Fatima, 90 ans après
Le 25 janvier 1938, vers 10 heures du soir, un jeune homme et sa sœur, revenant à pied d'une répétition d'orchestre avec un encombrant violoncelle à la main, traversaient la ville de V. d'ouest en est, et donc se dirigeaient vers Paris. Les lumières de la capitale, reflétées sur les nuages, semblaient plus fortes que d'ordinaire.
Avant de se mettre au lit, le jeune homme, curieux de revoir où en était cet éclairage inhabituel, se mit à la fenêtre qui donnait vers Paris. Ce n'était plus le reflet sur les nuages auquel il s'attendait, tout le ciel était d'un rouge profond, d'un rouge ensanglanté, si éclairant qu'on pouvait lire debout devant la fenêtre ouverte.
Mais pourquoi ce ciel rouge ?
Le lendemain, les journaux parlèrent d'une sorte particulière d'aurore boréale ! En fait, on ne savait rien.
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Il fallut des années pour qu'on apprenne que cette nuit lumineuse, ce ciel rouge, qui s'étendait sur l'Europe occidentale, avait été annoncée comme le signe de la guerre de 1939-45. Trois enfants jeunes avaient été prévenus (7 ans, 8 ans et 10 ans) par la Sainte Vierge Marie Elle-même, durant l'été 1917, dans un village du Portugal, mondialement connu maintenant : Fatima.
Voilà quatre-vingt dix ans de cela, et dans l'opinion publique, dans le clergé même, on sait peu de choses des événements et des messages de Fatima. On se dit (et c'est vrai) qu'il n'est pas obligatoire de croire, de foi divine théologale, les apparitions et les messages célestes. Cependant, on oublie très souvent que si l'Eglise, après enquête, a jugé authentiques ces événements (apparitions et messages), on serait imprudent de ne pas leur accorder notre adhésion. Apparition et messages de la Sainte Vierge Marie n'ont pas manqué durant le XIXe et le XXe siècles : à Paris, rue du Bac en 1830 ; à la Salette en 1846 ; à Lourdes en 1858 ; à Pontmain en 1871 ; à Fatima en 1917 ; à l'Ile-Bouchard en 1947. Et quelques autres de moindre importance.
On serait imprudent ! Ce fut le cas pourtant du R.P. Dahnis, s. j., qui à Rome, sans être allé à Fatima, sans avoir connu les trois enfants, s'efforçait de convaincre les autorités romaines que les messages transmis étaient le fruit d'imaginations détraquées par les apparitions et que Lucie, la plus âgée, était une ignorante prétentieuse.
Ce qui est sans doute une explication du retard des autorités qui, au 90e anniversaire des apparitions de Fatima, n'ont pas encore pris au sérieux les demandes de la Très Sainte Vierge.
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Au fait, quels sont donc ces messages, ces demandes que la Très Sainte Vierge, au cours de ses apparitions à Fatima, et dans la suite, a confiés à l'aînée des trois enfants ?
Car, il faut le dire dès maintenant : les deux plus jeunes enfants, François et Jacinthe Marto, ont reçu de Marie la promesse d'aller au ciel les premiers, «bientôt », disait-Elle. La joie de ces enfants fut immense. Et, à Lucie, déçue de devoir rester en ce monde, la Très Sainte Vierge annonce :
« Dieu veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé ».
Lucie n'a pas inventé cette mission, mais elle l'a reçue. C'était une mission, non pas canonique, mais prophétique, et l'on sait maintenant comment Lucie l'a remplie fidèlement.
Cette mission était prophétique parce que Notre-Dame avait dit à Lucie : « Dieu veut se servir de toi pour... ». Lucie n'avait pas à parler d'elle-même, car elle était « envoyée ». Elle avait à transmettre ce qu'elle avait reçu. Et ces demandes de la Mère de Dieu comprenaient essentiellement quatre points :
1) Un avertissement initial : Nous sommes dans un monde de péché, et le 13 juillet 1917, la Très Sainte Vierge montrait aux enfants où nous conduit le péché : en ENFER. Les trois enfants ont poussé un cri d'horreur, mais cette vision les a conduits à une générosité dans la prière et la pénitence que Lucie raconte dans ses mémoires. Il faut les lire. Et, en l'an 2000, le Pape a déclaré « bienheureux » ces deux enfants, que l'on peut invoquer dans la prière. Le monde où nous sommes, monde de mensonge et de mort, n'admet pas le péché ni l'enfer, mais il risque le châtiment de Sodome et Gomorrhe.
2) La Sainte Vierge rappelle une vérité évangélique en disant aux enfants, toujours le 13 juillet 1917 :
« Elle seule, Marie, peut vous secourir ».
C'est affirmer que Notre-Dame est Médiatrice. En se rappelant qu'aux noces de Cana, la Très Sainte Vierge obtient de Notre-Seigneur son premier miracle, nous ne sommes pas étonnés. Tout le monde sait que Marie intervient pour nous, même si notre prière est encombrée de distractions, à la suite d'un simple « Je Vous salue Marie ». Ne le termine-t-on pas en disant : « Priez pour nous, maintenant et à l'heure de notre mort » ? Marie resterait-Elle sans rien faire ?
Impossible ! Nul doute qu'Elle s'adresse aussitôt à Notre- Seigneur, son Fils, qui est aussi le Fils de Dieu et intervient pour nous : Elle prie pour nous et mieux que nous, car son Cœur est immaculé, et Elle sera auprès de nous au moment de notre mort.
Quand est arrivé le Concile Vatican II, beaucoup pensaient et même espéraient qu'il pourrait, à l'unanimité des participants, proclamer haut et fort le dogme de « Marie Médiatrice », qui avait déjà sa fête, vérité dogmatique qu'il faudrait croire de foi divine et théologale. Il n'en fut rien malheureusement. Mais c'est tout de même une vérité vécue tous les jours dans l'Eglise, avec la Médaille miraculeuse, le chapelet, ou même un seul «Ave Maria ».

3) Le même 13 juillet 1917, la Très Sainte Vierge déclare :
« Pour sauver les âmes, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à Marie, Cœur Immaculé. Si l'on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d'âmes seront sauvées, et l'on aura la paix ».
Il y a bien une fête du Cœur immaculé de Marie, à l'octave de l'Assomption, le 22 août. Mais la Très Sainte Vierge demande une dévotion des cinq premiers samedis du mois, avec, si possible, cette messe votive du Cœur immaculé de Marie.
Marie ajoutait :
« Et une méditation d'un quart d'heure sur l'un ou l'autre des mystères du Rosaire ».
Hélas, dans quelles paroisses avons-nous vu cela ? Le premier samedi du mois, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, avec un quart d'heure de méditation ? La confession et la sainte communion ? Une personne ou une famille ont-elles demandé cela à leur paroisse ? Quelle grâce pourtant, et pour cette personne et pour cette famille, et pour cette paroisse !
On pourrait sans doute poser la même question concernant la messe votive du Sacré-Cœur, le premier Vendredi de chaque mois, demandée pourtant par Notre-Seigneur à Sainte Marguerite Marie, en 1689. La messe votive du Sacré-Cœur, le premier vendredi du mois est sans doute plus fréquente que la messe du premier samedi, la messe du Cœur Immaculé de Marie.
Si Notre Seigneur, depuis plus de deux cents ans maintenant, a envoyé sa Mère, notre Mère, comme Il l'a dit du haut de la croix, n'est-ce pas qu'Il espérait que sa Mère serait sans doute plus rapidement écoutée que Lui-même ? Faudra-t-il attendre que les événements de Fatima arrivent à cent ans pour que la Très Sainte Vierge Marie soit enfin obéie ?
4) C'est une victoire que Notre-Dame annonce :
« Mais, à la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ».
Cette victoire annoncée, désirée, éprouve notre patience, et cependant elle tarde, tant que les demandes de Notre-Dame ne sont pas observées et sont même encore peu connues. Chacun de nous peut faire quelque effort pour obtenir que la grâce soit accordée aux autorités de l'Eglise, qui estiment sans doute que le temps n'est pas venu de prendre les décisions qui répondent aux désirs de Notre-Dame.
A l'occasion du cinquantenaire de Fatima, en 1967, il avait été décidé qu'une statue de la Vierge Pèlerine, à bord d'une caravelle, irait de capitale en capitale. A l'automne 1967, vint le jour pour la France de la recevoir. L'avion atterrit à Orly. Mais l'entrée de Paris fut refusée à Notre-Dame de Fatima par les autorités religieuses du diocèse. Après une nuit passée à l'aéroport, la Vierge s'envola pour les pays au-delà du Rideau de fer.
A Prague, Elle fut honorée sur la place publique, avant la cérémonie bouleversante en la basilique du célèbre Enfant Jésus de Prague. Et, tandis que ce grand souffle frais du « Printemps de Prague » redonnait l'espérance au peuple tchécoslovaque, le 13 mai 1968, jour de la clôture de l'année jubilaire de Fatima, Paris s'emplissait de fumée et le monde étonné contemplait « cette France si altière, effondrée, désarticulée, l'espace d'une nuit » (cf. L'Homme nouveau, du 4 août 1968).
Les réunions diocésaines de prêtres, même les réunions de doyenné, presque chaque mois, n'ont jamais eu, à ma connaissance, à étudier ou à échanger des propos sur les événements de Fatima. Des pèlerinages diocésains sont organisés presque chaque année pour Lourdes, Lisieux, Chartres, La Terre Sainte, et même la Turquie ou l'Egypte. Mais, de Fatima, sauf exception, il n'est pas question. Parmi les prêtres, on entend dire : « Nous avons Lourdes, Fatima c'est très bien pour le Portugal ». Et on passe à autre chose.
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Cependant, les théologiens se sont mis à étudier les messages de la Très Sainte Vierge, et spécialement les demandes dont nous avons parlé plus haut : pourquoi Notre-Seigneur veut-Il régner sur ce monde par le Cœur Immaculé de Marie ? Pourquoi la Très Sainte Vierge veut-Elle que le Pape consacre la Russie (la Russie seule) avec les évêques du monde entier, et non pas lui seul ?
Pourquoi n'est-ce pas encore fait ? Pourquoi le troisième secret, révélé le 13 mai 2000 - alors qu'il devait l'être en 1960 au plus tard - est-il réputé « douteux » ou incomplet ?
Pour une approche facile des événements et des messages de Fatima, une première lecture pourrait être Les Mémoires de Sœur Lucie (Edition des Pastoureaux). Les ouvrages du chanoine Barthas sont également faciles à lire. Mais les quatre tomes du Frère Michel de la Trinité (Edit. C.R.C. à St Parre les Vaudes) sont d'une lecture plus approfondie, avec les livres du R.P. Joachim Alonzo. Une étude théologique à la portée de bien des fidèles, celle du R.P. Joseph de Sainte Marie Fatima, salut du monde, peut être demandée à l'A.F.S. : 31 rue Rennequin, Paris 17°, ainsi que la brochure « Un éclair dans le ciel, FATIMA » d'Arnaud de Lassus. Signalons aussi la brochure Merveilles opérées par le Cœur Immaculé de Marie, aux éditions du Sel, de
Philippe Legrand. Ne serait-ce pas dommage d'ignorer des publications si éclairantes ?
Dans le monde de mensonges et de mort (car Notre Seigneur nous dit que Satan est menteur et homicide (Jn, VIII, 44), où nous devons vivre, la lassitude et le découragement nous guettent. Les épreuves personnelles et la situation de notre patrie nous apparaissent sans issue. La situation de l'Eglise elle-même nous inquiète, par le manque de prêtres. Alors, ne pouvons-nous pas nous rappeler ce que disait Notre-Dame aux enfants de Fatima, le 13 juillet 1917 : « Elle seule, Marie, peut nous secourir ». Et Marie recommandait le chapelet en famille tous les jours. Tels seront notre réconfort et le salut.
Abbé Péhelle.





