Le Sacré Cœur

espoir et salut de la France
Le 11 juin 1899, le pape Léon XIII consacrait le genre humain au Sacré-Cœur. Pour le centenaire de cette consécration, nous présentons ici un bref historique de la dévotion au Sacré-Cœur et quelques rappels sur les thèmes «Le Sacré-Cœur et la France», «Le Sacré-Cœur et la famille»
SOMMAIRE
I - HISTORIQUE DE LA DÉVOTION AU SACRÉ-COEUR
- Les précurseurs au Moyen-âge
- Les précurseurs aux XVIème et XVIIème siècles
- Les grandes révélations transmises par sainte Marguerite-Marie
- La dévotion au Sacré-Cœur du XVIIème au XXème siècle
II - LE SACRÉ-COEUR ET LA FRANCE
- La prédilection du Cœur de Jésus pour la France
- De sainte Marie-Madeleine à sainte Marguerite-Marie
- La demande de consécration au Sacré-Cœur du roi et de son royaume
- Une demande connue et non exécutée
- Les conséquences
- Le culte du Sacré-Cœur en France au XVIIIème siècle
- Le culte du Sacré-Cœur en France aux XIXe et XXe siècles
III - LE SACRÉ-COEUR ET LA FAMILLE
- L'intronisation du Sacré-Cœur dans les familles
CONCLUSION
I - HISTORIQUE DE LA DÉVOTION AU SACRÉ-COEUR
La dévotion au Sacré-Cœur est présente dès les débuts de l'Église, puisqu'elle commence par la méditation sur la cinquième plaie de Notre-Seigneur résultant du coup de lance qu'Il reçut sur le Calvaire. Témoin du coup de lance, saint Jean l'évangéliste peut, à juste titre, être appelé l'apôtre du Cœur de Jésus, lui qui vit le Cœur ouvert et qui, précédemment, pendant la Cène, avait reposé sa tête sur la poitrine du Seigneur. Mais, dans les vues divines, la dévotion au Sacré-Cœur, avec la précision qu'on lui connaît aujourd'hui, ne devait se développer qu'à une époque plus tardive, après être restée comme en sommeil pendant près de douze siècles.
LES PRÉCURSEURS AU MOYEN-ÂGE [1]
«Au Moyen-âge, les manifestations directes du Cœur de Jésus commencent à se faire jour avec un merveilleux éclat, à l'ombre des cloîtres, dans la chrétienté tout entière» (V.A., p.191).
Nous nous limiterons ici au rôle que joua sainte Gertrude, abbesse bénédictine (1263-1334) :
«Les merveilles qui illustrèrent sa vie se rapportent presque toutes à l'étroite familiarité dont le Fils de Dieu daigna l'honorer, d'une manière si constante et si touchante, qu'il a semblé au pieux Louis de Blois qu'on pouvait y prendre une idée des relations qui durent exister ici-bas entre Jésus et sa sainte Mère. Le caractère le plus remarquable de sa piété à l'égard du Verbe incarné est sa dévotion envers le Cœur de Jésus» (V.A., p.192).
«Saint Jean apparut un jour à sainte Gertrude et, à la question de la sainte lui demandant comment il se faisait que lui, dont la tête s'était reposée sur le sein de Jésus pendant la dernière Cène, n'eût rien écrit pour notre instruction sur les battements du Cœur de son divin Maître, il répondit par ces remarquables paroles:
"J'étais chargé d'annoncer à l'Église naissante la doctrine du Verbe incréé de Dieu le Père; mais quant à la douceur des émotions de ce Cœur sacré, Dieu s'est réservé de les faire connaître dans les derniers temps, quand le monde commencera à tomber dans la décrépitude, afin de ranimer la flamme de sa charité qui se sera alors refroidie" (Lansperge, Vie de sainte Gertrude, L, IV, ch. IV)» (cité par V.A., p.193).
LES PRÉCURSEURS AUX XVIème ET XVIIème SIÈCLES
Saint François de Sales, docteur de l'Église (1567-1622)![]()
Il caractérise ainsi l'ordre de la Visitation qu'il avait fondé et auquel appartiendra sainte Marguerite Marie :
«Les religieuses de la Visitation (...) pourront porter le nom de Filles évangéliques, établies en ce dernier siècle pour être les imitatrices du Cœur de Jésus dans la douceur et l'humilité, base et fondement de leur Ordre, qui leur donnera le privilège et la grâce incomparable de porter la qualité de Filles du Sacré-Cœur de Jésus!» (cité par V.A., p.220).
Les Jésuites
«Dès 1587, les Lettres annuelles de la Compagnie de Jésus, publiées à Rome, portaient déjà sur leur frontispice le monogramme I.H.S., avec le Cœur de Jésus percé de trois clous. Ce même monogramme, diversement combiné avec le Sacré-Cœur et les instruments de la Passion, se retrouve dans une foule d'anciens livres de Jésuites, bien antérieurement aux révélations de la bienheureuse Marguerite-Marie» (V.A., p.228).
Saint Jean Eudes . Il fut apôtre des dévotions au Cœur sacré de Jésus et au
Cœur immaculé de Marie :
«Il composa, vers 1659, en l'honneur du Sacré-Cœur de Jésus, un office si beau et si suave que Rome l'a revêtu, en
1861, d'une approbation solennelle et qui, dès 1670, était en vigueur parmi les religieux et religieuses (de ses congrégations)» (V.A., p.235).
LES GRANDES RÉVÉLATIONS TRANSMISES PAR SAINTE MARGUERITE-MARIE
Étant religieuse au couvent de la Visitation à Paray-le-Monial, sainte Marguerite-Marie (1647-1690) [2]eut, entre le 27 décembre 1673 et la fin de 1689, des apparitions de Notre-Seigneur; elle reçut d'importantes révélations sur la dévotion au Sacré-Cœur qui portent sur les points suivants
1 - Révélations montrant l'importance de la dévotion réparatrice au Cœur-Sacré de Jésus et demandant l'établissement d'une fête du Sacré-Cœur ;
2 - Révélations sur la mission spéciale confiée à la Visitation et à la Compagnie de Jésus;
3 - Promesses de Notre-Seigneur en faveur des personnes, familles, communautés ayant une vraie dévotion au Sacré-Cœur ;
4 - Révélation demandant la consécration au Sacré-Cœur du roi Louis XIV et de sa cour.
Le point 4 sera abordé p.60 ci-dessous. Donnons quelques indications sur les promesses, telles qu'elles sont présentées dans le livre Sainte Marguerite-Marie, sa vie écrite par elle-même (éditions saint Paul, p.190-191).

PROMESSES de Notre-Seigneur à sainte Marguerite-Marie
en faveur des personnes dévotes à son Sacré-Cœur [3]
1°) Pour ceux qui travaillent au salut des âmes :
Mon Divin Maître m'a fait connaître que ceux qui travaillent au salut des âmes travailleront avec succès et sauront l'art de toucher les cœurs les plus endurcis, s'ils ont une tendre dévotion à son sacré Cœur et s'ils travaillent à l'inspirer et l'établir partout (Lettre 141) [4]
2°) Pour les communautés :
Il m'a promis... qu'il répandra la suave onction de son ardente charité sur toutes les communautés qui l'honoreront et se mettront sous sa spéciale protection; qu'il en détournera tous les coups de la divine justice pour les remettre en grâce lorsqu'elles en seront déchues (Lettre 37).
3°) Pour les personnes séculières :
Pour les personnes séculières, elles trouveront, par le moyen de cette aimable dévotion, tous les secours nécessaires à leur état, c'est-à-dire la paix dans leurs familles, le soulagement dans leurs travaux, les bénédictions du Ciel dans toutes leurs entreprises, la consolation dans leurs misères; et c'est proprement dans ce Sacré Cœur qu'elles trouveront un lieu de refuge pendant toute leur vie, et principalement à l'heure de la mort. Ah! qu'il est doux de mourir après avoir eu une tendre et constante dévotion au Sacré Cœur de Jésus-Christ! (Lettre 141).
4°) Pour les maisons où l'image du Sacré-Cœur sera exposée et honorée
Il m'a encore assurée qu'il prenait un singulier plaisir à être honoré sous la figure de ce cœur de chair, dont il voulait que l'image fût exposée en public, afin, ajouta-t-il, de toucher le cœur insensible des hommes; me promettant qu'il répandrait avec abondance, sur le cœur de tous ceux qui l'honoreront, tous les trésors de grâces dont il est rempli et que, partout où cette image serait exposée pour y être singulièrement honorée, elle y attirerait toutes sortes de bénédictions (T.II, p.244) [5]
5°) Promesse de salut pour tous ceux qui lui auront été dévoués et consacrés
Il m'a fait connaître d'une manière à n'en point douter qu'il prenait un singulier plaisir à être connu, aimé et honoré de ses créatures, et que ce plaisir était si excessif, qu'il me semble qu'alors il me promit que tous ceux qui lui seraient dévoués et consacrés ne périraient point (Lettre 49).
6°) Promesse de bonne mort pour ceux qui communieront neuf premiers vendredis du mois, de suite
Un jour de vendredi, pendant la sainte communion, Il dit ces paroles à son indigne esclave, si elle ne se trompe : «Je te promets, dans l'excessive miséricorde de mon Cœur, que son amour tout puissant accordera à tous ceux qui communieront neuf premiers vendredis du mois, de suite, la grâce de la pénitence finale; ils ne mourront point dans ma disgrâce et sans recevoir leurs sacrements, mon divin Cœur se rendant leur asile assuré au dernier moment» (Lettre 87).
7°) Promesse de règne du Sacré-Cœur
Ne crains rien, je règnerai malgré mes ennemis et tous ceux qui s'y voudront opposer (T.II, p.104).
Ces promesses ont souvent été résumées dans les douze points suivants :
1 - Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires à leur état;
2 - Je mettrai la paix dans leur famille;
3 - Je les consolerai dans toutes leurs peines;
4 - Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à l'heure de leur mort;
5 - Je répandrai d'abondantes bénédictions sur toutes leurs entreprises;
6 - Les pécheurs trouveront dans mon Cœur la source et l' océan infini de ma miséricorde;
7 - Les âmes tièdes deviendront ferventes;
8 - Les âmes ferventes s'élèveront à une grande perfection;
9 - Je bénirai même les maisons où l'image de mon Cœur sera exposée et honorée;
10 - Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs les plus endurcis;
11 - Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom écrit dans mon Cœur, où il ne sera jamais effacé;
12 - Je te promets, dans l'excès de la miséricorde de mon Cœur, que mon amour tout-puissant accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis du mois, neuf fois de suite, la grâce de la pénitence finale; qu'ils ne mourront pas dans ma disgrâce, ni sans recevoir leurs sacrements et qu'il se rendra leur asile assuré à cette heure dernière.
A ces promesses, il faut ajouter la demande particulière de Notre-Seigneur concernant l'Heure sainte, dévotion trop oubliée aujourd'hui.
S'adressant à sainte Marguerite-Marie, Notre-Seigneur lui dit :
«Toutes les nuits du jeudi au vendredi, je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j'ai bien voulu sentir au Jardin des Oliviers, et laquelle tristesse te réduira, sans que tu la puisses comprendre, à une espèce d'agonie, plus rude à supporter que la mort. Et pour m'accompagner dans cette humble prière que je présentai alors à mon Père, parmi toutes mes angoisses, tu te lèveras entre onze heures et minuit, pour te prosterner pendant une heure avec moi, la face contre terre, tant pour apaiser la divine colère, en demandant miséricorde pour les pécheurs, que pour adoucir en quelque façon l'amertume que je sentais de l'abandon de mes apôtres, qui m'obligea à leur reprocher qu'ils n'avaient pu veiller une heure avec moi; et pendant cette heure, tu feras ce que je t'enseignerai» [6]
LA DÉVOTION AU SACRÉ-COEUR DU XVIIe au XXe SIECLE
Malgré l'opposition des jansénistes, la dévotion au Sacré-Cœur se répandit rapidement en France et dans le monde.
Signalons quelques événements marquants (nous reportons à la deuxième partie, «Le Sacré-Cœur et la France» les événements directement liés à l'histoire de France) : 6 février 1765 Institution, par le pape Clément XIII, d'une fête en l'honneur du Sacré-Cœur
1856 Le pape Pie IX étend la fête du Sacré-Cœur à l'Église universelle
1873 Consécration de la République de l'Équateur au Sacré-Cœur par son président, Garcia Moreno
16 juin 1875 Consécration de la catholicité toute entière au Sacré-Cœur par le pape Pie IX
11 juin 1899 Consécration du genre humain au Sacré- Cœur par le pape Léon XIII.
30 mai 1919 Consécration de l'Espagne au Sacré-Cœur, par le roi Alphonse XIII; elle eut lieu à la colline des Anges près de Madrid, où avait été édifiée une grande statue du Sacré-Cœur [7]
8 mai 1928 Encyclique Miserentissimus Redemptor du pape Pie XI
Cette encyclique est consacrée au devoir de la réparation. Des deux idées fondamentales de la dévotion au Sacré-Cœur, consécration, réparation, Léon XIII a traité la première. Pie XI a couronné son œuvre par l'institution de la fête du Christ-Roi (encyclique Quas Primas, 11 novembre 1925).
Mais, outre la consécration, le Sauveur a demandé à Marguerite- Marie l'amende honorable et la réparation. Dieu nous aime et Il attend de nous un retour d'amour. C'est par la consécration que s'accomplit d'abord celui-ci; mais ce Dieu qui nous aime est méconnu, offensé, et cela exige réparation.
Octobre 1928 Consécration du Portugal au Cœur-Sacré de Jésus, le jour de la fête du Christ-Roi.
13 juin 1929 Apparition de Tuy, en Espagne, à sœur Lucie de Fatima.
Dans son récit de l'apparition de Tuy, sœur Lucie écrit :
«Ensuite, Notre-Dame me dit : "Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce
moyen"» [8]
Dans une lettre adressée au père Gonçalves et reçue par lui le 19 mai 1930, sœur Lucie précise ce dernier point :
«Le bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie, si le Saint-Père daigne faire, et ordonne aux évêques du monde catholique de faire également, un acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie aux très saints Cœurs de Jésus et de Marie, et si Sa Sainteté promet, moyennant la fin de cette persécution, d'approuver et de recommander la pratique de la dévotion réparatrice indiquée ci-dessus» [9]
7 août 1936 Dynamitage par des miliciens de la statue du Sacré-Cœur de la Colline des Anges (lieu où fut consacrée l'Espagne au Sacré-Cœur) [10]La statue fut reconstruite après la guerre civile.
20 avril 1940
«Les évêques portugais, en retraite au sanctuaire de Fatima, réunis au pied du Très Saint-Sacrement exposé, avaient adressé au adressé au Sacré-Cœur de Jésus une double supplique : ils demandaient pour le Portugal la grâce d'un concordat "qui reconnaisse à l'Église sa liberté et ses droits", et la faveur "d'être épargnés par les horreurs de la guerre" qui ensanglantait alors l'Europe. Pour obtenir ces grâces, ils faisaient le vœu de construire "un monument en l'honneur de la royauté du divin Cœur de Jésus dans la capitale de la nation portugaise". Et ce vœux et cette supplique, ils les présentaient au Sacré-Cœur de Jésus "par la médiation du Cœur Immaculé de Marie" auquel ils avaient déjà, le 13 mai 1931, consacré officiellement le Portugal» [11]
15 mai 1956 Encyclique Haurietis aquas de Pie XII Très belle synthèse sur la dévotion au Sacré-Cœur.
Le pape indique clairement que le culte du Sacré-Cœur est le salut du monde moderne, et il rappelle l'avertissement de Léon XIII à la fin du siècle dernier :
«Aujourd'hui, un autre symbole divin, présage très heureux, apparaît à nos yeux : c'est le Cœur très sacré de Jésus (...) resplendissant d'un éclat incomparable au milieu des flammes. Nous devons placer en Lui toutes nos espérances; c'est à Lui que nous devons demander le salut des hommes, et c'est de Lui qu'il faut l'espérer».
17 mai 1959 A l' occasion de l'inauguration de la grande statue du Christ-Roi dominant Lisbonne, construite en exécution du vœu du 20 avril 1940, les évêques portugais renouvellent la consécration de la nation aux saints Cœurs de Jésus et de Marie.
La statue est «le monument de l'hommage et de la gratitude nationale au Christ-Roi» qui «par l'intercession du Cœur immaculé de Marie, avait épargné au Portugal l'hécatombe de la guerre» [12]
5 octobre 1986 
Pèlerinage de Jean-Paul II à Paray-le-Monial; canonisation du père Claude de la Colombière.
II - LE SACRÉ-COEUR ET LA FRANCE
Le bref historique qui précède donne une première idée de la place du Sacré-Cœur dans l'histoire de France. Donnons sur ce point des indications plus complètes.
LA PRÉDILECTION DU COEUR DE JÉSUS POUR LA FRANCE
Dans son très beau livre La France et le Sacré-Cœur, le père Victor Alet consacre un chapitre «aux prédilections de Jésus-Christ pour notre pays dès sa première évangélisation»; chapitre dont nous nous contenterons d'extraire quelques noms qui parlent par eux-mêmes et qui montrent que l'Église de France est fille de la première heure de l'Église de Rome. Saint Trophime, disciple de saint Pierre, fut le premier évêque d'Arles. Saint Denis l'Aréopagyte, disciple de saint Paul, fut l'apôtre de Paris. Mais, non content de nous envoyer les disciples de ses apôtres, Notre-Seigneur fit évangéliser Marseille et la Provence par les trois membres de la famille de Béthanie, si chère à son Cœur: Marthe, Marie et Lazare (qui fut le premier évêque de Marseille).
«Un siècle plus tard, Lyon reçut la bonne nouvelle des successeurs et héritiers de l'apôtre saint Jean, les Pothin, les Irénée et tant d'autres, vrais patriarches de cette Église illustre, qui sera un jour honorée du titre d'Église primatiale des Gaules» (V.A., p.96).
DE SAINTE MARIE-MADELEINE A SAINTE MARGUERITE MARIE
Cette première évangélisation de la France par des amis de Jésus et de ses apôtres annonçait ce qui serait fait, au XVIIème siècle, par l'intermédiaire de saint François de Sales, saint Jean Eudes, sainte Marguerite-Marie, saint Claude de la Colombière.
Comme l'explique le père Victor Alet :
«Ces amis de Jésus vivant sur terre, Marthe, Marie, Lazare, étaient la figure, la préparation lointaine de ces amis de Jésus vivant dans l'Eucharistie, à qui il daignerait montrer son Cœur transpercé et embrasé, pour que le monde fût initié à ses tendresses et à ses magnificences» (V.A., p.96).
LA DEMANDE DE CONSÉCRATION AU SACRÉ-COEUR DU ROI AVEC SON ROYAUME
Dans le message que fut chargée de transmettre sainte Marguerite-Marie, la partie la plus extraordinaire - et la moins connue - est celle concernant la France et ses rois.
Le 17 juin 1689, jour désigné pour la fête du Sacré-Cœur, la sainte écrivait à la Mère de Saumaise, son ancienne supérieure :
«Le divin Cœur désire entrer avec magnificence dans la maison des princes et des rois pour y être honoré autant qu'il y a été outragé, méprisé et humilié en sa Passion. Il faut qu'il ait autant de plaisir à voir les grands de la terre humiliés devant lui qu'il a senti d'amertume à se voir anéanti à leurs pieds. Et voici les paroles que j'entendis à ce sujet : "Fais savoir au Fils aîné de mon Sacré-Cœur - parlant de notre roi Louis XIV - que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte Enfance [13], de même il obtiendra sa naissance de gloire éternelle par sa consécration à mon Cœur adorable. Il veut triompher du sien, et par son entremise de celui des grands de la terre. Il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans ses armes, pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis et de tous les ennemis de la sainte Église».
Au mois d'août de la même année 1689, la sainte revenait sur le même sujet :
«Le Père éternel, voulant réparer les amertumes et angoisses que l'adorable Cœur de son divin Fils a reçues dans la maison des princes de la terre, parmi les humiliations et les outrages de sa Passion, veut établir son empire dans le cœur de notre grand monarque. Il entend se servir de lui pour l'exécution de son dessein, qu'il désire voir s'accomplir en cette manière : construire un édifice où serait placé le tableau de ce divin Coeur pour y recevoir la consécration et les hommages de toute la cour. De plus, ce divin Coeur se veut rendre protecteur et défenseur de sa personne sacrée contre tous ses ennemis visibles et invisibles. Il l'a choisi comme son fidèle ami pour faire autoriser par le Saint-Siège apostolique la messe en son honneur, et obtenir les autres privilèges qui doivent accompagner la dévotion de son divin Cœur. C'est par ce Cœur qu'il lui départira les trésors de ses grâces de satisfaction et de salut, et répandra avec abondance ses bénédictions sur toutes ses entreprises... Qu'il sera donc heureux, s'il prend goût à cette dévotion! Elle lui fera un règne éternel d'honneur et de gloire dans ce Cœur sacré; et Notre-Seigneur prendra soin de l'élever dans le ciel devant son Père autant que ce grand monarque en prendra de réparer devant les hommes les opprobres et anéantissements soufferts par ce divin Cœur» [14]
UNE DEMANDE CONNUE ET NON EXÉCUTÉE
Nous savons aujourd'hui, par une indication donnée par Notre Seigneur Lui-même, que le message est bien parvenu à Louis XIV.
Dans le récit détaillé de l'apparition de Tuy du 13 juin 1929, rédigé en 1936, sœur Lucie de Fatima rend ainsi compte d'une plainte de Notre-Seigneur qui lui fut révélée en août 1931 :
«Plus tard, par le moyen d'une communication intime, Notre Seigneur me dit, en se plaignant : "Ils n'ont pas voulu écouter ma demande!... Comme le roi de France, ils s'en repentiront, et ils le feront, mais ce sera tard. La Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l'Église : le Saint-Père aura beaucoup à souffrir"» [15]
Le roi de France dont il est question ici ne peut être que Louis XIV. Le message qui lui était destiné fut d'ailleurs connu d'un certain nombre de ses contemporains, comme en témoigne cette strophe d'un cantique de saint Louis-Marie Grignion de Montfort :
«Si vous vouliez, Prince de France
Aimer mon Cœur victorieux,
Et la victoire et l'abondance
Suivraient vos armes en tous lieux» [16]
Louis XIV a donc eu connaissance de la demande du Sacré-Cœur. Il n'a pas voulu l'écouter.
LES CONSÉQUENCES
Voici comment le père Victor Alet les présente :
«En 1689, Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme nous le raconterons, demande formellement au roi de France, par l'organe de la bienheureuse Marguerite-Marie, de se consacrer avec son royaume au divin Cœur, et lui promet en retour mille bénédictions La consécration nationale n'a pas lieu, pour des causes imparfaitement connues jusqu'ici. En 1789, juste un siècle après, c'est la Révolution, représailles terribles, bien qu'au fond miséricordieuses, de l'amour offensé» (V.A., p.1).
L'enchaînement des faits se constate dès 1689. A partir de cette date la fortune de Louis XIV change. Malgré son courage et son génie, il ne vient pas à bout de ses ennemis. Ses successeurs (le Régent puis Louis XV) laisseront s'implanter en France les loges maçonniques qui prépareront méthodiquement la révolution.
«Et, le 17 juin 1789, un siècle jour pour jour après cette fête du Sacré-Cœur où sainte Marguerite-Marie, "suivant le mouvement qui lui en était donné au même instant", avait rédigé pour le Roi les grands desseins du Ciel, le Tiers État insurgé se proclamait
Assemblée nationale, renversant ainsi, dès ce moment, la monarchie» [17]
LE CULTE DU SACRÉ-COEUR EN FRANCE AU XVIIIe SIECLE
Au XVIIIème siècle, le culte du Sacré-Cœur s'est répandu en France, mais moins vite que si Louis XIV avait écouté la demande qui lui était faite.
Mentionnons quelques faits :
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1672-1716)
Il fut, comme saint Jean Eudes, un apôtre des Cœurs de Jésus et de Marie. Et les huit cantiques qu'il a consacrés spécifiquement au Sacré-Cœur constituent une remarquable somme de doctrine et de piété sur le sujet.
La consécration de Marseille au Sacré-Cœur (1720 et 1722)

En 1720, la peste venue d'Orient avait ravagé Marseille, faisant quarante mille victimes, soit près de la moitié de la population de la ville. Le 2 novembre 1720, Mgr de Belzunce, son évêque, consacra la ville au Cœur de Jésus et obtint ainsi l'arrêt de l'épidémie. Les autorités civiles n'avaient pas voulu s'associer à la consécration faite par l'évêque. La peste ayant reparu en 1722, elles se décidèrent le 22 mai 1722, à s'engager par un vœu solennel à rendre un hommage annuel au Sacré-Cœur le jour de sa fête. La peste cessa aussitôt pour ne plus reparaître (cf. V.A., p.264 à 267).
La reine Marie Leczinska, femme de Louis XV
L'année même où Clément XIII autorisait officiellement la célébration de la fête du Sacré-Cœur, la reine Marie Lecszinka adressa aux évêques de France, réunis à Paris, une lettre où elle les pressait d'établir cette fête dans leurs diocèses (cf. V.A., p.273).
La condamnation du Parlement de Paris
Le 11 juin 1771, le Parlement de Paris rendit un arrêté proscrivant le culte du Sacré-Cœur. Il anticipait ainsi les persécutions révolutionnaires.
La consécration faite par Louis XVI
Alors qu'il était déjà prisonnier - donc de fait destitué de sa charge de roi - Louis XVI consacra au Sacré-Cœur sa personne, sa famille et son royaume, à une date qui n'est pas connue. Le très beau texte utilisé pour cette consécration fut remis en 1792 au père eudiste P. Hebert, confesseur du roi, et a été ainsi conservé (texte cité dans V.A., p.278 à 281).
Monseigneur de Ségur, dans son petit livre Le mois du Sacré-Cœur (éditions de 1884) commente ainsi l'acte de consécration de Louis XVI :
«Ce cri de prière et de détresse n'eut pas son plein effet, pourquoi? Peut-être parce que Louis XVI n'était plus roi que de nom quand il prit cet engagement solennel. Dieu veut que la France soit consacrée au Cœur de Jésus par son souverain réel agissant comme souverain. Du moins, le pieux monarque puisa-t-il dans cette divine source l'héroïsme du martyre. Et son appel ne resta pas sans écho. Peu de temps après, la Vendée se levait, et l'on sait bien que cette race de géants, les Bonchamp, les Cathelineau, les Lescure, les La Rochejaquelein et tous les autres, gentilshommes et paysans, se faisaient gloire d'aller à la bataille avec l'image du Sacré-Cœur sur la poitrine».
Le scapulaire du Sacré-Cœur sur les victimes de la Révolution
La plupart des victimes de la Révolution, à commencer par la reine Marie-Antoinette, portaient sur elles un scapulaire du Sacré-Cœur. Le simple fait de diffuser ces images était considéré comme un crime, souvent passible de mort.
Le Sacré-Cœur et la Vendée
Province marquée par les prédications de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, la Vendée avait au XVIIIème siècle une grande dévotion au Sacré-Cœur.
Les combats des Vendéens sous l'égide du Sacré-Cœur devaient puissamment contribuer à la renaissance religieuse en France au début du siècle suivant.
LE CULTE DU SACRÉ-COEUR EN FRANCE AUX XIXe et XXe SIECLES
Après la tourmente révolutionnaire, sous la Restauration,
«On ne manqua pas d'évoquer le souvenir du vœux de Louis XVI. Sans doute, la condition n'avait pas été remplie, et le monarque n'avait pas obtenu sa délivrance. Mais, en ces jours de renaissance monarchique et religieuse, les cœurs généreux n'en croyaient pas moins la France obligée d'honneur à tenir les engagements contractés par son roi matyr. Plusieurs diocèses furent solennellement consacrés au Cœur de Jésus. La plupart de nos cathédrales eurent un autel spécialement dédié à son culte. Ce n'était pas assez pourtant : Notre-Seigneur réclamait un hommage national» (V.A., p.295).
Cet hommage national, ni Louis XVIII, ni Charles X ne le rendirent [18]. Et Notre-Seigneur attend toujours la consécration qu'Il avait demandée en 1689. Malgré la défaillance des autorités civiles, le culte du Sacré-Cœur continua à se répandre en France. Voici, à ce sujet, quelques événements significatifs.
Des ordres religieux nouveaux consacrés au Sacré-Cœur
Mentionnons les deux plus connus, la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie (Picpus) et la Société du Sacré-Cœur de Jésus.
Fondée en 1800 par le père Coudrin (1768-1837) [19]la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie et de l'Adoration perpétuelle s'installait en 1805 rue de Picpus à Paris (où est toujours située sa maison mère).
«Le but de l'Institut, dira la règle, est de retracer les quatre âges de Notre-Seigneur Jésus-Christ : son enfance, sa vie cachée, sa vie évangélique et sa vie crucifiée et de propager la dévotion envers les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie... L'adoration perpétuelle est un des principaux devoirs de notre Congrégation (...)» [20]
C'est à la Congrégation du père Coudrin qu'appartinrent le père Mateo qui, au début du XXème siècle, développa l'œuvre de l'intronisation du Sacré-Cœur dans les foyers, ainsi que le père Damien, apôtre des lépreux, récemment canonisé.
C'est également en 1800 que sainte Madeleine-Sophie Barat (1779-1865) jeta les bases de ce qui allait devenir la Société du Sacré-Cœur de Jésus, connue jusque dans les années 1980 pour ses très nombreux collèges de filles. Pour cette société, «Le Sacré-Cœur de Jésus est à la fois le pivot sur lequel tout se meut et le terme où tout aboutit» (V.A., p.292).
L'étendard du Sacré-Cœur à la bataille de Loigny (2 décembre 1870)
Dans la guerre de 1870, la bataille de Loigny (2 décembre 1870) est restée mémorable par le rôle qu'y jouèrent
les zouaves pontificaux [21](appelés pour l'occasion Volontaires de l'Ouest) sous le commandement du général de Sonis et du colonel de Charette. Portant sur eux une image du Sacré-Cœur, ayant pour
étendard une bannière du Sacré-Cœur où figurait l'invocation «Cœur de Jésus, sauvez la France», ils firent preuve, comme soldats de la France, de la même vaillance que celle qu'ils avaient déployée en Italie comme soldats du pape (voir V.A., p.326-336).
Le vœu national - la basilique de Montmartre
Les années 1870-1871 furent marquées par des malheurs insignes pour l'Église (prise de Rome par les Piémontais - le pape privé de ses États et prisonnier au Vatican) et pour la France (défaite de 1870 - la Commune). D'où la réaction d'un certain nombre de laïcs et d'ecclésiastiques, au premier rang desquels figurait M. Legentil, membre du conseil général de la Société de saint Vincent de Paul :
«Avant tout, il parut nécessaire de chercher à désarmer la colère divine par un grand acte
d'expiation et de pénitence : ainsi naquit l'idée d'ériger à Paris une église monumentale dédiée au Sacré-Cœur de Jésus» (cité par V.A., p.321).
L'idée fit naître ce qu'on appela le «Vœu national» et dont voici la formule approuvée et bénie par Pie IX le 26 avril 1871 :
«En présence des malheurs qui désolent la France, et des malheurs plus grands peut-être qui l'attendent encore. En présence des attentats sacrilèges commis à Rome contre les droits de l'Église et du Saint-Siège, et contre la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ; Nous nous humilions devant Dieu, et réunissant dans notre amour l'Église et notre patrie, nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés. Et, pour faire amende honorable de nos péchés et obtenir de l'infinie miséricorde du Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ le pardon de nos fautes, ainsi que les secours extraordinaires qui seuls peuvent délivrer le Souverain Pontife de sa captivité et faire cesser les malheurs de la France, nous promettons de contribuer, selon nos moyens, à l'érection à Paris, d'un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus» (cité par V.A., p.322).
C'est ainsi que fut construite la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Sa première pierre fut posée le 13 juin 1875; elle fut consacrée le 5 août 1919.
Parallèlement se développait à Montmartre une œuvre appelée «Association de prière et de pénitence en l'honneur du Sacré-Cœur de Jésus» dont le but était initialement ainsi présenté : «perpétuer par les prières et les bonnes œuvres la pensée d'expiation, de pénitence et d'invocation qui a inspiré le vœu national au Sacré-Cœur de Jésus» [22]
Elle fut élevée à la dignité d'archiconfrérie universelle par bref pontifical du 18 avril 1894. L'inspiratrice de l'Association, dont le rôle est toujours resté très discret, était madame Royer ([23]
Une commission d'enquête, constituée par les soins de Mgr Rivet, évêque de Dijon, siégea dans sa ville épiscopale du mois de juin 1879 au mois de janvier 1880, et, tout en gardant la plus grande discrétion sur la confidente du Sacré-Cœur, elle conclut à l'origine surnaturelle de ses révélations et à l'opportunité de grouper, selon les indications divines, les âmes en vue de la réparation».
La consécration au Sacré-Cœur des armées françaises et alliées par le maréchal Foch (9 juillet 1918)
En 1918, à la suite des offensives victorieuses des 21 mars, 9 avril, 27 mai et 9 juin, et après avoir fait 140.000 prisonniers, les Allemands se trouvaient à 65 km de Paris. L'offensive finale qui devait leur assurer la prise de la capitale fut déclenchée le 15 juillet. Foch avait préparé une contre-offensive pour le 18 juillet.
Voici comment ces batailles sont décrites dans le manuel scolaire de Malet :
«Le renversement de la bataille ainsi préparé s'opéra du 15 au 18 juillet en deux temps : 15 juillet, échec de l'offensive
allemande; 18 juillet, succès de la contre-offensive française. C'est la deuxième victoire de la Marne, péripétie décisive de la guerre. Peu de guerres offrent l'exemple d'un retournement si brusque de la situation. Au moment même où les Allemands croyaient toucher au but, ils se voyaient manœuvrés et battus. Ils avaient perdu 30.000 prisonniers, 700 canons et surtout l'initiative stratégique, passée de Ludendorff à Foch. Pour la seconde fois, le plan allemand s'effondrait sur la Marne» [24]
Le 9 juillet, Foch avait consacré au Sacré-Cœur, dans l'église du petit village de Bombon, les armées dont il était le chef; le même jour il avait commencé une neuvaine au Sacré-Cœur.
Sur une plaque commémorative de l'église de Bombon, on peut lire ce très bel hommage au chef victorieux :
«Hommage de reconnaissance au célèbre Maréchal Foch qui, pendant les cinq mois et demi qu'il est resté à Bombon, a
fortement édifié les habitants de cette paroisse, autant par la vivacité de sa foi que par la simplicité de sa piété. Aussi, le Dieu des Armées a-t-Il récompensé miraculeusement le génie de l'illustre généralissime. Sans doute, nul n'oubliera la science, la valeur et la bravoure de ses officiers ni l'héroïsme de ses soldats. Jamais non plus on n'oubliera qu'il a consacré le 9 juillet 1918 au Sacré-Cœur les armées françaises et alliées et qu'aussitôt sa neuvaine finie, le Ciel lui répondit le 18 juillet 1918 en lui accordant cette merveilleuse victoire qui fera pour toujours l'admiration des peuples et des plus grands capitaines».
Michel Martin, dans l'article précité, commente ainsi cette suite extraordinaire d'événements :
«La coïncidence des dates est parfaite. La neuvaine, commencée par Foch le 9 juillet, s'achevait le 18. Et ce n'est pas moi mais le très laïque manuel de Malet qui affirme qu'en ce 18 juillet se produisit "un retournement si brusque de la situation dont on voit peu d'exemples" et que c'est "au moment même où les Allemands croyaient toucher au but qu'ils se voyaient manœuvrés et battus"!. N'y a-t-il pas dans ce fait et dans la coïncidence exacte des dates une preuve de l'intervention divine et des bienfaits que le Sacré- Cœur répandrait sur nous si nous voulions bien accéder à ses demandes ?».
Foch avait fait son devoir. Les autorités civiles ne firent pas le leur et continuèrent à diriger le pays dans une optique laïque et maçonnique.
Ainsi s'explique que la victoire militaire de 1918 fut suivie d'une série de traités traduisant dans les faits une vision maçonnique de l'Europe et du monde.
Canonisation de sainte Marguerite-Marie (13 mai 1920) ; canonisation de saint Claude de la Colombière et pèlerinage du pape à Paray-le-Monial (5 octobre 1996)
Nous clôturons par ces événements la brève revue des faits qui rendent compte des liens entre la France et le Sacré-Cœur.
Depuis quatre-vingts ans, il faut bien le reconnaître, les autorités françaises et le peuple français se sont écartés du Sacré-Cœur. Mais ils s'en rapprocheront un jour, et nous pouvons hâter ce jour par nos prières. Ils s'en rapprocheront un jour car, comme l'a prophétisé saint Pie X :
«Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux fonts baptismaux de Reims se repentira et retournera à sa première vocation (...) Les fautes ne resteront pas impunies, mais elle ne périra jamais la fille de tant de mérites, de tant de soupirs, de tant de larmes. Un jour viendra, et nous espérons qu'il n'est pas très éloigné, où la France, comme Saul sur le chemin de Damas, sera enveloppée d'une lumière céleste et entendra une voix qui lui répètera : "Ma fille, pourquoi me persécutes-tu?" Et sur sa réponse : "Qui es-tu, Seigneur ?", la voix répliquera : "Je suis Jésus que tu persécutes. Il t'est dur de regimber contre l'aiguillon, parce que, dans ton obstination, tu te ruines toi-même". Et elle, tremblante et étonnée, dira : "Seigneur, que voulez-vous que je fasse?". Et Lui : "Lève-toi, lave-toi de tes souillures qui t'ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, fille aînée de l'Église, nation prédestinée, vase d'élection, va porter, comme par le passé, mon nom devant tous les peuples et devant les rois de la terre"» [25]
Fille aînée de l'Église, nation prédestinée, vase d'élection... L'état présent de la France ne devrait pas nous faire oublier que ces caractéristiques, qui furent les siennes hier le seront à nouveau demain. Et le chemin pour que la France retrouve sa vocation est tout tracé :
«Si vous vouliez, Prince de France
Aimer mon Cœur victorieux,
Et la victoire et l'abondance
Suivraient vos armes en tous lieux.
En mon Cœur est toute victoire
Sur vos ennemis et les miens,
En mon Cœur est toute ma gloire,
Tous mes trésors et tous mes biens» [26]
III - LE SACRÉ-COEUR ET LA FAMILLE
Nous renvoyons pour ce sujet aux brochures A.F.S.[27]:
- Les promesses du Sacré-Cœur aux familles;
- L'intronisation du Sacré-Cœur dans les familles - Le Sacré-Cœur et la France - Le Christ-Roi.
- Le Sacré-Cœur de Jésus roi de votre foyer - Cérémonial d'intronisation du Sacré-Cœur dans les familles.
Nous nous contentons de donner ici quelques indications sur l'intronisation du Sacré-Cœur dans les familles.
Historique de l'intronisation [28]
L'œuvre de l'intronisation n'est pas, à proprement parler, une œuvre nouvelle. Elle est simplement la forme nouvelle d'une consécration au Sacré-Cœur, destinée à rendre à Jésus, par le retour pur et simple à l'Évangile, la place qu'il n'aurait jamais dû perdre dans tout foyer qui veut être chrétien L'initiative première en revient à la grande et belle œuvre de l'Apostolat de la Prière qui, dès janvier 1870, posait déjà le grand principe que, pour arriver à la consécration du Genre humain au Sacré-Cœur, il fallait commencer par Lui consacrer «les familles, corporations et associations» de tous ordres. Puis, en 1888, fut créé un grand mouvement destiné à provoquer pour l'année suivante, 1889 (centenaire de la Révolution française), la consécration aussi générale que possible, des familles au Sacré-Cœur. Ainsi espérait-on préparer efficacement la consécration du genre humain tout entier. Dès 1889, le million était, de beaucoup, dépassé. Depuis, le nombre de ces consécrations familiales a toujours été en se multipliant, particulièrement pendant la grande guerre de 1914- 1918. C'est là qu'intervient spécialement l'œuvre du R.P. Matéo,
l'Intronisation.
Le R.P. Matéo Crawley (1875-1960) faisait partie de la Congrégation des sacrés Cœurs de Jésus et de Marie (Paris, rue Picpus). Né au Pérou, il fut, tout jeune encore, atteint d'une grave lésion au cœur. Guéri miraculeusement le
24 août 1907, à Paray-le-Monial, alors qu'il faisait l'Heure sainte, il lui sembla recevoir du Sacré-Cœur, avec la mission de Lui conquérir le monde, famille par famille, tout le plan de l'Intronisation, telle qu'elle a été pratiquée jusqu'à maintenant. L'appel divin fut ratifié par l'autorité des supérieurs et reçut la pleine approbation de saint Pie X. Propagée à partir de 1908 par le père Mateo et par un autre apôtre du Sacré-Cœur, le père Marie-Clément Staub (1876-1936) [29] l'Œuvre de l'Intronisation se répandit dans le monde entier.
Définition de l'intronisation
«L'intronisation, dit le Père Matéo, c'est Notre-Seigneur venant réclamer sa place au foyer (...) : place d'honneur car Il est ROI et doit régner sur chaque famille afin de régner bientôt sur la société... place intime et familiale car Il est AMI et c'est par son COEUR, par son AMOUR qu'Il veut régner (...)» [30]. L'acte d'intronisation revêt «le caractère voulu et explicite d'un hommage de foi en la Royauté sociale de Notre-Seigneur en même temps qu'un hommage réparateur» (père Matéo).
Faire l'intronisation du Sacré-Cœur, c'est donc :
1° Mettre l'image du Sacré-Cœur à la place d'honneur du foyer;
2° Faire, ou renouveler, la consécration de la famille au Sacré-Cœur;
3° Reconnaître solennellement la Royauté d'amour de Jésus sur la famille et sur la société;
4° S'engager à vivre selon ses lois».
L'image du Sacré-Cœur à la place d'honneur
«... Il faut, chers époux chrétiens, disait Pie XII, (...) que l'image de son Cœur, qui a tant aimé les hommes, soit exposée et honorée dans votre maison comme celle du parent le plus intime et le plus aimé... et qu'Il répande le trésor de ses bénédictions sur vos personnes, sur vos enfants et sur vos entreprises...» [31]
«Il m'a assuré, dit sainte Marguerite-Marie, qu'Il prenait un singulier plaisir à être honoré sous la figure de ce cœur de chair, dont Il voulait que l'image fut exposée en public (...) et que partout où cette image serait exposée pour y être singulièrement honorée, elle y attirerait toutes sortes de bénédictions» [32]
Différence entre intronisation et consécration [33]
Certains diront : «Le Sacré-Cœur est déjà intronisé chez nous puisque nous Lui sommes consacrés». En effet, depuis sainte Marguerite-Marie, on s'est consacré individuellement et familialement au Sacré-Cœur, «Mais, dit le Père Matéo, cet acte ne revêtait pas, comme dans l'Intronisation, le caractère voulu et explicite d'un hommage de foi en la Royauté sociale de notre Seigneur en même temps qu'un hommage réparateur, pour le crime caractéristique des temps modernes : la méconnaissance sociale et nationale de ses droits souverains».
«Depuis le début, dit-il encore, nous nous sommes élevés contre le mal affreux du laïcisme social et politique, ce modernisme néfaste qui, de fait, avait détrôné Jésus dans la vie familiale, sociale et nationale. Nous ne voulions pas de ce Christ diminué, Se résignant par la méchanceté de ses ennemis ou la lâcheté de ses amis, à porter le seul titre de Roi tout en renonçant pratiquement à ses droits. Ce Christ qui ne règne en Maître absolu ni sur les âmes ni sur les familles, qui ne gouverne pas plus les cœurs que les parlements ou les lois, n'est que la caricature du Dieu véritable de l'Évangile».
Dans son livre Le règne du Sacré-Cœur en nous et dans notre famille, le chanoine Martin remarquait que :
«On n'atteint pas, pour le bien ni pour le mal, directement la société. On ne peut l'améliorer ni l'amoindrir qu'en passant par cet intermédiaire nécessaire qu'on appelle la famille».
L'intronisation permet d'agir sur et par cet «intermédiaire nécessaire» en réalisant à son échelle ce qu'avait dit Notre-Seigneur à sainte Marguerite-Marie : «Ne crains rien, je règnerai malgré mes ennemis et tous ceux qui s'y voudront opposer» [34]
«On peut donc affirmer, en toute vérité, qu'en opposition à la campagne d'apostasie sociale, l'Intronisation est un véritable acte de réparation, celui des familles, dont les voix constituent effectivement, devant Dieu, la plus autorisée des voix nationales. Des milliers et des milliers de familles qui répètent à genoux, au sanctuaire familial : Nous voulons qu'Il règne sur nous... Que Son règne arrive... pèsent bien plus dans la balance d'un Dieu qui sait tout, que le silence coupable ou même le vote haineux de politiciens sectaires» (Père Matéo).
CONCLUSION
Pour conclure ces quelques rappels sur la dévotion au Sacré-Cœur, nous nous contenterons de reproduire le texte d'une très belle prière (qu'il faudrait faire connaître plus largement) :
«Cœur Sacré de Jésus, espoir et salut de la France, nous vous prions pour notre patrie bien-aimée. Fiers d'être de ce pays que Vous avez tant aimé, nous nous sentons cependant attristés de ses ingratitudes et de ses fautes, et nous vous en faisons amende honorable. Daignez pardonner à notre patrie ses erreurs, en souvenir de son passé, en prévision de son avenir...
O Jésus, souvenez-vous que depuis toujours vous aimez la France.
Souvenez-vous que vous avez nommé un de ses rois "le fils aîné de votre Sacré-Cœur".
Souvenez-vous que ce sont les plis de nos étendards que votre Cœur a voulu choisir pour Lui.
Souvenez-vous aussi que la France pénitente et dévouée vous a construit Montmartre.
Souvenez-vous que si, comme sainte Madeleine, elle a beaucoup péché, comme elle, elle a beaucoup aimé, beaucoup souffert.
Souvenez-vous enfin, devant ses péchés, que son cœur est meilleur que ses paroles et, parce que vous la trouverez toujours ardente à semer votre Évangile et prête à s'en aller mourir pour vous,
Coeur-Sacré de Jésus, après avoir été son espoir, soyez vraiment le salut de la France.
Ainsi soit-il» [35]
[1] On trouvera un exposé beaucoup plus complet sur les précurseurs de la dévotion au Sacré-Cœur dans le très beau livre du père jésuite Victor Alet La France et le Sacré- Cœur, édité en 1889 et réédité en 1996 par les éditions Pays et Terroirs, Cholet. Bulletin de commande en dernière page. L'essentiel des données de ce chapitre est tiré de ce livre, qui sera désigné par V.A. dans la suite de cette étude.
[2] Sainte Marguerite-Marie eut pour confesseur Claude de la Colombière, jésuite.
[3] Les Promesses sont disséminées dans les lettres de sainte Marguerite-Marie et dans sa vie écrite par elle-même; nous les réunissons ici, afin qu'elles attirent davantage l'attention et déterminent tous ceux qui les liront à se vouer à ce divin Cœur (note du livre Sainte Marguerite-Marie, sa vie écrite par elle-même)
[4] On possède 142 lettres de sainte Marguerite-Marie qui ont été reproduites dans l'ouvrage Vie et œuvre de la bienheureuse Marguerite-Marie
[5] Le tome II auquel il est fait référence dans les notes du texte ci-dessus se rapporte à l'ouvrage Vie et œuvres de la bienheureuse Marguerite-Marie, édit. de 1915
[6] Vie et œuvres de la bienheureuse Marguerite-Marie, T.II, p.72-73
[7] Cf. le livre Si tu Le laisses faire... Mère Maravillas de Jésus, carmélite déchaussée, édit. Résiac, p.57. La mère Maravillas a été béatifiée par Jean-Paul II
[8] Frère Michel de la sainte Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t.II, p.293
[9] ) ibid, p. 294. Souligné par nous
[10] ) Cf. Si tu Le laisses faire... Mère Maravillas de Jésus, p.153
[11] ) Frère Michel de la sainte Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t.III, p.354
[12] Texe du cardinal Cerejeira, cité par le frère Michel de la sainte Trinité, op.cit., p.354
[13] Sur la naissance miraculeuse de Louis XIV, voir le polycopié A.F.S. Le Sacré-Cœur - Notre-Dame - la France et le roi Louis XIV; bulletin de commande en dernière page
[14] Voir Vie et œuvres de la Bse Marguerite-Marie Alacoque, t.II, lettres, XCVIII et CIV
[15] Frère Michel de la sainte Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t.II, p.345
[16] Les œuvres du Bx de Montfort - Ses cantiques avec notes, par le père Fradet, S.M.M., Cantique n°43, p.117. Éditions Librairie mariale, Calvaire Montfort, Pontchâteau (1932)
[17] Frère Michel de la sainte Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t.II, p.349
[18] Faut-il voir une sanction divine dans le fait que la descendance directe de ces deux rois s'éteignit et que la dynastie des Bourbons fut écartée du trône ?
[19] ) Le père Coudrin est l'une des plus belles figures de prêtre de la période révolutionnaire (à son sujet, voir la remarquable biographie qu'en a donnée l'historien lyonnais Antoine Lestra, Le père Coudrin, fondateur de Picpus, édit. Lardanchet, 1952).
[20]Cité page 107 dans le livre Vie du T.R.P. Marie-Joseph Coudrin, édit. V.Lecoffre, Paris, 1892
[21] On appelle zouaves pontificaux, les volontaires qui, dans les années 1860-1870, vinrent se mettre au service du pape pour défendre les États pontificaux
[22] Cité par Charles Boissard, La vie et le message de madame Royer (1841-1925), édit. Lethielleux, 1960
[23] Le rôle de madame Royer est ainsi présenté dans l'introduction du livre précité : «Mme Royer avait été investie par le Sacré-Cœur de la mission de susciter dans l'Église une association de prière et de pénitence, mais Dieu lui avait formellement enjoint de rester inconnue, sauf des autorités religieuses appelées à se faire juges de ses révélations. De son vivant, nul n'osa donc publier son nom, mais il n'en fallut pas moins s'occuper de son message
[24]) Cité par Michel Martin, «Comprendre les guerres de 1914 et de 1939», De Rome et d'ailleurs, n°132
[25] Saint Pie X, allocution consistoriale du 29 novembre 1911
[26] Les oeuvres du Bx de Montfort - Ses cantiques avec notes, par le père Fradet, cantique n°43, p.117 (la première strophe ci-dessus a déjà été citée plus haut)
[27]Bulletin de commande en dernière page.
[28] Paragraphe extrait de la brochure A.F.S. L'intronisation du Sacré-Cœur dans les familles - Le Sacré-Cœur et la France - Le Christ-Roi
[29] Sur le père Marie-Clément Staub, voir les brochures et le bulletin que diffuse la congrégation qu'il a fondée, les Sœurs de sainte Jeanne d'Arc - 1505, rue de l'Assomption, Sillery (Québec), Canada G1S 4T3 (Secrétariat père Marie-Clément)
[30] Père Matéo, Jésus roi d'amour, éditions Téqui. Tous les textes du père Matéo cités ci-après sont tirés de ce livre
[31] Message à de jeunes époux chrétiens qui venaient lui demander sa bénédiction, voir brochure L'intronisation du Sacré-Cœur dans les familles, p.16, édit.A.F.S
[32] Sainte Marguerite-Marie, Vie, tome II, p.244
[33] ) Paragraphe extrait de la brochure A.F.S., L'intronisation du Sacré-Cœur dans les familles - Le Sacré-Cœur et la France - Le Christ-Roi
[34] Sainte Marguerite Marie, Vie, tome II, p.104
[35] Mes prières au Sacré-Coeur, édition Secrétariat des oeuvres du Sacré-Coeur, 9, rue Chevrier, Paray-le-Monial





