ajoutés par l'AFS
[2] Notiliœ, novembre 1966, n. 23
[3] Cf. Il régniodocumenti n. 3, 1997
[4]L'Osservatore Romano (éd. hebdomadaire), 30 juillet 1999
[5] Il GIornale, 22 décembre 1996, p. 10
[6] La Civiltà Cattolica 6 décembre 1986, p. 45
[7] Hïram, revue du Grand-Orient d'Italie, avril 1987, p. 104-105
[8] Déclaration du père Rosario Esposko SSP, notoirement pro-maçon, in Jésus, octobre 1988, p. 10
[9] L'Osservatore Romano, 3 août 1979
[10] Entretien sur la foi, aux soins de Vittorio Messori, éd. Pauline, 1985, p. 34
[11] L'Osservatore Romano, 21 juin 1990
[12] L'Osservatore Romano, 6 novembre 1983
[13] Cf. Avvenire, 24 septembre 1996
[14] Denz. 3073-3075
[15] Francesco Roberti - PlETRO Palazzini, Dictionnaire de Théologie Morale, éd. Studium, Rome 1961, 3e édition, art. « obéissance »
[16] Summa Théologica, 11-11 q. 33 a IV
[17] Super ad Galatos, c. 3, lect. 3
[18] Discours à l'Audience générale du 12 janvier 1966; cf. aussi son discours de clôture de Vatican II
[19] Discours à la Conférence épiscopale du Chili, in il Sabato, 30 juillet-5 août 1988
[20] Concile Œcuménique Vatican I, Constitution Pastor œternus : Denz. 3070





