Les JMJ paraissent une bonne chose : des jeunes qui se retrouvent pour applaudir le pape, célébrer leur foi catholique et mieux la connaître pour pouvoir évangéliser les autres. Que pourrait-il y avoir de mal dans ces rassemblements lancés par Jean-Paul II à Rome en 1985 et qui furent répétés 18 fois[1]dans des villes du monde entier ? En 1993, les États-Unis accueillent les JMJ à Denver ; en juillet 2002, ce fut le tour du Canada, à Toronto.
J'ai souvent parlé à des parents qui avaient quelques appréhensions au sujet des JMJ mais qui raisonnaient en se disant : ce rassemblement ne peut être qu'une bonne chose puisque le pape y sera, que les évêques le soutiennent et que le curé de la paroisse conduit le car dans lequel jeunes gens et jeunes filles s'y rendent. Cette dernière phrase devrait déjà donner l'alarme :
il a toujours été contraire à la morale catholique de faire voyager ensemble des garçons et des filles comme une grande famille à l'occasion de camps ou de retraites. Ces pratiques nouvelles ne tiennent pas compte de la réalité du péché originel ; elles correspondent à une nouvelle moralité laxiste qui s'insinue dans l'Église depuis le Concile Vatican II. (...)
Cornelia Ferreira a fait une recherche approfondie qui lui permit de montrer comment les JMJ constituaient une partie de la restructuration de l'Église après le Concile Vatican II. Son étude figure en première partie (traduite en français) du livre « World youth Day, from Catholisism to Counterchurch ». (Les JMJ - Du catholicisme à la Contre-Église).
De l'Église à la Contre-Église
Depuis le concile Vatican II, certains mots-clefs sont constamment répétés dans le discours de la Contre-Église. Madame Ferreira montre comment le sens des mots « communauté » et « pèlerinage » a été manipulé pour créer une nouvelle conception de l'Église (cf. son chapitre 1). Les programmes d'éducation religieuse (RCIA aux États-Unis et au Canada), les réunions de conseils paroissiaux, des évènements comme les JMJ sont tous utilisés pour promouvoir la « communauté ».
Il faut noter qu'il ne s'agit pas ici de la vie normale d'une paroisse catholique mais plutôt d'une communauté élargie comprenant des membres appartenant à d'autres religions ou même n'en professant aucune. L'idée est de mettre de côté la doctrine de façon que tous puissent dialoguer ensemble ou « faire du bien » aux autres. C'est la grande fraternité universelle, l'unité sans frontières auxquelles s'est souvent référé Jean-Paul II dans ses discours aux jeunes. (p.118 du livre anglais et p. 144 de sa traduction française).
La propagande des JMJ parle aussi constamment de pèlerinage : des jeunes comme pèlerins, des jeunes en pèlerinage. Mais, là encore, le mot a changé de sens. Pèlerinage ne signifie plus un voyage vers un site sacré mais un trajet au cours duquel on se découvre soi-même, on découvre sa propre spiritualité. Les sessions JMJ encouragent les jeunes à contester l'autorité et les « vielles façons d'agir » et à travailler ensemble pour créer de nouvelles solutions aux questions religieuse qui se posent à notre époque. Rassemblez vous pour trouver les valeurs qui définissent votre esprit, dit-on aux jeunes, et réalisez les.
Une telle démarche est supposée être une phase plus avancée du processus de foi (faith process), remarque Madame Ferreira ; il s'agirait d'une nouvelle Église démocratique et toujours en devenir (« ever-becoming Church ») supposée supérieure à l'Église surannée qui se fonde sur une doctrine définie et une morale fermement établie (p.30-36 du livre anglais ; p. 45-51 de la traduction). En fait, le dogme doit être évité, car c'est un principe de division plutôt que d'union. Il ne construit pas la communauté.
Le manque de sérieux de l'esprit des JMJ
(« The Phony Spirit of WYD »)
Quel est l'esprit des JMJ ? Madame Ferreira le décrit comme adolescent et artificiel (chapitre 3 et 4 de son livre). Le nom lui-même est trompeur : ce qu'on appelle « La jeunesse » comprend une bonne partie d'adultes d'âge allant jusqu'à 35 ans. L'évènement ne dure pas un jour[2]mais s'étend à une semaine d'« expériences » programmées, entre lesquelles on assiste à des concerts pop et rock, en somme une magnifique fête (« a grand party »).
La célébration est une supercherie. Les jeunes se célèbrent eux-mêmes : « Nous sommes la Jeunesse, l'avenir du monde ! » « Nous sommes la lumière du monde et le sel de la terre ! » Le but d'évangéliser est une sorte de jeu : au lieu d'amener les autres à la vérité de la foi catholique, les jeunes s'étreignent et « échangent des expériences » avec des personnes de toutes religions et de toutes croyances. Il n'est même pas demandé aux animateurs des JMJ d'être catholiques.
Le but de l'unité est aussi un jeu puisque il est fondé sur la thèse fausse selon laquelle toutes les religions conduisent au salut et les dieux des fausses religions peuvent être adorés en même temps que le seul vrai Dieu. Aux JMJ du Canada (à Toronto), par exemple, les catholiques ont assisté aux rites d'une cérémonie païenne indienne adressée au « grand esprit », rites qui ont été qualifiés de « services de prière traditionnels ». (p. 90 du livre anglais et p. 112 de la tradition française).
Un autre point considéré aux JMJ comme dépassé est la règle morale d'autrefois. Madame Ferreira note :
« Lors des JMJ de Rome, qu'on a surnommées "Woodstock catholique", les épaules nues, les ventres à l'air, les minijupes furent autorisés à Saint-Pierre et à la messe papale figuraient des danseuses en costumes légers. » A Toronto, des pèlerins« se dévêtirent et batifolèrent en haut de bikini dans une fontaine au principal point d'affluence ». (p. 64 du livre anglais, p.83 de la traduction française) Pour la nuit qui précédait la messe pontificale, les jeunes - garçons et filles ensemble - campaient dans leurs tentes et sacs de couchage dans un lieu que la presse laïque a appelé « le dortoir du pape » (« Papal slumber party »). Ce qui a pu se passer dans certaines de ces tentes est laissé à l'imagination du lecteur. C'était certainement pour éviter ce type de scandale que la morale catholique - jusqu'à Vatican II - interdisait toujours que des hommes et des femmes non mariés puissent dormir dans de telles conditions.
Puis il y eut l'amusement, plein de rock, de danses et de pièces de théâtre, pour rendre l'atmosphère vivante. Aux JMJ de Toronto, par exemple, il y avait 25 scènes de théâtre où furent données 500 représentations. La majorité des « pèlerins » ne cherchaient pas une connaissance plus profonde de la foi catholique mais plutôt la « communauté », une expérience et une période de bon temps. Selon la formule de Madame Ferreira, il s'agissait bien de la religion considérée comme une partie de plaisir (« religion as fun »)
Les racines des JMJ
Dans deux chapitres très éclairants, Madame Ferreira examine les origines proches et lointaines des JMJ. (...)
Au chapitre 5 du livre sont montrées les racines proches : les groupes progressistes, pas très transparents, qui sont apparus dans l'Église après le concile Vatican II pour construire une nouvelle église fondée sur le concept de communauté. Il s'agit de mouvements laïcs comme les Focolari, Communion et libération le Chemin néo-catéchuménal.
Les méthodes utilisées aux JMJ suivent la « formule » des Focolari : des personnes qui se mettent en bandes, des danses, des témoignages personnels, de puissantes acclamations. Le délire d'émotion manifesté à l'égard du pape ressemble à l'hystérie résultant d'une manipulation de masse (« manipulated mass hysteria ») qui accompagnait la fondatrice du mouvement Chiara Lubich. Les principes égalitaires et œcuméniques qui orientent les groupes de Focolari vers la construction d'une nouvelle Église sont les mêmes que ceux que l'on trouve au programme des JMJ. En fait, les mouvements précités (Focolari, Communion et libération, Chemin néo-catéchuménal...) fournissent une grande part des dirigeants et des équipes de service des JMJ. Et, tout comme les JMJ, la « spiritualité d'unité » révolutionnaire de Chiara Lubich a bénéficié de la bénédiction sans réserve de Jean-Paul II.
Le chapitre 6 « Le triomphe de Teilhard et du Sillon » creuse les choses encore plus en profondeur. « Le pèlerinage de l'Église en direction de la Contre-Église a commencé à Vatican II », remarque Madame Ferreira, « en utilisant les forces combinées de la maçonnerie, du communisme, de l'humanisme et du modernisme. » Elle montre comment chacun de ces ennemis a exercé une puissante pression au Concile pour faire partie de la politique officielle et commencer à transformer la face de l'Église.
En particulier, elle désigne Teilhard de Chardin comme l'une des têtes pensantes de la nouvelle religion fondée sur l'expérience personnelle, des buts humanistes et un rêve d'illuminé. La pensée de Teilhard a eu une forte influence sur le théologien moderniste Karl Rahner, l'un des premiers à diffuser la conception de l'Église comme peuple de Dieu qu'il a incorporé dans sa rédaction de la Constitution conciliaire « Lumen gentium ». Rahner soutenait que le peuple fidèle était lui-même la source de l'autorité dans l'Église et par là même, la source du prophétisme (...).
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Dans la deuxième partie de l'article, l'auteur recense la deuxième partie (non traduite) du livre « World Youth Day, from Catholicism to Counterchurch » dans laquelle John Vennari rend compte d'une enquête qu'il a faite aux JMJ de Toronto en 2002. Elle conclut en montrant la nocivité des JMJ.
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Remarque de l'AFS
L'article précité a été rédigé en juin 2005, après les JMJ de Toronto. Il aurait sans doute besoin de quelques mises au point pour tenir compte des JMJ plus récentes (Cologne en août 2005, Sydney en août 2008). Mais les indications qu'il donne sur l'origine des JMJ et les orientations de cette institution au cours de ses 20 premières années d'existence conservent, en tout état de cause, un grand intérêt.
Nous en conseillons donc la lecture à tous ceux qui se rendent aux JMJ de Madrid.
[1] 18 fois de 1985 à 2002. Depuis eurent lieu les JMJ de Cologne (2005) et de Sydney (2008)
[2] En anglais les JMJ s'appellent World Youth Day, Journée (au singulier) mondiale de la jeunesse.





