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Les faits sont les faits

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Les faits sont les faits

Quand un fait récent semble contredire un autre fait bien établi, l'un et l'autre doivent être pris en compte, car il ne peut pas y avoir de contradictions entre des faits. Or, dans la vie courante, un fait est souvent utilisé pour éliminer purement et simplement un fait plus ancien et considéré comme gênant ou regrettable.

C'est ce qui s'est passé après la béatification de Jean-Paul II : Un grand nombre de journaux et revues catholiques ont fait une apologie intégrale de son pontificat : les points faibles ont été soit passés sous silence soit présentés comme des points forts(1) ; des faits essentiels constituant le passif du pontificat ont été ainsi ignorés ou falsifiés.

 Sans doute ces apologies ont-elles mis en évidence les points forts du pontificat qui existent nécessairement, le Saint-Esprit n'abandonnant jamais son Église. Mais en soulignant ces points forts pourquoi ignorer les points faibles du pontificat qui conservent leur existence, malgré la béatification ?

*

Voici le rappel de quelques-uns de ces points faibles aujourd'hui mis à l'écart :

• 2 octobre 1979 - Discours de Jean-Paul II à la 34e Assemblée générale de l'ONU à New-York : « Permettez-moi d'énumérer quelques-uns des droits humains les plus importants qui sont universellement reconnus : (...) le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion et le droit de manifester sa religion, individuellement ou en commun, en privé ou en public (...). »    (site : www.vatican.va)

Commentaire : L'idée ici exprimée se retrouve au paragraphe 2108 du Catéchisme de l'Église catholique promul gué par Jean-Paul II (constitution apostolique Fidei depositum du 11 octobre 1992) :

 n° 2108 "Le droit à la liberté religieuse...est...un droit naturel de la personne humaine à la liberté civile, c'est-à-dire à l'immunité de contrainte extérieure...de la part du pouvoir politique. Ce droit naturel doit être reconnu dans l'ordre juridique de la société de telle manière qu'il constitue un droit civil."

 L'encyclique Quanta cura du pape Pie IX (8 décembre 1864), avec toute la Tradition, a condamné cette doctrine : "Contrairement à la doctrine de la Sainte Écriture, de l'Église et des Saints Pères, ils affirment sans hésitation que « la meilleure condition de la société est celle où l'on ne reconnaît pas au pouvoir l'obligation de réprimer par la sanction des peines les violateurs de la religion catholique, si ce n'est lorsque la tranquillité publique le demande ». En conséquence de cette idée absolument fausse du gouvernement social, ils n'hésitent pas à favoriser cette opinion erronée, on ne peut plus fatale à l'Église catholique et au salut des âmes et que Notre prédécesseur d'heureuse mémoire Grégoire XVI appelait un délire, à savoir «que la liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme ; qu'il doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien constituée»".  Ajoutons que ces propositions condamnées par "Quanta cura" le sont infailliblement car le Pape y a manifesté clairement les quatre conditions de l'infaillibilité.

 Voir à ce sujet la brochure AFS « La liberté religieuse trente ans après Vatican II ».

 • 17 novembre 1980 - Rencontre avec la communauté juive de Mayence : « La première dimension de ce dialogue (entre la religion catholique et la religion juive) est la rencontre entre le Peuple de Dieu de l'Ancienne Alliance qui n'a jamais été révoquée par Dieu (ép. Rom. 11, 29)[2](2)  et celui de la Nouvelle Alliance (...) »   (www.vatican.va)    

Commentaire : Cette doctrine sur l'Ancienne Alliance a été reprise dans le Catéchisme de l'Église catholique promulgué en 1992 par Jean-Paul II : n° 121 "L'Ancien Testament est une partie inamissible de l'Écriture Sainte... car l'Ancienne Alliance n'a jamais été révoquée."

C'est jouer d'une manière trompeuse sur l'équivoque. L'Ancien Testament fait bien partie de la Bible, et cela pour toujours. Mais l'Ancienne Alliance avec l'ancien peuple de Dieu impliquait des conditions à respecter pour durer. Saint Paul enseigne que l'Ancienne Alliance était imparfaite et temporaire (He. 8,13). L'ancien peuple élu est remplacé par l'Église et le Seigneur Jésus a établi la "nouvelle et éternelle Alliance" ; et la circoncision qui était le signe de l'Ancienne Alliance est devenue inutile, enseigne saint Paul. De plus le voile du Temple s'est déchiré et l'on sait l'interprétation qu'en donne la Tradition.  Sur se sujet, on pourra se reporter à la brochure AFS « Le catholicisme revu et corrigé par la Synagogue ».

 • 17 novembre 1980 - Discours de Jean-Paul II au Conseil de l'Église évangélique d'Allemagne :

« Aujourd'hui, je viens à vous, aux héritiers spirituels de Martin Luther ; je viens comme pèlerin, je viens pour donner, dans un monde qui change, un signe de l'unité des mystères centraux de notre foi. »   (www.vatican.va)

Commentaire : Que peut signifier : « l'unité des mystères centraux de notre foi » alors que la foi catholique et la foi protestante ne sont pas de même nature ? La foi catholique est l'adhésion de l'intelligence au donné révélé, sous l'impulsion de la grâce (cf. l'acte de foi).

 La foi protestante peut être ainsi définie : « L'acte de foi, pour Luther, n'est pas un acte cognitif ou intellectuel (la raison serait, en matière de religion, tout à fait aveugle et l'Église catholique aurait eu le tort de lui accorder trop de confiance), mais un simple acte affectif ou émotionnel ; non plus adhésion à toutes les vérités révélées (foi dogmatique) mais simple sentiment de bien-être spirituel, confiance d'être pardonnés et sauvés (foi fiduciale). »[3] (3)

 • 13 avril 1986 - Visite de Jean-Paul II à la synagogue de Rome (il fut le premier pape depuis saint Pierre, à visiter une synagogue). Extrait de son discours (paragraphe 5) : « Il n'échappe à personne que la divergence fondamentale depuis les origines est l'adhésion des chrétiens à la personne et à l'enseignement de Jésus de Nazareth, fils de votre peuple. [...]. Mais cette adhésion se place dans l'ordre de la foi, c'est-à-dire dans le consentement libre de l'intelligence et du cœur guidé par l'Esprit, et elle ne peut jamais être l'objet d'une pression extérieure [...] ; c'est la raison pour laquelle nous sommes disposés à approfondir le dialogue en toute loyauté et amitié, dans le respect des convictions intimes des uns et des autres. »   (www.vatican.va)

Commentaire : Les hommes ont droit au respect ; mais les convictions, quand elles sont erronées, n'ont droit à aucun respect. On ne respecte pas l'erreur !

 • 5 octobre 1986 - Visite de Jean-Paul II à Taizé - Extrait de son discours aux frères de la communauté œcuménique de Taizé : « Vous aiderez tous ceux que vous rencontrerez à être fidèles à leur appartenance ecclésiale qui est le fruit de leur éducation et de leur choix de conscience, mais aussi à entrer toujours plus profondément dans le mystère de communion qui est l'Église dans le dessein de Dieu. »  (www.vatican.va)

Commentaire  : Aider les personnes rencontrées « à être fidèles à leur appartenance ecclésiale », c'est, si elles ne sont pas catholiques, les aider à être fidèles à leur fausse religion. Faudrait-il comprendre que toutes les religions conduisent au salut ?

27 octobre 1986 - À l'initiative de Jean-Paul II, cent soixante dirigeants de religions se sont réunis à Assise pour prier pour la paix. Étaient ainsi représentés douze religions ou groupes de religions : les religions des animistes africains, des amérindiens, des Bahaïs, des bouddhistes, des chrétiens, des Jains, des juifs, des hindous, des musulmans, des shintoïstes, des Sikhs, des zoroastriens. Parmi les personnalités présentes figuraient le Dalaï-lama et l' « archevêque » anglican de Canterbury.

À chacune des religions ou groupes de religions précités fut attribuée une église d'Assise où ils purent pratiquer leurs cultes.

Commentaire :

  • - La plupart des aberrations païennes (qui sont souvent d'origine satanique) étaient présentes à Assise et traitées comme des cultes respectables dont les faux dieux pouvaient être invoqués pour la paix.
  • - Du fait du cérémonial adopté, les fausses religions étaient mises sur le même plan que la vraie. D'où l'impression que pouvait en retirer le grand public: toute religion est un moyen de salut.

• 14 septembre 1995 - À Yaoundé (Cameroun), exhortation apostolique « Ecclesia in Africa », dont les propos suivants ne peuvent être interprétés que comme une approbation du paganisme :  « L'Église, assurément, respecte et estime les religions non chrétiennes professées par de très nombreuses personnes sur le continent africain, parce qu'elles constituent l'expression vivante de l'âme de larges couches de la population. » (Chap. II, n. 47)

• 28 juillet 1999 - Audience générale du mercredi, catéchèse de Jean-Paul II sur les fins dernières : « La damnation reste une possibilité réelle, mais il ne nous est pas donné de connaître, sans une révélation divine spéciale, si des êtres humains, et lesquels, sont effectivement concernés. »

« Le damnazionne rimane una reale possibilità, ma non ci è di conoscere, senza speciale rivelazione divina, se e quali esseri umani vi siano effetivamente coinvolti. »    (www.vatican.va - original italien)

 Commentaire : Comment concilier l'affirmation « il ne nous est pas donné de connaitre si des êtres humains sont concernés (par l'enfer) » (ce qui laisse supposer que l'enfer pourrait ne contenir aucun homme) et les multiples affirmations des Évangiles sur l'enfer, celle-ci en particulier : « Il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus » ?

 • 21 mars 2000 - Prière de Jean-Paul II à Wadi Al-Kharrar (Jordanie) :  « Que saint Jean-Baptiste protège l'Islam, tout le peuple de la Jordanie et tous ceux qui ont participé à cette célébration, une célébration mémorable ! Je vous suis reconnaissant à tous. »

(www.vatican.va)

 • 6 mai 2001 - Visite de Jean-Paul II à la grande mosquée Omeyyade de Damas (première visite d'un pape dans une mosquée) - Discours à la communauté musulmane :  « Il est important que musulmans et chrétiens continuent à explorer ensemble les questions philosophiques et théologiques, afin de parvenir à une connaissance plus objective et plus approfondie de leurs convictions religieuses respectives. Une meilleure compréhension mutuelle conduira sûrement, sur le plan pratique, à une nouvelle manière de présenter nos deux religions non pas en opposition, comme cela est advenu trop souvent par le passé, mais en partenariat pour le bien de la famille humaine. »

(www.vatican.va)

 Commentaire : Que peut signifier un partenariat entre le catholicisme et l'islam, autrement dit entre la vérité du catholicisme et l'erreur de l'islam ? Comme le dit l'Écriture, « Qui diligetis Dominum, odite malum » (Ps 96,10) « Vous qui aimez Dieu, haïssez le mal »... et donc ce mal qu'est l'erreur.

 24 janvier 2002 - Deuxième rencontre interreligieuse de prières pour la paix tenue à Assise et présentée par Jean-Paul II comme le prolongement de celle du 27 octobre 1986. (Voir ci-dessus)

  

Les faits sont les faits. Le fait de la béatification de Jean-Paul II ne peut ni supprimer, ni modifier les points faibles précédemment rappelés qui sont également des faits et qui doivent être portés au passif.  En définitive, la béatification de Jean-Paul II n'anéantit pas cette caractéristique de la vie de l'Église depuis cinquante ans : une redoutable crise doctrinale et disciplinaire, crise qu'il faut connaître et comprendre si l'on veut y échapper. Elle ne supprime pas le fait que beaucoup de catholiques pratiquants ont cessé leur pratique. Ainsi, en France, le nombre des catholiques pratiquants est-il passé de 15% de la population en 1978 à 5% en 2005.[4](4)

Les journaux et revues catholiques qui ignorent ce passif donnent une vision fausse du pontificat en cause. Ils sont ainsi responsables d'une grave désinformation qui a largement pénétré en milieu traditionnel. Il faut renoncer à cette vision qui démobilise les fidèles et voir les choses comme elles sont, sinon l'on tombe dans l'irréalisme ainsi décrit par Bossuet :  « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. »  

                                                    Bossuet, Trait. Connaiss. de Dieu et de soi-même, I, n°XVI.

                      Arnaud de Lassus

 


 1 Cf. dans le Figaro hors série « Jean-Paul II, Karol le bienheureux », p.46-47, l'article consacré à la rencontre œcuménique de prière à Assise (26-27 octobre 1986) et dans La Nef, n°226 (mai 2011) l'article « Jean-Paul II et les droits de l'homme ».

[2] 2 Souligné par nous. Dans la suite du texte, tous les passages soulignés en gras l'ont été par nous.

[3]3  Courrier de Rome, juin 1995, article « Pseudo-mysticisme moderniste ».

[4]4  Cf. : l'article de Jean Madiran dans Présent du 30 avril 2001.  Autres statistiques données par l'Osservatore Romano en langue française des 28 février et 16 mai 2006 : En fin 1978, il y avait dans le monde 1 prêtre pour 10 000 habitants (catholiques ou non) et 1 prêtre pour 1 797 catholiques.     En fin 2004, il y avait un prêtre pour 15 738 habitants (catholiques ou non) et   1 prêtre pour 2 706 catholiques.

 
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